Abbaye Notre-Dame d'Aunay

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Abbaye d'Aunay
Image illustrative de l'article Abbaye Notre-Dame d'Aunay
Blason de l'abbaye

Diocèse Diocèse de Bayeux et Lisieux
Patronage Notre-Dame
Numéro d'ordre (selon Janauschek) CCXLVII (247)[1]
Fondation 1125
Abbaye-mère Savigny
Lignée de Clairvaux
Abbayes-filles Croxden
La Boulaye
Torigny
Congrégation Ordre cistercien
Période ou style

Coordonnées 49° 01′ 16″ nord, 0° 37′ 51″ ouest[2]
Pays Drapeau de la France France
Département Calvados
Commune Aunay-sur-Odon

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Abbaye d'Aunay

L'abbaye Notre-Dame d'Aunay est une abbaye cistercienne fondée au XIIe siècle sur la commune d'Aunay-sur-Odon, dans le département du Calvados.

Localisation[modifier | modifier le code]

L'abbaye Notre-Dame d'Aunay est située à un kilomètre à l'ouest d'Aunay-sur-Odon, près de la rivière l'Odon.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'histoire de l'abbaye et de la baronnie d'Aunay sont intimement liées. Les seigneurs d'Aunay sont inhumés depuis le XIIe siècle dans l'église dont ils sont les patrons.

L'abbaye fonde deux abbayes filles, Val-Sainte-Marie de Crokesde en Angleterre en 1178 et Thorigni-sur-Vire en 1308.

Vendue à la Révolution, une partie est démolie, le reste occupé par une importante filature[3].

Fondation[modifier | modifier le code]

Richard du Hommet

L'abbaye d'Aunay est la neuvième fondation de l'abbaye de Savigny fondée le 15 juillet 1131 par Jourdain de Say, seigneur d'Aunay, et Luce, sa femme, sur le versant nord du mont des Lenques, puis les moines transportent leur établissement à un kilomètre sur les bords de l'Odon. Le 15 novembre 1136, elle est fondée sous le vocable de Notre-Dame. À partir de 1147, Aunay appartient à l'ordre de Cîteaux.

Cette fondation est confirmée et considérablement augmentée par le gendre du fondateur, Richard du Hommet, connétable héréditaire du roi d'Angleterre pour la Normandie[4].

Les abbés réguliers[modifier | modifier le code]

Le premier, Vivianus, vient de l'abbaye de Savigny et reçoit des dons de Guillaume d'Apres, Richard de Saint-Rémy, Guillaume de Soulle, Robert Le Breton, Enguerant de Port, Raoul de Cahaignes, Guillaume fils d'Orange, Auvray fils de Symon et Robert de Mathan. Dès sa fondation, l'abbaye est largement pourvue. Chrétien transige sur des biens en Angleterre, Richard du Hommet, connétable héréditaire devenu vieux, entre comme simple moine et est inhumé en 1181 dans le sanctuaire. Sous Henry, les familles Pellevé, Villers, Vassy, Marmion, du Manoir, de Saint-Germain rivalisent de générosité et certains viennent chercher le repos sous la bure, puis sous les dalles de l'église. Guillaume transige en 1260 avec les templiers, Jean III fonde en 1307 une nouvelle abbaye à Thorigny. Thomas du Manoir fait construire en 1347 le tour des chapelles qui environnent le grand autel. Il est enterré dans la principale des cinq chapelles, celle dédiée à la Vierge. Jean V subit en 1388 l'invasion anglaise. En 1424, la rupture est complète avec les possessions anglaises. Nicolas de Mons gouverne pendant la reprise de la guerre anglaise et agrège l'abbaye à l'université de Caen en 1439. Géofroy Denis est abbé pendant 49 ans. En 1513, Michel Quesnot meuble le monastère et fait garnir le chœur de stalles. En 1528, l'abbaye est pillée ; argent, vases sacrés, bestiaux, chevaux et titres sont volés. Gilles Godin, décédé en 1532, est le dernier abbé régulier[5].

