Aster (missile)

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Aster
Image illustrative de l'article Aster (missile)
Présentation
Fonction Défense antiaérienne
Défense antimissile (SAMP/T)
Constructeur MBDA
Déploiement 2001
Caractéristiques
Moteur Propulsion à propergol solide[1]
Masse au lancement Aster 15 : 310 kg[1]
Aster 30 : 450 kg[1]
Longueur Aster 15 : 4,2 m[1]
Aster 30: 4,9 m[1]
Diamètre 18 cm[1]
Vitesse Aster 15 : Mach 3[1]
Aster 30 : Mach 4,5[1]
Portée Aster 15 :
1,7-30 km contre avions, 15 km contre missile de croisière/antinavire
. Aster 30 :
3-120 km contre avions,
30 km contre missile de croisière/antinavire.
Altitude de croisière Aster 15 : 13 km[1]
Aster 30 : 20 km[1]
Charge fragmentation
Guidage Inertiel avec mise à jour des données depuis le système de tir (radar), puis autodirecteur électromagnétique actif.
Précision métrique
Détonation proximité
Plateforme de lancement navires, camions
Pays utilisateurs
Drapeau de la France (Charles de Gaulle, classe Horizon, classe Aquitaine, SAMP/T) ;

Drapeau de l'Italie (Cavour, classe Horizon, classe Carlo Bergamini, SAMP/T) ; Drapeau du Royaume-Uni (Type 45) ; Drapeau de l'Arabie saoudite (classe La Fayette) ; Drapeau de Singapour (classe La Fayette, système terrestre) ; Drapeau du Maroc (Mohammed VI) ; Drapeau de l'Algérie (Kalaat Béni Abbès) ;

Drapeau de l'Égypte Tahya Misr.

L’Aster est un missile antiaérien et antibalistique européen. Conçu dans les années 1990 par la division missile de l’Aérospatiale (intégrée depuis dans MBDA). Le nom « Aster » vient de « Aérospatiale terminal » et également du nom d’un archer grec. Il peut, selon les versions, intercepter les avions, drones, missiles de croisières au-delà de 100 km.

Les systèmes d'arme employant l’Aster peuvent être terrestres ou navals.

Historique[modifier | modifier le code]

Les 16 silos de missiles antiaériens Aster du porte-avions Charles de Gaulle

En mai 1989 un mémorandum d'entente (MoU) est signé entre la France et l’Italie pour le développement de la famille des sol-air futurs (FSAF). Le GIE Eurosam (SAM pour surface to air) est créé par Aérospatiale, Alenia et Thomson-CSF, devenus Thales et MBDA et devient le prime contracor et le system design authority du développement, de la production, du marketing et de la vente des systèmes. Le développement des missiles aboutit en juillet 1995 au premier tir d’essai où un Aster 30 intercepte une cible à une altitude de 15 000 m et une vitesse de 1 000 km/h. Dès le départ, trois types de systèmes sont prévus : Système Anti-Air Missile (SAAM), système sol-air moyenne-portée terrestre (SAMP/T) et système sol-air moyenne-portée naval (SAMP/N)[2]. Le premier tir opérationnel depuis le porte-avions Charles de Gaulle a lieu en octobre 2002 ; et celui du SAMP/T en juillet 2005[3],[4],[5].

Missiles[modifier | modifier le code]

Le missile Aster est constitué de deux parties principales, l’accélérateur (booster) et le missile en lui-même. Ce missile existe en deux versions (Aster 15 et Aster 30), la seule différence résidant au niveau de l’accélérateur, l’Aster 15 est prévu pour l’autodéfense alors que l’Aster 30 pour l’interception[6].

Système PIF-PAF

Le missile est lancé verticalement, et part immédiatement en direction de sa cible grâce aux informations du radar. Il dispose d’une antenne lui permettant de communiquer avec la conduite de tir. Dans sa course finale, l’autodirecteur électromagnétique le guide au plus près de la cible[6]. L’agilité du missile repose sur un mode de pilotage innovant dénommé PIF-PAF : « pilotage en force - pilotage aérodynamique fort », qui donne une grande manœuvrabilité (respectivement 12 G et 30 G) à toutes les altitudes et une grande précision de trajectoire. Le missile atteint très rapidement une vitesse élevée : 3,5 s suffisent pour atteindre Mach 4,5 dans le cas de l’Aster 30[7]. Le missile Aster 30 a une portée de 100 kilomètres et une altitude maximale de 20 km. Il a une vitesse de Mach 4,5 trois secondes et demie après le tir… Le vol de l'engin dure donc quelques dizaines de secondes. Le missile Aster 30 pèse 490 kilos et mesure 4,9 mètres de haut pour 18 centimètres de diamètre[7].

