Accident de l'USS Forrestal

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Le Forrestal en feu après les explosions le 29 juillet 1967. Le destroyer Ruppertus lui vient en aide.

L’accident de l'USS Forrestal est un important incendie et une série d'explosions en chaîne qui, le , ont tué 134 marins et en ont blessé 161 sur le porte-avions USS Forrestal de l'United States Navy. L'origine du drame est une anomalie électrique qui déclencha le tir d'une roquette Zuni depuis un avion situé sur le pont d'envol. L'incendie, le plus grand sur un porte-avions américain depuis la Seconde Guerre mondiale, faillit entraîner la perte du navire.

Le Forrestal était à l'époque engagé dans des opérations militaires dans le golfe du Tonkin dans le cadre de la guerre du Viêt Nam. Les dégâts ont dépassé les 72 millions de dollars (hors dommages causés aux aéronefs).

Déroulement de l'accident[modifier | modifier le code]

Disposition des avions sur le pont au moment de l'accident. La roquette est partie du F-4B immatriculé 110, à l'arrière du navire, cerclé en rouge qui a frappé les A-4 en face de lui.
Lutte contre les incendies sur le pont d'envol.

Le Forrestal arrive dans la zone d'opérations nommée Yankee Station (en) dans le golfe du Tonkin au large du Viêt Nam du Nord le 24 juillet 1967.

Le 29 juillet, dans le cadre de l'opération Rolling Thunder de bombardement lors de la guerre du Viêt Nam, a 10 h 45, le porte-avions est en train de prendre la route avia pour permettre le lancement de la deuxième vague d’attaque la journée après celui de h 0 qui est déjà rentré, la préparation bat son plein[1].

À 10 h 50, une roquette air-sol Zuni, accrochée sous un avion McDonnell Douglas F-4 Phantom II s'allume à la suite d'une surtension qui s'est accidentellement propagée à la roquette au moment du passage à l'alimentation interne de l'avion après le démarrage de son réacteur.

La roquette légèrement déviée par le choc avec un marin va percuter le Douglas A-4 Skyhawk 405 piloté par le lieutenant Fred D. White en attente de catapultage, elle déchire sans exploser le réservoir externe gauche de celui-ci. Le carburant JP-5 se répand sur le pont d'envol et s'enflamme.

A 10 h 54, 94 secondes après le début de l'incendie, la première bombe détonne. Le pont d'envol est soufflé par les explosions en chaîne des avions de combat bourrés de carburant et d’armement, douze bombes de 225 et 1 000 kg détonnent au total sur le pont d'envol blindé[2]. Ce dernier est percé et le feu se répand aux étages inférieurs, provoquant de nombreux morts. La première explosion tue le groupe de pompiers, les seuls ayant reçu une formation de lutte anti-incendie. Dans son Douglas A-4 Skyhawk 416 entouré par les flammes, le Lieutenant John McCain, futur candidat à la présidence des États-Unis, réussit à s'échapper en sautant du nez de son avion.

A 10 h 59, le navire est en condition Zebra, toutes les cloisons et portes étanches sont fermées et les soutes à munitions sont prêtes à être inondées. Le hangar aviation sous le pont est arrosé par les sprinklers. Les avions les plus endommagés et les plus proches du feu sont poussés par dessus-bord à la force des bras ou avec un chariot élévateur[1].

Des hélicoptères venus des porte-avions USS Bon Homme Richard (CV-31) et USS Oriskany (CV-34) présents sur zone apportent des médecins et des lances à incendie et ramènent des blessés graves[1].

Le destroyer USS Rupertus (DD-851) (en) de la classe Gearing s'approche jusqu'à moins de 6 mètres pour arrosé le Forrestal avec ses lances à incendie trois heures d'affilée. 47 marins ont été projetés à la mer par les explosions successives, la baleinière du destroyer et les hélicoptères en récupèrent certains, tous brûlés à des degrés divers[1].

