Achillée millefeuille

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Achillea millefolium

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L'Achillée millefeuille ou la Millefeuille (Achillea millefolium L.) est une espèce de plante herbacée vivace de la famille des Astéracées.

Étymologie et dénominations[modifier | modifier le code]

Selon la légende colportée par Pline, naturaliste romain du Ier siècle apr. J.-C., son nom lui vient d'Achille, héros de la mythologie grecque blessé au cours de la guerre de Troie, qui s'en servit pour guérir sa plaie et celles de ses soldats[1], d'où son autre nom d'« herbe du Soldat ». Achille meurt cependant d'une flèche empoisonnée lancée par Pâris. Ce dernier a-il utilisé la vénéneuse parisette, l'herbe de Pâris, ou simplement l'arsenic[2] ?

La plante possède plusieurs noms vernaculaires : herbe à dindes, herbes à dindons, persil à dinde[3], herbe aux charpentiers, herbe aux cochers, herbe aux militaires ou au soldat, herbe à la coupure ou saigne-nez[4], herbe de la Saint-Jean[5], herbe de Saint-Joseph et herbe des menuisiers[6], sourcils de Vénus[7].

Description[modifier | modifier le code]

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

Feuille, détail

C'est une plante rhizomateuse vivace vigoureuse, à longue durée de vie. Elle se présente d’abord sous forme de touffes de feuilles, ayant progressivement tendance à tapisser le sol grâce à ses nombreux petits rhizomes très étendus. Son rhizome traçant noir porte des tiges sillonnées de 2 mm de diamètre, variant de 10 à 100 cm (plus généralement de 50 à 80 cm)[8]. Ces tiges sont uniques ou en groupe peu dense, à port dressé. Elles sont peu ramifiées et portent des poils laineux, courts et blanchâtres.

Les feuilles sont allongées, vert foncé, alternes, aux deux faces pubescentes, finement bipennatilobées (doublement pennées), découpées en fines lanières courtes (37 à 51 divisions principales situées sur des plans différents). Elles sont plus longues et pétiolées à la base (avec une base embrassante mais ne formant pas d'oreillette), plus courtes et sessiles au sommet. Elles mesurent de 2 à 15 cm de longueur pour une largeur de 0,6 à 3 cm[9]. Elles dégagent une odeur légèrement camphrée[10].

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

Détail de l'inflorescence.

La floraison a lieu de juin à septembre.

Les « fleurs », en fait des capitules de 5 mm de diamètre, sont souvent blanches, roses ou pourpres sur les bords (fleurons ligulés zygomorphes), alors que les fleurons du centre (fleurons tubulés actinomorphes) sont blanc-jaunâtre à jaunes. Ces capitules, qui apparaissent sur les réceptacles inflorescentiels aux sommets des tiges, forment des corymbes au sommet aplati ou un peu bombé.

Chaque fleur est entourée d'un involucre ovoïde formé de bractées poilues, ovales avec une extrémité obtuse, bordées d'une marge pâle ou brunâtre, ces bractées restant appliquées contre les akènes à maturité. Les bractées forment un pseudo-calice involucral, tandis que les cinq ligules constituant une pseudo-corolle[11].

Chaque capitule mesure environ 5 ou 6 mm de diamètre et sont précédés d'un involucre aux bractées imbriquées comme les tuiles d'un toit. Le capitule contient généralement 5 fleurons ligulés, ne comprenant que des organes reproducteurs femelles, de 2 ou 3 mm de long, blanc ou parfois rose, rarement rouge[9]. Ils entourent de 10 à 30 fleurons tubulés hermaphrodites, crème à jaunâtre[9]. Tous les fleurons présentent un ovaire infère, dont le style se termine par un stigmate bifide.

Leur fécondation est entomogame. Le fruit est un akène oblong, aplati, dépourvu de soies, enfermant une petite graine de 2 mm de dimaètre.

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Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Cette espèce est cosmopolite dans l'hémisphère Nord. On la trouve en Eurasie et en Amérique du Nord.

Son habitat type est les prairies mésohydriques, mais la plante tolère la sécheresse grâce à son système racinaire étendu. Elle est ainsi une plante indicatrice d'un sol plutôt sec et peu calcaire, pouvant évoluer en prairie épaisse à fromental[12].

Plante héliophile, elle tolère mal l'ombre. Elle pousse dans zones à boisement peu dense (hêtraies-chênaies), sur les bords de route et les terrains vagues. Elle se comporte souvent en mauvaise herbe dans les lieux ouverts tels que pâturages, prairies, pelouses, bords de chemin et terrains vagues. Sa plasticité explique qu'on rencontre dans certaines pelouses fréquemment tondues, des formes basses de la plante dont la faible taille est due à des facteurs génétiques[13].

