Abbaye Notre-Dame de Staouëli

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Abbaye Notre-Dame de Staouëli
Monastère de la trappe de Staouëli vers 1870
Monastère de la trappe de Staouëli vers 1870
Présentation
Nom local Staouëli
Culte Catholique romain
Type Ordre cistercien, Pères trappistes
Rattachement Abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle
Début de la construction 1843
Fin des travaux 1904
Géographie
Pays Algérie
Région Alger
Ville Staouéli - Sidi Ferruch
Coordonnées 36° 44′ 45″ nord, 2° 54′ 47″ est

Géolocalisation sur la carte : Algérie

(Voir situation sur carte : Algérie)
Abbaye Notre-Dame de Staouëli

L’abbaye de Staouëli est un monastère trappiste situé en Algérie, créé en 1843. le monastère fut érigé en abbaye le 11 juillet 1846 par Monseigneur Louis-Antoine-Augustin Pavy. Charles de Foucauld y résida[Note 1]. Les moines la quittèrent en 1904. Cette Trappe symbolisa pendant soixante ans la présence du christianisme en Algérie.

L'installation des Trappistes en Algérie[modifier | modifier le code]

En 1830, le général de Bourmont organise et commande l'Expédition d'Alger. Le 14 juin, l'armée aborde à Sidi-Ferruch, livre les 19 et 24 juin les deux batailles de Staouëli, et prend Alger le 5 juillet.

En 1841, le gouvernement français, douloureusement préoccupé de l'avenir de l'Algérie, qui avait coûté tant de sang et d'argent sans résultats appréciables jusqu'à cette époque, décide d'envoyer une mission d'études pour examiner les possibilités d'avenir de la colonie. Le député de l'Orne, Corcelle, chef de la mission, qui avait séjourné plus de trois mois dans les régions conquises, conclut notamment dans son rapport officiel : «…qu'elle cesserait d'être française si elle n'est chrétienne» et, plus loin, il ajoutait : «L'introduction d'une congrégation religieuse dans les cultures de l'Algérie serait assurément très salutaire. Les Trappistes, par exemple, apporteraient une expérience agricole fort précieuse et des exemples de sainteté…»[1].

On peut lire dans le Moniteur universel du 8 septembre 1842, un an avant l'installation des Pères Trappistes : «Un bataillon de troupe de ligne va partir pour la plaine de Staoueli, afin de creuser les fossés d'enceinte du troisième village à établir, les Schragos. On assure que M. le Directeur de l'Intérieur a toutes prêtes les familles à établir dans cette partie de la plaine de Staoueli, que nous connaissons fort saine et très productive dans beaucoup d'endroits…»[2].

En 1843, treize moines venus de l'abbaye française d'Aiguebelle vont entamer la construction du premier monastère cistercien en Algérie. M. de Corcelle, député catholique de l’Orne, avait fait part au vicaire général de La Trappe de son projet d'unir l'État français (colonisateur de l'Algérie), aux religieux. Accompagné de Dom Orsise, abbé d’Aiguebelle, et de Dom Hercelin, abbé de La Grande Trappe, il se rend alors en Algérie afin de trouver un lieu d’implantation[3]. Une concession leur est attribuée par le général Bugeaud, gouverneur de l'Algérie. Elle se trouve à Staouëli (« La terre des saints » ), quelques kilomètres à l'ouest d'Alger, à côté de la presqu'île de Sidi-Ferruch, sur un terrain de 1 020 hectares, dominée par le marabout d'Aumale, un tombeau dédié à un saint musulman[4]. C'est un maquis rempli de broussailles et de palmiers nains, de lentisques et de myrtes sauvages. L'oued Bridja à l'Est, l'oued Boukara à l'Ouest étaient les limites de la concession, qui fut agrandie ensuite.

L'acte de concession, date du 18 juillet 1843, fête de Saint Jacques Apôtre, et est signé par Soult, duc de Dalmatie[5]. En août 1843, une première messe est célébrée sur le lieu de la fondation de la future Trappe devant quelques Arabes « indigènes »[Note 2]. Le 14 septembre 1843, jour de la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix, la première pierre de ce monastère cistercien est posée par Dom François-Régis [6] et bénie par l'évêque d'Alger Mgr Dupuch en présence du général Bugeaud[Note 3]. Le monastère est consacré le 30 août 1845. Il compte 67 moines dès janvier 1846, nombre qui s'élève bientôt à 120. Parmi eux, quelques anciens officiers, comme un militaire qui avait participé à la bataille de Staouëli sur les lieux de fondation du couvent, et fut présent dès la pose de la première pierre[7]. En 1845, six moines de l'abbaye de Bellefontaine de Bégrolles-en-Mauges y sont envoyés[8] et en 1848, trente-deux moines de l'abbaye de Melleray, qui était en train de fermer.

