Académie catholique de France

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Académie catholique de France
Logo de l’association
Cadre
Forme juridique Association loi de 1901
Entreprise à but non lucratif
But « Mettre en lien les institutions et les personnes qui le désirent, dont la production témoigne d’un attachement à la tradition intellectuelle du catholicisme ainsi qu’à son actualisation »
Zone d’influence France
Fondation
Fondation
Fondateur Un comité restreint d'intellectuels catholiques français
Origine « Centre catholique des intellectuels français » créé en 1945
Académies catholiques d'Allemagne
Vatican II
Identité
Siège Collège des Bernardins, Paris
Structure Un « conseil scientifique »
Un « corps académique »
Personnages clés Pie XII
René Rémond
Benoît XVI
Président Philippe Capelle-Dumont
Secrétaire général Jean-Luc A. Chartier
Affiliation Église catholique romaine
Financement dons et cotisations
Membres 94 sociétaires individuels
20 sociétaires institutionnels
64 membres du « corps académique »[1].
Slogan « Non intratur in veritatem, nisi per charitatem »
(On n’entre dans la vérité que par la charité), Saint Augustin, Contra Faustum, 32, 18.
Site web http://academiecatholiquedefrance.fr

L'Académie catholique de France, a d'abord été pensée fin 2007 début 2008 par un groupe d’universitaires. Le se tint une première rencontre qui réunit des personnalités issues de revues, d'associations et de facultés. Le s'est réuni un comité restreint au Collège des Bernardins à Paris qui décida de l'appellation définitive « Académie catholique de France » et de son siège social à cette adresse. En janvier 2009, le nouveau bureau constitué du prêtre et philosophe Philippe Capelle-Dumont (président), du professeur de médecine immunologiste Edgardo D. Carosella et du Père Jean-Robert Armogathe[2] (vice-présidents) ainsi que du professeur et philosophe Pierre Manent (secrétaire) organisèrent une première réunion au cours de laquelle furent adoptés les statuts et le règlement intérieur. En mars 2009 se tint la première réunion du « conseil scientifique » et l'élection des premiers membres du « corps académique ». Inspirée de l’Académie catholique de Mayence[3], en Allemagne, l’Académie catholique de France est composée de 70 clercs et de laïcs. Le « corps académique » compte 84 % de laïcs. Il est chargé de comprendre l'opinion publique sur les questions de société posées par l’actualité tout en reliant ses travaux à l’apport de la pensée catholique, ou plus largement chrétienne.

Le congrès inaugural de l'académie s'est tenu le .

Les raisons de cette initiative[modifier | modifier le code]

Isabelle de Gaulmin[4] établit un constat qui, dit-elle, a préludé à la décision de cette création :

Il est évident à lire la presse et les réseaux sociaux sur Internet, à entendre certains intellectuels ouvertement agnostiques, voire athées anticléricaux, que l'Église catholique, en tant qu'institution, est aujourd'hui discréditée. Nathalie Nabert, médiéviste et poète, doyen honoraire de la Faculté des Lettres de l'Institut catholique de Paris, membre du « corps académique », avoue que son engagement ressortit à une gageure courageuse. Cependant, elle ajoute que la création d'une « Académie catholique de France », soutenue par les huit facultés de théologie catholiques et l'École biblique de Jérusalem, est une affaire sérieuse et urgente.

En effet, la mort de René Rémond a paru à certains comme la fin de « l'intellectuel catholique ». N'existaient plus ces espaces de discussion où des hommes de foi et de combat s'étaient opposés à la torture en Algérie pendant la guerre[5], de ces catholiques engagés dans la vie politique qui assuraient une triple médiation entre l'Église, les laïcs catholiques et la société sécularisée. René Rémond lui-même s'était d'ailleurs alarmé dès 2000 du silence des intellectuels catholiques dans le débat public[6].

