Accident ferroviaire de Fampoux

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Catastrophe de Fampoux
Lithographie de Félix Robaut (1799-1880).
Lithographie de Félix Robaut (1799-1880).
Caractéristiques de l'accident
Date
Vers 15 h 0
TypeDéraillement
CausesNon identifiée. Probable vitesse excessive.
SiteÀ proximité du viaduc sur la Scarpe, à Fampoux (France)
Coordonnées 50° 17′ 55,7″ nord, 2° 52′ 43,9″ est
Caractéristiques de l'appareil
Type d'appareilLocomotives no 44 et 48
CompagnieCompagnie du chemin de fer du Nord
Passagers220
Morts17
Blessés~ 40

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Catastrophe de Fampoux

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Catastrophe de Fampoux

L'accident ferroviaire de Fampoux, aussi appelé catastrophe de Fampoux est le déraillement meurtrier d'un train qui a lieu le à Fampoux, dans le nord de la France, sur la ligne de Paris à Lille. L'accident fait 17 morts et une quarantaine de blessés.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Accident[modifier | modifier le code]

La ligne de Paris à Lille est encore une ligne nouvelle en . Elle ouvre progressivement entre le (de Paris à Épluches) et le (de Clermont à Arras).

Le à h, un convoi de la Compagnie du chemin de fer du Nord, composé des locomotives à vapeur no 44 et 48 et de vingt-huit voitures, quitte la gare du Nord à Paris avec 220 passagers, dont le général Oudinot qui voyage en milieu de train. Vers 15 h, 22 minutes après avoir passé Arras, le train franchit le viaduc sur la Scarpe, sur le territoire de la commune de Fampoux, quand soudain une forte secousse (selon le témoignage de survivants) provoque un déraillement à l'avant du convoi[1],[2].

Une rupture a lieu entre les deux wagons à bagages qui suivent immédiatement les locomotives. Le premier déraille mais reste accroché aux deux motrices qui continuent leur route sur 224 mètres avant de s'immobiliser, la deuxième quittant elle aussi les rails, légèrement. Le second wagon à bagages quitte totalement la voie et entraîne avec lui la diligence du sieur Guérin, montée sur un truck, une voiture de 3e classe et une de 2e classe. Les quatre éléments chutent de 7 mètres depuis le talus et tombent dans la tourbière qui entoure les rails, remplie d'eau sur une hauteur de 3 à 4 mètres. Chaque voiture passe au-dessus de la précédente de sorte que l'ordre initial est inversé, la diligence étant même partiellement recouverte par les wagons. Deux gardes en poste dans le wagon à bagages sont tués, ainsi que trois passagers de la diligence et neuf autres dans les dernières voitures[2].

Un troisième groupe composé de deux voitures de 1re classe, d'une de 2e classe, d'une de 3e classe et d'une autre diligence montée sur truck, finit dans l'étang à droite du deuxième groupe, en ne faisant que des blessés[2].

Juste derrière, un quatrième groupe mené par la voiture du général Oudinot tombe à son tour et heurte les voitures du deuxième groupe. Miraculeusement, le général est indemne mais son aide-de-camp est gravement blessé. Le reste du convoi quitte les rails mais reste sur le talus. Il y a donc au total 13 voitures qui ont quitté la voie[2].

Secours et réactions[modifier | modifier le code]

Très vite des témoins alertent les autorités qui envoient des médecins accompagnés de deux détachements de soldats[3] des garnisons de Lille et Douai. La population civile vient aussi en aide et des blessés sont recueillis chez les habitants de Fampoux[1].

Jean-Martial Bineau, inspecteur général des mines, se rend sur place le lendemain[2].

Pour la Compagnie, la mauvaise conception de la voie est à l'origine de la catastrophe. Un représentant déclare dans le Messager du Nord : « On nous signale un danger très grand qui existe sur la voie de Lille à Roubaix. On nous dit que dans une certaine partie de cette voie, établie sur un terrain glaiseux, à quelque distance de Roubaix, les voitures, lorsqu'elles passent, inclinent tellement sur un des côtés, que le mouvement effraie tous les voyageurs »[2].