Principaux constituants[modifier | modifier le code]

L'Achillée renferme plus d'une centaine de composés chimiques connus, dont[14] :

Rôle écologique[modifier | modifier le code]

Cette plante est généralement peu appréciée par les bovins, mais peut être broutée par les ovins ou certains cervidés[9]. Cette plante est mellifère.

Pharmacopée[modifier | modifier le code]

Achillea millefolium en fleur

Histoire de l'usage médicinal de cette plante[modifier | modifier le code]

  • Cette plante a été trouvée dans une tombe néandertalienne découverte lors de fouilles archéologiques à Shanidar, en Irak[17]. Les hommes de Néandertal semblaient avoir une pharmacie rudimentaire basée sur les plantes, et l'une des huit plantes identifiées au moyen des grains de pollen trouvés sur ce gisement était l'achillée[18],[19]. Une analyse d'ADN a confirmé la présence d'ADN de cette plante dans de la plaque dentaire néandertalienne]])[20]..
  • Le Grec Dioscoride (Ier siècle) fut le premier à mentionner la millefeuille comme une plante incomparable pour traiter les plaies saignantes ainsi que les ulcères anciens ou récents[21].
  • Pline l'Ancien, naturaliste romain du Ier siècle apr. J.-C., cite Achille, héros de la mythologie grecque, qui s'en servit avec de la rouille pour guérir la blessure de Télèphe[22].
  • Au IVe siècle, le médecin bordelais Marcellus Empiricus devait reprendre cette thèse pour recommander la millefeuille contre les saignements[23].
  • Jusqu'au XIXe siècle, elle a été utilisée pour accélérer la cicatrisation. C'est une plante comestible dont on peut utiliser les fleurs et feuilles aux propriétés toniques, digestives, hémostatiques, antispasmodiques, emménagogues, hypotensives, antihémorroïdales[24].
  • Durant la Première Guerre mondiale, elle faisait partie du kit de première urgence porté par chaque soldat qui, faute de médicaments, pouvait soigner des blessures légères avec cette plante[25].

Utilisation[modifier | modifier le code]

  • Partie utilisée : sommité fleurie (le haut de la plante en fleur)
  • Propriétés : antispasmodique, emménagogue, cicatrisant, tonique, peptique, elle possède aussi des propriétés digestives et cholérétiques, par la présence de flavonoïdes
  • Mode d'emploi : thé solaire (boisson chaude préparée en laissant, dans un pot en verre transparent, le mélange d'eau et des captitules en plein soleil pendant quelques heures) ou infusion[26], teinture, extrait liquide, jus[27]

Maria Treben la recommande pour de nombreux troubles du bas-ventre et mentionne que l'achillée agit directement sur la moëlle où elle active la formation du sang[28]. Utilisée comme cosmétique (antiprurigineuse et adoucissante dans les infections de la peau (piqûre d’insectes), dans de nombreuses liqueurs, elle est contre-indiquée pendant la grossesse[29].

Autres usages[modifier | modifier le code]

Jardinage[modifier | modifier le code]

Cette plante à stolons peut être utilisée comme couvre-sol sur de grandes surfaces. Elle permet alors de s'affranchir de la tonte nécessaire à un gazon classique[30].

Le jardinier peut confectionner un produit phytosanitaire avec ses fleurs, après une infusion à froid de 24 heures, pour renforcer des fongicides « naturels »[31].

L’achillée millefeuille facilite aussi le compostage[31].

Divers[modifier | modifier le code]

En cuisine

En cuisine, Lancelot de Casteau la cite dans son Ouverture de cuisine parmi les herbes qu'il faut pour faire des omelettes aux fines herbes[réf. nécessaire].

Ses fleurs qui dégagent une odeur légèrement camphrée parfument les crèmes et les flancs[32].