Le monastère est érigé en abbaye le 11 juillet 1846. En 1847, l'exploitation agricole traverse une crise financière importante et Dom Régis est alors secouru par le général Marengo, qui puise dans sa fortune personnelle pour aider les Pères Trappistes.

La communauté reçoit régulièrement l'apport de nouveaux frères, venus des abbayes françaises[9],[10]. En 1849, constatant les bons débuts de l'exploitation, le gouvernement français accorde la propriété définitive des terrains à la Société Civile de Staouëli, qui représente le monastère[11].

Tableau chronologique[modifier | modifier le code]

Staouéli / Maguzzano (en Algérie; 1843-1904 / en Italie; 1904-1936)[12]
09/06/1842 Voyage en Algérie de D. J.M. Hercelin et de D. Orsise Carayo, abbé d'Aiguebelle
18/07/1843 Signature de l'acte par lequel le gouvernement cède aux trappistes des terrains dans la plaine de Staouéli.
12/08/1843 Arrivée de D. Fr. Régis de Martrin en Algérie.
13/09/1843 Arrivée d'une première colonie de 10 religieux
14/09/1843 Pose de la première pierre du monastère.
30/08/1845 Consécration de l'église.
04/05/1865 Visite de l'empereur Napoléon III.
02/06/1880 Translation des restes de D. Fr.-Régis.
21/07/1893 Cérémonie à l'occasion des noces d'or de l'abbaye.
septembre 1894 Le monastère d'Akbès devient filiale de Staouéli.
25/09/1896 à 27/10/1896 Séjour du Père de Foucauld.
Octobre 1904 Achat du monastère de Maguzzano.
21/10/1904 Vente du monastère de Staouéli.
01/11/1904 Départ de la communauté pour l'Italie.
15/09/1936 Le chapitre général supprime la communauté de Maguzzano.
1938 Vente du monastère de Maguzzano

Développement de l'exploitation agricole[modifier | modifier le code]

La devise du Monastère[modifier | modifier le code]

La devise de l'abbaye gravée au frontispice du monastère est « Ense Cruce et Aratro », « Par l'épée, par la croix et par la charrue »[13]. Leur premier supérieur est le père François-Régis, né Léon de Martrin-Donos[14].

Débuts difficiles[modifier | modifier le code]

Les moines ont la responsabilité de 500 ha, et ont pour mission de créer une exploitation agricole modèle, un centre religieux et spirituel[9],[10]. Les conditions de travail sont très dures et la vie monastique exigeante. Le terrain est insalubre, et le paludisme, ainsi que plus tard le choléra, font bientôt des coupes claires dans les rangs des moines. Sur 40 frères, 25 décèdent dans cette période de fondation, dont dix dès la première année[9],[15],[10],[Note 4]. Tout en vivant leur vocation contemplative, les moines arrivent progressivement à transformer la concession qui leur a été confiée en un domaine agricole moderne et attrayant. En 1865, lors de la visite de Napoléon III, on en fait ainsi le bilan : «de nombreuses voies d'exploitation ont été ouvertes, bordées de carroubiers, de platanes, de mûriers, d'oliviers et munies de haies de cactus ou d'aloës ; des abris de cyprès, de roseaux et de bamboux se sont élevés pour protéger les cultures délicates contre l'action du vent de mer ; des marais pontins ont été desséchés ; de grands ravins ont été encaissés, ou redressés…» [16]

Géranium rosat

43 moines, 20 colons, et 100 ouvriers exploitaient :

  • 450 hectares de vignobles ;
  • 20 hectares de prairies ;
  • 25 hectares d'agrumes, mandariniers citronniers et orangers ;
  • 45 hectares blé et céréales, maïs, sorgho, betteraves et patate douce ;
  • 30 hectares plantés de géraniums[17]

Céréales, fruits et légumes[modifier | modifier le code]

Le blé est l'activité principale du monastère (ils furent les premiers à introduire la machine à vapeur pour battre le blé[18] mais ils cultivent aussi les autres céréales et le maïs, les légumes et les pommes de terre, sans compter les 2500 arbres (peupliers et arbres d'agrément) et arbres fruitiers, mûriers (1500), abricotiers, figuiers, oliviers, cerisiers, amandiers, dattiers et bananiers, orangers, pruniers, pommiers… Ainsi que des vignes, excellents cépages venus de France[19].

