Cette page est en semi-protection longue.

Abou Bakr al-Baghdadi

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Al-Baghdadi et Ibrahim (homonymie).
Abou Bakr al-Baghdadi
أبو بكر البغدادي
Abou Bakr al-Baghdadi en 2004, photographié par les Américains lors de sa détention à camp Bucca.
Abou Bakr al-Baghdadi en 2004, photographié par les Américains lors de sa détention à camp Bucca.
Fonctions
« Calife » de l'État islamique
Prédécesseur Lui-même (« émir »)
« Émir » de l'État islamique en Irak et au Levant[N 1]

(4 ans, 1 mois et 13 jours)
Prédécesseur Abou Omar al-Baghdadi
Successeur Lui-même (« calife »)
Biographie
Nom de naissance Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri
Date de naissance
Lieu de naissance Falloujah (Irak)
Date de décès Présumé mort en juin/juillet 2017 sans certitude
Lieu de décès inconnu
Nature du décès inconnue
Nationalité irakienne
Religion Islam sunnite
Abou Bakr al-Baghdadi
أبو بكر البغدادي
Origine Irakien
Allégeance Flag of Jihad.svg Jaych Ahl al-Sunna wal-Jama'a (2003-2004)
Flag of al-Qaeda in Iraq.svg Al-Qaïda en Irak
(2004-2006)
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg État islamique d'Irak
(2006-2013)
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg État islamique en Irak et au Levant
(2013-2014)
Flag of the Islamic State of Iraq and the Levant2.svg État islamique
(2014-)
Conflits Guerre d'Irak
Guerre civile syrienne
Seconde guerre civile irakienne

Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri, dit Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi, anciennement Abou Du'a[1], plus récemment « calife Ibrahim » pour ses partisans, ou plus simplement Abou Bakr al-Baghdadi (arabe : أبو بكر البغدادي), est un djihadiste et terroriste irakien, né à Falloujah en Irak le .

Membre d'Al-Qaïda en Irak après le début de la guerre d'Irak, il succède en 2010 à Abou Omar al-Baghdadi à la tête de l'État islamique d'Irak, un groupe armé salafiste djihadiste et terroriste. Après avoir rompu avec al-Qaïda, il est proclamé « calife » par l'État islamique, sous le nom d'Ibrahim, le , premier jour du mois de ramadan. Il affirme alors ainsi devenir le commandeur des musulmans, mais n'est cependant pas reconnu légitime comme tel par les principales autorités musulmanes, ni même par l'ensemble des groupes salafistes djihadistes.

À partir de 2014, lors de la seconde guerre civile irakienne et de la guerre civile syrienne, il forme un proto-État en Irak et en Syrie et reçoit l'allégeance de plusieurs groupes djihadistes à travers le monde. Son organisation se signale alors par ses attaques terroristes dans de nombreux pays d'Asie, d'Afrique, d'Europe et d'Amérique du Nord et se rend responsable de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide dans les nombreux conflits armés dans lesquels elle se retrouve impliquée.

Biographie

Noms

Abou Bakr al-Baghdadi est un nom de guerre[2]. Les autres noms d'Abou Bakr al-Baghdadi sont : Abou Du'a[3] (أبو دعاء ʾabū duʿāʾ)[4], Al-Shabah (le fantôme)[5], Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Hashimi al-Qurashi[4] (أبو بكر البغدادي الحسيني الهاشمي القرشي, ʾabū bakri l-baḡdādī l-ḥusaynī l-hāšimī l-qurašī), Amir al-Mu'minin (Caliphe), Caliphe Abou Bakr, Caliphe al-Baghdadi, Caliphe Ibrahim (خَلِيفَةُ إِبْرَاهِيم ḵalīfatu ʾibrāhīm)[6] ou encore Sheikh Baghdadi[7].

Jeunesse

Sa jeunesse est méconnue et sa biographie précise difficilement vérifiable. Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri naît à Falloujah[8] en 1971[9]. Il est issu du clan des Badrites, installé entre Samarra et la province de Diyala[9]. Selon des biographies diffusées par l'État islamique, al-Baghdadi serait un descendant direct de l'imam Ali ibn Abi Talib. Il utilise Al-Qurashi dans son nom, faisant référence à la confédération tribale des Quraych dont est issu Mahomet. Cette parenté lui permettrait ainsi de prétendre au titre de calife[10],[9],[11].

