Abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul Montier-en-Der

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Saint-Pierre-et-Saint-Paul et Montier.
Abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul
Image illustrative de l'article Abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul Montier-en-Der
Église de l'ancienne abbaye Notre-Dame,
actuelle église paroissiale Saint-Rémy
Présentation
Culte catholique
Type Abbatiale
Rattachement Ordre de Saint-Benoît
Début de la construction VIIe s. (disparue), Xe s. (reste les arcades de la nef), XIIe et XIIIe s. (chœur, tour de façade), XIVe s. (chapelle des fonts), XVIe s. (reconstruction de façade, destruction tour septentrionale, voûtage des tribunes)
Fin des travaux début XIe s., XIIIe s., XIVe s., XVIe s.
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Champagne-Ardenne
Département Haute-Marne
Ville Montier-en-Der
Coordonnées 48° 28′ 40″ nord, 4° 46′ 18″ est

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Géolocalisation sur la carte : Champagne-Ardenne

(Voir situation sur carte : Champagne-Ardenne)
Abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

Géolocalisation sur la carte : Haute-Marne

(Voir situation sur carte : Haute-Marne)
Abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul

L’ancienne abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul est l'église d'une abbaye bénédictine disparue, l'abbaye Notre-Dame de Montier-en-Der[1],[2] fondée au VIIe siècle et située à Montier-en-Der dans le département français de la Haute-Marne, diocèse de Châlons-sur-Marne. L'abbatiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul est quant à elle consacrée en 998. Elle est de nos jours l'église paroissiale, également connue sous le nom de Saint-Rémy (patron de la paroisse)[3].

La nef pré-romane est parmi les plus anciennes en France, et le chœur est l'un des rare exemples de l'architecture gothique champenoise avec Laon et Noyon[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'emplacement de la future abbaye, situé entre la Voire et le Magnentin (« haut menson »), est celui du pavillon de chasse[5] ou maison de plaisance nommé Puisies, Puisy ou Puisé et appartenant à Childéric II. Sur la recommandation de saint Léger évêque d'Autun et d'Almaric maire du Palais, Chilpéric II donne la propriété à Berchaire, abbé d'Hautvillers[2],[note 1].

En 672, saint Berchaire fonde le monastère bénédictin de Montier-en-Der, en latin Monasterium Dervense. Il dote sa fondation de 21 villages[2]. Parmi les reliques et objets précieux dont il dote l'église de son monastère figure le diptyque des Nicomaque et des Symmaque, qui y restera jusqu'à la Révolution française.
Les premiers habitants du lieu et de Puellemoutier sont huit prisonniers et huit prisonnières rachetés par Berchaire[1]. Le bourg se développe autour du monastère et prend rapidement le nom de celui-ci.

En 827 Haudo, abbé de Stavelot et du Der, réforme l'établissement avec l'approbation de Louis le Pieux et de son fils Lothaire. Les clercs expulsés sont remplacés par des moines réguliers. En 832 Haudo reçoit en donation de Louis le Pieux le domaine de Dodiniaca curtis[6].

En 845 l'abbaye a son premier abbé laïque[6]. C'est l'époque des aliénations des biens du clergé par les nobles carolingiens, période qui dure jusqu'après l'an mille dans certains cas.

L’abbaye connaît son apogée sous l’abbatiat d’Adson († 992), homme d’une haute élévation spirituelle, intellectuelle et littéraire, lié avec toutes les grandes personnalités de son temps. Il commence à construire l'église, qui est terminée par son successeur Béranger[5]. Il en reste les grandes arcades de la nef[7].

Une curieuse anecdote concerne le comte d'Auxerre Landri, époux de Mathilde fille d'Otton-Guillaume de Bourgogne[8], qui ôte quelques terres à l'abbaye. Sommé de s'expliquer au concile d'Héry réuni par Hugues de Chalon (47e évêque d'Auxerre 999-1039), Landri essaie de s'approprier les reliques de saint Berchaire : « ayant en sa possession l'héritier autant que l'héritage », il espère ne plus être inquiété[9].