Staouëli était appelé le « pays des primeurs »[20]. Melons réputés énormes[21], cerises, prunes, pêches, amandes, oranges, mandarines, citrons, nèfles, choux gigantesques… Ces fruits provenant des jardins potagers et vergers, qui ont remplacé les broussailles et les palmiers nains, se vendent sur les marchés d'Algérie.

Les légumes (haricots, tomates, pomme de terre, choux, citrouilles géantes, betteraves etc.) occupaient des milliers de petits carrés fermés par des haies de roseau ou de cyprès[20]. Plus d'une centaine de variétés de semences différentes donnaient des légumes cultivés dans les parcelles et carrés.

La ferme[modifier | modifier le code]

  • La ferme comprenait 70 vaches laitières et 70 bœufs de labour, une laiterie approvisionnant Alger en beurre et en lait, 600 porcs, 20 chevaux et juments, mulets, 1000 moutons et un troupeau de chèvres angora. Plusieurs fermes tenues par des familles de colons avaient été fondées aux alentours, comme le stipulait l'acte initial de concession : Saint-Benoît, Sainte-Scholastique, Saint-Bernard, Fontbonne, Aiguebelle, Saint-Étienne, Saint-Augustin, Ste-Anne, St-Joachim[7]… On y trouvait aussi des volailles dans un poulailler, vendues ensuite, et des lapins dans une garenne»[22].
  • L'exploitation forestière reposait sur l'exploitation des pins et eucalyptus destiné au bois de construction[7]. La vente et broussailles rapportait aussi un peu d'argent « : Chaque année, près de 20 hectares [étaient] débarrassés de leurs broussailles et de leurs palmiers nains, au coût de 500 francs l'hectare, nonobstant les autres travaux »[23].
  • 400 à 500 ruches pour la production de miel destiné à la consommation ou au soin de la gorge[20].
  • La récolte de blé était de 2000 à 2400 quintaux, celle d'avoine (destinée au fourrage des chevaux) et celle de maïs (alimentations des porcs, brebis, agneaux et volailles) de 400 à 500 quintaux. Pour l'alimentation des vaches, des luzernières irriguées donnaient deux à trois coupes par an. Ils produisaient environ 2 000 m3 de fumier par an utilisé comme litière et comme unique engrais[24].

Les vignes, vins et spiritueux[modifier | modifier le code]

Abbaye de Staoueli Vendanges.jpg
Cave de N.-D. de Staoueli, Algérie, 1902
  • Le vin provient d'excellents cépages de France : Alicante, Morrastel, Grenache, Faranah, Clairette, Carignan, Terret, Cinsaut, Muscat, Malvoisie, pinot gris. Il y avait en tout 408 ha de vignes (80 ha de vieilles vignes et 268 ha de vignes jeunes) en 1903. On en tirait 1 400 hl de vin rouge par an et 700 hl de blanc (un Sauvignon)[25] gardés en fûts de chêne bourguignon d'une capacité de 20 000 hectolitres. Les vins liquoreux, Alicante, Muscat, Malvoisie, pinot gris, étaient préparés avec des alcools distillés avec soin et gardés dans de petits fûts de chêne. À la distillerie grâce à Frère Ignace se préparait une liqueur, la « Staouëline », rappelant la Chartreuse et dont la recette était gardée secrète, composée de liqueur de verveine et de mandarine[Note 5], d'autres liqueurs, anisette, une sorte de cognac et du curaçao[26]
  • Il fabriquaient aussi de l'eau de fleur d'oranger et de l'essence de géranium rosat, cultivées sur 38 ha, fabriquées dans une usine de distillation construite pour le monastère et vendue aux parfumeurs 50 francs le kilogramme pour 600 kg annuels. Par contre, la distillation de feuilles d'eucalyptus échoua[27].

Les ateliers[modifier | modifier le code]

Ils consistaient en forge, ferblanterie, charronage, menuiserie, pharmacie, avec alambic pour la distillation des plantes pharmaceutiques, tannerie, cordonnerie, bourrellerie, reliure, buanderie, boulangerie, un atelier de tourneur, laiterie, fromagerie, un atelier de peinture, magnanerie, distillerie de 9 alambics pour les essences et les alcools, tonnellerie et trois caves, dont une voûtée avec grenier au-dessus, de 65 mètres de long sur 12 mètres de large, recevant annuellement quinze cents hectolitres de vin blanc et ronge, produit actuel de 50 hectares de vignes, dont les deux tiers en plein rapport, plus, quelques moulins plus éloignés[28].

