2001, l'Odyssée de l'espace

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le film. Pour le livre, voir 2001 : L'Odyssée de l'espace (roman).
2001, l'Odyssée de l'espace
Description de cette image, également commentée ci-après
Logo original du film.

Titre original (en) 2001: A Space Odyssey
Réalisation Stanley Kubrick
Scénario Stanley Kubrick
Arthur C. Clarke
Acteurs principaux
Sociétés de production Metro-Goldwyn-Mayer
Polaris
Pays d’origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Science-fiction
Anticipation
Durée 156 minutes (première)
149 minutes (définitif)
Sortie 1968

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

2001, l'Odyssée de l'espace[N 1] (2001: A Space Odyssey) est un film britannico-américain de science-fiction produit et réalisé par Stanley Kubrick, sorti en 1968. Le scénario, écrit par Kubrick et Arthur C. Clarke, est partiellement inspiré d'une nouvelle de Clarke intitulée La Sentinelle. Clarke rédige parallèlement au tournage le roman 2001 : L'Odyssée de l'espace, qui sera publié peu après la sortie du long-métrage[N 2]. Le scénario du film traite de plusieurs rencontres entre les êtres humains et de mystérieux monolithes noirs censés influencer l'évolution humaine, et comprend un voyage vers Jupiter, traçant un signal émis par un monolithe découvert sur la Lune. Le long-métrage de Kubrick est fréquemment qualifié de film épique, du fait de sa longueur inhabituelle, et par sa similitude de construction avec d'autres films épiques classiques.

Le film est divisé en quatre actes distincts. Daniel Richter incarne l'Australopithecus afarensis qui découvre l'usage de l'outil après avoir touché le monolithe dans le premier acte qui se déroule « à l'aube de l'humanité » ; William Sylvester joue le docteur Heywood R. Floyd dans le second acte quand en 2001, le même monolithe est découvert sur la Lune. Keir Dullea (Dr David Bowman) et Gary Lockwood (Frank Poole) apparaissent dans le troisième acte en tant qu'astronautes entreprenant un voyage vers Jupiter à bord du vaisseau Discovery One. Douglas Rain est la voix de l'ordinateur de bord sentient HAL 9000, qui commande toutes les fonctions du vaisseau. Dans l'acte final, le film suit le périple de l'astronaute David Bowman « au-delà de l'infini ».

Produit et distribué par le studio américain Metro-Goldwyn-Mayer, le film est presque entièrement tourné au Royaume-Uni, dans les studios MGM British (il est d'ailleurs l'un des derniers films à utiliser ces locaux) ainsi qu'à Shepperton, du fait des plateaux de tournage plus vastes que ceux des studios américains. Le long-métrage est co-produit par la société de production de Stanley Kubrick. Ce dernier, ayant déjà tourné deux films au Royaume-Uni, décide d'y résider de manière permanente pendant le tournage du film. Les sources diffèrent concernant la provenance de 2001, l'Odyssée de l'espace : bien qu'il ait paru aux États-Unis un mois avant sa distribution au Royaume-Uni et que l'Encyclopædia Britannica le considère comme américain, plusieurs commentateurs le qualifient de film britannique, américain ou encore anglo-américain.

2001, l'Odyssée de l'espace est empreint de plusieurs thèmes, notamment l'évolution humaine, la place de la technologie et de l'intelligence artificielle ou encore la perspective d'une vie extraterrestre. Le film est resté célèbre par sa précision scientifique, ses effets spéciaux révolutionnaires pour l'époque, ses scènes ambiguës, son usage d'œuvres musicales au lieu d'une narration traditionnelle, et le rôle secondaire qu'occupent les dialogues dans l'intrigue. La bande-son mémorable du film est conçue par Kubrick comme une association entre le mouvement de rotation des satellites et ceux des danseurs de valse. Ainsi, Kubrick use de la suite de valses du Beau Danube bleu de Johann Strauss II et du poème symphonique de Richard Strauss Ainsi parlait Zarathoustra, afin d'aborder le concept philosophique nietzschéen du surhomme, mentionné dans le poème philosophique éponyme.