Ayant enquêté sur le parcours de Baghdadi, les journaux allemands Süddeutsche Zeitung et ARD écrivent qu'il était mauvais élève, ayant redoublé à cause de ses notes en anglais. Il aurait été refusé par l'armée à cause de sa myopie, malgré son appartenance à la minorité sunnite au pouvoir. Ce serait par défaut, n'ayant pu intégrer la faculté de droit, qu'il se serait rabattu sur la théologie[8]. Il est étudiant à l'Université islamique de Bagdad[12].

Issu d'une famille rurale pauvre, al-Baghdadi s'établit à Tobchi, un quartier de l'ouest de Bagdad, alors qu'il est âgé d'environ 18 ans. Pendant sa jeunesse il suit des études islamiques et obtient une maîtrise, puis un doctorat à l'université des sciences islamiques d'Adhamiyah, dans la banlieue de Bagdad. Au cours de ses études, il aurait d'abord été membre des Frères musulmans avant de rallier le salafisme[10],[13].

Selon le chercheur irakien Hisham al-Hashimi qui l'a rencontré à la fin des années 1990, il n'avait alors « pas le charisme d'un chef [...] il était très timide et parlait peu ». Il se consacrait aux enseignements religieux et n'avait pas d'autre ambition que d'« obtenir un poste dans le gouvernement au sein des Dotations islamiques ». Vers l'an 2000, Al-Baghdadi est marié et père d'un fils[10]. Il prêchait dans la mosquée Imam Ahmad ibn Hanbal de Samarra lors de l'invasion de l'Irak par les États-Unis en 2003[14].

Guerre d'Irak

Après l'invasion américaine de l'Irak, Al-Baghdadi rejoint les insurgés à la fin de l'année 2003 et forme sa propre faction ; « Jaysh Ahl al-Sunnah oua al-Jama'a » (« l'Armée du peuple appartenant à la communauté sunnite »). Il prend à cette occasion le surnom d'« Abou Du'a »[10],[9].

En 2004, Al-Baghdadi passe dix mois dans les geôles américaines en Irak. Il est arrêté le 31 janvier par les Américains à Falloujah, en même temps que Abdel Wahed al-Semayyir et Nessayif Nouman Nessayif. C'est ce dernier, ami d'al-Baghdadi, qui était la véritable cible de l'opération, les deux autres hommes sont arrêtés presque par hasard. Pendant son emprisonnement, les Américains laissent al-Baghdadi remplir le rôle de médiateur pour régler les problèmes de ses codétenus, sa qualité de doctorant en études islamiques lui conférant à leurs yeux une autorité jurisprudentielle. Classé comme « prisonnier civil » et « secrétaire » et non comme membre d'un groupe armé, al-Baghdadi recrute en réalité des partisans et renforce son prestige. Jugé peu dangereux, il est libéré le 6 décembre 2004, après avoir été détenu dans les camps Bucca et Adder[10],[8].

Rejoignant Al-Qaïda en Irak, alors dirigée par le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, il est nommé « émir de Rawah », dans la province d'al-Anbar et préside la tenue de tribunaux islamiques pour intimider les populations locales[15]. Le , il est la cible d'une attaque aérienne américaine visant un repaire présumé de djihadistes près de la frontière syrienne. Alors identifié sous le nom d'Abou Du'a, il est déjà décrit comme un haut responsable de la branche irakienne de la nébuleuse terroriste. Il était notamment chargé du transfert de combattants syriens et saoudiens en Irak. Il est alors considéré comme mort[16].

Al-Baghdadi rejoint ensuite le Conseil consultatif des moudjahidines en Irak et se signale par son intransigeance envers les autres mouvements insurgés sunnites[10]. Le , le conseil consultatif proclame l'État islamique d'Irak[17].

Ascension au sein de l'État islamique d'Irak

Le , un communiqué du conseil consultatif de l'État islamique d'Irak annonce la nomination d'Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi en remplacement d'Abou Omar al-Baghdadi, son ex-« émir », tué le lors d'une opération conjointe des forces de sécurité américaines et irakiennes[18]. L'organisation annonce également la désignation d'Abou Abdullah al-Husseini al-Qurashi[19] comme son nouveau « Premier ministre ». Deux jours plus tôt, Abou Hamza al-Mouhajer, ancien chef d'Al-Qaïda en Irak et ex-« ministre de la guerre » au sein de l'État islamique d'Irak, également tué le , est remplacé par Nasser ad-Dine Allah Abou Souleimane, selon un communiqué du groupe traduit par le centre de surveillance américain des sites djihadistes (SITE)[20].