La création de l'« Académie catholique de France » répond donc à un besoin : faire œuvre de transmission du patrimoine chrétien, d'ouverture et de créativité. Comme l'affirme Nathalie Nabert : « C'est ainsi que je vis l'exigence scientifique, une garantie de liberté : dans notre Académie on ne porte pas le même costume[7]! »

Le précédent allemand[modifier | modifier le code]

Académie catholique de Bavière

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans un pays détruit spirituellement par le nazisme, des diocèses allemands ont décidé de faire dialoguer Église et société. Thomas Sternberg, directeur de l'académie de Münster, résume ainsi sa fonction : « Nous faisions entendre les questions de l'Église dans la société et les questions de la société dans l'Église ». Député CDU de Düsseldorf il ajoute qu'il était nécessaire d'« initier les jeunes à la démocratie » grâce à « une formation de deux ans ». L'expérience s'avéra très fructueuse par la suite puisque « presque tous les hommes politiques du Land l'ont suivie[8] ».

Les Académies catholiques allemandes se sont évertuées d'emblée à appliquer le renouvellement théologique des Années 1950 qui aboutira à Vatican II. Dans cet esprit, Stephan Loos, directeur de l'Académie de Hambourg, affirme que le projet était celui d'une « ouverture à la vérité qui se trouve aussi à l'extérieur de l'Église[9] ».

Même si l'on constate une certaine déchristianisation en Allemagne comme partout en Europe, il n'empêche qu'après la chute du mur de Berlin, en 1989, l'Église a éprouvé la nécessité de fonder des académies dans l'ancienne Allemagne de l'Est (Berlin, Dresde, Erfurt, Magdebourg).

Les académies catholiques allemandes aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, chaque diocèse a son académie où, dans l'esprit d'ouverture originel, sont invités tout ce que le pays compte de chercheurs, de scientifiques, d'artistes et de lettrés. L'actuel président du cercle des académies catholiques allemandes, Peter Reifenberg, tente de développer un axe principal de réflexion : le dialogue entre l'Islam et le christianisme. Même si elles dépendent de l'Église, ces académies revendiquent leur liberté intellectuelle. Elles se sont ainsi ouvertement opposées à la levée d'excommunication[10] des évêques intégristes[11].

Cependant, pour Thomas Sternberg, les « Académies catholiques allemandes » qui pouvaient auparavant « [s']adosser sur un milieu chrétien [doivent coexister avec] « une société plus sécularisée et plus diversifiée », ce qui les rend, à son avis, plus utiles que jamais autant qu'elles permettent « la rencontre des personnes et des disciplines[8] ».

Nature de l'« Académie catholique de France »[modifier | modifier le code]

Louis XIV visitant l'Académie des sciences. Gravure de Sébastien Leclerc in Mémoires pour servir a l'Histoire Naturelle des Animaux, (1671)

L’Institution créée est d’abord une Académie au sens grec platonicienClément Marot en 1508 parlait de « noble académie » pour désigner le Collège de France, où les Toulousains en 1323 parlaient de l’ « Académie des jeux floraux (Academia dels jocs florals) », les Italiens de la Renaissance de l'« Accademia fiorentina ». Les catholiques connaissent l’Académie pontificale des sciences à laquelle Pie XII a laissé une autonomie pleine et entière[12]. Les protestants, quant à eux, feront du vocable l’équivalent du mot « université » dès le XVIe siècle.

Le Président-Doyen actuel Philippe Capelle-Dumont en donne la définition suivante expressément référée à l’Académie catholique de Mayence :

« Le lexème « Académie » désigne une assemblée de gens de lettres, de savants et/ou d’artistes[13] reconnus par leurs pairs, ayant pour mission de veiller aux usages dans leurs disciplines respectives et de publier des ouvrages. Il incarne aussi bien des formules institutionnelles variables, d’échanges et de production de savoirs. À tout le moins, chacune d’elles dans sa spécialité, a pour finalités de « transmettre », de « rechercher » et de « créer » [...] sur la base de thèmes choisis en lien avec l’actualité, soucieu[ses] de faire avancer la réflexion dans une articulation positive avec la foi chrétienne[14] . »

Cette Académie est catholique dans le sens où l’entendait Claudel[15] connotant l’universalité en plus de la confession particulière. Il ne s’agit nullement d’aller à l’encontre de l’œcuménisme de Vatican II d’autant que les membres fondateurs ont souhaité « le dialogue » avec les « frères dont nous sommes séparés » mais aussi « le dialogue avec les collègues revendiquant d’autres appartenances religieuses ou se réclamant des diverses écoles philosophiques » dans une « visée large de confrontation rationnelle et généreuse ». De la même façon, le fait qu’elle soit française n’induit aucune exclusion géographique mais permet d’envisager à plus long terme la création de « collèges régionaux académiques » autonomes sur le modèle allemand[9].

