Manifestation Unite the Right de 2017

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Manifestation « Unite the Right » de 2017
Description de cette image, également commentée ci-après

Altercation entre manifestants et contre-manifestants à l'entrée de l'Emancipation Park de Charlottesville, le 12 août 2017.

Informations
Date 11–12 août 2017
Localisation Charlottesville, États-Unis
Répression
Arrestations 4
Blessés 35
Morts 1

La manifestation « Unite the Right » de 2017 est une série de rassemblements de la droite alternative américaine organisée à Charlottesville en Virginie (États-Unis), les 11 et 12 août 2017, pour protester contre le retrait de la statue de Robert Lee, monument hautement symbolique célébrant les États confédérés pendant la guerre de sécession. Ces défilés rassemblent des suprémacistes blancs, des nationalistes blancs, des membres de l'alt-right, des néo-nazis et des miliciens, et attirent l'attention internationale du fait des violences qu'ils ont engendrées.

Parmi les personnalités attendues se trouvaient Baked Alaska (en), Augustus Invictus, David Duke, Richard Spencer, Mike Enoch (en), et le fondateur de la Ligue du Sud Michael Hill. Des contre-manifestants affiliés à des mouvements activistes afro-américains et anti-fascistes étaient présents, et il y a eu des violences entre manifestants et contre-manifestants, notamment une attaque à la voiture-bélier par un suprémaciste blanc qui provoque la mort d'une contre-manifestante antiraciste et fait 19 blessés. Un hélicoptère de police surveillant le rassemblement s'est écrasé accidentellement, tuant les deux policiers à bord.

Contexte[modifier | modifier le code]

La manifestation de la droite alternative américaine à Charlottesville entendait dénoncer le projet de la municipalité de déboulonner la statue du général sudiste Robert E. Lee (1807-1870) qui se trouve à Emancipation Park (renommé en 2009, précédemment Lee Park[1]). C’est alors le troisième rassemblement de la droite nationaliste de l'année 2017 où ses militants se réunissent pour protester contre la disparition de statues représentant des chefs militaires sécessionnistes[2]. Le mot d’ordre de la manifestation lancé par les groupuscules d’extrême droite, dont le Ku Klux Klan, qui avait déjà manifesté sur place en juillet, « Unifier la droite » traduit sa volonté de peser dans le débat politique. Lors de la désignation du candidat du Parti républicain en juin 2017 en vue de l’élection de novembre 2017 pour le poste de gouverneur de l’État de Virginie (aujourd'hui détenu par le démocrate Terry McAuliffe), Ed Gillespie ne l’a emporté que de justesse face à un adversaire qui s’était prononcé pour le maintien de la statue[3].

Déroulement[modifier | modifier le code]

11 août 2017[modifier | modifier le code]

Vidéo enregistrée par les manifestants nationalistes blancs clamant le slogan « You will not replace us », le 11 août 2017.

De quelques dizaines[4] à quelques centaines de manifestants d’extrême droite, portant flambeaux et chantant « Blood and Soil » (Le Sang et le Sol, traduction du slogan nazi de l'idéologie « Blut und Boden »)[5] et d'autres chants antisémites et antinoirs[6], arborant étendards à croix gammée et svastikas, ont entouré et agressé quelques dizaines d'étudiants rassemblés à l'université de Virginie[7].

12 août 2017[modifier | modifier le code]

Vidéo d'un témoin de l'attaque par la voiture-bélier meurtrière, le 12 août 2017.