Abou Bakr al-Baghdadi est choisi pour plusieurs raisons : il prétend faire partie de la confédération tribale des Quraych, il est lui-même membre du conseil consultatif de l'EII, il était proche d'Abou Omar, l'ancien émir, et il est plus jeune que les autres candidats. Selon le chercheur Hisham al-Hashimi, l'élection d'Al-Baghdadi est validée par neuf des onze membres du conseil consultatif[10].

En décembre 2010, les forces de sécurité irakiennes procèdent à l'arrestation de Hazem Abdul Razzaq al-Zawi, cousin de l'ex-« émir » Abou Omar al-Baghdadi et « ministre de l'Intérieur » au sein de l'État islamique d'Irak, lors d'une opération anti-terroriste menée à Ramadi. Au cours de l'interrogatoire, le suspect avoue son implication au sein du groupuscule et révèle l'identité du nouvel « émir ».

Le , la chaîne de télévision satellite irakienne Al-Sumaria diffuse des clichés photographiques censés montrer Abou Bakr al-Baghdadi et Abou Souleimane, lequel a été identifié comme un certain Niaman Mansour al-Zaidi[21].

Dès la fin de l'année 2010, l’État islamique d'Irak, sous la direction d'Abou Bakr al-Baghdadi, intensifie les attaques contre des cibles gouvernementales et policières. Le , Abou Bakr al-Baghdadi annonce dans un communiqué son allégeance à Ayman al-Zawahiri, le successeur d'Oussama ben Laden, tué le à Abbottabad au Pakistan. L'« émir » de l'État islamique d'Irak réaffirme la loyauté du groupe envers la direction centrale d'Al-Qaïda tout en jurant de venger son ancien chef[22]. En août, Abou Bakr al-Baghdadi déclare s'apprêter à déclencher une vague de cent attentats pour venger la mort d'Oussama Ben Laden[23],[24].

Le , Abou Bakr al-Baghdadi est inscrit sur la liste des terroristes les plus recherchés par le gouvernement américain (Rewards for Justice) qui offre une prime de 10 millions de dollars pour sa capture, faisant de lui l'un des trois chefs djihadistes les plus recherchés au monde avec Ayman al-Zawahiri, chef d'Al-Qaida, et le mollah Omar[25].

Le , Abou Bakr al-Baghdadi annonce dans un communiqué audio que la branche irakienne d'Al-Qaida s'apprête à reprendre ses anciens bastions dans le pays d'où ses militants ont été précédemment délogés par les forces armées américaines et leurs alliés sunnites[26]. Il appelle à libérer les militants djihadistes emprisonnés et menace de mort les juges, procureurs et ceux qui les protègent. Le , 75 détenus s'évadent d'une prison à Tikrit à la faveur d'un assaut ayant entraîné la mort de 13 policiers[27].

Expansion de l'État islamique en Syrie

Le conflit syrien, engagé en 2011 par l'Armée syrienne libre contre les troupes gouvernementales de Bachar el-Assad, apporte un nouveau souffle à l'EII, que les revers infligés par les forces américaines avant leur retrait d'Irak avaient affaibli.

En avril 2013, Abou Bakr al-Baghdadi annonce avoir rebaptisé l'État islamique d'Irak sous le nom d'État islamique en Irak et au Levant (EIIL). L'initiative est fortement désapprouvée par Ayman al-Zawahiri, d'autant qu'elle prône une fusion entre l'EII et le Front al-Nosra. L'annonce du projet de fusion entre les deux groupes provoque des tensions parmi les djihadistes engagés dans la lutte contre le pouvoir de Bachar el-Assad. De plus, le chef d'Al-Nosra, Abou Mohammed Al-Joulani, ne répond pas favorablement à l'appel de Baghdadi et prête serment d'allégeance à Ayman al-Zawahiri[28]. Il avoue toutefois avoir combattu sous les ordres de l'émir de l'EIIL en Irak et d'avoir bénéficié de son aide en Syrie pour la fondation de son propre groupe. En juin, Ayman al-Zawahiri exprime son refus catégorique de valider la création de l'EIIL, d'autant qu'il condamne le fait de ne pas avoir été consulté au préalable[28]. Devant ce refus, Baghdadi prend ses distances avec al-Zawahiri, il rejette ses instructions dans un message audio et revendique la paternité des combattants syriens d'Al-Nosra. Il confie la branche syrienne de l'EIIL à l'un de ses lieutenants et porte-paroles, Abou Mohammed al-Adnani[29].