Le missile Aster 30 Block 1 NT, dont le développement est lancé en décembre 2015, a un nouvel autodirecteur Bande Ka et voir ses capacités augmenter face à des missiles balistiques d’une portée de 1 300 à 1 500 km[8].

Le missile Aster Block 2, pour l’instant au stade de concept, propose d’intercepter les missiles balistiques ayant une portée de 3 000 km[9]

Un des avantages importants par rapport aux systèmes concurrents est l'absence de limitation angulaire (couverture à 360°) permise par le tir vertical du missile. Le système peut en effet comporter jusqu'à six lanceurs verticaux, contenant chacun jusqu'à 8 missiles ASTER 30. Si l'on prend l'exemple d'un autre missile comme le célèbre Patriot, ce dernier assure la protection d'un secteur angulaire de 120° et nécessite donc la présence de trois batteries pour obtenir une couverture omnidirectionnelle à 360°[10],[11].

Systèmes d'arme et pays utilisateurs[modifier | modifier le code]

Systèmes navals[modifier | modifier le code]

Au premier plan, frégate singapourienne Formidable, dérivée de la classe La Fayette.

Le Système Anti-Air Missile (SAAM) français est placé à bord du porte-avions Charles de Gaulle. Il se compose du radar Arabel, des munitions Aster 15N et du système de lancement vertical Sylver[6]. L'enjeu de ce système est d'élargir la traditionnelle mission de défense navale de point, sorte d'ultime défense à courte ou très courte-portée contre les missiles antinavires, à une mission élargie d'autodéfense étendue à la fois en portée - de 1,7 km à 30 km contre des avions (15 km contre des missiles antinavires supersoniques) - et en zone protégée, pour assurer la défense d'un bâtiment voisin. Cependant sur le porte-avions Charles-de-Gaulle la mission d'autodéfense ultime a été reportée un système supplémentaire, le SADRAL[Quoi ?], qui met en œuvre des missiles d'une autre famille, le Mistral.[réf. nécessaire] Ce système est également installé depuis 2002 sur les trois frégates Al Ryiadh commandées par la Marine royale saoudienne[12].

Le SAAM italien est installé sur le porte-aéronefs Cavour. Il diffère du système français par son radar Empar, conçu par Alenia Marconi Systems (aujourd’hui Selex)[13].

Frégate italienne Nave Duilio, de la classe Horizon.

Le Principal Anti-Air Missile System (PAAMS) équipe les quatre frégates de défense aérienne tripartites classe Horizon (France et Italie) et les destroyers Daring Type 45 britanniques. Pour ce système, l’organisation étatique est confiée à un bureau triennal et l’organisation industrielle au GIE Europaams (Eurosam et UKAMS, filiale de MBDA britannique).Ce système assure simultanément les missions d’autoprotection du bâtiment porteur, de défense locale d’un groupe de bâtiments et de défense de zone à moyenne portée. Il s’appuie sur des radars multifonctions, des lanceurs verticaux et des missiles Aster 15 ou Aster 30. Ce système assure une protection jusqu'à une distance de 100 km mais n’a pas été prévu pour la défense antibalistique[14]. La Marine nationale a montré avec la frégate Forbin sa capacité a détruire un missile supersonique (3 000 km/h) manœuvrant (SS-N-22, AS-17, BrahMos) et à une altitude de moins de 5 mètres au-dessus de l'eau[15],[16]. La bulle de sécurité est totale jusqu'à une distance de 45 km, face à une attaque saturante, les frégates FDA peuvent tirer chacune 10 missiles Aster en moins d'une minute et guider 24 Aster en vol simultanément contre 12 cibles différentes, permettant de faire face par exemple à une salve de 24 missiles tirés par un sous-marin nucléaire[17].

Frégate italienne Nave Bergamini, de la classe Carlo Bergamini.

Les frégates multi-missions « FREMM » sont équipées du missile Aster. En France, après la loi de programmation militaire de 2013, la commande est de huit frégates classe Aquitaine livrées entre novembre 2012 et 2022[18]. Le lundi 4 février 2013, l’Aquitaine, première frégate de la Marine nationale a effectué avec succès son premier tir de missile antiaérien Aster 15 en Méditerranée, au large du centre DGA Essais de missiles situé sur l’Île du Levant[19]. Il est prévu six navires de lutte anti-sous-marine armés de seize Aster 15 et de seize missiles de croisière naval (MdCN), et deux de défense aérienne, armé de seize Aster 30 à la place des MdCN. En Italie, dix navires de classe Carlo Bergamini sont prévus, équipés du système SAAM-ESD (Extended Self Defence).