Les abbés commendataires[modifier | modifier le code]

Pierre Daniel Huet

Olivier de Saint-Julien, premier abbé commendataire, loue son abbaye aux moines. Son frère François de Saint-Julien qui lui succède donne le tiers des revenus aux religieux. En 1556, les murs de l'abbaye sont tombés, le seigneur d'Aunay est protestant, les moines s'enfuient et restent dispersés pendant trois ans. Un vieillard impotent est pendu. Le seigneur prend les revenus du monastère. En 1577, Pierre Prévôt vend la baronnie de la Ferrière-au-Val. En 1593, le roi Henri IV donne Aunay à son secrétaire Jean Bertaut, aumônier de la reine Marguerite. Son frère Pierre Bertaut obtient la commende en 1611 puis se marie et Louis Bretel le remplace. Jean-Pierre Camus adopte la réforme de l'étroite observance en 1635. Il reste neuf religieux dont six prêtres, un convert et deux novices. L'abbé Charles Dufour, son neveu, décède en 1679.

Le roi Louis XIV nomme le célèbre Pierre Daniel Huet, membre de l'Académie française de 1674 à 1721, sous-précepteur du Dauphin. Il publie quelques textes sur Aunay où il réside plusieurs années. En 1686, l'abbaye compte douze religieux de chœur dont dix prêtres, deux novices et deux converts.

Suivent : René-François de Froulay-Tessé, colonel du régiment de Tessé, André-François de Brancas, aumônier du roi, puis son frère Joseph de Blancas-Villeman. André-Balthasar d'Armand de Forest de Blacons est le dernier abbé commendataire. Le 3 mars 1790, la municipalité d'Aunay remet quelques meubles à chacun des moines[5].

Temporel[modifier | modifier le code]

Dès sa fondation, Aunay est riche et les descendants de Jourdain de Say et Richard du Hommet, seigneurs d'Aunay et de Semilly lui apportent de nouveaux biens. L'Abbaye achète et vend des terres, des rentes et fait office d'établissement de crédit.

Elle a le droit de patronage et perçoit les revenus des églises de Beauquay, Hérouvillette, Grainville-la-Campagne, Maisoncelle-Pelvé, La Vacquerie, Amfreville, Cambes, Semilly, Banneville-sur-Ajon et Balleroy dans l'évêché de Bayeux, Bonfossé, Sainte-Marie, Cenilly, Marigny, Remilly et Chevry dans celui de Coutances.

Outre de nombreux droits féodaux sur le domaine fieffé qui disparaissent à la Révolution, la vente des biens nationaux nous donne une idée de sa richesse :

Les bâtiments claustraux[modifier | modifier le code]

Plan de l'abbaye.

La transformation de l'abbaye en manufacture à la Révolution a profondément modifié le site. Des bâtiments, dont l'église, sont démolis et d'autres sont augmentés d'un étage mais le cadastre de 1811 conserve le parcellaire d'origine et l'impact d'une partie du bâti.

Une vue de 1706, un plan partiel[7] du XVIIIe siècle et de nombreuses mentions dans les actes de l'abbaye permettent la reconstitution d'une partie importante du monastère à l'exclusion de la cour ouest.

Les bâtiments claustraux sont installés en limite sud de la rivière l'Odon, desservis par le chemin d'Aunay. On entre dans le monastère par un pont dans une première cour avec la maison de l'abbatiale et l'écurie, puis dans une autre devant les dortoirs avec une maison pour le jardinier et un grand jardin avec trois canaux ou étangs.

L'ensemble est organisé autour d'un cloître au sud de l'église qui a un accès sur le chemin des fermes. La vue de 1706 laisse apparaitre une amorce d'enclos à l'est avec un passage vers le sud. L'abbaye d'Aunay reprend le schéma classique des abbayes cisterciennes.

L'église Notre-Dame[modifier | modifier le code]

Église de l'abbaye Notre-Dame d'Aunay

S'il ne reste aujourd'hui que quelques vestiges, l'église Notre-Dame est connue par le plan du XVIIIe siècle qui donne un état précis du chœur, le relevé des ruines de 1830 et les textes.