Conscient que sa décision de reconnaître al-Nosra comme le seul représentant légitime d'Al-Qaïda en Syrie peut engendrer des conflits entre les combattants des deux groupes, Ayman al-Zawahiri décide d'envoyer un émissaire, le Syrien Abou Khaled al-Souri, pour tenir un rôle de médiateur entre l'EIIL et le Front al-Nosra. Celui-ci est tué à Alep le , dans un attentat-suicide attribué à l'EIIL[30].

Désireux d'étendre les actions de l'EIIL de l'autre côté de la frontière irakienne, Baghdadi projette la création d'un État islamique englobant la Syrie et le Liban. L'EIIL engage des combats meurtriers qui aboutissent à la prise de Falloujah et de certains quartiers de Ramadi en janvier 2014, alors que son émir annonce son intention d'« anéantir ses rivaux de la rébellion », en parlant de l'Armée syrienne libre[29], qui accuse l'EIIL de faire le jeu de Bachar el-Assad[31]. De son côté, Ayman al-Zawahiri affirme que l'EIIL n'a aucun lien avec la direction centrale d'Al-Qaïda, désavouant les actions du groupe et de son « émir »[32].

Malgré les tentatives de l'EIIL de gagner la confiance et le soutien des populations locales au nord de la Syrie, le groupe se livre parallèlement à des exactions, des rapts, des enlèvements et n'hésite pas à assassiner des chefs rebelles non-djihadistes, actions qui entachent sa réputation. De plus, le groupe ne parvient pas à modérer l'intolérance religieuse et la brutalité des mercenaires étrangers présents dans ses rangs[29].

De son côté, Ayman al-Zawahiri ordonne à al-Baghdadi en mai 2014 de cesser toute agression envers le Front al-Nosra, l'appelant à concentrer les opérations de l'EIIL en Irak, pays dont son groupe est originaire. Il affirme par ailleurs que la proclamation de l'État islamique en Irak et au Levant « a été un désastre politique pour les Syriens »[33].

Proclamation du « califat »

Le , l'État islamique en Irak et au Levant annonce rétablir le califat et prendre désormais le nom d'État islamique. Après avoir vécu pendant des années dans la clandestinité, Abou Bakr al-Baghdadi apparaît publiquement pour la première fois à Mossoul, le . Il fait un prêche dans la Grande mosquée d'Al-Nouri et appelle tous les musulmans à lui « obéir »[34],[35].

D'après le chercheur irakien Hisham al-Hashimi, Abou Bakr al-Baghdadi et le haut commandement de l'État islamique sont établis dans une zone montagneuse du district d'Al-Baaj, au sud-ouest de la province de Ninive en Irak. Ce territoire, passé sous le contrôle de l'État islamique le et rebaptisé « province de Furhat », est un sanctuaire djihadiste depuis plusieurs années ; les tribus sunnites, largement converties au salafisme, soutiennent l'EI et cinq bataillons de 350 à 500 hommes y seraient établis en permanence[36].

Selon le gouvernement américain, l'otage américaine Kayla Mueller, travailleuse humanitaire enlevée à Alep en août 2013, est violée à plusieurs reprises par Abou Bakr al-Baghdadi. Elle aurait été la « propriété » du chef de l'EI[37],[38]. Elle est tuée en février 2015, par une frappe aérienne de l'aviation jordanienne selon un communiqué publié par l'État islamique le 6 février[39]. Le 10 février, les États-Unis confirment sa mort en niant cependant qu'elle ait été tuée par un bombardement[40].

Selon The Guardian et les autorités irakiennes, le 18 mars 2015, Al-Baghdadi est grièvement blessé à la colonne vertébrale dans une attaque aérienne américaine menée dans le nord-ouest de l'Irak et n'a pas repris les commandes du groupe terroriste depuis[41],[42]. Cependant l'information est démentie par le Pentagone qui affirme qu'aucun élément ne laisse penser qu'al-Baghdadi ait été blessé[43],[44].

Le , l'EI publie un audio d'Abou Bakr al-Baghdadi qui appelle à des soulèvements en Arabie saoudite et promet des attaques contre Israël[45],[46].

