Accords Hô-Sainteny

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Les accords Hô-Sainteny, signés le entre le commissaire du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) Jean Sainteny, ancien résistant, et Hô Chi Minh, chef du Gouvernement provisoire de la République démocratique du Viêt Nam (proclamée le après la révolution d'Août), reconnaissent, par la République française, l'existence d'un État libre du Vietnam au sein de l'Empire français. Ils prévoient aussi l'organisation à Fontainebleau pour l'été d'une conférence qui précisera les modalités d'application de ces accords.

Les accords Hô-Sainteny marquent la dernière tentative de sauver la paix et de trouver un terrain d'entente entre le mouvement d'indépendance Viet Minh et le Gouvernement français. Cette tentative sera un échec et la guerre d'Indochine débutera à la fin de l'année 1946.

Contexte à la fin de la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Télégramme de Ho Chi Minh à Truman demandant le soutien américain contre les Français, 28 février 1946.

Après la capitulation du Japon et selon la conférence de Potsdam, l'Indochine est occupée au nord par les troupes chinoises nationalistes de Tchang Kaï-chek et au sud par l'armée britannique, qui ont pour but de désarmer le reste des troupes japonaises[1]. Le Viet Minh est surtout présent dans le nord du pays (Tonkin).

Le 25 août 1945, Bảo Đại, sommé d'abdiquer par le Việt Minh, remet les symboles de sa souveraineté, le sceau et l'épée d'or, à une délégation Việt Minh[2]. Il est conservé par les indépendantistes comme « conseiller politique »[3]. Ayant proclamé l'indépendance du Vietnam le , Hô Chi Minh tente d'obtenir la reconnaissance de la communauté internationale au nom des droits énoncés dans la Charte de l'Atlantique. C'est ainsi qu'il envoie de nombreuses lettres au président Truman, lettres qui n'obtiennent aucune réponse officielle. Hô Chi Minh commence également à asseoir son pouvoir en éliminant une partie de ses adversaires politiques locaux (nationalistes, trotskystes).

Parallèlement, l'objectif de Charles de Gaulle est de « restaurer l'autorité de la France en Indochine » selon ses mots prononcés en . Depuis plusieurs mois, en effet, les autorités françaises sont diminuées du fait du coup de force du , lorsque les Japonais, qui occupaient la colonie depuis 1940, ont décapité les derniers vestiges de l'autorité française sur la colonie. Pour de Gaulle, la sortie du Vietnam de la sphère d'influence culturelle française est inacceptable. Fin 1945, un compromis semble trouvé, de Gaulle rencontre l'ex-empereur Duy Tan et lui promet un rétablissement sur le trône d’Annam et l'indépendance de la Cochinchine après referendum. Il nomme le vice-amiral Thierry d'Argenlieu Haut-commissaire et commandant en chef pour la Cochinchine.

Chaque camp se renforce donc au cours des derniers mois de l'année 1945. Les Français reprennent pied progressivement en Indochine au cours de l'automne et prennent le relais des troupes chinoises et britanniques. Le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient commandé par le général Leclerc s'empare en quelques semaines de la Cochinchine et du Sud-Annam. Contrairement à d'Argenlieu, Leclerc est persuadé qu'il faut négocier pour contrôler à nouveau le pays. Le départ du général de Gaulle du pouvoir précipite les évènements.

Des négociations aux accords[modifier | modifier le code]

Une situation favorable à des négociations[modifier | modifier le code]

Le , le général de Gaulle, alors président du Gouvernement provisoire de la République française, démissionne, montrant ainsi sa désapprobation du « régime des partis » et de la politique engagée par l'Assemblée nationale constituante (crédits militaires, projet de nouvelle constitution), notamment l'absence de référendum populaire permettant de dénouer des situations inextricables.

Cet évènement de politique intérieure française a des répercussions en Indochine. Sous l'influence du Parti communiste et de la SFIO, Félix Gouin, nouveau chef du Gouvernement, décide de confier à Jean Sainteny, présent en Indochine depuis un an, les négociations avec Hô Chi Minh. De son côté, Leclerc se rend compte qu'après avoir repris les principales villes et axes de communication, il ne dispose pas de d'une force militaire suffisante pour contrôler les territoires reconquis. Il pousse donc à la négociation tant avec les Chinois qu'avec le Viet Minh[4].

Les discussions avec les Chinois aboutissent le 28 février 1946 à des accords qui concèdent à la Chine des avantages commerciaux en échange du retrait de ses troupes d'ici le 31 mars, mais finalement pleinement réalisé en juin seulement[5].

