Abou Iyadh

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Abou Iyadh
Nom de naissance Seifallah Ben Hassine
Naissance
Menzel Bourguiba (Tunisie)
Décès
Elakla, près de Tombouctou (Mali)
Mort au combat
Origine Tunisien
Allégeance Groupe combattant tunisien (2000-2003)
ShababAdmin.svg Ansar al-Charia (2013-2015)
Grade Émir
Conflits Guerre d'Afghanistan (2001-2014)
Insurrection djihadiste en Tunisie
Deuxième guerre civile libyenne
Guerre du Mali
Faits d'armes Combat d'Elakla

Abou Iyadh (arabe : أبو عياض), de son vrai nom Seifallah Ben Hassine ou Seif Allah Ben Hassine (سيف الله بن حسين)[1], né le 8 novembre 1965 à Menzel Bourguiba et mort le 21 février 2019 au nord-ouest de Tombouctou, est un militant islamiste tunisien, commanditaire d'attaques terroristes djihadistes.

Condamné pour terrorisme avant de prendre la tête de l'organisation Ansar al-Charia, il est considéré comme le leader des salafistes djihadistes dans son pays[2],[3],[4]. Placé sur la liste des terroristes de l'ONU le 23 septembre 2014, il est annoncé mort le 14 juin 2015 et à plusieurs autres reprises.

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts et premiers entraînements terroristes[modifier | modifier le code]

Il naît le 8 novembre 1965[5] à Menzel Bourguiba[6]. Rejetant l'Occident, il lit assidument le Coran et adopte l'idéologie des Frères musulmans[6]. Dans les années 1980, il milite au sein du Mouvement de la tendance islamique, ancêtre d'Ennahdha[6], et devient l'un des piliers du bras armé du parti, le Front islamique tunisien, en 1986. Il fréquente des militants formés en Arabie saoudite par Abd al-Aziz ibn Baz et des membres du Groupe islamique armé et du Groupe islamique combattant en Libye[6]. Il fuit le pays à la suite de la répression du régime de Zine el-Abidine Ben Ali contre les mouvements estudiantins en 1987 ; il est lui-même condamné par contumace par le tribunal militaire de Tunis à deux ans de prison pour sa participation à des manifestations[5].

Il s'installe d'abord au Maroc où il étudie à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de l'université d'Oujda et se marie[5]. Il part ensuite pour le Royaume-Uni et l'Afghanistan. Il intègre des camps d'entraînement et rencontre Oussama ben Laden près de Kandahar[6]. En 2000, il fonde le Groupe combattant tunisien avec Tarek Maaroufi[7] à Jalalabad ; les deux hommes organisent l'assassinat du commandant Massoud en septembre 2001[6]. Le groupe est en conséquence listé le par le Conseil de sécurité des Nations unies comme lié au mouvement islamiste Al-Qaïda[8].

Ben Hassine devenu Abou Iyadh participe à la guerre en Afghanistan avec Al-Qaïda, avant de rejoindre la Turquie en 2003, où il est arrêté en février et extradé vers la Tunisie[5]. Jugé par le tribunal militaire de Tunis[5], il est condamné à 43 ans de prison[9]. Il continue d'entretenir des liens avec les détenus salafistes, dont les auteurs de l'attentat de la Ghriba en 2002 et les membres du groupe de Soliman[6]. En dépit de son passé terroriste, il revendique le statut de prisonnier politique[6].

Libération et fondation d'Ansar al-Charia[modifier | modifier le code]

Libéré en mars 2011 dans le cadre de l'amnistie générale qui suit la révolution tunisienne[10],[11], il fonde l'organisation salafiste djihadiste Ansar al-Charia (Partisans de la charia), qu'il dirige avec le prédicateur Abou Ayoub et l'idéologue Al-Khatib al-Idrissi[12],[6].

Installé à Hammam Lif, il fait de Sidi Bouzid, Tataouine et Sejnane des fiefs intégristes et, grâce à des financements saoudiens, recrute dans les quartiers pauvres[6]. Il organise des rassemblements, comme celui de Kairouan en mai 2011, mais aussi le blocage de l'université de La Manouba, le saccage d'espaces culturels et de débits d'alcool, les violences à l'encontre de la chaîne de télévision Nessma et de certains intellectuels[6]. Il dénonce dans le même temps Ennahdha « qui a choisi la voie de la laïcité, bien loin de l'islam et de la charia »[6]. Il est par ailleurs recherché pour avoir appelé à prendre d'assaut l'ambassade américaine le 14 septembre 2012[6].

Le 27 août 2013, Ansar al-Charia est classée organisation terroriste par le gouvernement tunisien en raison de sa responsabilité entre autres dans la planification de l'assassinat des opposants politiques Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, l'attaque de plusieurs postes de police et militaires, ainsi que ses liens avec Al-Qaïda au Maghreb islamique[13]. Plusieurs médias, dont Mosaïque FM et l'agence Tunis Afrique Presse, annoncent le 30 décembre son arrestation en Libye par des forces américaines, information démentie par Ansar al-Charia et le Département de la Défense des États-Unis[14].

