Aboiteau

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Un aboiteau à Grand-Pré en 1907.

Un aboiteau est une sorte de digue construite par les Acadiens pour leur permettre de cultiver des terres gagnées sur la mer ou les fleuves.

Technique[modifier | modifier le code]

Fonctionnement d'un aboiteau.

Le principe est non seulement d'empêcher la mer d'envahir les terres à marée haute, mais aussi d'évacuer à marée basse les eaux d'écoulement provenant de la pluie et de la fonte des neiges. Ainsi, les terres récupérées sont peu à peu débarrassées de leur teneur en sel[1]. C'est pourquoi les Acadiens entouraient leurs terres de digues qui canalisaient l'eau et l'amenaient au conduit d'évacuation qui était muni d'un clapet mobile se fermant automatiquement à marée haute et s'ouvrant à marée basse.

Une origine poitevine et hollandaise[modifier | modifier le code]

Ce principe de fonctionnement existait déjà dans d'autres parties du monde, et notamment dans la région du Centre-Ouest de la France, en particulier le Marais poitevin, qui a été travaillé à la fin du XVIe siècle et au XVIIe par des ingénieurs hollandais, appelés par Sully, qui ont asséché une grande partie du « marais humide ». La technique des retenues à clapet était alors connue dans cette région qui est celle d'où viennent principalement les Acadiens, mais l'aboiteau est une évolution particulière de ce système qui a dû prendre en compte les particularités de l'Acadie ou du Québec, à savoir un climat rigoureux et des marées parmi les plus fortes au monde[2].

Personne ne peut dire qui a inventé l'aboiteau. Il s'agit sans doute d'une œuvre collective qui a été développée et améliorée par les Acadiens sur plusieurs générations au gré des expériences.

L'adaptation en Louisiane[modifier | modifier le code]

Le gouvernement espagnol, qui a récupéré en 1764 la Louisiane après le traité de Paris mettant fin à la guerre de Sept Ans a vu s'installer progressivement plusieurs colonies d'Acadiens chassés de Nouvelle-Écosse par la déportation des Acadiens. Constatant leur aisance à assécher les terres humides[3], il décide de convaincre en 1785 quelque 1598 d'entre eux, dont environ 200 venant de Belle-Île-en-Mer de s'installer[4][réf. insuffisante]. Ils arrivèrent vite à produire des récoltes louisianaises : le maïs, le coton et le riz.

Pourquoi des aboiteaux ?[modifier | modifier le code]

L'Acadie du XVIIe siècle était presque entièrement recouverte par la forêt. Or, les terres gagnées sur la forêt ont toujours un rendement agricole médiocre. Les Acadiens décidèrent alors de cultiver les rivages en bord de mer et au bord des fleuves côtiers qui étaient quotidiennement soumis au flux et au reflux. Les étendues récupérées n'étaient pas immédiatement productives car la teneur en sel devait d'abord baisser, ce qui demandait plusieurs années. Toutefois, des herbes sauvages poussant très rapidement sur les terres à peine asséchées, ces surfaces servaient presque aussitôt de pâturage en attendant la mise en culture effective.

Grâce aux aboiteaux, les Acadiens possédaient des terres dont le rendement est estimé à cinq fois celui d'une terre défrichée sur la forêt[1]. L'Acadie se couvrit alors d'une quantité si importante d'aboiteaux que ceux-ci en sont devenus un des symboles, donnant aux Acadiens le surnom de « défricheurs d’eau ».

Ce type d'agriculture possédait néanmoins ses inconvénients car les levées de terre demandaient un entretien quotidien, des dégâts devaient être réparés à chaque tempête ou forte marée, et une révision annuelle était nécessaire à chaque sortie d'hiver.

Les aboiteaux aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Beaucoup d'aboiteaux sont encore en état, et certains furent même construits et utilisés jusque dans les années 1950, par exemple à Dugas. Il en reste toujours un peu partout en Acadie, ainsi que dans la région de Kamouraska, au Québec[5]. On distingue les aboiteaux marins (Beaubassin, Rivière-aux-Canards) et les aboiteaux fluviaux (Memramcook, Port-Royal).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Les Acadiens, citoyens de l'Atlantique de Jean-Marie Fonteneau
  2. Hatvany, M. The origins of the Acadian Aboiteau: an environmental historical geograhy", Historical Geography, 30 (2002): 121-137.
  3. La Louisiane... 3 siècles après Cavelier de la Salle!
  4. Fondation de la Louisiane
  5. Hatvany, M. Paysages de marais: Quatre siècles de relations entre l'humain et les marais du Kamouraska (La Pocatière, Québec: Société historique de la Côte-du-Sud et Ruralys, 2009).

Liens externes[modifier | modifier le code]