Abstraction (philosophie)

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En philosophie, la notion d’abstraction renvoie à une opération de l'esprit par laquelle les propriétés générales, universelles, ou nécessaires et contingentes d'un objet sont distinguées de ses propriétés particulières, relatives. Elle peut également renvoyer aux produits de cette opération.

L'opération d'abstraction permet de distinguer entre l'abstrait et le concret. Ceux-ci forment une opposition conceptuelle qui est inscrite au programme de philosophie des classes de terminale, en France, pour les séries L, ES, et S, dans la catégorie « repères ».

 Histoire[modifier | modifier le code]

Penser en abstractions est considéré par les archéologues, anthropologues, et sociologues d'être l'un des traits essentiels du comportement humain moderne, qui est soupçonné d'avoir mis au point il y a entre 50.000 et 100.000 ans. Son développement est susceptible d'avoir été étroitement liées au développement du langage humain, qui (qu'il soit parlé ou écrit) apparaît à la fois à impliquer et faciliter la pensée abstraite.

Abstraction implique l'induction d'idées ou la synthèse des faits particuliers dans une théorie générale de quelque chose. C'est le contraire de la spécification, qui est l'analyse ou rupture vers le bas d'une idée générale ou l'abstraction dans les faits concrets. Abstraction peut être illustré par Novum Organum de Francis Bacon (1620), un livre de philosophie scientifique moderne écrit dans la fin de l'ère élisabéthaine de l'Angleterre[1] pour encourager penseurs modernes pour recueillir des faits spécifiques avant de faire des généralisations. Bacon utilisé et promu l'induction comme un outil d'abstraction, et il a répliqué l'ancienne approche déductive-pensée qui avait dominé le monde intellectuel depuis l'époque des philosophes grecs comme Thalès, Anaximandre, et Aristote. Thalès (c 624 BC -.. C 546 BCE) estime que tout dans l'univers provient d'une substance principale, l'eau. Il en a déduit ou spécifié d'une idée générale, «tout est de l'eau», aux formes spécifiques de l'eau tels que la glace, la neige, le brouillard et les rivières. Les scientifiques modernes peuvent également utiliser l'approche opposée de l'abstraction, ou allant de faits particuliers recueillies en une idée générale, comme le mouvement des planètes (Newton (1642-1727)). Pour déterminer que le soleil est le centre de notre système solaire (Copernic (1473-1543)), les scientifiques ont dû utiliser des milliers de mesures pour finalement conclure que Mars se déplace sur une orbite elliptique autour du soleil (Kepler (1571-1630)), ou de rassembler plusieurs faits spécifiques dans la loi de la chute des corps (Galileo (1564-1642)).

Différents types d'abstraction[modifier | modifier le code]

L'abstraction par simplification[modifier | modifier le code]

L'abstraction peut consister à simplifier une réalité trop complexe pour être pensée. Il s'agit alors de négliger ce qui n'a pas d'importance ou de pertinence au profit de ce qui en a. Au sens de l'abstraction par simplification l'abstrait est nécessairement plus simple que le concret.

L'abstraction par généralisation[modifier | modifier le code]

L'abstraction peut consister à remonter d'un ensemble d'éléments particuliers vers ce qui leur est commun. Elle se fonde sur la logique des classes. L'abstraction consiste alors à remonter d'éléments particuliers vers des classes toujours plus englobantes. Au sens de l'abstraction par généralisation l'abstrait est nécessairement plus général que le concret.

L'abstraction par analyse ou par sélection[modifier | modifier le code]

L'abstraction peut consister à isoler une propriété particulière de ses déterminations ou de ses relations. Au sens de l'abstraction par analyse l'abstrait est toujours plus pur ou mieux isolé que le concret.

Problèmes fondamentaux de l'abstraction[modifier | modifier le code]

Opposition de l'abstrait et du concret[modifier | modifier le code]

L'opposition entre l'abstrait et le concret est le plus couramment comprise comme absolue. Tout ce qui est abstrait n'est pas concret et inversement. Mais l'opposition de ces termes ouvre plusieurs problèmes classiques en philosophie :   

  1. L'abstrait et le concret renvoient-ils à des réalités distinctes ou constituent-ils deux manières de voir une même réalité ?
  2. N'existe-t-il pas des degrés d'abstraction et de concrétude ?
  3. Peut-on penser ces termes d'une manière indépendante ou toute abstraction suppose-t-elle une contrepartie concrète et inversement ?
  4. Faut-il dire que seules les réalités abstraites existent absolument ? Ou faut-il au contraire affirmer que n'existent que les seules réalités concrètes ?