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Quatorze personnes sont tuées dans la catastrophe. Trois blessés succombent à leurs blessures dans les jours suivants, portant le bilan total à 17 morts[2].

Rapport[modifier | modifier le code]

Le ministère des Travaux publics, alors dirigé par Pierre Sylvain Dumon, envoie sur place l'inspecteur des ponts et chaussées Pierre-François Frissard pour déterminer les causes de l'accident. Dans son rapport du , il n'avance pas de cause mais exclut l'hypothèse d'une défaillance technique. Une vitesse trop élevée est alors évoquée[1].

Le talus sur lequel sont posés les rails date de l'hiver et est en bon état. Sous responsabilité de la Compagnie du chemin de fer du Nord depuis le , il venait d'être entretenu. Le matériel ferroviaire (roues, essieux, etc) est en très bon état. L'ingénieur remarque que les 8 kilomètres qui séparent Arras du lieu de l'accident ont été parcourus en 22 minutes, ce qui signifie que le convoi allait à une allure moyenne de 22 km/h, plutôt lente. Cependant, la pente légère qui mène au viaduc a pu être parcourue beaucoup plus vite, ce qui expliquerait mieux le fait que les wagons du deuxième groupe ont eu assez de vitesse pour passer les uns au-dessus des autres en tombant dans la tourbière[2].

Une autre hypothèse avancée par l'ingénieur Frissard tient compte de la légère montée qui suit le viaduc : il est possible que la différence de vitesse entre l'avant (ralentissant dans la montée) et l'arrière (toujours dans la descente) du long convoi ait pu provoquer le déraillement, par rattrapage de l'avant par l'arrière. Cette hypothèse est la plus satisfaisante pour expliquer la rupture du train en cinq groupes[2].

Procès[modifier | modifier le code]

En , l'affaire est portée devant le tribunal de police correctionnelle de Lille, qui met en cause quatre employés de la compagnie : les ingénieurs Hovell et Petiet et les mécaniciens Bolu et Dutoit. Le procès a lieu du au et se termine par l'acquittement des quatre accusés, faute de preuves[1].

À la suite de l'appel du ministère, un deuxième procès se tient le à la cour royale de Douai. Dans son arrêt, rendu le , la cour constate la vitesse excessive du convoi dans la descente, reconnue par les quatre prévenus, sans pour autant affirmer qu'il s'agit de la cause de l'accident. Néanmoins, un arrêté préfectoral qui interdit de dépasser la vitesse de 24 km/h avec deux locomotives n'a pas été respecté. L'ingénieur Petiet, ayant prescrit une vitesse de 39 à 50 km/h, et le mécanicien Dutoit qui conduisait la première locomotive, sont condamnés à quinze jours d'emprisonnement et à la participation aux frais du procès. Petiet reçoit en plus une amende de 3 000 francs[1]. Hovell et Bolu n'étaient pas dans la première locomotive et sont à nouveau acquittés[1],[4].

La Cour de cassation confirme la condamnation dans un arrêt du [5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f « 8 juillet 1846 : la catastrophe ferroviaire de Fampoux », sur archivespasdecalais.fr, (consulté le 18 décembre 2017).
  2. a b c d e f g h et i La Presse du 14 juillet 1846 disponible sur Gallica
  3. L'un de ceux-ci sera blessé au cours des opérations, mais son recours en indemnité devant le Tribunal civil de la Seine sera rejeté pour incompétence des juridictions judiciaires par un jugement du 17 juin 1870 (lire en ligne).
  4. La Presse du 30 décembre 1846 disponible sur Gallica
  5. Recueil général des lois et des arrêts : en matière civile, criminelle, commerciale et de droit public, 1847, pp. 618-619.