Autres ressources[modifier | modifier le code]

  • Deux moulins à moudre le blé servaient à la fabrication du pain pour le personnel et pour les indigents, le reste de la récolte était vendue[7]. Il était aussi fait, deux fois par semaine, à quatre heures moins un quart du soir, une distribution de soupe et de pain aux enfants arabes pauvres.
  • Les moines produisent aussi laine (laine de mouton et cachemire, mohair de l'angora), coton et cocons de soie provenant du ver à soie des mûriers.
  • Ils exploitent une petite carrière de pierre de taille et fabriquent de la chaux, des tuiles et des briques[25].

Les eaux et l'irrigation[modifier | modifier le code]

Les eaux étaient recueillies et desservaient toutes les parties du monastère. Dirigées sur un aqueduc de 11 mètres de hauteur, elles faisaient mouvoir deux moulins, et alimentaient les fontaines du nouveau village[29]. « Les Ponts-et-Chaussées ont amené les eaux de l'oued Roukara par un barrage de retenue, au-dessous du moulin des Trappistes, qui les conduit dans une construction en forme de « marabout » , d'où elles sont réparties eu une fontaine qui débite 100 mètres cubes d'eau en 24 heures, et en un canal d'irrigation qui reçoit 500 mètres cubes, durant le même temps. Un abreuvoir et un lavoir, complètent les travaux qui concernent les eaux »[30]. Le monastère possédait quatre fontaines. Une source artificielle dans la cour du monastère, donnait plus de 100 litres d'eau à la minute.

Influence dans la région[modifier | modifier le code]

La devise bénédictine « Ora et Labora » se réalisait parfaitement par le travail des moines, aidé de colonies pénitentiaires issues du tribunal militaire et de la maison pénitentiaire de Douara, ou plus tard des arabes prisonniers de la maison centrale de Maison-Carrée.

Pour le gouvernement, principalement soucieux des résultats économiques, et cherchant à démontrer les vertus du travail et de la morale à des Français avides de gains faciles, elle sera une « vitrine » de la présence française en Algérie[31]. Le général Bugeaud écrivit dans un rapport : « Les trappistes, je les ai adoptés comme des enfants très intéressants de la grande famille coloniale et j'ai pris la résolution de les faire réussir, malgré toutes les difficultés » [17]. En 1851 ils obtiennent la Médaille d'Or destinée à l'intelligence agricole[32] et 1853, la Trappe de Staouéli obtient un premier prix à l’Exposition Agricole d’Alger. Toujours en 1853 dom François-Régis reçoit la Croix de la Légion d'honneur[7] , pour sa ferme modèle. En 1865, Napoléon III fait une visite à la Trappe. En 1863 les recettes s'élèvent à 60 223 francs dont 27 449 sont le fruit du travail agricole[33].

Les moines participent surtout à la vie économique de la région et contribuent à la fondation d'écoles, de dispensaires et d'églises dans les localités environnantes[9],[10]. Ils ouvrirent école Sainte Scholastique tenue par des sœurs pour les enfants pauvres. C'est grâce aux libéralités des moines que nombre de villages environnants ont financé leurs édifices communaux, et les organismes de Charité et hôpitaux à Alger leur devaient souvent une aide substantielle[34]. En 1855, les moines édifient l'église paroissiale du village de Staouëli nouvellement créé, et financent des églises dans toute la région dont celle de Guyotville.

Sur la route de Koléa, à l'entrée du chemin domanial, une hôtellerie accueillait voyageurs et indigents. Ils avaient un pied à terre à Alger, le « Petit Staouëli ».

Description du monastère[modifier | modifier le code]

Porte d'entrée du Monastère

Au-dessus de la porte d'entrée, une statue de la Vierge Marie portant l'inscription : « Posuerunt me custodem » (« Ils m'ont choisie pour Gardienne »)[Note 6] Dans la cour de l'abbaye, dix palmiers au centre desquels était édifiée une croix remplacée ensuite par une statue de la Vierge Marie. Celle-ci sera emmenée, en 1938, à l'Abbaye Notre-Dame de l'Atlas par les fondateurs de la nouvelle Trappe. Le mur de clôture, haut de 2 mètres et demi, renfermait 50 hectares, le verger, les vignes, l'orangerie. Le potager avait des allées portant les noms des bienfaiteurs du Monastère : Bugeaud, Soult, Dupuch, Marengo et les carrés de culture ceux des abbayes : Cîteaux, Aiguebelle, Clairvaux, Melleray.

