Distinction entre acte et puissance

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La distinction entre acte et puissance, ainsi que la notion d'entéléchie, remontent à Aristote.

Histoire de ces concepts[modifier | modifier le code]

Aristote[modifier | modifier le code]

La puissance (en grec dunamis ou dynamis, δύναμις) est chez Aristote associée à la matière, alors que l'acte relève plutôt des causes formelles et finales (voir Causalité aristotélicienne). L'exemple dont Aristote se sert le plus est celui de la statue : elle est en puissance contenue dans la pierre ou l'airain, et c'est le sculpteur qui l'actualise.

La puissance représente donc l'indéterminé et le possible : un bloc de marbre recèle en puissance une infinité de statues, mais une seule en émergera.

L'acte est la réalisation et en particulier l'acte humain, est ce qui donne forme au monde ou à ses parts : l'œuvre est extraite de la matière. La croissance d'un embryon, par exemple, est vue par Aristote comme l'émergence d'un être à partir de la matière donnée par l'œuf ou les menstrues.

Quant à l'entéléchie, elle est souvent difficile à distinguer de l'acte dans les textes d'Aristote. Elle n'est pas pour autant totalement synonyme de l'acte : elle est à la fois le processus qui mène de la puissance à l'actualisation, et l'actualisation à son plus haut degré d'achèvement, lorsqu'elle ne renferme plus aucune indétermination issue de la matière. L'âme, qui donne sa forme aux corps de tous les êtres vivants, n'est jamais désignée comme une actualisation, mais toujours comme une entéléchie, signe de la perfection et de l'accomplissement d'une nature parfaitement achevée dans ses formes et dans ses fins : « il y a beaucoup plus de finalité et de beauté dans les œuvres de la nature que dans celles de l'art. » (Parties des Animaux).

Entendons la puissance comme l'agissement, en cela elle se rapproche de la conception aristotélicienne. Le penseur grec l'analyse dans sa forme immatérielle, elle serait la force (puissance active) présente dans la matière (puissance passive, qui attend l'acte), qui est la manifestation du travail de l'homme, (premièrement de Dieu) pour surgir, devenir forme matérielle. La puissance est l'idée eidos qui attend qu'on la réalise, matérialise morphé.

L'idéalisme et la puissance font-ils bon ménage ? L'idée est la forme parfaite de la « chose » réelle, dont la copie est le fait de l'homme, qui cherche sans cesse à la produire : c'est l'objet de l'art. Or la puissance, dont l'essence réside dans l'acte, peut-elle être une idée ? L'âme qui contemple les formes parfaites des concepts a-t-elle en mémoire - gage de la réminiscence - l'idée de puissance ? Cette dernière se prête davantage à la science empiriste, fruit de l'expérience. La question reste en suspens.

Thomisme[modifier | modifier le code]

Saint Thomas d'Aquin a développé une théologie de l'acte et de la puissance, qui affirme essentiellement que Dieu est acte pur, que l'homme peut saisir l'existence de Dieu à partir des choses visibles, bien qu'il soit impossible pour un homme de saisir ce qu'est Dieu en lui-même.

  1. La puissance et l'acte divisent l'être de telle sorte que tout ce qui est ou bien acte pur, ou bien composé nécessairement de puissance et d'acte comme principes premiers et intrinsèques.
  2. L'acte, parce qu'il est perfection, n'est limité que par la puissance, qui est une capacité de perfection. Par conséquent, dans l'ordre où l'acte est pur, il ne peut être qu'illimité et unique ; là où il est fini et multiple, il entre en véritable composition avec la puissance.
  3. C'est pourquoi dans la raison absolue de l'être même, Dieu seul subsiste, seul entièrement simple ; toutes les autres choses qui participent à l'être ont une nature qui restreint l'être, et sont constituées d'essence et d'existence, comme principes réellement distincts.

Leibniz[modifier | modifier le code]

« Chez Leibniz, le concept d'entéléchie qualifie « toutes les substances simples ou monades créées » en tant qu'elles sont la source de leurs actions internes et qu'elles se suffisent à elles-mêmes (Mon.18)[1] »

Driesch et Carnap[modifier | modifier le code]

Le concept d'entéléchie a été réutilisé par Hans Driesch, comme force immanente aux êtres vivants, permettant d'expliquer les phénomènes vitaux mieux que ne le fait le simple mécanisme. Il illustrait cette théorie par ses propres recherches sur les oursins.

Carnap a critiqué la réactualisation du concept d'entéléchie par Driesch, en disant qu'on ne peut pas l'observer.

Driesch répondit que la force magnétique n'était guère plus observable, et que cela ne constituait pas un obstacle à son usage en physique.

À quoi Carnap riposta à son tour que :

  • si la force magnétique n'était pas observable, elle était du moins mesurable, ce qui n'est pas le cas de la force vitale ou entéléchie ;
  • la notion de force magnétique faisait avancer la science, alors que la notion d'entéléchie la bloquait bien plutôt en la plaçant devant l'inconnaissable.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Paris, Armand Colin, 1980 ? p. 101

Voir aussi[modifier | modifier le code]