Au cours de la première moitié du XIe siècle la nef est dotée de tribunes et d'un massif antérieur à tours. Le chœur et la tour de façade sont construits à la fin du XIIe siècle et probablement achevés vers l'an 1200[7].

XIIIe et XIVe siècles[modifier | modifier le code]

Aux XIIIe et XIVe siècles, une prospérité nouvelle amène la reconstruction des anciens bâtiments monastiques et du chœur de l’église[10]. L'abbé Ferry (XIVe siècle) fait élever la chapelle des fonts sur le côté nord du chœur[7].

XVIe siècle : commende et gros travaux[modifier | modifier le code]

L'abbaye est donnée en commende en 1499. Les guerres précédentes (guerre de Cent Ans (1337-1453), guerre de succession de Bourgogne (1477-1482), guerre folle (1485-1488), etc) l'ont bien endommagée. En tant qu'abbé de Notre-Dame de Montier-en-Der, François de Dinteville (91e évêque d'Auxerre 1513-1530) fait effectuer de grosses réparations à l'abbaye[11] et modifier la partie antérieure de l'église[12] ; la façade est reconstruite, la tour septentrionale est démolie et les charpentes des tribunes sont remplacées par des voûtes[7]. Et il affranchit les habitants du bourg, moyennant 12 sols par foyer[13]. Il passe ce bénéfice à son neveu François de Dinteville II, également évêque d'Auxerre (1530-1554), qui y invite des religieux pour réformer l'établissement. Mais cette possession, qui lui rapporte un assez gros revenu, engendre des jalousies et Dinteville II s'en défait quelques années après en permutant avec les abbayes de Moutier-la-Celle près de Troyes et de Moutier-Ramé[14],[note 2].

Le 6 février 1556 Charles de Lorraine, à cette époque cardinal, archevêque de Reims et abbé commendataire, passe un accord le 6 février 1556 avec Girard de Hault procureur des habitants dépendants de l'abbaye, pour 600 charrois afin de réparer les flèches des deux clochers de l'abbaye et leur toit d'ardoise ; de démolir les bâtiments de l'abbaye dont la structure est en bois, ces derniers incluant les maisons abbatiales, la trésorerie, la chantrerie, l'aumônerie, les étables et la prévôté ; et de reconstruire le mur de clôture de l'abbaye en y ajoutant quatre tours à canonnière, un pont-levis et une herse à l'entrée[7].

XVIIe et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

En 1659 l'abbaye devient affiliée à la congrégation de saint Vanne[1].

En 1735 un incendie détruit les bâtiments abbatiaux, qui sont reconstruits en 1773[12].

Révolution et post-Révolution[modifier | modifier le code]

À la Révolution, l'église paroissiale Saint-Rémy de Montier est détruite. L'abbatiale étant inoccupée, les habitants y recourent pour leurs offices - et continuent de célébrer saint Rémy, mais dès lors dans l'abbatiale[3].

Le haras de Montier-en-Der est créé par décret impérial en 1806 et est installé en 1812 dans les bâtiments de l'abbaye. La région est au cœur du territoire de la race des chevaux ardennais et le haras héberge un institut régional de cette race locale[15]. Les bâtiments de l'abbaye sont rasés en 1860[7]. Les bâtiments du haras, entièrement reconstruits à partir de 1860, sont inscrits au titre des monuments historiques en 2015[16].