La superposition fait clairement apparaitre deux trames de construction différentes pour la nef et le chœur. L'entre-axe des piliers est plus faible pour la nef et correspond à la structure en charpente décrite dans les textes. Les chœur et transept sont voutés de pierre. L'église a 176 pieds de long pour 43 pieds de large pour la nef et 67 pieds pour le transept. Autour du maître-autel sont disposées cinq chapelles dont la principale est dédiée à la Vierge, les autres à saint Thomas, sainte Marie-Madeleine, saint Jean-Baptiste et saint Martin. Le chœur a des stalles où sont adossés deux autels[8].

En 1830, il ne reste que la moitié de la nef, quelques parties du transept et d'un bas-côté du chœur, une porte de dessin ogival. La nef est dans le style de transition du XIIe siècle et présente quelques particularités. À l'intérieur les arches inférieures sont ogivales et les fenêtres en plein cintre. En façade, la porte est en plein cintre et les fenêtres ogivales. Le transept ne conserve qu'une porte romane. Le bas-côté nord semble du XIVe siècle[9].

Des plates-tombes, figures de défunts sur céramique, sont découvertes dans l'église avant 1880[10].

Héraldique[modifier | modifier le code]

Les armes de l'abbaye se blasonnent: De gueules à trois fasces d'or accompagné de besans de l'un et l'autre[11].

Sceau de Notre-Dame d'Aunay, 1452, rond, 36 mm. Dans une niche gothique, la Vierge assise, couronnée tenant l'enfant Jésus et un livre. Dans le champ à dextre, un rameau.

Les religieux d'Aunay ont conservé une importante collection de sceaux depuis le XIIe siècle sur les familles: du Hommet, Semilly, Tesson, Tamelin, Évrecy, Coisnières, du Manoir, Bretteville, Firz-Osbern, Pellevé, Courcy, Vassy, Longueville, Bures, Marmion, Villers, Pontécoulan, de la Rivière, de Saint-Germain… des Templiers, des vicomtés de Caen, Condé-sur-Noireau, Marigny[12].

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • Plaque tombale de Nicolas de Mont, 19e abbé, mort en 1416.
  • Plaque tombale de Thomas du Manoir, 16e abbé.
  • Vitrail avec des moines à genoux, liste de noms, date 1349 édification des chapelles[13].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Monard Raymond, Abbatiale cistercienne d'Aunay-sur-Odon.
  • Arcisse de Caumont, Statistique monumentale du Calvados, t. 3 : Arrondissements de Vire et de Bayeux, Caen, Hardel, (lire en ligne), p. 235.
  • M.G. Le Hardy, Étude sur l'Abbaye et la Baronnie d'Aunay-sur-Odon.
  • Inventaire sommaire des archives départementales. Calvados. Archives civiles, série E, tome 2, articles 528 à 724.
  • L'Échaudé d'Anisy, Cartulaire de l'Abbaye d'Aunay dans : Mémoires de la société des antiquaires de Normandie, 1834, page 46, disponible sur Gallica.
  • André Rostand, Restauration de l'abbaye Notre-Dame d'Aunay au XVIIe siècle, dans Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, 1942, page 536, disponible sur Gallica.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne, Puthod, , 491 p. (lire en ligne), p. 192.
  2. (it) « Aulnay », sur http://www.cistercensi.info/, Ordre cistercien (consulté le 4 avril 2014).
  3. Ressources BnF
  4. Arcisse de Caumont, Statistique monumentale du Calvados, t. 3 : Arrondissements de Vire et de Bayeux, Caen, Hardel, (lire en ligne), p. 235
  5. a et b Le Hardy
  6. Le Hardy, Étude sur l'Abbaye et la Baronnie d'Aunay.
  7. Collection.Culture, article: Aunay-sur-Odon
  8. BnF : fond français no 11966.
  9. Arcisse de Caumont.
  10. Des châteaux et des sources, Archéologie et histoire dans la Normandie médiévale, page 575.
  11. Armorial général, Normandie, Caen, page 757
  12. Germain Demay : Inventaire des sceaux de Normandie
  13. J. Duportal, dans: Le journal des savants, 1918, pages 201-202