Le Viet Minh lui-même est plus disposé à négocier en ce début d'année 1946, en raison d'un soutien étranger moins en sa faveur. Les Américains ne sont plus hostiles à un retour des Français en Indochine et les relations avec les Chinois se sont tendus car ceux-ci poussent à un gouvernement d'union nationale au Vietnam et se livrent à des exactions dans la partie du pays qu'ils contrôlent[4]. De plus, une délégation soviétique, présente à ce moment-là à Hanoï, recommande d'ouvrir des négociations[4]. Par ailleurs, le Viet Minh s'est renforcé en ce début d'année 1946. Il a gagné les élections organisées dans le Nord et le Centre du pays sous son contrôle. C'est donc en se sentant en position de force que les indépendantistes vietnamiens accueillent le commissaire du GPRF. Ils réclament notamment que le mot indépendance apparaisse explicitement dans les accords[5].

Contenu des accords[modifier | modifier le code]

À l'issue des négociations qui se tiennent à Hanoï, les accords sont signés entre les différents protagonistes le . Chacun d'eux a accepté une importante concession pour que les discussions soient un succès.

Tout d'abord, ces accords entérinent le retour de l'armée française. Hô Chi Minh est bien conscient que celle-ci est plus moderne et aguerrie que ses troupes en cours de formation. Cependant il redoute aussi la mainmise des Chinois sur le Nord-Vietnam et cède donc sur plusieurs points. Il accepte que le corps expéditionnaire de Leclerc occupe temporairement le nord du pays en remplacement des troupes chinoises. Une annexe précise que le délai de présence des troupes françaises n'excédera pas cinq ans, le temps qu'elles soient relevées par l'armée vietnamienne. Toutefois la date de l'abandon des bases aériennes et navales, concédées aux Français, est remise à des discussions ultérieures[5].

En contrepartie, Sainteny n'hésite pas à parler de l'indépendance du Vietnam. Les accords utilisent la formule suivante : « la France reconnaît la République du Viêt Nam comme un État libre ayant son gouvernement, son Parlement, son armée et ses finances, faisant partie de la Fédération indochinoise et de l'Union française ». La France s'engage aussi à reconnaître les résultats d'un futur référendum sur l'unité vietnamienne englobant les trois « ky » (pays)[5].

Suites immédiates[modifier | modifier le code]

Le , Hô Chi Minh accueille les troupes de Leclerc qui entrent dans Hanoï. Une proclamation commune demande aux populations de s'entendre. Aucun coup de feu n'est tiré, et la paix semble sauve. Il est invité en France pour poursuivre les négociations[5].

Cependant, certaines voix dénoncent déjà ces accords, comme Thierry d'Argenlieu, et parlent de « Munich indochinois ». Réciproquement, les Vietnamiens nationalistes prochinois trouvent là une occasion de surenchérir dans le discours indépendantiste aux dépens du Viet Minh[5].

Échec de la conférence de Fontainebleau[modifier | modifier le code]

D'Argenlieu profite de l'absence d'Hô Chi Minh, en route vers la France, pour faire proclamer 1er juin, la République autonome de Cochinchine, en accord avec le ministre de la France d'Outre-Mer Marius Moutet, mais en violation des accords du . La conférence de Fontainebleau s'ouvre néanmoins le , entre Hô Chi Minh et le gouvernement provisoire présidé par Georges Bidault. Le , Ho Chi Minh signe un accord de « modus vivendi » de façade avant de rentrer, les positions respectives des deux parties étant inconciliables.

Ouverture des hostilités[modifier | modifier le code]

Les hostilités commencent à Haïphong, dans le nord du pays, pour la question du service des douanes, repris unilatéralement par les Français le . Le , le contrôle d'une jonque dans le port provoque de graves incidents, qui font 24 morts. Le général Valluy, qui remplace d'Argenlieu alors à Paris, ordonne à son subordonné sur place, le colonel Pierre-Louis Dèbes, d'en profiter pour se rendre maître de la ville, d'une importance économique capitale.

Le , trois navires français bombardent Haïphong, faisant plusieurs milliers de victimes (20 000 selon le Viet Minh, moins de 6 000 selon une enquête de l'amiral Robert Battet[6]). La guerre d'Indochine éclatera « formellement » le , avec le soulèvement de Hanoï.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir : South East Asia Command.
  2. Jacques Valette, La Guerre d'Indochine 1945-1954, Armand Colin, , p. 21
  3. Pierre Montagnon, La France coloniale, t. II, Pygmalion-Gérard Watelet, , p. 128
  4. a b et c Guy Pervillé, De l'Empire français à la décolonisation, Hachette, coll. « Carré Histoire », , 255 p. (ISBN 2-01-015762-1 et 978-2-01-015762-2, OCLC 25416794, lire en ligne), p. 120
  5. a b c d e et f Guy Pervillé, De l'Empire français à la décolonisation, Hachette, coll. « Carré Histoire », , 255 p. (ISBN 2-01-015762-1 et 978-2-01-015762-2, OCLC 25416794, lire en ligne), p. 121
  6. (en) Spencer Tucker, Vietnam, University Press of Kentucky, , p. 46-47

Article connexe[modifier | modifier le code]