L’Aster équipe les frégates de la classe Formidable (dérivée des classe La Fayette) de la marine de Singapour, et les frégates FREMM Mohammed VI de la marine royale marocaine et Tahya Misr (anciennement Normandie) de la marine égyptienne.

Le Kalaat Béni Abbès des forces navales algériennes, construit en Italie, est équipé du SAAM-ESD (missiles Aster 15 et Sylver A50)[20].

La nouvelle classe Pattugliatori Polivalenti d’Altura (PPA) de la marine italienne, qui comptera six bâtiments sera équipée du système de défense aérienne SAAM-ESD++ mettant en œuvre des missiles Aster au travers d’un ou deux lanceurs Sylver à 8 cellules. La Marine italienne envisage de doter ces bâtiments d’une capacité antimissile balistique en utilisant les versions Aster 30 Block 1, puis Aster 30 Block 1 NT[21].

Systèmes terrestres[modifier | modifier le code]

Système SAMP/T, module radar (premier plan) et module de lancement terrestre (second plan) exposé au stand d’Eurosam au salon du Bourget 2007.

Le système sol-air moyenne-portée terrestre (SAMP/T) est un programme destiné à assurer la défense terrestre de zone. Il permet de se défendre contre des menaces aériennes conventionnelles comme des avions ou des missiles de croisière. C’est de plus le seul système de défense européen doté d’une capacité antibalistique[22].

Le système SAMP/T est constitué des sous systèmes suivants[23] :

  • le sous-système conduite de tir, fourni par Thales Air Systems comprenant le module radar qui permet la détection et la poursuite des cibles (il est constitué notamment du radar Arabel en bande X et d’un système Identification friend or foe), le module de génération électrique, et le module d’engagement. La conduite de tir a une portée de 60 km, le radar a la même portée, mais il peut la porter à 120 km en concentrant ses faisceaux dans la direction d’une cible signalée via liaison 16 par un radar externe, par exemple celui d'un avion AWACS[7]. La version italienne comprend un module de commandement.
  • le sous-système de lancement terrestre, fourni par MBDA Italie avec quatre modules de lancement terrestre pour la France, six modules pour l’Italie, qui comportent chacun huit munitions.
  • la munition Aster 30 Block 1, fournie par MBDA France.

Dans le cadre de la défense antiaérienne (avions, missiles de croisière subsoniques et supersoniques, drones…) le système a une portée jusqu’à 50 km voire 100 km pour les avions non manœuvrants. La qualification a été franchie fin 2008, à la suite de la réussite des sept tirs d’essai[24].

Dans le cadre de la défense antimissile, le SAMP/T est le premier système européen disposant de cette capacité, il constitue la contribution franco-italienne à la première capacité du système de défense antimissile de l'OTAN. Sa portée est d’une dizaine de kilomètres. Le premier jalon de la qualification, une cible Black Sparrow de type « missile balistique de théâtre de courte portée », a été franchi le 18 octobre 2010 au centre DGA Essais de missiles à Biscarrosse. Le 14 novembre 2011, il détruit pour la première fois un engin-cible Black Sparrow[25]. Le troisième test a lieu le 6 mars 2013 et a reçu le Technology Pioneer Award de l'agence américaine pour la défense antimissile (en) en octobre 2015[26],[3] . La qualification est terminée[Quand ?][réf. nécessaire].

Les systèmes français et italiens doivent être modernisés à partir de 2023 pour être compatibles des missiles Aster 30 block 1 NT[27].

Le SAMP/T dans l'armée française[modifier | modifier le code]

L’armée de l'air française utilise les systèmes SAMP/T pour succéder aux Hawk et aux Crotale pour ses missions anti aériennes, et appelle ces systèmes les « Mamba » (pour moyen anti balistique, et également pour poursuivre la tradition des noms de serpent données à ces systèmes)[28].

En 2009, il était prévu que l'armée de l'air en équipera ses cinq escadrons de défense sol-air (EDSA) aux bases aériennes de Luxeuil, Mont-de-Marsan, Avord, Saint-Dizier et Istres. Chaque escadron de 130 hommes reçoit deux « systèmes » SAMP/T, qui forment chacun une section de tir. L'escadron sera ainsi composé d'un centre de coordination, de deux sections de tir et de lancement (STL) et d'une section de soutien. L'armée de l'air s'est engagée à pouvoir fournir en permanence 40 % de ses moyens - soit deux escadrons - à l'armée de terre pour protéger un éventuel déploiement à l'extérieur. Il faut 40 rotations de C-130 pour un seul escadron[29].

Alors qu’il était prévu douze systèmes et 575 munitions, la commande actualisée après la loi de programmation militaire de 2013 se porte à dix systèmes, et 200 munitions Aster 30 ; le premier système a été livré en 2007 et le dernier en décembre 2015[18].

