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761e bataillon de chars

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Insigne du 761e Tank Battalion.

Le 761e bataillon de chars (761st Tank Battalion), dit Black Panthers d'après leur insigne distinctif représentant une panthère noire, était un bataillon de chars de combat de l'armée de terre américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Il était principalement composé de soldats afro-américains qui, du fait de la politique de ségrégation du département de la Guerre des États-Unis, n'étaient pas autorisés à servir dans les mêmes unités que les troupes blanches. Le bataillon combattit à partir d'octobre 1944 dans l'est de la France, en Belgique et en Allemagne jusqu'à la fin de la guerre en Europe.

Sa devise était « Come out fighting » ("Venez vous battre"). Plusieurs décennies après la guerre, l'unité a reçu une citation présidentielle pour ses actions. De plus, un grand nombre de ses membres ont également reçu des médailles, dont une médaille d'honneur, onze Silver Stars et environ 300 Purple Hearts.

Avant le combat

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Juste avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, les chefs militaires américains avaient des réserves quant à l'utilisation de soldats afro-américains au combat[1]. Le général Lesley J. McNair, commandant des Army Ground Forces, réussit à faire valoir que les unités « de couleur » devaient être employées au combat. Sur sa suggestion, l'armée américaine commença à expérimenter en 1941 des unités de combat ségréguées. Le programme fut soutenu et médiatisé à l'échelle nationale par le magazine Life[2].

Le 761e bataillon fut constitué le 15 mars 1942 et activé le 1er avril 1942 au camp Clairborne (en) en Louisiane. Le bataillon commença son entrainement sur des chars légers M5 Stuart. Les soldats apprirent le maniement et l'entretien du canon principal de 37 mm et des mitrailleuses de calibre .30 du tank. La formation finale a eu lieu à fort Hood, au Texas, où ils furent équipés du char moyen M4 Sherman, qui disposait d'un canon principal de 75 mm, de deux mitrailleuses de calibre .30, d'une mitrailleuse de calibre .50 et d'un mortier fumigène de deux pouces.[citation nécessaire]

La plupart des tankistes noirs devaient s'entraîner dans des installations situées dans les États du Sud, tels que le Kentucky, la Louisiane et le Texas. Avant les avancées en matière de droits civiques réalisées dans les années 1960, les Noirs étaient encore traités durement dans le Sud et souvent considérés comme inférieurs par les résidents blancs[3],[4],[5],[6],[7]. Les hommes du 761e se sont entraînés pendant près de deux ans, conscients du fait que les unités blanches étaient envoyées outre-mer après un entraînement beaucoup moins long[8].

Tensions raciales

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Les soldats noirs de cette époque et de cette région ont été victimes de nombreux crimes racistes perpétrés par des soldats blancs, notamment lors d'une émeute sanglante entre les membres d'un bataillon de chars voisin soumis à la ségrégation et des policiers militaires blancs à Alexandria, en Louisiane, le [9]. Plusieurs membres du 761e ont juré de riposter. Ils réquisitionnèrent six chars et un semi-chenillé, mais furent persuadés de se retirer par le lieutenant-colonel Bates (en), qui leur promit de régler la situation[10].

Jackie Robinson

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Le membre le plus célèbre du 761e était le premier lieutenant Jack Roosevelt « Jackie » Robinson. Pendant l'entraînement du 761e, un chauffeur de bus blanc lui demanda de se déplacer à l'arrière du bus. Robinson refusa et fut arrêté[11],[12],[13]; Le commandant du bataillon, le lieutenant-colonel Paul L. Bates (en), refusa d'examiner les accusations portées devant la cour martiale par les policiers militaires qui avaient procédé à l'arrestation. Le commandant du poste transféra Robinson au 758e bataillon de chars, dont le commandant était disposé à signer l'ordre de cour martiale pour insubordination[14]. Robinson fut acquitté de toutes les charges retenues contre lui. Arrivé trop tard sur le continent il ne participa pas aux combats. Il quitta l'armée en 1947. Après la guerre, il joua un rôle déterminant dans la déségrégation du baseball professionnel[citation nécessaire].

Déploiement en Europe

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Le général Ben Lear (en), commandant de la deuxième armée américaine, qualifia cette unité de « supérieure »[15] après un examen spécial et jugea l'unité « prête au combat ». Après deux ans d'entraînement au Texas, le 761e bataillon de chars reçut l'ordre, le , de se rendre outre-atlantique trois jours après le débarquement en Normandie. Le bataillon embarqua à bord du navire de transport de troupes britannique Esperance Bay à New York et arriva en Grande-Bretagne le . Il fut initialement affecté à la 9e armée américaine[16]. Après un bref déploiement en Angleterre, le 761e bataillon débarqua en France à Omaha Beach le . L'unité était alors composée de six officiers blancs, trente officiers noirs et 676 soldats noirs[17] et fut affectée à la troisième armée américaine du général George Patton, à sa demande, rattachée à la 26e division d'infanterie.

