Abondance (divinité)

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Abundantia (ca. 1630) de Rubens
Pour le Saint Chrétien, voir Saint Abundantia (en).

Dans la religion romaine ancienne, Abondance était une personnification divine de l'abondance et de la prospérité. Elle a été l'une des incarnations de la vertu dans la propagande religieuse qui a fait de l'empereur l'instigateur des conditions de l'« âge d'or »[1]. Abondance fait donc partie de l'art, du culte ainsi que de la littérature mais très peu de la mythologie romaine en tant que telle. Elle a peut-être survécu sous une forme ou une autre en Gaule romaine ainsi qu’en France médiévale.

À Rome[modifier | modifier le code]

Le poète latin Ovide donne à Abondance un rôle dans le mythe d'Acheloüs, le dieu du fleuve, dont l'une des cornes a été arrachée de son front par Hercule. La corne a été récupérée par les Naïades et transformée en corne d'abondance qui a été accordée à Abondance[2]. (D'autres mythes fondateurs fournissent différentes explications quant à l'origine de la corne d'abondance. Sur les monnaies de Néron, elle était associée à Cérès et assimilée à Annona, qui incarnait l'approvisionnement en grains[3].Comme Annona, l'Abondance était une « vertu en action » dans des endroits comme le port, où le grain entrait dans la ville[4].

Abondance apparaît dans le contexte de l'iconographie mithraïque sur un vase de Lezoux, dans la province romaine de Gaule aquitaine, qui présente la description la plus complète du sacrifice du taureau qui a été au centre de la religion. Abondance est assise et tient une corne d'abondance comme une image de « l'abondance qui découle de l'acte de Mithras »[5].

Pérennité éventuelle[modifier | modifier le code]

Il a été suggéré[6] que la déesse gauloise Rosmerta ait une équivalence fonctionnelle avec Abondance mais les deux n'ont jamais été directement identifiées dans les inscriptions. Guillaume d'Auvergne (d. 1249), un évêque de Paris, mentionne une Domina Abundia (« Maîtresse Abundia »), qui apparaît également dans Le Roman de la Rose sous le nom de « Dame Habonde ». L'évêque tire son nom de « abundantia », mais il peut se tromper. La nuit, les « dominae » pénètrent dans les maisons où des offrandes ont été faites pour elles. Elles mangent et boivent directement dans les récipients, sans que le contenu en soit diminué[7]. Si elles sont satisfaites, elles apportent prospérité et fécondité. Guillaume considérait ces pratiques comme une forme d'idolâtrie[8]. Les folkloristes du XIXe siècle considéraient ces figures comme des fées celtiques[9].

Nicolas de Cues rapporte que lors de ses voyages à travers les Alpes occidentales en 1457, il rencontra deux vieilles femmes qui lui dirent qu'elles étaient au service de Domina Abundia. Elles s'identifièrent comme étant des chrétiennes apostâtes et avaient été emprisonnées pour sorcellerie. Nicolas pensait qu'elles avaient été dupées par le diable mais qu'elles devraient être autorisées à recevoir la pénitence plutôt que de brûler sur un bûcher[10].

Art postérieur et allégorie[modifier | modifier le code]

Dans l'art occidental plus tardif, Abondance est souvent représentée tenant sa corne d'abondance et ses gerbes de maïs ou de blé[11].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. J. Rufus Fears (en), "The Cult of Virtues and Roman Imperial Ideology," Aufstieg und Niedergang der römischen Welt II.17.2 (1981), p. 812.
  2. Ovide,"Metamorphoses"; 9.87–88, cité par Fears, p. 821.
  3. Fears, "The Cult of Virtues," p. 897.
  4. Fears, "The Cult of Virtues," p. 913.
  5. Manfred Claus, The Roman Cult of Mithras: The God and His Mysteries, traduit par Richard Gordon (Routledge, 2000, publié à l'origine en 1990 en allemand), p. 118.
  6. Paul-Marie Duval, "Rosmerta, American, African, and Old European Mythologies (University of Chicago Press, 1993), p. 221.
  7. Edward Burnett Tylor, extrait de Primitive Culture, dans Understanding Religious Sacrifice: A Reader (Continuum, 2003, 2006), p. 22.
  8. Alan E. Bernstein,"The Ghostly Troop and the Battle over Death: William of Auvergne (d. 1249)," Rethinking Ghosts in World Religions (Brill, 2009), p. 144.
  9. Benjamin Thorpe, "Northern Mythology" (Londres, 1861), vol. 1, p. 281;Jacob Grimm, Teutonic Mythology (traduction anglaise Londres, 1880), pp. 283-288.
  10. Hans Peter Broedel,"The Malleus Maleficarum and the Construction of Witchcraft: Theology and Popular Belief (Manchester University Press, 2003), p. 109.
  11. Jürg Meyer zur Capellen, Raphaël: The Roman Religious Paintings, ca. 1508-1520 (Arcos, 2005), p. 264.