Sans l’aide des navires du groupe aéronaval de la Septième flotte américaine arrivés rapidement à la rescousse, le grand bâtiment aurait été probablement perdu, jamais un porte-avions n'avait survécu à de tels dommages. Après dix-sept heures de lutte contre les incendies, l’équipage reprit difficilement le contrôle du navire. Il rentre d'abord à la base navale de Subic Bay dans les Philippines par ses propres moyens[1] avec une forte gîte et à moitié calciné le 31 juillet, puis après des réparations de fortune la quitte le 11 aout en direction de la base navale de Mayport en Floride qu'il atteint le 12 septembre, deux jours plus tard, il retourne enfin à son port d'attache, la base navale de Norfolk. Les réparations ont lieu du 19 septembre 1967 au 8 avril 1968 au Norfolk Naval Shipyard.

L'utilisation d'anciennes bombes de composition B au lieu de celles de composition H6 capable de mieux tenir sous une température élevée, est une cause aggravante. En effet, les bombes H devaient tenir 2 minutes 30 au feu, alors que les anciennes bombes B tenaient, après test, 1 minute 30. Il est probable que cette minute d'écart soit la cause de l'anéantissement de l'équipe de pompiers professionnels. La lutte contre l'incendie est ensuite menée par l'équipage non formé qui tente de noyer un incendie d'hydrocarbures sous des tonnes d'eau, ce qui a pour conséquence de propager l'incendie dans le pont inférieur.

Bilan[modifier | modifier le code]

Photographie de l'incendie.

Le bilan de cette catastrophe fut de 134 morts (dont 90 dans les dortoirs placés sous le pont d'envol), 161 blessés, 21 avions du Carrier Air Wing Seventeen (en) (CVW-17) détruits (sept F-4 Phantom II (BuNos 153046, 153054, 153060, 153061, 153066, 153069 et 153912) ; onze A-4E Skyhawk (149996, 150064, 150068, 150084, 150115, 150118, 150129, 152018, 152024, 152036, 152040) ; trois RA-5 Vigilante (148932, 149282 et 149305) ; et 43 endommagés, et 72 millions de dollars de réparations pour sept mois de travaux[3].

La Farrier Fire Fighting School Learning Site (Carrier Fire Fighting School Learning Site), un site d'apprentissage de lutte incendie de la marine, fut ouvert à Norfolk et nommé d'après le pompier en chef Gerald W. Farrier, marin mort dans l'explosion initiale dans une tentative de refroidir avec un extincteur les bombes n'ayant pas encore explosé de l'avion touché par la roquette. Depuis, les marins américains reçoivent systématiquement une formation de lutte incendie.

Accidents similaires[modifier | modifier le code]

Cérémonie de commémoration du 40e anniversaire de la catastrophe.
  • L'USS Oriskany eut un accident similaire qui fit 44 morts le dû à un incendie provoqué par un leurre thermique.
  • L'accident de l'USS Enterprise le était dû à une roquette Zuni accrochée aussi sous un F-4 qui détona à bord du navire alors au large d'Hawaï. Cela déclencha une série de huit explosions qui ont fait de 24 à 27 morts et 85 à 120 blessés selon les sources, 15 avions furent détruits ou endommagés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Frédéric Lert et Salvatore Pezon, Emergency : Les histoires authentiques de l'aéronautique, vol. 3, Zéphyr Éditions, , 112 p. (ISBN 978-2361180485), USS Forrestal en péril, p. 15-23.
  2. Alexandre Sheldon-Duplaix, « La survivabilité des bâtiments de surface », Défense et Sécurité internationale, no 64,‎ , p. 96 (ISSN 1772-788X)
  3. (en) Stewart, Henry P. LCDR USN, « The Impact of the USS Forrestal’s 1967 Fire on United States Navy Shipboard Damage Control » [PDF], sur Army Command and General Staff College, Fort Leavenworth, (consulté le 20 février 2009)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Gregory A. Freeman, Sailors to the End: The Deadly Fire on the USS Forrestal and the Heroes Who Fought It, New York City, William Morrow, (ISBN 978-0-06-621267-8)

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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