Le film est reçu de manière partagée par la critique et le public à sa sortie mais, au fil du temps, il acquiert un statut de film culte et connaît un énorme succès au box-office. Quelques années après sa parution, il devient finalement le plus gros succès du box-office nord-américain en 1968. Aujourd'hui, 2001, l'Odyssée de l'espace est acclamé par la critique, le milieu du cinéma et le public. Nommé à quatre Oscars, il ne reçoit finalement que celui des meilleurs effets visuels. En 1991, il est sélectionné par la bibliothèque du Congrès pour son « importance culturelle, historique ou esthétique » et est classé au National Film Registry. La place primordiale qu'occupe 2001, l'Odyssée de l'espace dans l'histoire du cinéma en fait l'un des plus grands films de tous les temps.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Un costume singe utilisé pour la séquence L'aube de l'humanité.
Lever de soleil lors de la séquence d'ouverture du film.

2001, l'Odyssée de l'espace retrace, à travers différentes époques, le rôle joué par une intelligence inconnue dans l'évolution de l'humanité.

Le film s'ouvre sur un écran noir de quelques minutes , sur fond du Lux Aeterna par Ligeti .

L'aube de l'humanité. À la merci des prédateurs, chassée de son point d'eau par un groupe rival, une tribu d'australopithèques est sur le point de disparaître. Mais un matin, ils découvrent un imposant monolithe parallélépipédique de couleur noire devant la caverne qui leur sert d'abri. Peu après l'avoir touché, ils ont soudain l'idée de se servir d'os comme armes et apprennent à tuer du gibier. Ce premier acte de violence est suivi par une attaque pour la reprise du point d'eau, qui réussit par le meurtre du chef du groupe rival. Cette séquence s'achève par le raccord sous forme de match cut (resté célèbre) associant le jet de l'os tournoyant en l'air à la procession d'un satellite – raccourci fulgurant du progrès technique de l'humanité de la préhistoire jusqu'à l'ère de l'exploration spatiale.

Des vaisseaux dans l'espace. En 1999, le Dr Heywood Floyd, un scientifique américain, se rend sur la Lune pour enquêter sur une extraordinaire découverte gardée secrète : les équipes de la base de Clavius ont relevé dans le cratère de Tycho une forte anomalie magnétique, conduisant à l'excavation d'un monolithe noir de forme parallélépipédique, source de cette perturbation. Celui-ci, manifestement d'origine extraterrestre, aurait été volontairement enfoui dans le sous-sol lunaire quatre millions d'années plus tôt. Peu après que le Dr Floyd a touché le monolithe, celui-ci émet une puissante onde radioélectrique en direction de Jupiter.

La mission Jupiter, 18 mois plus tard. En 2001, le vaisseau Discovery One (Explorateur Un dans la version française) fait route vers Jupiter. Son équipage est composé de deux astronautes, David Bowman et Frank Poole, de trois scientifiques maintenus en hibernation, et de HAL 9000 (CARL dans la version française), un ordinateur de bord doté d'une intelligence artificielle. Un jour, après une série de questions énigmatiques et insistantes au sujet du but de la mission, HAL signale à Bowman qu'un élément du système de communication externe est sur le point de tomber en panne ; Bowman et Poole vont inspecter cet élément, manœuvre périlleuse, mais ne trouvent aucune anomalie. L'ordinateur étant réputé infaillible, ils s'inquiètent alors des conséquences de cette découverte sur le bon déroulement de leur mission. S'enfermant dans une capsule destinée aux sorties extravéhiculaires en pensant échapper à la surveillance de HAL, ils décident de le déconnecter pour parer à tout incident ultérieur. Mais HAL parvient à suivre la conversation en lisant sur leurs lèvres ; interprétant leurs propos comme une menace pour son intégrité, et s'estimant en outre indispensable à la mission, l'ordinateur entreprend alors de se débarrasser de ses partenaires humains. Lors d'une nouvelle sortie de Poole, il prend le contrôle de sa capsule et la projette au loin dans l'espace. Il profite ensuite de l'absence de Bowman, parti à son secours à bord d'une autre capsule, pour désactiver les caissons d'hibernation des scientifiques, les condamnant à mort. Lorsque Bowman revient avec le corps de Poole, HAL lui refuse l'accès au Discovery One, lui expliquant qu'il met en péril la mission. Bowman lui réplique qu'il compte entrer par un accès de secours, mais HAL lui indique que sans casque — parti en hâte, Bowman l'a oublié — la chose est impossible. Conscient du risque, Bowman ouvre l'écoutille, utilise le système d'éjection de sa capsule pour se propulser dans le vaisseau et rétablit la pressurisation, échappant de peu à l'hypoxie. Il se dirige alors vers le « centre nerveux » de HAL et désactive un à un ses blocs mémoires. Il découvre ainsi un message pré-enregistré du Dr Floyd, qui devait être diffusé à la fin du voyage, relatant l'épisode lunaire (les astronautes étaient maintenus dans l'ignorance de ce contexte, contrairement à HAL) et précise que la mystérieuse onde radioélectrique était pointée vers Jupiter.