Dès le matin, une vingtaine de personnes sont blessées sur le lieu prévu pour la manifestation dans des confrontations entre les deux camps[2]. La police de Charlottesville sera fortement critiquée dans les médias américains pour n'avoir pas été capable de séparer efficacement les deux rassemblements[2]. Selon l'universitaire de Charlottesville Janet Horne, la police « s’est montrée très réticente, voire intimidée, devant ces nationalistes blancs armés[1]. »

L'état d'urgence est déclaré, des renforts sont amenés et les policiers font évacuer le lieu de la manifestation vers midi.[réf. souhaitée]

À 13 h 45 une voiture conduite par un suprémaciste blanc Alex Fields Junior, 20 ans, fonce dans la foule de contre-manifestants, tuant une femme, Heather Meyer, 32 ans, et blessant 19 autres personnes[8]. Il est rapidement interpellé et inculpé de meurtre, de blessures et de délit de fuite. L'acte est qualifié d'attentat terroriste par le ministre de la Justice Jeff Sessions[9].

Deux policiers trouvent, plus tard, la mort de manière accidentelle dans la chute d'un hélicoptère[10].

13 août 2017[modifier | modifier le code]

L'organisateur de la manifestation, Jason Kessler, originaire de Charlottesville et opposant au maire-adjoint afro-américain Wes Bellamy qu'il accuse d'avoir tenu des propos racistes anti-blancs et sexistes, tente de tenir une conférence de presse devant l'hôtel de ville. Il désavoue la violence, déclare que c'est la haine contre les blancs qui a nourri les évènements de la veille et en rejette la responsabilité sur les policiers de Charlottesville. Pris à partie par des contre-manifestants, il se fait vite chasser et doit se réfugier dans un poste de police[11]'[12].

Répercussions politiques[modifier | modifier le code]

Veillée et manifestation de soutien à la victime devant la Maison-Blanche, le 13 août.
Veillée aux chandelles et protestation qui s’est tenue à Pittsburgh, le 13 août 2017.

Le président américain Donald Trump s'est exprimé en trois temps. D'abord dans l'heure suivant l'attaque à la voiture-bélier[10] condamnant toutes les violences (« Nous condamnons dans les termes les plus forts ces démonstrations flagrantes de haine, de bigoterie et de violence de tous les côtés, de nombreux côtés »). Ces déclarations sont critiquées pour leur tiédeur qui met au même niveau les militants de la droite radicale américaine (dont le chauffeur meurtrier) et les contre-manifestants[2]. Deux jours plus tard, le 14 août, Donald Trump cible nommément le Ku Klux Klan, ce qui semble lui permettre de contenir les critiques[10]. Mais dès le lendemain, Un jour plus tard, le 15 août, lors d’une conférence de presse organisée à New York destinée à la promotion de son plan de reconstruction des infrastructures américaines, il revient sur une troisième fois sur les manifestations affirmant à « À Charlottesville, il n’y avait pas seulement des néonazis, mais aussi des gens biens venus protester contre l'enlèvement de la statue de Robert E. Lee. » Ces nouvelles déclarations sont saluées par plusieurs personnes de l'ultra-droite comme Richard B. Spencer, dirigeant du think tank consacré à la promotion du suprémacisme blanc National Policy Institute (en) qui estime la déclaration de Donald Trump « juste et réelle » et que le rassemblement aurait pu être « calme » « si la police avait fait son travail ». De même, la polémiste ultraconservatrice Ann Coulter ajoute que « Donald Trump est la première personne en trois jours que j'entends dire la vérité à la télévision », alors que David Duke ancien leader du KKK remercie le président américain de « condamner les terroristes de gauche Antifa et BLM[13] ».

Le , un conseiller économique de Donald Trump, l'afro-américain Kenneth Frazier, démissionne de son poste pour protester contre les déclarations du président. Sur Twitter, il déclare : « Les dirigeants américains doivent honorer nos valeurs fondamentales en rejetant clairement les manifestations de haine, de sectarisme et toute revendication de suprématie qui nient l'idéal américain voulant que tous les hommes aient été créés égaux »[14]. Il est imité par Kevin Plank, PDG et fondateur de l’équipementier sportif Under Armour et par Brian Krzanich, PDG du géant des puces informatiques Intel[15]. Ce sont ensuite le président du syndicat AFL-CIO Richard Trumka et sa secrétaire générale adjointe Thea Lee qui démissionnent du Manufacturing Council, comité consultatif conseillant le gouvernement en matière de politique industrielle, qui accusent Donald Trump de « tolérer le sectarisme et le terrorisme intérieur[16]. » Devenus moribonds alors que d'autres départs se formalisaient, Donald Trump dissout aussitôt les comités Manufacturing Jobs Initiative et le Strategy & Policy Forum[17]. Après une première vague de démissions après l'annonce du retrait américain de l'Accord de Paris sur le climat, notamment des dirigeants de Disney et de Tesla, les suites du meurtre de Charlottesville montrent un isolement grandissant du président américain, notamment parmi le monde des affaires[17].