Objectifs de l'Académie[modifier | modifier le code]

Au début 2008, les membres fondateurs ont désiré mettre en valeur « la place et la reconnaissance dans l'espace public, de la production intellectuelle attachée au christianisme, au catholicisme en particulier. » S'il en était besoin, le discours de Benoît XVI aux Bernardins[16] adressé au monde de la culture a encouragé les initiateurs du projet à le mener à terme.

Selon le président Philippe Capelle-Dumont, spécialiste de Martin Heidegger, l'académie doit comporter deux piliers :

Le premier de type fédérateur doit témoigner du caractère associatif (de type loi de 1901) de cette académie clairement attachée au catholicisme, caractère garanti par les articles 7 et 10 des statuts.

Le second inscrit dans les articles 15 et 16 consiste en un « corps académique » animé par un « conseil académique » composé de « personnalités de différentes disciplines, scientifiques, philosophiques, théologiques, artistiques et juridiques, et dont l’œuvre est reconnue ».

Mission du « Corps académique »[modifier | modifier le code]

Le Père Doyen Philippe Capelle-Dumont attribue trois missions complémentaires au « corps académique[17] » de l’« Académie catholique de France ».

Le plus ancien portrait connu de saint Augustin. Fresque du VIe siècle, Latran, Rome. La devise de l'« Académie catholique de France » est empruntée au Liber contra Faustum manicheum.

Une double exigence intellectuelle et dogmatique[modifier | modifier le code]

En premier lieu, l’académie doit « représenter l’excellence disciplinaire dans une instance de conviction catholique[18] ». Il s’agira, pour être précis, de concilier la « rationalité » et la « détermination croyante », l’ « esprit critique » et la « conviction » sans que l’un n'ait systématiquement autorité sur l’autre. Bien au contraire, même si la religion catholique repose sur un corpus dogmatique, elle n’est pas pour autant irrationnelle et la croyance doit s’appuyer sur une réflexion structurée et raisonnable. Ce point est capital car il est le passage obligé entre « les différents savoirs » et « les différents types d’interrogations qui les organisent : scientifiques, philosophiques, théologiques, juridiques, artistiques ».

Un organe de réflexion sur l'interaction religion/société[modifier | modifier le code]

Ensuite la mission du « corps académique » sera de « faire avancer la réflexion sur des thèmes choisis, d’actualité intellectuelle ou sociale ». Partant du constat réaliste contemporain d’une déficience culturelle, morale, et d’une relative absence d'outils analytiques permettant la justesse de l’action culturelle et collective, l’académie doit prendre urgemment en charge les questions essentielles posées par la société d'aujourd'hui. Il pourra s’agir, par exemple, de donner un sens aux grands tournants politiques et historiques, des raisons de garder confiance, de réfléchir sur l’écologie, sur la portée morale de certaines avancées technologiques, sur le rôle et la nécessité de la religion, de la philosophie, des droits humains… Il appartient au « conseil académique » de faire entrer ces questions dans des travaux communs ou d’en faire le thème de la conférence annuelle.

Un outil informatif de qualité irréprochable[modifier | modifier le code]

Enfin, le « corps académique » doit « intervenir dans le cadre de rencontres ponctuelles avec les médias de culture ». À l’époque où le public remet en cause les informations distribuées par les différents médias, l’académie, instance culturelle essentielle mais ouverte et libre, doit s’imposer une « communication qualifiée et adaptée ». Il est souhaitable que soient organisés des échanges avec la presse, « à l’écart des slogans et des méprises », sans ambiguïté possible c’est-à-dire dans le cadre d’une recherche et d’une réflexion déployée en catholicisme « pour l’amour de Dieu et de sa Création, dans l’esprit de la devise de l’Institution : « Non intratur in veritatem, nisi per charitatem (On n’entre dans la vérité que par la charité[19]) ».