Aménagement général[modifier | modifier le code]

Le bâtiment principal du monastère formait un rectangle de 48 mètres de longueur sur 12 mètres de hauteur. La cour intérieure était occupée par un jardin entouré d'un cloître à deux rangs d'arcades au rez-de-chaussée et au premier étage. La chapelle occupait toute une aile. À l'intérieur de celle-ci se trouvait une statue de Notre-Dame qui deviendra celle de la Basilique Notre-Dame d'Afrique[35]. La cuisine et le réfectoire étaient eu rez-de-chaussée; les dortoirs et l'infirmerie au premier étage. Les murs étaient couverts d'inscriptions qui rappelaient le néant et les misères de la vie, (entre autres : S'il est triste de vivre à la Trappe, qu'il est doux d'y mourir !) et d'écriteaux qui indiquaient à chaque moine les corvées du cloître et les travaux extérieurs de la saison. À gauche de l'abbaye se trouvait la ferme, grande enceinte de 60 m2, formée par les écuries et les hangars de l'exploitation agricole. À droite sont les ateliers et autres dépendances, forge, serrurerie, charronage, menuiserie, boulangerie, buanderie, laiterie, basse-cour. Le cimetière est aussi de ce côté. À l'avant, un autre corps de logis, dont l'entrée était formellement interdite aux femmes. Là les voyageurs reçevaient gratuitement l'hospitalité pendant trois jours[36]

La visite[modifier | modifier le code]

  • La visite commençait à dix heures, avec environ dix visiteurs par jour[37]. Une auberge pour voyageurs faisait face à la Trappe, l'Hôtel de Staouëli. On pouvait visiter : la cave donnant sur la cour, contenant des foudres de 150 à 350 hectolitres, le réfectoire, la salle capitulaire et ses stalles de bois destinées à la confession, le dortoir, la bibliothèque, le jardin, les ateliers et dépendances comme la forge, la menuiserie, la buanderie, la brasserie, la distillerie, l'atelier de charronage, les deux tours à chaux, le moulin, la briqueterie… Le monastère possédait quatre fontaines[38]… Le frère-concierge vendait ensuite aux visiteurs et pèlerins, des photographies, porte-monnaie et objets de piété, des médailles et des chapelets[39] gravés avec la Croix, la Vierge, les palmiers et l'inscription « N.D. de Staouéli, priez pour nous »[17]. De nombreux voyageurs passaient à la Trappe, hommes de lettres, hommes politiques, et pèlerins[40]. Le général Youssouf de la division d'Alger y fit sa première communion en 1845. Elle fut visitée par Napoléon III le 4 mai 1865. L'Empereur visita aussi les appartements privés de l'Évêque et de l'Abbé ; il s'y trouvait une reproduction du tableau Le Zouave Trappiste de Horace Vernet et un grand bureau où fut signé en 1830, l'abdication du Dey d'Alger et la cession de l'Algérie à la France[réf. nécessaire].
  • On servait aux visiteurs de passage un repas monastique préparé uniquement avec des produits cultivés au monastère (omelette, fruits, etc.) dans des couverts de bois de buis, et sans couteaux[41]. Pour le repas des pères Trappistes, un peu de vin leur était servi dans un gobelet ; leurs plats étaient en étain, leurs cuillères et leurs fourchettes en fer étamé. Les trappistes de Staoueli furent exceptionnellement dispensés par le Pape de certaines contraintes alimentaires (abstinence de viandes, œufs et fromage) propres aux trappistes en raison du climat chaud de l'Algérie et des maladies (choléra, paludisme) qui firent de nombreuses victimes, ce qui provoqua un relâchement du régime alimentaire dans tout l'Ordre de la Trappe[42],[réf. à confirmer]. En fait, il semble que malgré cette dispense, les moines gardèrent un régime végétarien, se nourrissant de légumes cuits à l'eau. Dans une autre salle à manger, disposée pour des ouvriers[43], se trouvait sur un tableau un relevé de maximes arabes gravées sur une table de marbre découverte dans les ruines de Persépolis. Des tableaux d'art sacré étaient suspendus aux murs ainsi qu'un tableau représentant les personnages du chapitre général de 1892, avec cette indication au-dessous: « Les supérieurs des trois Congrégations de N.-D. de la Trappe réunis à Rome au chapitre central sous la présidence de S. E. le cardinal Masella »[42].
  • La bibliothèque contenait un grand nombre de volumes rangés par lettre alphabétique, des monnaies romaines aux effigies de différents empereurs, des poignards de plusieurs formes, trouvés dans des fouilles[42].
  • Le dortoir consistait en petites cellules dont aucune n'avait de porte. Chacune d'elles renfermait un mince lit de camp avec le nom et le numéro du religieux à qui elle était affectée[42].
  • Un magnifique jardin ornait le monastère : « Le frère concierge nous prie d'attendre dans le jardin. Il y fait bien bon. Un vent frais agite les feuilles des araucarias, espèce de sapin, des eucalyptus, des caoutchoucs géants, des palmiers, des orangers dont les branches portent à la fois fleurs et fruits, et d'autres arbres qui me sont inconnus » (E. Verlet)[44].
  • Il existait en dehors des bâtiments réservés aux religieux, des ateliers comme l'horlogerie, la serrurerie, l'atelier de reliure, la ferblanterie, le laboratoire de photographie, des ateliers de forgeron, de menuisier et des tours pour travailler le bois.