Le SAMP/T dans l'armée italienne[modifier | modifier le code]

L’armée de terre italienne a commandé six systèmes[30].

Autres[modifier | modifier le code]

L’Aster 30 a été commandé par Singapour en 2013, pour un système de défense sol-air incluant notamment le radar américain AN/FPS-117 (en) et le Radar Giraffe AMB (en) suédois, et en remplacement des missiles MIM-23 Hawk[31].

Le SAMP/T a été proposé à la Pologne, qui a choisi des Patriot en avril 2015[32], ainsi qu’à la Turquie[33].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j « Aster datasheet », sur www.mbda-systems.com (consulté le 27 février 2016)
  2. Le SAMP/N fusionnera avec le local area missile system britannique pour créer le Principal Anti-Air Missile System (PAAMS)
  3. a et b Johana Pelletier, Véronique Cham-Meilhac et Luc Dini, « La Défense aérienne et antimissile integrée », La Lettre AAAF, no 16,‎
  4. (en) « Corporate : Program milestones », sur eurosam.com (consulté le 16 février 2013)
  5. « Industrial co-operation in limited anti-missile defence »,‎
  6. a, b et c « Technical Information », sur www.occar-ea.org (consulté le 23 février 2016).
  7. a, b et c Jean-Dominique Merchet, « Dans l'armée de l'air, Mamba va pouvoir mordre (actualisé-3) », sur secretdefense.blogs.liberation.fr,‎ (consulté le 13 avril 2012).
  8. « Aster 30 Block 1 NT : de nouvelles capacités », sur www.ttu.fr,‎
  9. Sénat 2011, p. 206-214.
  10. « Encore une première pour le système SAMP/T », sur http://www.defense.gouv.fr/dga (consulté le 7 mars 2013)
  11. « Le programme PAAMS (principal anti-air missile system) », sur http://www.defense.gouv.fr/dga (consulté le 23 juillet 2014)
  12. « Customers, Saudi Arabia », sur www.eurosam.com (consulté le 23 février 2015).
  13. « SAAM-IT- Sistema Anti-Air Missile-Italia », sur www.occar.int (consulté le 23 février 2016)
  14. Sénat 2011, p. 215.
  15. « Interception d’une cible supersonique évoluant au ras de l’eau », sur www.defense.gouv.fr,‎ (consulté le 4 avril 2012).
  16. Jean-Dominique Merchet, « Aster 30 : une interception de « très haute technicité » réussie », sur www.marianne.net/blogsecretdefense,‎ (consulté le 4 avril 2012).
  17. Henri-Pierre Grolleau, Le Charles de Gaulle en action, Marines Éditions,‎ , 189 p. (ISBN 978-2-35743-132-4)
  18. a et b « Projet de loi de finances pour 2016 - Mission Défense - Programme 146 - Équipement des forces », sur www.performance-publique.budget.gouv.fr.
  19. « La FREMM Aquitaine réussit son premier tir de missile Aster », sur www.defense.gouv.fr,‎ .
  20. « Italian shipyard Fincantieri delivered amphibious ship Kalaat Beni-Abbes to Algerian Navy », sur www.navyrecognition.com,‎
  21. « Rivista Italiana Difesa », Rivista Italiana Difesa, no octobre 2014,‎ , p.47-49
  22. Sénat 2011, p. 200.
  23. Sénat 2011, p. 201.
  24. Sénat 2011, p. 200-205.
  25. Jean-Dominique Merchet, « Israël aide la France à tester ses armes antimissiles (actualisé) », sur www.marianne.net/blogsecretdefense,‎ (consulté le 9 mars 2013).
  26. Guillaume Steuer, « Antimissile : le SAMP/T a encore frappé », sur Air et Cosmos,‎ (consulté le 9 mars 2013).
  27. Helen Chachaty, « La France lance la modernisation du SAMP/T »,‎
  28. « JT no 2 d'Eurosatory 2014 »,‎ .
  29. Jean-Dominique Merchet, « La nouvelle défense sol-air dévoilée par DSI », sur secretdefense.blogs.liberation.fr (consulté le 11 février 2016)
  30. « Customers, Italy », sur www.eurosam.com (consulté le 23 février 2016).
  31. Guillaume Steuer, « Singapour commande l'Aster 30 de MBDA », sur www.air-cosmos.com,‎ .
  32. Michel Cabirol, « Pologne : Airbus Helicopters rit, MBDA/Thales pleurent », sur www.latribune.fr,‎
  33. Michel Cabirol, « MBDA et Thales : le missile Aster 30 sur une bonne trajectoire en France et en Turquie », sur www.latribune.fr,‎

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]