Une unanimité nuancée[modifier | modifier le code]

De tout ce qu'on a pu lire dans la presse catholique, voire chrétienne, nul n'a vraiment remis en cause la nécessité absolue de fonder une « Académie catholique de France ». Encore fallait-il que la dénomination choisie reflète une réalité incontestable.

Une fondation à construire[modifier | modifier le code]

L'accord quasi unanime des intellectuels ne se fit qu'après un travail définitoire suffisamment clair et strict qui ne permette aucune contestation. Même du côté des chrétiens protestants, la nouvelle institution, telle qu'elle était définie dans les statuts, ne provoqua aucun remous.

Une nécessité reconnue par tous[modifier | modifier le code]

Le dimanche 18 septembre 2011, Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix et Arles, présidait une table ronde inaugurale qui avait pour tâche de lancer, en quelque sorte, et de faire connaître l'« Académie catholique de France » aux fidèles de son diocèse. À cet effet, il avait invité le président Philippe Capelle-Dumont. Il ne s'agissait pas tant d'expliquer ce qu'était l'Académie que de se poser les questions essentielles qui avaient présidé à sa création. L'enjeu principal était de répondre à ce problème capital : Qu'est-ce qu'une culture catholique ? Une définition théologique ou philosophique fut sans doute jugée trop abstraite. On avait donc décidé de décomposer la problématique en sous-thèmes concrets susceptibles d'éclairer questions et réponses : « À quoi reconnaît-on qu’un roman, une pièce de théâtre, un poème, un film ou un essai sont catholiques ? Dans un contexte qui paraît sécularisé, la culture catholique peut-elle se comprendre comme une “contre-culture” ? Cette question a-t-elle d’ailleurs un sens ? Une culture catholique n’est-elle pas surtout une force féconde de proposition, d’interrogation et de création[20] ? » On imagine que le flou, l'approximation ou la négation auraient été jugées inconciliables avec la poursuite du plan projeté aux Bernardins quelques mois plus tôt.

« Penser l'héritage catholique »[modifier | modifier le code]

Cependant, une définition trop stricte du terme « catholique » ne constituerait-il pas un obstacle à l'œcuménisme actuel ? À ce propos, le théologien protestant Olivier Abel commence par évoquer la tendance du monde intellectuel au repliement sur soi et à l'individualisme. De ce fait, il lui apparaît primordial de créer « un collectif d'intellectuels » qui puisse « penser l'héritage catholique de manière critique ». Loin de s'offusquer que les fondateurs aient préféré l'adjectif « catholique » à celui de « chrétien », Abel trouve cette dénomination d'autant plus cohérente et légitime qu'elle n'induit pas le « côté très confessant et militant » du choix inverse, ce qui eût pu passer pour « agressif » ou « prosélyte ». Au contraire, l'Académie catholique s'inscrit « dans une tradition et une dimension culturelle ». La question cependant est de savoir si la vie intellectuelle nationale est suffisamment mûre dans cette « période de ressac dont nous ne finissons pas de sortir ». Sans doute l'« Académie catholique de France » ne pourra-t-elle donner toute sa dimension que lorsque le débat public pourra sereinement rendre sa place à « l'apport des grandes traditions religieuses[21] ».

Premières difficultés[modifier | modifier le code]

Restait à se faire reconnaître par les milieux catholiques eux-mêmes dont les mouvances sont nombreuses. La définition du « catholicisme » proposée par la nouvelle académie fut bien acceptée par tous. Mais restait à prouver la réalité du signifiant dans les prises de parole et dans les actes.

« Nous ne sommes pas en concurrence »[modifier | modifier le code]