Les sentences monastiques[modifier | modifier le code]

À l'intérieur des bâtiments, se trouvaient inscrites sur les murs de la salle capitulaire et sur ceux du réfectoire de nombreuses sentences monastiques :

  • « Le plaisir de mourir sans peine,

Vaut bien la peine de vivre sans plaisir''. »

  • « Mieux vaut une nourriture simple, dans une maison de paix,

Qu'une table bien servie, où règne la discorde. »

  • « S'il semble dur de vivre à la Trappe,

Il est bien doux d'y mourir. »

  • «Que sert à l'homme de gagner l'univers,

S'il vient à perdre son âme. »

  • « Celui qui n'a pas le temps de penser à son salut,

Aura l'Éternité pour s'en repentir »

  • « Goûtez les choses d'en haut

Et non celles de la terre »
[45]

Départ d'Algérie et postérité[modifier | modifier le code]

En 1899, dom Louis de Gonzague André est élu 4° et dernier abbé de Stouaëli. En 1904, les moines vendent leurs terres et quittent le pays pour plusieurs raisons : manque de vocations locales, difficultés à rentabiliser le domaine et crainte de la loi française sur les associations, votée en 1901, qui limite les droits des congrégations religieuses[46],[47],[9],[15]. Le cimetière du monastère, qui compte près de 200 tombes, témoigne des nombreux frères qui se sont succédé dans l'abbaye soixante ans durant[10].

L'aventure cistercienne en Algérie semble s'arrêter avec ce départ. Toutefois, le 7 mars 1938, un nouveau monastère est fondé, dans le domaine agricole de Tibhirine (Médéa), dans les montagnes de l'Atlas. L'abbaye mère de cette communauté est, à nouveau, l'abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle[48]. En 1939, des frères du monastère de Tibhirine vont chercher, dans le cimetière de l'ancienne abbaye de Staouëli, une grande statue de la Vierge. Celle-ci est représentée enceinte (Vierge de l'Avent), surmontant un croissant de lune, la tête couronnée de douze étoiles. Ils la ramènent à Tibhirine et la fixent sur un rocher dans la montagne, où elle est bénie le 8 septembre[46]. Ce monastère deviendra, en 1947, l'abbaye Notre-Dame de l'Atlas qui se maintiendra en Algérie jusqu'en 1996, date de l'enlèvement et de l'assassinat des moines de Tibhirine[49].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il correspondit notamment avec le Père Jérôme cf Charles de Foucauld, Cette chère dernière place, éditions du Cerf, 1991.
  2. Pendant la période coloniale, indigène est devenu un terme officiel désignant les droits, les coutumes et les institutions particulières qui continuaient à être en vigueur pour certains peuples autochtones. Cette pratique renouait avec les institutions du droit local de l'Ancien Régime.
  3. Les Français ont livré à Sidi Ferruch la première bataille contre les Arabes dirigés par des Turcs remportant la victoire afin de débarquer à Alger, et la Trappe sera édifiée sur les anciens boulets de canons de cette bataille de Stouaëli
  4. Les noms de moines décédés en 1844 nous sont parvenus : PP. Jacques, Gérard, Joseph, Barthelemy, Camille, Michel, Sulpice.
  5. Spécialités fabriquées aujourd'hui à l'Abbaye de Lérins.
  6. Et au-dessus de la porte, l'inscription« JANUA CAELI », Porte du Ciel