Chambre de style Louis XVI où se voit vieillir prématurément Bowman dans son lit.

Jupiter et au-delà de l'infini. Arrivé près de Jupiter, où se trouve un gigantesque monolithe noir en orbite autour de la planète, similaire en aspect et proportions à celui découvert sur la Lune, Bowman quitte le Discovery One à bord d'une capsule pour aller l'observer. Il est alors aspiré dans une sorte de tunnel coloré et, terrifié, voyage à très grande vitesse à travers l'espace, découvrant d'étranges phénomènes cosmiques et des paysages extraterrestres aux couleurs stupéfiantes. Et puis soudain, il se retrouve dans une suite d'hôtel de style Louis XVI, où tout semble factice mais conçu pour son confort, et où il se voit vieillir prématurément, sans qu'aucun indice ne lui permette de comprendre ce qui lui arrive[1]. Alité et mourant, il voit apparaître devant lui un nouveau monolithe noir, qu'il tente de toucher. Il renaît alors sous la forme d’un fœtus entouré d'un globe de lumière, puis est téléporté dans l'espace, près de la Terre.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Maquette du Discovery One.

Distribution[modifier | modifier le code]

Maquette de l'Orion III.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Un tournage long et gigantesque[modifier | modifier le code]

Photographie d'une reconstitution d'un monolithe disposé au sein d'un campement.
Reconstitution du monolithe par les hackers allemands CCC lors des rencontres Hackers At Large du 10 au 12 août 2001 à Enschede (Pays-Bas).

2001, l'Odyssée de l'espace est un film de science-fiction ayant suscité beaucoup de commentaires. On l'a par exemple qualifié de fable pessimiste sur l'avenir technicien de l'humanité, de méditation pascalienne[3] sur la solitude de l'homme face au mystère insondable de l'Univers, et de métaphore du trépas et du voyage vers l'au-delà[4].

Kubrick avait réfléchi à l'idée de concevoir Docteur Folamour comme un documentaire réalisé par des extraterrestres[5]. Cette idée, abandonnée pour Docteur Folamour, le poussa à s'essayer à un genre nouveau pour lui : la science-fiction. Ayant lu une nouvelle d'Arthur C. Clarke intitulée La Sentinelle, il décida de rencontrer son auteur en 1964, afin d'établir la thématique et préparer l'élaboration de sa prochaine œuvre.

Pour ce film, Kubrick réunit une imposante équipe technique : 25 spécialistes des effets spéciaux (dont Harry Lange et Frederick Ordway (en), tous deux issus de l'industrie spatiale, et Brian Johnson – plus tard oscarisé – comme assistant non crédité), 35 décorateurs de plateau et 70 autres techniciens furent en effet employés pour le tournage. La salle de commande de Discovery nécessita un fort investissement financier car l'équipe du film dut construire un décor cylindrique rotatif pesant près de 30 tonnes, d'un coût de 750 000 $[6]. Le tournage commença le 29 décembre 1965 (par la scène de la découverte du monolithe dans le cratère de Tycho) et se déroula sur sept mois. La postproduction nécessita deux ans de travail supplémentaire. Alors que le budget initialement prévu était de six millions de dollars, il dépassa les dix millions de dollars[7], ce qui s'explique, en partie, par l'utilisation d'effets spéciaux dans 205 plans du film. 2001 explora de nombreuses techniques d'avant-garde en matière d'effets spéciaux et fut notamment à l'origine du motion control. L'ensemble des éléments scénaristiques et des décors firent l'objet d'une attention toute particulière et plusieurs scientifiques et experts en matière d'exploration spatiale coopérèrent. Le coût des effets spéciaux représentera finalement 60 % du budget total du film. Le directeur de la MGM, Robert O'Brien, prévoyait une sortie du film pour la fin de l'année 1966 ou au printemps 1967[8], mais l'avant-première n'eut lieu qu'en avril 1968 à New York.

