Abu 'Afak

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Abu 'Afak (arabe : أبو عفك, c. VIIe siècle) était un poète juif qui vécut dans la région de Hijaz (aujourd'hui Arabie du Sud). Abu 'Afak aurait refusé de se convertir à l'islam, il devint par la suite un ennemi politique de son contemporain Mahomet.

Dans sa vieillesse, Abu 'Afak Arwan aurait écrit un poème à charge contre Mahomet et son armée dans le but d'exciter les polythéistes et les pousser à faire la guerre contre les musulmans. Ce poème est relaté dans la Sira.

Récit d'Ibn Ishaq[modifier | modifier le code]

L'affaire est rapportée par Ibn Ishaq dans la « Sirat Rasul Allah » (la plus ancienne biographie de Mahomet). Salim Ibn Umayr aurait décidé de l'assassiner en plein sommeil alors qu'il avait 120 ans. Ibn Sa'd al-Baghdadi :

Puis a eu lieu le « sariyyah » [raid] de Salim Ibn al-Amri Umayr contre Abou Afak, le Juif, dans [le mois de] Shawwal au début du vingtième mois de l'hégire, de l'Apôtre d'Allah. Abu Afak, était de Banu Amr Ibn Awf, et était un vieil homme qui avait atteint l'âge de cent vingt ans. Il était Juif, et avait, pour dynamiser les gens contre l'Apôtre d'Allah, composé des versets satiriques contre lui . Salim Ibn Umayr qui fut l'un des grands guerrier et qui avait participé à Badr, a déclaré: «Je prends le vœu de tuer Abou Afak ou de mourir avant lui. Il attendit une occasion jusqu'à une nuit chaude est venu, et Abu Afak a dormi dans un lieu ouvert. Salim Ibn Umayr le savait, il plaça l'épée sur son foie et la serra jusqu'à ce qu'il atteint son lit. L'ennemi d'Allah a crié et les gens qui étaient ses disciples, se précipitèrent vers lui, le prirent dans sa maison et l'enterrèrent

.

Réception[modifier | modifier le code]

Théologiens musulmans[modifier | modifier le code]

Pour les musulmans ces hadiths n'ont aucun fondement puisqu'ils sont rapportés sans chaînes de transmission (isnad). Les spécialistes du hadith (mouhaddithoune) comme Al-Bukhari [réf. nécessaire], Ibn Maīn, An-Nassa'i, Ibn al-Jawzi, Majdi, Ibn ‘Adiyy, Ad-Daaraqutni ainsi que Al-Albani ont rejeté l’histoire, déclarant qu’il s’agissait d’une invention (hadith mawdhou), puisque le rapporteur Muhammad ibn al-Hajjaaj est considéré comme "menteur avéré" par tous les savants spécialistes de hadith et que donc les chaînes de témoins par lesquelles l’histoire fut transmise étaient mauvaises.

Historiens[modifier | modifier le code]

Pour René Marchand, la mort du poète se place dans le cadre de la prise en main de la communauté médinoise (la ville comprend deux tribus arabes et trois tribus juives à l'arrivée de Mahomet et de ses disciples) après la bataille de Badr. Elle se traduit par une discipline sévère, des rituels (prières, ramadan) que tous les membres doivent respecter. Deux poètes, dont Abu 'Afak, qui se sont moqués de ses partisans sont assassinés[1].

Ceux qui ne s'accordent pas avec les projets de Mahomet se retrouvent écartés et l'opposition interne à Médine, qui inquiète Mahomet, est matée : deux tribus juives sont chassées de la ville en 624 puis 625 et la troisième est décimée en avril 627[2].

Références[modifier | modifier le code]

  1. René Marchand, « L'Islam et les autres selon la sunna », La Nouvelle Revue d'histoire, Hors-Série, n°12H, Printemps-Été 2016, p.6-8.
  2. François Déroche, « Vie de Muhammad », in Religions et Histoire, no 36, janvier 2011, p. 27.