La fondation de l'« Académie catholique de France » revêt-elle un caractère indispensable ou ne concurrence-t-elle pas des institutions déjà existantes ? La journaliste de La Croix Élodie Maurot a interrogé le sociologue, membre de Confrontations[22], Françoise Parmentier. Même si cette dernière a tendance à présenter « Confrontations[23]» dont elle est membre comme l'héritière légitime du « Centre catholique des intellectuels français » (CCIF[24]), Françoise Parmentier finit par admettre que dans la « galaxie du monde chrétien », l'« Académie catholique de France » a sa place. Cependant ses réticences sont assez sensibles. D'une part, elle se réclame de l'antériorité de « Confrontations », fondée en 1978 par René Rémond, pour regretter que cette association n'ait pas été consultée davantage, qu'elle n'ait eu connaissance « ni d[es] projets ni d[es] statuts » de l'« Académie catholique de France », « ni même de [son] équipe ». Elle admet cependant que certains membres de « Confrontations » ont été invités « à titre individuel ». D'autre part, Françoise Parmentier, à l'exact opposé d'Olivier Abel, revendique le statut d'« association d'intellectuels chrétiens » et pas seulement « catholiques ». En fin de compte, elle ne se montre pas hostile à la création de cette Institution tout en regrettant visiblement qu'on ait préféré un modèle allemand en difficulté aux organisations françaises de même type déjà en place[25].  

Premiers balbutiements, premières maladresses[modifier | modifier le code]

Malgré quelques réticences, assez négligeables, la plupart des intellectuels catholiques reconnurent donc presque immédiatement l'orthodoxie de la nouvelle institution. Ce fut à peine si Liberté politique s'autorisa une allusion un peu ironique sur la composition de l'Académie : « La Catho de Paris est sur-représentée, mais parmi les théologiens, pour l'heure, les ratzingeriens ne sont pas encore légion[26]... ». Faute de pouvoir s'attaquer au groupe structuré, à sa nature et à ses objectifs, on mit en cause quelques membres de la nouvelle assemblée. L'historien Yves Chiron s'en prit à Nathalie Nabert, membre du Bureau, qui interrogée par un hebdomadaire chrétien « sur l’accès au sacerdoce pour les femmes », crut bon de devoir faire une réponse toute en nuance et en modeste prudence : « La question du sacerdoce des femmes est trop complexe, trop délicate et comporte trop d’implications théologiques, canoniques et philosophiques pour qu’on puisse y répondre d’instinct sur la base d’une réaction féministe. Je n’entrerai donc pas dans ce débat pour lequel je n’ai, en l’état actuel de mes connaissances sur cette question, aucune compétence particulière. » Or, Chiron, s'empressa de rappeler l'« académicienne catholique française » à l'ordre, lui enjoignant de se référer à la déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, Inter insigniores en 1976, approuvée par Paul VI, et à la lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis de Jean-Paul II, en 1994. Les deux papes y avaient engagé leur infaillibilité pontificale, rappelant solennellement que l’ordination sacerdotale est « exclusivement réservée aux hommes ». Et Yves Chiron concluait : « Madame Nathalie Nabert illustre, de manière bien décevante, l’Académie catholique de France en ses balbutiements », oubliant que même un contenu doctrinal peut (doit) mener à un débat ouvert, ce qui est précisément la raison d'être de l'Académie, inscrite dans ses statuts[27].

Jusqu'où permettre la liberté de parole et de contradiction ?[modifier | modifier le code]

Une autre personnalité, membre du « corps académique » section II, le journaliste et historien Henri Tincq fut beaucoup plus sévèrement attaqué. L'Osservatore Gabbiano commence par énoncer ce qu'il attend de la nouvelle académie. Il n'y est pas hostile d'emblée sous trois conditions, cependant : qu'elle ne se contente pas de réagir à l'actualité mais qu'elle la crée ; qu'elle sache faire valoir son expertise dans tous les domaines et pas seulement dans ceux où l'on confine les catholiques habituellement ; enfin, qu'elle sache clairement où se situer « entre le Saint-Père, la Conférence des Évêques de France, les quelques évêques/archevêques/cardinaux un peu médiatiques, les media chrétiens… » Et le journaliste conclut sur ce qu'il appelle « un minuscule bémol » explicité aussitôt après : « Qu’est-ce qu’Henri Tincq (pour mémoire, journaliste chargé des religions au Monde, qui ne manque jamais une occasion de taper sur l’Église lorsqu’elle pense différemment des vents dominants…) fait là-dedans[28]??? » Il est vrai que ce spécialiste des religions au Monde depuis 1985 s'est créé de profondes inimitiés dans le milieu conservateur en reprochant notamment au pape Benoît XVI de faire trop de concessions aux mouvements intégristes et traditionalistes. Très ouvert au dialogue inter-religieux, même s'il s'inquiète du sort des chrétiens d'Égypte, il ne se dit pas forcément opposé à l'arrivée au pouvoir des islamistes au Maghreb. Et pourtant, même si certains articles peuvent paraître sentir le soufre, c'est lui qu'on a choisi pour représenter l'académie lors du débat télévisé du sur « Les prises de parole dans l'espace public » Un clin d'œil assez appuyé, peut-être ?