De l'abstraction aux abstractions[modifier | modifier le code]

Le terme d'abstraction renvoie en un premier sens à une opération de l'esprit, un processus, par lequel des propriétés abstraites sont mises en évidences. C'est ce que l'on appelle "l'abstraction" lorsque l'on parle, par exemple, des capacités d'abstraction d'un philosophe ou d'un mathématicien. Mais ce terme peut également renvoyer à ces propriétés elles-mêmes. On peut en effet considérer que des idées abstraites comme l'Être ou la liberté, mais aussi la blancheur ou le poids, constituent "des abstractions".

Cette distinction permet de formuler un problème classique :

- Faut-il considérer que les abstractions résultent du processus d'abstraction lui-même, et que celui-ci les construit voire les invente, ou dire au contraire que ce processus d'abstraction nous permet de retrouver des abstractions qui existent préalablement au fait que nous en prenions connaissance ?

On peut également tenir pour problématique l'unité même du concept de processus d'abstraction :

- N'existe-t-il pas plusieurs types d'abstraction différents et peut-être irréconciliables comme l'abstraction philosophique, mathématique, ou logique, ou encore des abstractions par simplification, généralisation ou sélection ?

Inversement la pluralité du concept d'abstraction lorsque l'on parle des abstractions particulières, comme la blancheur, le poids ou le bien, est également problématique :

- Affirmer qu'il existe une pluralité de réalités conceptuelles, véritablement indépendantes, ne permet pas de comprendre ce qui fait que l'on nomme chacune de ces abstractions une abstraction. Ne faudrait-il pas pour cela encore abstraire ce qui forme l'unité de ces abstractions afin d'atteindre à une abstraction absolue ?

Différentes théories de l'abstraction en philosophie[modifier | modifier le code]

La théorie des Idées, formulée par Platon, affirme l'existence réelle des Idées (abstraites), au détriment du sensible (concret).      

La théorie de l'hylémorphisme, formulée par Aristote, considère que tout objet est formé de manière indissociable d'une matière (concrète) et d'une forme (abstraite[réf. nécessaire]).

La théorie purement analytique de l'abstraction formulée par Condillac. L'abstraction serait intégralement compréhensible à partir du concept d'analyse.

La théorie de la connaissance par esquisses d'Edmund Husserl, considère que les essences (abstraites) sont construites par l'abstraction d'une série de perceptions (concrètes).

Abstraction et science[modifier | modifier le code]

En science, l'abstraction n'est pas l'opposition entre l'abstrait et le concret. Abstrait et concret sont dialectiquement liés. L'abstraction permet de s'éloigner de la réalité concrète, réduite à nos sens (empirisme, observation), afin de définir les phénomènes globaux constituant ainsi un cadre théorique. L'abstraction peut se définir comme un processus mental de décomposition/classification mais de telle manière que chaque partie du tout (unité de base ou cellule) soit significative et représentative au tout (sphère) et vice-versa. L'abstraction est une méthode du passage de l'abstrait au concret. Ou pour dire autrement, selon Paul Langevin, « Le concret est l'abstrait rendu familier par l'usage. »[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hesse, M. B. (1964), "Francis Bacon's Philosophy of Science", in A Critical History of Western Philosophy, ed. D. J. O'Connor, New York, pp. 141—52.
  2. P. Langevin, La Notion de Corpuscules et d'Atomes, Hermann, Paris, 1934, p. 44-46.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Passage de l'abstrait au concret[modifier | modifier le code]

  • Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Qui pense abstrait?, Hermann, 160 p., 2007
  • Karl Marx, Le Capital
  • Alexandre Zinoviev, Method visxoždenija ot abstraktnogo k konkretnomu : avtoreferat dissertaci (La Méthode du passage de l'abstrait au concret : sujet de thèse), Moscou, 1954
  • Bertell Ollman, La dialectique mise en œuvre - Le processus d'abstraction dans la méthode de Marx, syllepse, 140p, 2005.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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