Références[modifier | modifier le code]

  1. Monographie du Domaine de la Trappe de Staouéli Rapport présenté par M. Gabriel VERGE Ingénieur agricole E.A.M.
  2. Les Archives de l'Histoire : LA PLAINE DE STAOUELI - COLONS ET PELERINS - SEPTEMBRE 1842 -
  3. Abbaye. net L'Histoire cistercienne-trappiste, de la Révolution française, 1790, à nos jours
  4. Alger-Roi : le Marabout d'Aumale
  5. Acte de conession texte intégral Congrès de la colonisation rurale. 3, Monographies algériennes : Alger 26-29 mai 1930
  6. Souvenirs D'Un Vieux Critique - Google Livres Dom François-Régis par l'Abbé Bersange dans : Souvenirs d'un vieux critique, Armand Ferrard de Pontmartin
  7. a, b, c, d et e Alger-Roi Staouëli, la Trappe près de Guyotville petite ville à 16 km d'Alger GAMT 199
  8. OCSO Bellefontaine
  9. a, b, c, d et e Charbel Henri Gravrand, Fils de saint Bernard en Afrique : une fondation au Cameroun 1950-1990, éd. Beauchesne, 1990, 182 p. cf. avant propos, p. 8-9 Google Book
  10. a, b, c, d et e Michel Raineau : À l'ombre des croix de bois sans nombre du petit cimetière, La Croix, 17 avril 1934 (Consultable sur Gallica.bnf La Croix (1880) - Gallica)
  11. Alger-Roi Staouëli, la Trappe près de Guyotville petite ville à 16 km d'Alger GAMT 199 et texte de la concession définitive Gallica BnF
  12. www.citeaux.net
  13. Le général Bugeaud y avait fait allusion au moment de la fondation en disant aux moines « l'épée d'abord, la croix ensuite », faisant allusion à la bataille de Staouëli qui s'y était déroulée et à la colonisation du pays. Les moines de Tibhirine et le P. Christian de Chergé contesteront plus tard cette devise et cette définition de l'évangélisation et du monastère. Il choisiront celle du « Dieu désarmé » (Frère Christophe) ! La devise du colonisateur était en effet « Ense et aratro». cf. Vivre l'Évangile d'abord - Google Livres Vivre l'Évangile d'abord, p. 92
  14. Le silence des moines: les trappistes au XIXe siècle : France, Algérie, Syrie Par Bernard Delpal page 94 note 10
  15. a et b Madiana Delahaye, Maurice Bel, La Trappe de Staouëli, in revue Généalogie Algérie, Maroc Tunisie, no 49, 1995/1. Extraits en ligne sur le site Alger Roi
  16. Napoléon III en Algérie Par Octave Teissier, 1865, page 55
  17. a, b et c Sur les traces de l'ordre perdu des Cisterciens d'Algérie extrait de " pieds-noirs d'hier et d'aujourd'hui, février 1999, numéro 98
  18. « Chevalié, mécanicien d'Alger, a introduit dans ses ateliers deux machines portatives à vapeur pour battre le grain, et l'une d'elles a fonctionné avec plein succès à la Trappe de Staouëli, au mois de juillet dernier, en présence des notabilités administratives et agricoles. Les Pères ont pu battre, en 19 jours, la récolte de 300 hectares de céréales avec une satisfaction dont nous avons recueilli le témoignage de leur bouche » - citation extraite de Journal d'agriculture, sciences, lettres et arts Par la Société d'émulation de l'Ain p. 300 sur Google Livres
  19. Moines d'Aiguebelle, Annales de l'Abbaye d'Aiguebelle (de l'ordre de Citeaux), depuis sa fondation jusqu'à nos jours (1045 - 1863), T.II, Valence, 1863. (Sur la fondation de l'abbaye de Staouëli, voir p. 383 à 409) lire en ligne
  20. a, b et c Trappe de Staouëli, la Trappe des Borgeaud, extrait de la revue du GAMT, no 50, 1995/2 Sur le site Alger Roi
  21. Lire sur la réputation des fruits et légumes de Staouëli : Dom François-Régis par l'Abbé Bersange dans : Souvenirs d'Un Vieux Critique, Armand Ferrard De Pontmartin page 200
  22. Napoléon III en Algérie Octave Teissier
  23. Napoléon III en Algérie Par Octave Teissier page 66
  24. Borgeaud et Vergé : Monographie du Domaine de la Trappe de Staouéli p. 194-195