Stanley Kubrick a progressivement élagué son projet de départ : la durée d'origine était encore plus longue (158 minutes) que le montage définitif (final cut, de 149 minutes). Son objectif initial était de produire le premier long-métrage de science-fiction doté de décors réalistes, qui ne soient pas décelables à l'écran, dont l'argument serait un scénario fondé sur des postulats et une représentation du futur proches et crédibles, cautionnés par des scientifiques[9].

Il s'entoura pour cela de conseillers irréprochables, tant dans le domaine des industries de pointe de l'époque (hibernation, « cerveaux électroniques », astronautique, etc.), de la paléontologie (l'aube de l'humanité) que de l'hypothèse de l'intelligence extraterrestre. Une première version du film prévoyait ainsi un prologue quasi documentaire fait d'entretiens avec des scientifiques et de commentaires explicatifs en voix off : le mathématicien Irving John Good, l'auteur de science-fiction et scientifique Isaac Asimov évoquaient les futures bases lunaires, l'anthropologue Margaret Mead, les astronomes Fred Whipple et Sir Bernard Lovell insistaient sur la vraisemblance de la vie extra-solaire. D'autres parlaient des possibilités de manipulations génétiques ou du développement d'ordinateurs « intelligents » dotés d'une « personnalité artificielle ». Enfin le physicien Freeman Dyson envisageait l'exploitation des comètes. Ajoutant trop de temps à une durée déjà considérable, ces rushes ne furent pas utilisés pour le film[10].

De nombreuses trouvailles[modifier | modifier le code]

Un costume d'astronaute utilisé dans le film.

Nombre des idées inédites du film, qui sont depuis devenues des poncifs, sont nées de la volonté de s'éloigner à tout prix de l'aspect « série B » de la S.F. de l'époque et de ses conventions. Kubrick, ayant pris goût aux effets spéciaux avec Docteur Folamour (dont les scènes de vol de B-52, en transparence, étaient supervisées par Wally Veevers), considérait que, dans un tel projet, il n'avait pas droit à l'erreur. Connu comme cinéaste intellectuel de stature européenne, il redoutait de faire une série B de plus, avec des décors en carton-pâte et une anticipation peu crédible, qui vieillirait mal. Il fit donc appel à la crème des techniciens en effets spéciaux, et à de jeunes talents, parmi lesquels Douglas Trumbull, engagé pour faire quelques dessins[11], qui réalisa par la suite le film de science-fiction Silent Running, sorti en 1972.

Le célèbre monolithe noir, objet emblématique du film, est transparent comme du cristal dans le roman de Clarke (qui peut-être pensait au « Cristal qui songe » de Theodore Sturgeon[12]). Mais il a fallu renoncer à cette caractéristique, car l'objet était ainsi invisible à l'écran.

Le Beau Danube bleu accompagnant les vaisseaux spatiaux en orbite circumterrestre, choix qui eût semblé de prime abord être le type même de la fausse bonne idée, a été adopté par Kubrick parce qu'un technicien avait mis le disque pendant que l'équipe visionnait les rushes en salle de montage : cette musique s'avérait coller à merveille[13]. Il en alla de même pour les bruits oppressants de respiration et le silence de l'espace : simple conformité à la réalité des conditions du vide spatial. Cela n'avait jamais été fait avant, et ne fut qu'exceptionnellement refait par la suite : dans presque tous les films « spatiaux », le grondement des moteurs résonne dans le vide de l'espace, ce qui est une aberration physique.

Kubrick et Clarke s'interrogèrent également sur l'opportunité de montrer ou non les extraterrestres[réf. nécessaire]. Des essais furent donc réalisés avec des danseurs, puis il fut finalement décidé de ne rien montrer du tout. Kubrick évacua donc les aliens répugnants, reprenant un parti-pris déjà mis en œuvre, par exemple, dans Planète interdite de Fred McLeod Wilcox, où les mystérieux Krells restent invisibles, et d'autant plus inquiétants. Mais Kubrick alla plus loin : l'intervention extra-terrestre n'est clairement révélée, comme information top-secret, qu'aux deux tiers du film[réf. nécessaire].