En mancie Yi King

Traditionnellement, depuis plus de deux millénaires, des millions de Chinois utilisent, pour interroger l'oracle, 50 tiges d'achillée millefeuille, par un savant et répétitif système de calculs avec les tiges. Le procédé, censé favoriser le vide intérieur, la concentration sur la question posée et une certaine « adéquation à l'instant », est également en faveur auprès de milliers d'Occidentaux s'intéressant à la pensée chinoise. Cette technique divinatoire se nomme l'achilléomancie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Couplan, Les plantes et leurs noms. Histoires insolite, Éditions Quae, (lire en ligne), p. 18.
  2. (en) People's Cyclopaedia of Universal Knowledge, Phillips & Hunt, , p. 313.
  3. Ces noms vulgaires paraissent être un pur canadianisme, fondé sur l'emploi de la plante dans l'alimentation de cette volaille. Cf. Jacques Viger, Suzelle Blais, Néologie canadienne, University of Ottawa Press, , p. 202.
  4. Ces noms vernaculaires rappellent que la plante était utilisée à des fins médicinales depuis des millénaire, l'achillée étant réputée hémostatique et capable de cicatriser les plaies. Cf. Sophie Lacoste, Les plantes qui guérissent, Éditions Leduc.s, , p. 35.
  5. L'herbe de la Saint-Jean, surnom plus souvent utilisé pour le Millepertuis perforé, fait référence à la floraison de la pante qui débute autour du 24 juin, fête de la Saint-Jean.
  6. La tradition raconte que lorsque Joseph se blessa dans sa menuiserie, l'enfant Jésus alla chercher l'achillée millefeuille pour le soigner. Cf. Catherine Gut, Des plantes, des planètes et des hommes, Editions Edilivre, , p. 138.
  7. Rappel du récit de Pline selon qui Achille guérit sur le conseil de la déesse Aphrodite (Vénus), par application de cette herbe, les sourcils faisant allusion à la finesse et la découpe de ses feuilles. Cf. Marie d'Hennezel, Les plantes pour tout guérir, Fleurus, , p. 57.
  8. Achillée millefeuille (Achillea millefolium L.), Système d'Identification Interactive MultiMedia
  9. a, b, c et d (en) Mike Haddock ; Kansas Wildflowers and Grasses, « Western yarrow », sur www.kswildflower.org, Kansas State University Libraries Home, (consulté le 22 janvier 2012)
  10. Henri Roques, Précis de botanique pharmaceutique, Librairie Maloine, , p. 804.
  11. Robert Gorenflot, Biologie végétale. Plantes supérieures. Tome 2, appareil reproducteur, Masson, , p. 52.
  12. Jean-Michel Groult - "Jardiner durablement" - Éditions Ulmer 2007 - (ISBN 978-2-84138-278-1)
  13. Ernest Small, Paul M. Catling, Les cultures médicinales canadiennes, NRC Research Press, (lire en ligne), p. 10.
  14. Ernest Small, Paul M. Catling, Les cultures médicinales canadiennes, NRC Research Press, , p. 11.
  15. a et b (en) Yarrow. Sur catbull.com.
  16. (en) James A. Duke, Handbook of Phytochemical Constituents of GRAS Herbs and Other Economic Plants. Ed. CRC Press LLC, ISBN 0-8493-3865-4. Achillée (Yarrow) : pp. 9-10.
  17. (en) Donald G. Barceloux, Medical Toxicology of Natural Substances : Foods, Fungi, Medicinal Herbs, Plants, and Venomous Animals, John Wiley & Sons, , p. 421
  18. F. Belnet, « Néandertal se soignait par les plantes », sur www.hominides.com, (consulté le 26 mars 2013)
  19. (en) Colin Barras pour New Scientist, « Neanderthal dental tartar reveals evidence of medicine », sur www.newscientist.com, Reed Business Information, (consulté le 26 mars 2013)
  20. Sid Perkins (2017) Neandertals ate woolly rhinos and mushrooms, may have used painkillers and antibiotics; Science magazine  ; 08 mars 2017
  21. Bernard Boullard, Plantes médicinales du monde : croyances et réalités, De Boeck Secundair, , p. 8
  22. Pline l'Ancien, Histoires naturelles, livre XXV, 19
  23. Émile Georges Dehaut, Les doctrines de Georges Cuvier dans leurs rapports avec le transformisme, P. Lechevalier, , p. 13
  24. Judith Boulène, Simples histoires de simples, Editions Publibook, , p. 15
  25. (en) Kathleen Stokker, Remedies and Rituals : Folk Medicine in Norway and the New Land, Minnesota Historical Society, , p. 223
  26. Les capitules fournissent un agréable thé solaire. Une infusion (10 g dans 1/2 l. d'eau pendant 10 minutes) plus longue la rend trop amère. Cf. François Couplan, Le guide de la survie douce en pleine, Larousse, , p. 278.
  27. Sophie Lacoste, Ma bible des trucs de santé, Leduc Éditions, , p. 77
  28. Maria Treben, La Santé à la Pharmacie du Bon Dieu - conseils et pratique des simples (des plantes médicinales). Éditeur W. Ennsthaler, Autriche, 112 p., ISBN 3850681238. Première édition : 1983. Achillée : pp. 9-10.
  29. Catherine Dupin, Alix Leduc, Le petit guide de la grossesse sans risque, Leduc Éditions, , p. 28
  30. Les alternatives à la pelouse, sur le site Rustica, consulté le 15 avril 2014.
  31. a et b Bernard Bertrand, Eric Petiot et Jean-Paul Collaert, Purins d'ortie & compagnie aux éditions de Terran, 4e édition, avril 2012.
  32. François Couplan, Étonnantes plantes de montagne, Quae, , p. 82.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]