  25. a et b Bernard Delpal, « Staouëli, vitrine de l'Occident » dans Le silence des moines : les trappistes au XIXe siècle : France, Algérie, Syrie, 2e partie, chapitre 4. éd. Beauchesne, 1998 Aperçu sur Google livres.
  26. Borgeaud et Vergé : Monographie du Domaine de la Trappe de Staouéli, « La vigne et le vin », p. 295-297
  27. Borgeaud et Vergé : Monographie du Domaine de la Trappe de Staouéli, « Le géranium », p. 298
  28. Napoléon III en Algérie Par Octave Teissier, page 55
  29. Description d'Alger et de ses environs, par Victor Bérard
  30. Description d'Alger et de ses environs, par Victor Bérard receveur de l'enregistrement et des domaines, La Bastide d'Alger 1867
  31. Estienne d'Escrivain, Un monastère cistercien en terre d'Islam, Missions étrangères - page 60, Numéro 554 et Bernard Delpal, Staouëli, vitrine de l'Occident dans : Le silence des moines: les trappistes au XIXe siècle : France, Algérie, Syrie, 2e partie, chapitre 4. éd. Beauchesne, 1998 Aperçu sur Google livres.
  32. Trappiste Staoueli
  33. Le silence des moines: les trappistes au XIXe siècle : France, Algérie, Syrie Par Bernard Delpal Paeg 339, Bilan détaillé des recettes
  34. BORGEAUD et VERGE: Monographie du Domaine de la Trappe de Staouéli, p. 299
  35. « Cette statue de bronze fut offerte par les Lyonnais à Mgr Dupuch en 1840. Elle fut d’abord placée dans la chapelle des Trappistes de Staouëli. En 1857, Mgr Pavy la transporta dans la petite chapelle de Saint Joseph, à la vallée des Consuls. Enfin Mgr Lavigerie lui donna sa place définitive dans la basilique de Notre Dame d’Afrique le 4 mai 1873 » Source : Le blog baie-dalger-clementville Lire : Groupe Amis d'Afrique et Histoire détaillée / Amicale des Anciens de Staouëli : La statue de Notre-Dame d'Afrique Extrait de "Aux échos d'Alger" journal des villes et villages d'Algérie, no 100, mars 2008
  36. Texte libre de droits issu de Description d'Alger et de ses environs, par Victor Bérard (receveur de l'enregistrement et des domaines) Éditeur : Bastide (Alger) Date d'édition : 1867 sur Gallica BnF
  37. Les visites avaient lieu le matin à dix heures et demie, le soir, à une heure et demie, à trois heures, et à quatre heures. E. Hamon, Le Magasin pittoresque
  38. Alger au pas gymnastique. Excursions à la Trappe de Staouéli, aux gorges de la Chiffa et… Verlet, E. et Article sur la Trappe nouvelle dans L'Ami de la religion, 1858
  39. « On fabriquait à la Trappe, des perles de chapelet très dures et blanches avec des graines de palmier, dépouillées, au moyen du tour à bois : en 1881, il en a été vendu 7 000 kilogrammes »sur Pieds noirs
  40. Lire un récit de pèlerin : E. Verlet, Alger au pas gymnastique. Excursions à la Trappe de Staouéli, aux gorges de la Chiffa et Blidah, 1900 (belle description, de trois pages, de l'Abbaye) Consultable sur Gallica.bnf.
  41. Alger au pas gymnastique. Excursions à la Trappe de Staouéli, aux gorges de la Chiffa Verlet, E
  42. a, b, c et d E. Hamon, Le Magasin Pittoresque 1912
  43. L'abbaye employait jusqu'à 60 domestiques, 400 ouvriers libres et 200 défricheurs - Auguste Besset, À travers l'Algérie d'aujourd'hui, 1896
  44. Alger au pas gymnastique. Excursions à la Trappe de Staouéli, aux gorges de la Chiffa et… Verlet, E
  45. Napoléon III en Alǵerie Par Octave Teissier
  46. a et b Jean-Marc Lopez, Notre-Dame-de-l'Atlas, accueillez nos sept moines Pnha no 69, juin 1996
  47. Histoire de la Trappe de Staouëli, sur piednoir.net
  48. Présentation de l'abbaye par le moine cistercien Armand Veilleux
  49. Présentation officielle du monastère Notre-Dame de l'Atlas sur le site de l'Ordre cistercien de la stricte observance

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]