Travaux et réalisations[modifier | modifier le code]

Depuis sa création, l’Académie catholique de France a organisé plusieurs colloques. Le premier s’est tenu le dans le cadre de l’année européenne contre l’exclusion et s’intitulait « Pauvretés et urgences sociales ». Fondé sur l’engagement de Nicolas Sarkozy de combattre la misère et sur les rapports de la Conférence des évêques de France et celui de la Commission présidée par Joseph Stiglitz, les participants se sont interrogés sur les mesures pour lutter contre les «nouvelles pauvretés » au terme des « Trente glorieuses » et du rôle qu’entend y jouer l’Église catholique.

Le colloque annuel et national de l’académie du , à Lyon, partait du constat que l’idée d’un progrès des connaissances, bien qu’acceptée par l’ensemble des scientifiques, n’était pas sans poser de problèmes notamment en philosophie, en théologie, en économie, en sciences juridiques et surtout dans le domaine social. En partenariat avec l’Université catholique de Lyon, les intervenants se sont évertués à réinterroger la notion de progrès dans une perspective chrétienne.

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À partir du 1er juin 2012, au Saulchoir et aux Bernardins, se tiennent plusieurs journées d’étude consacrées à la philosophie chrétienne en partenariat avec l’Association des philosophes chrétiens, l’Association des amis de Maurice Blondel, le Centre des archives Maurice Blondel, le fonds Michel Henry de l’Université catholique de Louvain et l’Association Louis-Lavelle. Les questions traitées sont tour à tour « De la philophia christiana à la philosophie chrétienne. Leçons de l’histoire » de Plotin à Heidegger en passant par Saint Augustin ; « Christianisme, ontologie et révélation ».

Les 16 et 17 novembre 2012, la question de « la crise chrétienne de l’Europe » et de « l’urgence européenne » a été traitée au Collège des Bernardins.

Composition du Bureau[modifier | modifier le code]

  • Père Philippe Capelle-Dumont, président
  • Jean-Dominique Durand, vice-président
  • Yvonne Flour, vice-présidente
  • Jean-Luc A. Chartier, secrétaire général
  • Isabelle Moulin, trésorière
  • Mgr Antoine de Romanet, membre représentant la Conférence des évêques de France
  • Père Thierry Magnin, membre
  • Jacques Pelletier, membre

Sections de l'« Académie catholique de France »[modifier | modifier le code]

Le corps académique compte six sections.

  • Section I : sciences, technologies et médecine
  • Section II : sciences humaines et sociales
  • Section III : philosophie et théologie
  • Section IV : arts et lettres
  • Section V : droit et économie

Sociétaires institutionnels[modifier | modifier le code]

« Université catholique d’Angers, première faculté libre de France fondée par Mgr Charles-Émile Freppel, évêque d’Angers »

L'« Académie catholique de France » a bénéficié de l'appui d'un certain nombre d'institutions nationales lors de sa création. Depuis, beaucoup ont rejoint les premières pour soutenir les projets mis en place par le « corps académique » et participer à leur élaboration.

Revues[modifier | modifier le code]

  • Revue d'éthique et de théologie morale (directeur : Laurent Lemoine)
  • Revue thomiste (directeur : Serge Bonino)
  • Revue catholique internationale Communio (directeur : Serge Landes)

Ouvrages et publications[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Dieu, le temps et la vie, Colloque inaugural de l'Académie catholique de France, 23 octobre 2009. Actes publiés dans « Transversalités N° 110 », Institut catholique de Paris, (avril-juin 2010) ; Paroles et silence du , 120 pages (ISBN 978-2-88918-023-3).
  • Des poètes et Dieu, Journée d'étude organisée le par la section arts et lettres de l'académie, Actes publiés dans « Transversalités N° 120 », Institut catholique de Paris, (octobre-décembre 2011)
  • Pauvretés et urgences sociales, ouvrage collectif réunissant les contributions de Jean-Robert Armogathe – Philippe Capelle-Dumont – Jean-Pierre Dupuy – Xavier Emmanuelli – Pierre de Lauzun – Peter McCormick – Pierre Manent – Michaël W. Oborne.