L'unité a combattu dans le nord-est de la France à partir d'octobre 1944, elle a participé à la campagne de Lorraine, à la bataille des Ardennes, puis s'est rendue en Rhénanie et a passé combattu les derniers mois de la guerre sur le sol allemand.

En mai 1945, le bataillon participa à la libération du sous-camp de Gunskirchen, qui dépendait de Mathausen[18].

Ce bataillon serait l'inspiration du nom du super-héros la Panthère noire par Stan Lee et Jack Kirby.[réf. nécessaire]

Notes et références

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  1. Morris J. MacGregor, Integration of the Armed Forces, 1940–65, Washington, D.C., G.P.O., (ISBN 1153755394, lire en ligne [http://www.history.army.mil/books/integration/IAF-02.htm archive du ]), « Chapitre 2 : Seconde Guerre mondiale : l'armée »
  2. « Negroes at War: All They Want Now is a Fair Chance to Fight », Life Magazine, vol. 12, no 24,‎ (lire en ligne)
  3. Ronald Davis, « Surviving Jim Crow » [[https:// archive.today/20120526204619/http://www.jimcrowhistory.org/history/surviving.htm archive du ]], sur The History of Jim Crow, New York Life Insurance Company
  4. Michael Perman. « Struggle for Mastery: Disfranchisement in the South, 1888–1908 » (La lutte pour la domination : la privation du droit de vote dans le Sud, 1888-1908). Chapel Hill : University of North Carolina Press, 2001, Introduction
  5. J. Morgan Kousser. « The Shaping of Southern Politics: Suffrage Restriction and the Establishment of the One-Party South », New Haven : Yale University Press, 1974
  6. Battles, D. M. (2009). « The History of Public Library Access for African Americans in the South, or, Leaving Behind the Plow. » Lanham, Md. : Scarecrow Press.
  7. Fultz, M. (2006). « Les bibliothèques publiques noires dans le Sud à l'époque de la ségrégation de jure. » “'Libraries & The Cultural Record,”' 41(3), 338.
  8. Major Bell I. Wiley, The Training of Negro Troops. Étude n° 36, Army Ground Forces, , 56 p. (lire en ligne)
  9. Joe Wilson, The 761st "Black Panther" Tank Battalion in World War II: An Illustrated History of the First African American Armored Unit to See Combat (Le 761e bataillon de chars « Black Panther » pendant la Seconde Guerre mondiale : histoire illustrée de la première unité blindée afro-américaine à avoir combattu), McFarland, (ISBN 978-0786406678, lire en ligne), p. 18
  10. “'Brothers in Arms: The Epic Story of the 761St Tank Battalion, WWII's Forgotten Heroes”' (Frères d'armes : l'histoire épique du 761e bataillon de chars, les héros oubliés de la Seconde Guerre mondiale) par Kareem Abdul-Jabbar et Anthony Walton, Broadway Books, 2004, pp. 31–32.
  11. John Vernon, « Jim Crow, meet Lieutenant Robinson », National Archives and Records Administration (NARA), vol. 40, no 1,‎ (lire en ligne)
  12. Jules Tygiel, « The Court-Martial of Jackie Robinson » [http://www.americanheritage.com/articles/magazine/ah/1984/5/1984_5_34.shtml archive du ], sur American Heritage, (consulté le )-
  13. Linge, Mary Kay (2007). Jackie Robinson: A Biography. Westport, Connecticut : Greenwood Press. (ISBN 0313338280), p. 37.
  14. “'Brothers in Arms: The Epic Story of the 761St Tank Battalion, WWII's Forgotten Heroes”' par Kareem Abdul-Jabbar et Anthony Walton, Broadway Books, 2004, p. 57.
  15. (en) Ulysses Lee, The Employment of Negro Troops, Washington, D.C., Office of the Chief of Military History, United States Army, , 661 p.
  16. (en-US) « La 3e armée américaine et la XIXe TAC : partenaires pour la victoire », sur Warfare History Network (consulté le )
  17. Wendy Webster, Mixing it : diversity in World War Two Britain, Oxford, United Kingdom, Oxford University Press, , 1st éd. (ISBN 978-0-19-105460 -0, OCLC 1023575251)
  18. « Les Noirs pendant la Shoah », United States Holocaust Memorial Museum, consulté le 7 juin 2017.