Grâce aux efforts de Prosper Mérimée, entre 1851-1855 et 1860-1863 Émile Boeswillwald restaure le chœur, la chapelle axiale et le déambulatoire. En 1893 un incendie détruit la charpente de la nef ; Paul Louis Boeswillwald, fils du précédent, la reconstruit entre 1896 et 1901 ainsi que les parties supérieures du clocher[7].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Le 14 juin 1940 l'église est bombardée et incendiée. La reconstruction commence dès 1941, dirigée par Jacques Laurent, architecte en chef des Monuments Historiques. La nef est reconstruite presque entièrement et achevée dans les années 1950. La flèche de la tour est montée en 1982, selon les plans de Jean-Baptiste Bouchardon qui l'avait construite au XVIIIe siècle et non ceux de Boeswilwald qui l'avait reconstruite à la fin du XIXe siècle[7].

Description[modifier | modifier le code]

De l'abbaye Notre-Dame seule subsiste l’abbatiale, classée depuis 1862[17] et dont la construction révèle diverses influences. Très endommagée en 1940, la nef a été restaurée. L’élévation intérieure de l’église, actuellement datée de la fin du Xe siècle, est remarquable pour son étagement en trois niveaux et pour les arcades des tribunes du XIe siècle[10]. Elle est de style gothique.

L'église est le point de départ de la « route des églises à pans de bois et vitraux de Champagne »[18].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Étienne Renard, « Genèse et manipulations d’un polyptyque carolingien : Montier-en-Der, IXe – XIe siècle », Le Moyen Âge - Revue d'histoire et de philologie, t. CX,‎ , p. 55-77 (DOI 10.3917/rma.101.0055, lire en ligne).
  • Abbé Jean Lebeuf, Mémoires concernant l’histoire ecclésiastique et civile d’Auxerre..., vol. 2, Auxerre, Perriquet, , 923 p. (lire en ligne).
  • Antoine Augustin Bruzen la Martinière, Le Grand dictionnaire géographique, et critique, t. 7, Venise, Jean-Baptiste Pasquali, (lire en ligne), p. 486-487 (article « Montierender »).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Noter que Berchaire fonde d'abord un premier monastère pour femmes dans la forêt du Der, sur une terre donnée ou vendue par « une dame de qualité » au lieu dit Mangevilliers, lieu appelé plus tard Puelle-Montier puis Pelle-Montier, de Monasterium Puellarum. Cet établissement avait disparu en 1029. Berchaire bâtit ensuite une petite église sur le bord de la Voire. Voir Antoine Augustin Bruzen la Martinière, Le Grand dictionnaire géographique, et critique, t. 7, Venise, Jean-Baptiste Pasquali, (lire en ligne), p. 486-487 (article « Montierender »).
  2. Sur l'abbaye de Moutier-Ramé ou Montier-Ramey, voir Antoine Augustin Bruzen la Martinière, Le grand dictionnaire géographique et critique, vol. 5, (lire en ligne), p. 540-541.
Références
  1. a, b et c Louis Clouet, Histoire Ecclésiastique de la Province de Trèves et des Pays limitrophes, t. 1, Verdun, Villet-Collignon, (lire en ligne), p. 622.
  2. a, b et c Bruzen 1737, p. 486.
  3. a et b Route Romane.
  4. « À Montier, une surprenante abbatiale » sur patrimoinedefrance.fr.
  5. a et b Abbaye de Montier-en-Der.
  6. a et b Renard 2004, p. 1 (paragraphe).
  7. a, b, c, d, e, f, g et h Région.
  8. Lebeuf 1743, p. 53, vol. 2.
  9. Lebeuf 1743, p. 57, vol. 2.
  10. a et b « La France des abbayes romanes », Notre Histoire, no 201,‎ .
  11. Lebeuf 1851, p. 109, vol. 2.
  12. a et b Structurae.
  13. « La Haute-Marne et ses villages - Montier-en-Der ».
  14. Lebeuf 1743, p. 580, vol. 1.
  15. « Une nouvelle génération de Haras - Les Haras nationaux ».
  16. « Dépôt d'étalons », notice no PA52000036, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  17. « Église (Montier-en-Der) », notice no PA00079153, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  18. « La route des églises à pans de bois de Champagne » sur aube-champagne.com.