Adam Czerniaków

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Adam Czerniaków

Adam Czerniaków était un ingénieur et sénateur juif polonais, né en 1880 à Varsovie. Il fut désigné à la tête du Judenrat du ghetto de Varsovie, où il tenta de limiter les déportations en collaborant avec les Nazis. Réalisant la nature et la dimension de la Solution Finale, il se suicida le 23 juillet 1942.

Biographie[modifier | modifier le code]

Adam Czerniaków étudie l'ingénierie et enseigne à l'école professionnelle de la communauté juive de Varsovie. Juif assimilé né et ayant vécu à Varsovie, il se considère à la fois Juif et Polonais, et se sent fortement concerné par les antagonismes entre ceux-ci, qui les empêchent de vivre ensemble alors qu'ils vivent les uns à côté des autres[1]. Il milite en faveur de l'indépendance de la Pologne, publie sur le rôle des Juifs dans la reconstruction du pays[2], ce qui lui vaut d'être emprisonné par la police du tzar en 1909.

Coorganisateur de l'Union Centrale des Artisans Juifs et sénateur pour le Bloc Non-Partisan pour la Coopération avec le Gouvernement au cours des années 1931 à 1939, il est, de 1927 à 1934, membre du conseil municipal de Varsovie et conseiller de la communauté juive de Varsovie. Il contribue de façon importante à l'expansion du musée Matias Bersohn Museum, dont il sera plus tard curateur honoraire. Il publie également des ouvrages savants, dont l'un sur les moteurs, intitulé Silniki wybuchowe qui lui vaut un prix en 1919, Zniszczenia wojenne w Polsce (Dommages subis en Pologne lors de la guerre), et des travaux sur l'industrie du sucre, les boulangeries et de nombreux autres dans le domaine de la chimie pratique et d'industrie.
En 1939, il est nommé président de la communauté juive de Varsovie.

C'est à ce titre qu'il est nommé à la tête du Judenrat le 4 octobre 1939, quelques jours avant la reddition de la ville aux troupes nazies, sommé de réunir un conseil de 24 notables, et tenu pour responsable (« au sens littéral du terme ») de l'exécution des ordres allemands dans la communauté juive. Il débute la tenue d'un journal le 6 septembre 1939, qu'il poursuivra jusqu'au jour de sa mort.

Adam Czerniaków vit à Chlodna 20, qui est exclue du ghetto dès l'automne 1941. Il coorganise la résistance civile et les services sociaux, aide aussi à créer un service d'archivage clandestin du ghetto. Il est au courant du travail similaire d'Emanuel Ringelblum, Oyneg Shabbos, mais aucun de ces deux noms n'apparaît une seule fois dans son journal. Il est aussi en contact avec les mouvements clandestins de lutte, mais il s'oppose à tout plan de résistance armée.

En juillet 1942 les forces allemandes commencent la préparation des déportations massives du ghetto de Varsovie vers le camp d'extermination de Treblinka et le Judenrat reçoit l'ordre de fournir la liste des Juifs et les plans des habitations. Le 22 juillet 1942, le Judenrat reçoit des instructions que tous les Juifs de Varsovie vont être déportés vers l'est, à l'exception des Juifs travaillant dans des usines allemandes, des membres de l'hôpital juif, des membres du Judenrat et leurs familles, des membres de la police du ghetto et leurs familles.

Pendant cette journée, Adam Czerniaków est capable d'obtenir des exemptions pour une poignée d'individus, tels que les éboueurs, les maris des femmes travaillant dans les usines et quelques étudiants en enseignement professionnel. Malgré ses efforts, il ne parvient pas à obtenir l'exemption pour les orphelins de l'orphelinat Janusz Korczak. Les ordres suivants précisent que les déportations commenceront immédiatement à une cadence de 6000 personnes par jour dont le Judenrat fournira la liste et qui seront parquées par la police juive du ghetto. Tout manquement conduira à l'exécution immédiate de quelques centaines d'otages, dont des membres du Judenrat ainsi que de la propre femme de Czerniaków.

Réalisant que les déportations signifient la mort, Czerniaków retourne plaider pour les orphelins. Après son échec, il retourne à son bureau, situé dans la rue Grzybowska et avale une des capsules de cyanure qu'il gardait pour une telle occasion, un jour après le début des déportations vers le camp d'extermination de Treblinka, le 23 juillet 1942. Avant son suicide, il écrit à sa femme et à un de ses collègues du Judenrat, expliquant: "Je ne peux supporter plus longtemps tout ce qui arrive. Mon acte montrera à chacun ce qui est la bonne décision à prendre". Son suicide survient à un moment où les succès du troisième Reich semblent avoir scellé le destin de la guerre en Europe, et annonceraient la mort en masse des vaincus. Il est remplacé par un dénommé Lichtenbaum.

Beaucoup, dont Emanuel Ringelblum, le considèrent comme un traître; Mary Berg, une survivante des camps ayant été déportée du ghetto de Varsovie, en dresse un portrait plus noble et tragique.

Son journal contient des informations sur les problèmes dans le ghetto, les ordres reçus de l'occupant, des conversations, rencontres et ses propres expériences. Adam Czerniaków n'y a noté que des faits relatifs à sa fonction officielle, négligeant d'autres détails. À sa mort, son épouse, le Dr. Felicja Czerniaków, les récupère et parvient à s'évader du ghetto avec l'aide d'amis. Elle est cachée pendant dix mois par le Dr. Grabowska, puis chez le professeur Apolinary Rudnicki. Elle transmet les notes de son mari à l'institut Yad Vashem en 1964. Le journal est publié en 1979 et sa traduction en français parait en livre de poche en 2003.

Adam Czerniaków est enterré au cimetière de la rue Okopowa à Varsovie.

En 2001 la société cinématographique Warner Bros réalise un film sur le soulèvement du ghetto:"1943 l'ultime révolte" (en anglais: Uprising), où l'acteur Donald Sutherland joue le rôle d'Adam Czerniaków.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A. Czerniakow, "Tym, co odeszli…", Glos Gminy Zydowskiej, no. 7-8 (25-26), 1939, pp. 148-151 -- in Diapositive
  2. Udział Zydow w odbudowie zniszczen wojennych w Polsce" (Glos Gminy Zydowskiej no. 10-11, 1938, pp. 276-278-- in Diapositive

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Son journal[modifier | modifier le code]

  • Carnets du ghetto de Varsovie (6 septembre 1939 - 23 juillet 1942) – traduction en français par Jacques Burko; éditeur: La Découverte (13 mars 2003); collection: La Découverte/Poche 294 pages; ISBN 978-2-7071-3937-5 ; ISBN 978-2-7071-3937-5

Référence[modifier | modifier le code]

  • (en): Raul Hilberg: Le journal de Varsovie d'Adam Czerniakow: Prélude à la mort, Ivan R. Dee, Publisher, 1999, ISBN 978-1-56663-230-0.

Liens externes[modifier | modifier le code]