Abou Bakr al-Baghdadi aurait quitté Mossoul vers fin 2016, peu après le lancement de la bataille et se serait probablement replié dans la région d'Al-Baaj ou de Boukamal[47],[48]. Le soir du 2 novembre, l'État islamique publie un communiqué audio dans lequel al-Baghdadi, qui ne s'était pas exprimé publiquement depuis près d'un an, appelle ses troupes à tenir Mossoul[49],[50].

Allégations sur sa possible mort

Le 16 juin 2017, le ministère de la Défense russe annonce qu'il aurait été tué dans une frappe aérienne menée le 28 mai[51]. Dans les jours qui suivent, le gouvernement russe ne peut confirmer cette information, qui est prise avec prudence par la coalition menée par les États-Unis comme par les observateurs[52]. Le 22 juin, le ministère russe des Affaires étrangères maintient qu'il est très probable qu'il ait été tué[53].

Le 11 juillet 2017, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) affirme qu'Abou Bakr al-Baghdadi serait mort selon des « hauts responsables » de l'État islamique présents dans le gouvernorat de Deir ez-Zor[54],[55],[56]. L'OSDH indique cependant ne pas pouvoir donner de précision sur la date, le lieu et les circonstances de sa mort[55]. Le 10 juillet, un court communiqué d'une antenne locale de l'EI à Tall Afar annonce également la mort du « calife », mais l'information est rapidement rejetée par d'autres sources djihadistes[54],[57]. À Raqqa, des personnes sont arrêtées et exécutées pour « diffusion de rumeurs sur la mort du calife, Abou Bakr al-Baghdad »[54]. Toutefois selon Abou ali al-Basri, qui dirige les services de renseignement et de contreterrorisme du ministère irakien de l'intérieur, al-Baghdadi serait toujours en vie au 16 juillet 2017 et serait présent sur le territoire syrien, mais en dehors de Raqqa[58]. Cet avis est partagé par Lahour Talabani, chef des services de lutte antiterroriste du Kurdistan irakien, selon qui al-Baghdadi se trouverait au sud de Raqqa[59].

Le 14 juillet 2017, les Etats-Unis affirment ne pas pouvoir confirmer sa mort, et le considérer comme vivant jusqu'à preuve du contraire[60]. Le 21 juillet 2017, le secrétaire d’État américain de la Défense, James Mattis, abonde dans ce sens en se disant convaincu que le chef de l'EI est toujours en vie[61].

La chaîne de télévision saoudienne Al-Arabiya affirme que Jalalouddine al-Tounisi (en) serait pressenti pour lui succéder[62].

Mais dès les jours suivants, la Russie fait machine arrière tandis que le Kurdistan irakien, par la voix de ses services de renseignements, dit considérer qu'al-Baghdadi soit en vie à Raqqa[63].

Le , le commandant de la coalition, le général Stephen Townsend, affirme qu'Abou Bakr al-Baghdadi est présumé être toujours en vie : « Je n’ai vu aucune preuve convaincante, renseignement ou rumeur de quelque source que ce soit de sa mort. (…) Il y a aussi des indicateurs dans les canaux de renseignement selon lesquels il est encore en vie »[64].

Famille

Avant la guerre d'Irak, Abou Bakr al-Baghdadi est marié et père d'un fils[10]. En 2008, il épouse Saja al-Doulaïmi, une jeune veuve âgée de 20 ans — déjà mère de deux jumeaux après un premier mariage avec un Irakien membre de la garde personnelle de Saddam Hussein — avec qui il a une fille, Hagar, née vers 2009. Elle le quitte, enceinte, après trois mois de mariage et divorce. Arrêtée en 2014 au Liban, elle est libérée avec douze autres personnes le , lors d'un échange de prisonniers avec le Front al-Nosra qui relâche en contrepartie 16 soldats et policiers libanais pris à la bataille d'Aarsal. Saja al-Doulaïmi étant également la sœur d'un émir du Front al-Nosra[65],[66],[67].

