Abolition de la prison

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L'abolitionnisme est un courant de pensée et des mobilisations politiques qui visent la suppression de l'esclavage. Par extension, on utilise le terme pour tous mouvements qui cherchent la suppression d'une institution ou d'une loi. On parle par exemple de l'abolition de la peine de mort, de la torture, du travail, des privilèges, de la police, etc. Cet article concerne les théories politiques, mouvements ou organisations qui prônent l'abolition des prisons, qui entrent dans le cadre plus large de l' abolitionnisme pénal, qui prône l'abolition du système pénal (prisons, police, tribunaux).

Critiques de l'institution carcérale[modifier | modifier le code]

Le système pénal a quatre fonctions : la réinsertion, la protection, la rétribution (des torts) et la réparation. Les abolitionnistes indiquent que la peine d'incarcération fonctionne mal:

  • réinsérer, rééduquer : libéré, le délinquant est encore moins apte à vivre avec les autres (phénomène de socialisation carcérale, « prisonisation »)
  • protéger la société : la prison génère des criminels et devient une sorte d'« école du crime »
  • rétribution: la prison fonctionne comme une forme de vengeance et ne permet pas la réparation ou la réinsertion
  • réparation : les victimes ne tirent que peu de bénéfices à l'incarcération d'un auteur et les causes de leur victimation restent inchangées.

Certains abolitionnistes disent qu’au contraire la prison et le système pénal fonctionnent très bien: "Plutôt que de dire que la police fonctionne mal, il faut au contraire dire qu’elle fonctionne très bien au regard de ce qui est attendu d’elle : protéger l’État, le système capitaliste, le racisme structurel et le patriarcat."

Les sociologues Loïc Wacquant et Thomas Mathiesen firent remarquer dans leurs théories que la prison est génératrice de troubles mentaux graves, les criminels ayant du pouvoir (argent ou pouvoir) vont moins en prison que les autres (injustice) et que les mineurs incarcérés peuvent y côtoyer la grande délinquance.

Historique[modifier | modifier le code]

En 1887, Pierre Kropotkine critique la relativité de la notion de « justice »[1] ainsi que le système carcéral et les prisons dans lesquelles il a passé plusieurs années en France et en Russie, affirmant : « On ne peut pas améliorer les prisons »[2] : « lieu privilégié de l'éducation au crime […] les réformes véritables sont impossibles [car] le système est mauvais des fondations jusqu'au toit »[3].

C'est dans les années 1970 que nait l'abolitionnisme pénal, marquées notamment par la publication du livre Politics of Abolition[4] du criminologue Thomas Mathiesen, et qui influence durablement les mobilisations pour l'abolition de la prison. Parmi les auteurs et militants majeurs en faveur de l'abolition de la prison, on compte Angela Davis aux USA, Louk Hulsman aux Pays-Bas, Jacques Lesage de La Haye, Catherine Baker ou Thierry Lodé en France.

Résonance politique[modifier | modifier le code]

Une partie du mouvement abolitionniste appuie sa critique sur une vision révolutionnaire. Selon la conception marxiste ou libertaire, la prison défendrait les intérêts économiques et politiques des classes supérieures. La critique du système carcéral est aussi en tension avec une criminalisation des violences faites aux femmes, créant des débats entre courants féministes[5].

En France, de nombreux collectifs se positionnent en faveur de l'abolition de la prison depuis le milieu des années 1970. Certains animent des émissions de radio et publient des journaux (comme L'Envolée). Le GENEPI, une organisation abolitionniste et féministe se dissout en août 2021[6] et est l'objet d'une polémique médiatique [7].

Dans le monde[modifier | modifier le code]

L'abolitionnisme pénal est un mouvement bien plus vivace dans la communauté académique en Amérique du Nord qu'en France au XXIe siècle[5].

Aux États-Unis, la principale organisation abolitionniste est Critical Resistance, cofondée par Angela Davis.

Depuis 1983, l’International Conference on Penal Abolition réunit tous les ans ou tous les deux ans des abolitionnistes du monde entier[8]. La dernière conférence s'est tenue a Londres en 2018[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Kropotkine, Organisation de la vindicte appelée justice, 1901, texte intégral
  2. Pierre Kropotkine, Dans les Prisons Russes et Françaises, 1886 ; On ne peut pas améliorer les prisons, 1887, texte intégral ; Les Prisons, 1888, texte intégral.
  3. Thomas Wieder, Dans les prisons russes et françaises, de Pierre Kropotkine : Kropotkine derrière les barreaux, Le Monde, 23 avril 2009, texte intégral.
  4. Thomas Mathiesen, The politics of abolition revisited, (ISBN 978-1-138-02125-9 et 1-138-02125-3, OCLC 875248344, lire en ligne)
  5. a et b « L’abolitionnisme pénal, une lutte féministe ? Entretien avec Gwenola Ricordeau », sur contretemps.eu, (consulté le ).
  6. https://www.genepi.fr/communique-sur-la-dissolution-du-genepi/
  7. https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/08/07/prisons-la-fin-de-l-association-genepi-recit-d-un-enfermement_6090799_3224.html
  8. https://icopa17.wordpress.com/history-of-icopa/
  9. https://abolitionistfutures.com/icopa-2018

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Michel Foucault, Surveiller et punir, Gallimard, 1975, 360p ( (ISBN 2070729680))
  • Louk Hulsman et Jacqueline Bernat de Celis, Peines perdues : le système pénal en question, Centurion, , 182 p. (ISBN 978-2-227-12601-5)
  • Alain Brossat, Pour en finir avec la prison, La Fabrique, 2001, 127p. ( (ISBN 2-913372-13-9))
  • Collectif, Au pied du mur - 768 raisons d'en finir avec toutes les prisons, L'insomniaque, 2000, 356p (ISBN 2908744341)
  • Catherine Baker, Pourquoi faudrait-il punir ? Sur l'abolition du système pénal, tahin party, 2004, 188 p. (ISBN 2-912631-11-4)
  • Nicolas Carrier/Justin Piché: Actualité de l'abolitionnisme. Champ Pénal/Penal field, vol, XII, 2015.
  • Tony Ferri, Abolir la prison. L'indispensable réforme pénale (préface de Thierry Paquot, postface de Thierry Lodé), Paris, Libre et Solidaire, 2018, 164 p. (ISBN 2372630431)
  • Massimo Pavarini/Livio Ferrari (ed.) No Prison. Capel Dewi, EG Press 2018.
  • Gwenola Ricordeau, Crimes & Peines. Penser l'abolitionnisme pénal. Caen, Grevis, 2021.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]