Lettres[modifier | modifier le code]

L’Académie publie une lettre interne.

Lettre n° 1 de janvier 2011 ;

Lettre n° 2 d'avril 2011 ;

Lettre n° 3 de septembre 2011 ;

Lettre n° 4 de janvier 2012 ;

Lettre n° 5 d'avril 2012.

Radio télévision expositions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 12 pour la section I : médecine, sciences de la vie et de l’univers ; 14 pour la section II : sciences humaines et sociales ; 13 pour la section III : philosophie et théologie ; 10 pour la section IV : arts et lettres ; 15 pour la section V : droit et sciences économiques.
  2. « Une Académie catholique »
  3. « Naissance de l'Académie catholique de France »
  4. La Croix, quotidien n° 38467, « Les Intellectuels catholiques en quête de visibilité », Article du , p. 2.
  5. Voir notamment le combat politique de Témoignage chrétien.
  6. René Rémond, Le Christianisme en accusation : entretiens avec Marc Leboucher, Desclée de Brouwer, 2000, 159 pages (ISBN 2-220-04833-0)
  7. La Croix, quotidien n° 38467, « Cinq membres du nouveau corps académique », « Nathalie Nabert, créativité et ouverture de l'Académie », Article du , p. 3.
  8. a et b La Croix, quotidien n° 38467, « Cinq membres du nouveau corps académique », « Nathalie Nabert, créativité et ouverture de l'Académie », Article du , p. 3.
  9. a et b La Croix, quotidien n° 38467, « Cinq membres du nouveau corps académique », « Nathalie Nabert, créativité et ouverture de l'Académie », Article du , p. 3.
  10. L'excommunication portant sur les quatre évêques sacrés, dont un antisémite révisionniste, a été levée le par décret de la Congrégation des évêques. On peut lire sur le sujet l'annonce par le service de presse du Vatican ou « Le pape lève l'excommunication des évêques intégristes », La Croix, 24 janvier 2009.
  11. Voir l'article Intégrisme.
  12. « À vous, nobles champions des arts et disciplines humaines, l'Église reconnaît une totale liberté dans vos méthodes et vos recherches », Pie XII, Message aux Académiciens, 1940.
  13. Dans le même document, il précise « chercheurs », « enseignants », « écrivains » et « artistes ».
  14. Présentation de l'Académie catholique de France par le Doyen Philippe Capelle-Dumont, Président de l'Académie catholique de France, "Quelles significations s’accordent à la dénomination « Académie catholique de France" » ?
  15. Bernard Bonnejean, Le Dur Métier d'apôtre, (Les poètes catholiques à la découverte d'une réelle authenticité), I- « L'Esprit et l'inspiration dans la poésie catholique », « La "Catholicité" selon Claudel », Paris, éd. du Cerf, 2009, 321 pages, pp. 101-108. (ISBN 978-2-204-08053-8)
  16. Discours de Benoît XVI du 13 septembre 2008 au monde de la culture in extenso
  17. L’Académie catholique de France est composée de deux instances. Son « corps académique » qui à l'origine comprenait 25 personnalités de différentes disciplines scientifiques, philosophiques théologiques, artistiques et juridiques, dont l’œuvre est reconnue, compte désormais 70 membres. Les candidats sont soumis au vote des membres par un « conseil académique ».
  18. Toutes les citations de cette partie sont extraites de « Présentation de l'Académie catholique de France par le Doyen Philippe Capelle-Dumont, président de l'Académie catholique de France », « Quelle est la mission du "Corps académique" comme tel ? »
  19. Saint Augustin, Contra Faustum, 32, 18
  20. « Table ronde inaugurale du 18 septembre 2011 »
  21. Propos d'Olivier Abel, philosophe protestant, recueillis par Émilie Maurot pour La Croix, « Penser l'héritage catholique », mardi , p. 3.
  22. L'association « Confrontations » en ligne.
  23. Bref historique de l'association « Confrontations ».