Le 23 septembre 2014, Seifallah Ben Hassine et Ansar al-Charia Tunisie sont placés sur la liste des organisations et personnes considérées par l'ONU comme proches d'Al-Qaïda ou des talibans[15], liste instituée dans le cadre de la résolution 1267 du 15 octobre 1999 visant à lutter contre le terrorisme[16].

Décès présumé[modifier | modifier le code]

Seifallah Ben Hassine est annoncé mort à plusieurs reprises, une première fois le 14 juin 2015 en Libye, lors d'une attaque aérienne américaine visant Mokhtar Belmokhtar ; la nouvelle est confirmée aux autorités tunisiennes le 2 juillet après des analyses effectuées conjointement par les autorités libyennes, américaines et tunisiennes pour confirmer l'identité des morts[17],[18].

Pourtant, des doutes pèsent sur cette version des faits, puisqu'il est rapporté comme toujours vivant et engagé dans des activités djihadistes subversives à la frontière tuniso-libyenne en janvier 2017[19],[20].

Le 21 février 2019, Abou Iyadh aurait été tué par l'armée française lors du combat d'Elakla, pendant l'opération Barkhane[21] en même temps que Yahia Abou al-Haman, le chef de l'organisation terroriste Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans[22]. Son décès est finalement annoncé par Al-Qaïda au Maghreb islamique dans un communiqué publié le 26 février, indiquant que le chef islamiste tunisien a été tué au cours d'une opération menée par les forces françaises au nord-ouest de Tombouctou[23],[24].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Il est marié à une Marocaine[5] et père de trois enfants[6].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Son nom complet est Seifallah Ben Omar Ben Hassine.
  2. « Tunisie : Lâaryedh reconnait avoir facilité la fuite d'Abou Iyadh », Tunisie numérique, 2 juin 2014
  3. Mona Ben Gamra, « Ennahdha a déjà fait son choix pour être dans la voie de la laïcité bien loin de l'Islam et de la Chariaâ », Le Temps, 30 mars 2012
  4. « Ennahdha se rebiffe et réagit ! », Le Temps, 3 juin 2014
  5. a b c d e et f (en) « Tunisia: Risk of violation of Sayfallah Ben Hassine's right to life », Alkarama, 10 juillet 2007
  6. a b c d e f g h i j k l m et n Frida Dahmani, « Abou Iyadh, l'ennemi public numéro un », Jeune Afrique, 23 septembre 2012, p. 45-47
  7. Walid Khefifi, « Quatre morts et 46 blessés ! », Le Temps, 16 septembre 2012
  8. Présentation du Groupe combattant tunisien (Conseil de sécurité des Nations unies)
  9. (en) « Hundreds of Tunisia's mosques held by extremists », Agence France-Presse, 31 mars 2012
  10. « Kairouan : 5 000 personnes assistent au meeting d'Ansar Charia », Mosaïque FM, 20 mai 2012
  11. (ar) « Le chef salafiste djihadiste en Tunisie condamne l'expulsion d'un salafiste marocain », Babnet, 17 mai 2012
  12. Habib Sayah, La face cachée du salafisme en Tunisie, Réalités, n°1372, 12 avril 2012
  13. « Tunisie : le gouvernement accuse Ansar Al-Charia des meurtres d'opposants », France 24, 27 août 2013
  14. « Tunisie : l'arrestation d'Iyadh démentie », BBC Afrique, 30 décembre 2013
  15. (en) Security Council Committee pursuant to resolutions 1267 (1999) and 1989 (2011) concerning Al-Qaida and associated individuals and entities - QDe.145. Ansar Al Charia Derna (Organisation des Nations unies)
  16. Résolution 1267 du Conseil de sécurité de l'ONU
  17. « Mort de Abou Iyadh en Libye », Business News, 2 juillet 2015
  18. « Abou Yadh tué lors du raid américain en Libye », Mosaïque FM, 2 juillet 2015
  19. « Terrorisme : annoncé mort par les médias, Abou Iyadh serait encore en vie », Kapitalis, 24 janvier 2017
  20. « Abou Iyadh et un groupe terroriste présents dans la région frontalière entre la Libye et la Tunisie », Tunisie numérique, 30 janvier 2017
  21. (en) « Exclusive: End of the run for Tunisian Ansar al-Sharia founder Abu Iyadh al-Tunisi », MENASTREAM, 23 février 2019
  22. BARKHANE : neutralisation d'un important chef terroriste, Ministère français des Armées, 22 février 2019
  23. « Al Qaïda confirme la mort d'Abou Iyadh », Réalités, 27 février 2019
  24. « Al-Qaïda confirme la mort du terroriste tunisien Abou Iyadh », Kapitalis, 27 février 2019