Alors que leur expression publique est rare, les anciens présidents George H. W. Bush et son fils George W. Bush publient un communiqué commun condamnant les propos du 45e président : « L’Amérique doit toujours rejeter le racisme, l’antisémitisme et la haine sous toutes ses formes[10]. ». Les leaders démocrates comme l'ancien candidat à la primaire Bernie Sanders, mais aussi plusieurs figures du Parti républicain dont les sénateurs Orrin Hatch, Marco Rubio, Jerry Moran, Lindsey Graham et John McCain et le gouverneur de l'Ohio John Kasich ont également marqué leur désapprobation[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Sabrina Champenois, «Je suis sûre que Charlottesville était visée parce qu’elle est progressiste», liberation.fr, (consulté le 18 août 2017)
  2. a, b, c et d « Charlottesville : Trump critiqué pour ne pas avoir assez dénoncé les suprémacistes blancs », lemonde.fr, (consulté le 14 août 2017)
  3. Gilles Paris, « Comment la manifestation d’extrême droite a dégénéré à Charlottesville », lemonde.fr, (consulté le 14 août 2017)
  4. Jessica Chia, « White nationalists march through UVA with torches », Daily News, New York,‎ (lire en ligne)
  5. (en) Meg Wagner, « 'Blood and soil': Protesters chant Nazi slogan in Charlottesville », cnn.com, (consulté le 17 août 2017)
  6. Maurin Picard, « http://www.lefigaro.fr/international/2017/08/13/01003-20170813ARTFIG00150-etats-unis-les-supremacistes-blancs-sement-l-effroi.php?cmtpage=0 », sur Le Figaro,
  7. Camille Dubruelh, « Ces étudiants encerclés par des suprémacistes à Charlottesville sont les héros de Twitter », sur huffingtonpost, (consulté le 13 août 2017)
  8. Alicia Paulet, « Charlottesville : Heather Heyer, symbole de la lutte contre le racisme », lefigaro.fr, (consulté le 14 août 2017)
  9. L’attaque de Charlottesville qualifiée de « terrorisme » par le ministère de la justice américain, Le Monde, 14 août 2017.
  10. a, b, c, d et e Philippe Coste, « Après Charlottesville, la présidence Trump est lâchée de toutes parts », mediapart.fr, (consulté le 17 août 2017)
  11. « Jason Kessler, le leader raciste des manifestations de Charlottesville », sur parismatch.com, (consulté le 17 août 2017)
  12. « Jason Kessler, organiser of Virginia far-right protest, chased by angry crowd as he blames police for violence », sur independent.co.uk, (consulté le 17 août 2017)
  13. « Charlottesville: les propos de Trump soutenus par trois personnalités de l'ultra-droite », sur lefigaro.fr, (consulté le 16 août 2017)
  14. « Charlottesville: un conseiller de Trump démissionne pour protester », Lapresse, (consulté le 14 août 2017)
  15. « Trois grands patrons américains lâchent Donald Trump », letemps.ch, (consulté le 16 août 2017)
  16. « Vive indignation après le revirement de Donald Trump sur Charlottesville », lemonde.fr, (consulté le 16 août 2017)
  17. a et b Pierre-Yves Dugua, « Charlottesville : lâché par les patrons, Trump dissout deux conseils économiques », lefigaro.fr, (consulté le 17 août 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Vidéographie[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]