Théories du complot

Selon une thèse développée en 2015 par le magazine allemand Der Spiegel, qui s'appuierait sur un document de 31 feuillets récupérés par l'Armée syrienne libre, al-Baghdadi ne serait qu'un « leurre spirituel » d'un groupe dirigé par d'anciens hauts militaires de Saddam Hussein désireux de s'emparer des richesses d'une partie de la Syrie et de l'Irak[68]. L'article du Spiegel a été critiqué par plusieurs spécialistes. Pour la chercheuse Myriam Benraad, l'article contient des « erreurs factuelles et [des] interprétations biaisées »[69]. Pour le chercheur Romain Caillet, il reprend une « thèse conspirationniste » dont l'objectif est de « vouloir absolument minimiser les convictions religieuses des dirigeants de l’EI, sans doute par souci d’éviter tout amalgame entre l’organisation terroriste et la religion musulmane, reprenant ainsi le narratif des rebelles modérés et d’al-Qaïda, faisant des dirigeants de l’EI les agents d’un «complot contre le jihad mondial» »[70]. De même, pour le journaliste Wassim Nasr, tous les anciens militaires baasistes et ex-officiers de Saddam Hussein passés à l'État islamique sont désormais des djihadistes convaincus[71].

D'autres théories complotistes anti-occidentales et anti-américaines, véhiculées par des sites pro-chiites, pro-iraniens[72],[73],[74], pro-Assad et pro-Hezbollah[75] et reprises ensuite par certains milieux propices à ce genre de théories (extrême-gauche[72],[76], islamistes, négationnistes, pro-Dieudonné) ainsi que dans certains pays musulmans[77],[78]; affirment qu'Edward Snowden aurait révélé que le leader de Daech serait en fait Simon Elliott, un sioniste agent du Mossad (services de renseignements israéliens) à la solde des États-Unis, d'Israël, des pays européens et de leurs alliés du Golfe pour affaiblir la Syrie et l'Iran, ennemis des Occidentaux et de l’État hébreu dans la région, et plus largement diviser et affaiblir le monde musulman[79],[80]. Pour les tenants de cette théorie, les groupes islamistes fondamentalistes comme Daech, Al-Qaïda ne s'attaqueraient jamais à Israël et seraient donc des sionistes agissant au service des gouvernements israéliens, américains, britanniques, français etc[74],[76]. Bien que cette rumeur ait massivement circulé sur la toile, ce hoax a néanmoins été rapidement démasqué[72],[73], le site Wikileaks lui-même a reconnu la supercherie[75].

Notes et références

Notes

  1. « Émir » de l'État islamique d'Irak jusqu'au .