  24. « Créé en 1945 par des catholiques soucieux de confronter la foi à la modernité culturelle et convaincus de la nécessité d’établir un dialogue avec les différents courants de la pensée contemporaine, [le CCIF] ce foyer de réflexion a trouvé très vite sa place au sein de l’intelligentsia parisienne. Carrefour de recherches, il joue collectivement un rôle de plate-forme de l’intelligence, analysant largement les grandes mutations de la société française. En trente ans, il réunit près de 2800 intervenants, venus d’horizons divers, pour des débats hebdomadaires, un rassemblement annuel et assure la publication d’une revue trimestrielle », Claire Guyot, De l'engagement au désenchantement (1945-1975) ? Jalons pour une histoire des intellectuelles catholiques, p. 155.
  25. Propos de Françoise Parmentier, sociologue, membre de l'association « Confrontations », recueillis par François-Xavier Maigre pour La Croix, « Nous ne sommes pas en concurrence », mardi , p. 3.
  26. Liberté politique en ligne du 25 septembre 2009.
  27. Yves Chiron, Article paru dans Présent, le .
  28. Article paru dans l'Osservatore Gabbiano du 22 septembre 2009
  29. Présentation KTO : « Notre société moderne se caractérise par le fourmillement des images et leur rôle de plus en plus important dans la vie de chacun, et même des enfants : télévision, imagerie médicale, mondes virtuels de l'Internet et des réseaux sociaux, etc. Quelles transformations en découlent ? Comment les images peuvent-elles être de bons serviteurs et non de mauvais maîtres ? L'image permet-elle d'atteindre la Vérité ? Une Table ronde proposée par l'Académie catholique de France. Avec Odile Macchi, Membre de l'Académie des sciences ; Olivier Boulnois, directeur du Laboratoire d'Études sur les monothéismes ; Olivier Houdé, Professeur à l'Université Paris Descartes ; Yves Meyer, Professeur émérite à l'École Normale Supérieure ; Arnaud Upinsky, Épistémologue, Président de l'Union Nationale des Ecrivains de France. »
  30. Présentation KTO : « En partenariat avec l'Académie Catholique de France. La philosophie est toujours en crise. Mais comment préciser la crise actuelle ? Philosopher, c'est réfléchir pour prendre un point de vue universel, ce n'est pas exprimer ses opinions personnelles. La philosophie sérieuse se réfugie dans l'étude approfondie des problèmes de la vie et du savoir mais se coupe alors du grand public. Jamais la disjonction entre la philosophie universitaire et la philosophie pour le monde, celle des journaux, des blogs, n'a été aussi grande. Peut-il y avoir une philosophie transversale, échappant à la fois à la pure spécialisation et à la réduction à une idéologisation sociopolitique ? Avec la participation de : Jean-Louis Vieillard-Baron, professeur de philosophie à l'université de Poitiers et à l'Institut catholique de Paris ; P. Philippe Capelle-Dumont, docteur en philosophie et théologie, président de l'Académie catholique de France ; André Comte-Sponville, philosophe, membre du Comité consultatif national d'éthique. Débat animé par Catherine Escrive, journaliste. »
  31. Présentation KTO : « Comment prend-on la parole dans l'espace public et médiatique ? Et qui la prend ? Suivant quelles stratégies ? Le christianisme et l'Église semblent rencontrer des difficultés pour communiquer. Les raisons en sont multiples. Exigence de simplification du « message », primat de l'émotionnel, « peopolisation », goût des polémiques, tout cela pourrait décourager les chrétiens eux-mêmes et leur donner la tentation de fuir des pratiques qui leur paraissent souvent étrangères et hostiles. Mais au titre de l'Esprit qui l'a fondée et qui l'anime, l'Église ne peut pas s'abstenir de toute communication ... À quelles conditions, avec quels moyens, cette parole doit-elle être prise et exprimée ? Avec la participation de : Jean-Claude Guillebaud, cofondateur de l'association Reporters sans frontières, chroniqueur politique au Nouvel Observateur et chroniqueur au journal La Vie ; Laurence Masurel, rédacteur en chef à Paris Match, chargée du service politique et chroniqueur politique à Radio Notre-Dame ; Henri Tincq. »