Références

  1. (en) Bill Roggio, « Al Qaeda in Iraq's security minister captured in Anbar Al-Qaeda in Iraq's security minister captured in Anbar », The Long War Journal, 1er décembre 2010.
  2. Massimo Calabresi – Persons of the year Time magazine Retrieved 2017-01-30
  3. « Rewards for Justice – Wanted », U.S. Department of State's Diplomatic Security Service (consulté le 8 décembre 2014) (webcitation)
  4. a et b Suhaib Anjarini, « Al-Baghdadi following in bin Laden's footsteps », Al Akhbar,‎ (lire en ligne)
  5. Abdel Bari Atwan, « A Portrait of Caliph Ibrahim », The Cairo Review of Global Affairs 2017 (consulté le 3 février 2017)
  6. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Abraham.
  7. Islamic State: The Digital Caliphate, p. 113, Abdel Bari Atwan – 2015
  8. a, b et c Abou Bakr Al-Baghdadi, de secrétaire à calife autoproclamé de l'Etat islamique, Le Monde avec AFP et Reuters, 20 février 2015.
  9. a, b, c et d Paul Khalifeh, « Abou Bakr al-Baghdadi, le calife du jihad », RFI, 8 août 2014.
  10. a, b, c, d, e, f, g et h Michael Weiss et Hassan Hassan, EI ; au cœur de l'armée de la terreur, p. 171-178.
  11. (en) « Al-Qaeda leader's claims to exalted lineage signal desperation: experts », Al-shorfa.com, 16 décembre 2013.
  12. (en) Ruth Sherlock, « How a talented footballer became world’s most wanted man, Abu Bakr al-Baghdadi », sur telegraph.co.uk, (consulté le 13 septembre 2016).
  13. « Leader islamiste. Irak : qui est al-Baghdadi, “l’ennemi numéro deux” des États-Unis ? », jolpress.com, 14 janvier 2014.
  14. Aaron Y. Zelin, « Abu Bakr al-Baghdadi: Islamic State's driving force », bbc.co.uk, 31 juillet 2014.
  15. (en) Bill Roggio, « Western Anbar Roundup », The Long War Journal, 28 octobre 2005.
  16. « Les cinq fois où Al-Baghdadi, le leader de l'Etat islamique, a (déjà) été annoncé mort », sur Franceinfo (consulté le 20 juillet 2017)
  17. Entretien avec Michel Makinsky — L'État islamique : ses objectifs territoriaux, religieux et politiques, Les clés du Moyen-Orient, 17 juillet 2014.
  18. « Al-Qaeda nomme un nouveau chef en Irak », Cyberpresse.ca, 16 mai 2010.
  19. (en) « Al Qaeda's Iraq network replaces slain leaders », Reuters, 16 mai 2010.
  20. « Al-Qaïda nomme un nouveau “ministre de la Guerre” en Irak », RFI, 14 mai 2010.
  21. « Exclusive photos of Al Qaeda leader in Iraq », Al-Sumaria Iraqi satellite TV Network, 3 décembre 2010.
  22. « Des irakiens veulent venger Ben Laden », Le Figaro, 9 mai 2011.
  23. (en) « Terrorist Designation of Ibrahim Awwad Ibrahim Ali al-Badri », state.gov, 4 octobre 2011.
  24. Al-Qaida projette cent attentats en Irak pour venger la mort de Ben Laden, Le Monde avec AFP, 20 août 2015.
  25. (en) US adds al Qaeda in Iraq's emir to list of designated terrorists
  26. (en)Al-Qaeda In Iraq: Terrorist Strongholds Returning, Says Leader Abu Bakr al-Baghdadi Huffingtonpost, 22 juillet 2012
  27. Irak: la police à la recherche de membres d'Al-Qaïda évadés de prison Nouvelobs, 28 septembre 2012
  28. a et b Problèmes d'organisation d'Al-Qaida en Syrie et en Irak Le Monde, 10 juin 2013
  29. a, b et c Les ambitions régionales de l'État islamique en Irak et au Levant Le Monde, 8 janvier 2014
  30. « Le chef d'al-Qaïda perd son représentant en Syrie, tué à Alep », RFI, 24 février 2013.
  31. Syrie: Al-Qaïda désavoue les djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant L'Express, 3 février 2014
  32. L'État islamique en Irak et au Levant «n'est pas une branche d'Al-Qaida», affirme le réseau terroriste 20 Minutes, 3 février 2014
  33. « Le chef d'Al-Qaeda tape sur les doigts de ses troupes en Syrie », Libération, 2 mai 2014.
  34. Depuis l'Irak, le "calife" jihadiste appelle les musulmans à lui obéir, AFP, 5 juillet 2014.
  35. Le Parisien : VIDEO. Irak : première apparition filmée du chef de l'État islamique
  36. Hélène Sallon, Sur la piste du fief de l’Etat islamique, Le Monde, 15 septembre 2015.
  37. L'otage américaine décédée Kayla Mueller a été violée par le chef de l'EI, AFP, 14 août 2015.
  38. Kahina Sekkai, Le calvaire de Kayla Mueller, Paris Match, 15 août 2015.
  39. Syrie: une otage tuée lors d'un raid, selon l'EI, Le Figaro avec AFP, 6 février 2015.
  40. Maurin Picard, Les États-Unis sous le choc de la mort d'une otage, Le Figaro, 11 février 2015.
  41. www.liberation.fr Etat islamique : Al-Baghdadi serait grièvement blessé, Libération, 1er mai 2015.
  42. Islamic State deputy leader 'killed in Iraq air strike', BBC, 13 mai 2015.
  43. AFP : Le Pentagone dément avoir blessé le chef de l‘État islamique en Irak
  44. Le Monde avec AFP : Le numéro 2 de l'Etat islamique visé par un raid aérien en Irak
  45. Le chef de l'EI appelle à une révolte en Arabie saoudite, à des attaques en Israël, AFP, 26 décembre 2015.
  46. Romain Caillet, après 7 mois de silence, nouveau message audio du Calife de l'Etat islamique, Abu Bakr al-Baghdadi, twitter, 26 décembre 2015.
  47. Georges Malbrunot, Traqué, Al-Baghdadi, le chef de Daech, se terre dans le désert, Le Figaro, 9 mars 2017.
  48. Irak: le chef de l’EI Abou Bakr al-Baghdadi aurait fui Mossoul, AFP, 8 mars 2017.
  49. Anne-Laure Frémont, Le chef de Daech, al-Baghdadi, appelle ses troupes à «tenir» Mossoul, Le Figaro avec AFP, AP, Reuters Agences, 3 novembre 2016.
  50. Hala Kodmani, Al-Baghdadi souffle sur les braises, Libération, 3 novembre 2016.
  51. Anne-Laure Frémont et AFP, Reuters Agences, « Le chef de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi, pourrait avoir été tué par l'armée russe », Le Figaro,‎ (ISSN 0182-5852, lire en ligne)
  52. Moscou incapable de confirmer la mort d'Al-Baghdadi, Radio-Canada, 20 juin 2017
  53. « Pour la Russie, il est « très probable » que le chef de l’EI ait été tué lors de la frappe aérienne », sur The Times of Israel,
  54. a, b et c Hala Kodmani, La dernière mort d’Abou Bakr Al-Baghdadi, Libération, 11 juillet 2017.
  55. a et b Le chef de l'EI Abou Bakr al-Baghdadi est mort, selon une ONG syrienne, AFP, 11 juillet 2017.
  56. Information confirms the death of Abu Bakr al-Baghdadi, leader of the “Islamic State” organization after about 8 months of the organization leaders’ meeting to appoint an “alternative successor”, OSDH, 11 juillet 2017.
  57. Paul Khalifeh, Syrie: la difficile reprise de Raqqa des mains du groupe Etat islamique, RFI, 12 juillet 2017.
  58. (en) Mohamed Mostafa, « IS leader Baghdadi still alive in Syria: Iraqi interior ministry official », iraqi News,‎ (lire en ligne).
  59. « Baghdadi est vivant selon un chef du renseignement kurde », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  60. J.F avec AFP, « Les Etats-Unis n'ont aucune preuve de la mort du chef de l'Etat islamique, Al-Baghdadi », sur Le Parisien, (consulté le 17 juillet 2017)
  61. « Selon les Américains, le chef de l'EI al-Baghdadi est toujours en vie », sur Le Point, (consulté le 22 juillet 2017)
  62. « This is the terrorist likely to succeed Baghdadi as ISIS new leader » (consulté le 17 juillet 2017)
  63. « Mort présumée d'al-Baghdadi: les versions divergent, l'incertitude demeure », sur LExpress.fr (consulté le 20 juillet 2017)
  64. Le chef de l’Etat islamique serait toujours en vie, Le Monde avec AFP, 1er septembre 2017.
  65. Al-Qaïda en Syrie libère 16 militaires libanais dans le cadre d’un échange, France 24 avec Reuters, 1er décembre 2015.
  66. Saja al-Doulaïmi, l’ex-épouse de Baghdadi, veut vivre « libre » en Europe, OLJ, 1er avril 2016.
  67. L'ex-épouse du leader de Daesh: "C'était un père de famille normal", BFMTV, 1er avril 2016.
  68. (en) Christoph Reuter, « The Terror Strategist: Secret Files Reveal the Structure of Islamic State », Spiegel Online International,‎ (lire en ligne).
    La version originale de l'article, en allemand, a été publiée le 18 avril 2015 dans le no 17/2015 de l'hebdomadaire Der Spiegel.
  69. Myriam Benraad De Saddam Hussein à al-Baghdadi, le long fleuve de la tyrannie, Libération, 13 mars 2016.
  70. Romain Caillet, Du Baas au Califat: les anciens officiers de Saddam et l’État islamique, terrorisme.net, 6 juillet 2015.
  71. Wassim Nasr, État islamique, le fait accompli, p.100-102.
  72. a, b et c « Snowden, Al-Baghdadi et le Mossad : la dernière intox complotiste à la mode s'invite dans la presse alter »
  73. a et b « La rumeur de l'identité juive du Calife de l'Etat islamique »
  74. a et b « Offensive djihadiste en Irak : le Guide suprême iranien accuse la CIA »
  75. a et b « Abu Bakr Al Baghdadi n’est pas un « agent juif du Mossad dénommé Simon Eliott » »
  76. a et b « POURQUOI L’EI. N’ATTAQUE JAMAIS ISRAËL ! »
  77. « Une animatrice égyptienne : L’EI est une création israélo-anglo-américaine, Al-Baghdadi est juif »
  78. « Simon Eliot alias Abou Bakr Al-Baghdadi, un agent du Mossad »
  79. « Nouvel Ordre Mondial:Al Baghdadi serait un audacieux agent du Mossad :Shimon Ellioth »
  80. « 10 agents du Mossad que vous ne soupçonniez pas »

Bibliographie

  • Michael Weiss et Hassan Hassan (trad. Anne Giudicelli), EI ; au cœur de l'armée de la terreur : État islamique, Hugo Doc, .