HAL9000

Enfin, Kubrick se demanda à quoi pourrait ressembler un futur ordinateur intelligent – autre élément majeur du film, et personnage à part entière – sans être ridicule. La S.F. de l'époque était en effet peuplée de robots ou de « cerveaux électroniques » plus ou moins machiavéliques, tous dotés d'une voix métallique, monocorde et inhumaine, tantôt assez réussie, comme dans Le Cerveau d'acier de Joseph Sargent, tantôt franchement comique avec les Daleks de la série télévisée britannique Doctor Who. C'est pour cela que Kubrick conçut HAL 9000 sous l'aspect plutôt rassurant initialement d'un calculateur central tel qu'on en trouvait à l'époque dans les banques et les compagnies d'assurance, matérialisé visuellement par la présence des caméras à bord du Discovery, évoquant un œil rouge parfaitement circulaire, y ajoutant des moniteurs vidéo où scintillent des graphiques épurés ; surtout, il lui conféra la voix d'un acteur canadien de théâtre, Douglas Rain, prenant ainsi le contrepied des clichés de la science-fiction, avec le risque que cela paraisse incongru en étant trop éloigné des représentations conventionnelles d'une intelligence artificielle. Or, à l'époque, où la synthèse vocale n'existait pas, le surgissement soudain de cette voix british d'un pupitre de contrôle de type IBM 360 était saisissant.

Un scénario typique de la SF des années 1960[modifier | modifier le code]

Pour le scénario, Kubrick se mit à la recherche du meilleur auteur de science-fiction de l'époque, du moins le plus sérieux sur le plan de la crédibilité technique. Selon ce critère, c'eût pu être Isaac Asimov, scientifique en plus d'être romancier, ou Brian Aldiss, qu'il a voulu utiliser plus tard pour ce qui est devenu A.I. Intelligence artificielle, film finalement réalisé par Steven Spielberg. Mais c'est un autre savant et auteur qu'il choisit : Arthur C. Clarke.

Fruit d'une collaboration entre les deux hommes, le scénario de 2001 est, curieusement, assez conventionnel : le postulat en est que les extraterrestres ont visité la Terre il y a quatre millions d'années, et sont à l'origine, artificielle, de l'évolution du singe vers l'homme. Ils ont laissé un émetteur sur la Lune et un relais en orbite autour de Jupiter. L'accès des hommes à la science étant prouvé par l'aptitude de ceux-ci à atteindre la Lune, la « sentinelle » en informe le relais autour de Jupiter, à charge pour ce dernier d'informer les « Grands Anciens galactiques » du succès de l'opération.

Ce synopsis était dans l'air du temps : on trouvait alors dans la bibliothèque de tous les amateurs de fantastique les ouvrages d'auteurs comme Erich von Däniken, qui prétendait démontrer que les extraterrestres étaient « déjà venus » et étaient décrits dans la Bible, au livre d'Enoch ; comme Jacques Bergier (Le Matin des Magiciens, Les Extraterrestres dans l'histoire), premier traducteur de H. P. Lovecraft, père des Grands Anciens ; ou encore Jean Sendy (La Lune, clé de la Bible, Ces dieux qui firent le ciel et la terre, le roman de la Bible), promoteur d'une théorie selon laquelle la Genèse relaterait sous forme naïve la venue d'extraterrestres ayant façonné l'espèce humaine à leur image et laissé un « arc d'alliance » sur la Lune – scénario quasi identique à celui que développaient, peu avant lui, Kubrick et Clarke pour le script de 2001. De telles idées inspirèrent même à Hergé le scénario de Vol 714 pour Sydney où Tintin visite un temple millénaire bâti par les extra-terrestres sur un îlot indonésien.

Par ailleurs, un optimisme sans faille entourait alors la conquête de l'espace (2001 sortira un an avant la première mission spatiale à avoir conduit un homme sur la Lune). Les médias étaient peuplés d'engins spatiaux soviétiques et nord-américains, de vues d'artistes imaginant de futures bases lunaires et de photos de la Lune prises par les atterrisseurs Surveyor et Ranger. Il suffit de citer quelques dates : 1961, Youri Gagarine devient le premier homme dans l'espace en bouclant une orbite complète ; 1963, Gordon Cooper passe les premières 24 heures dans l'espace ; 1964, premier équipage de trois astronautes à bord du vaisseau soviétique Voskhod 1 ; 1965, première sortie extravéhiculaire par le colonel Alekseï Leonov en mars, puis premier rendez-vous spatial le 15 décembre entre les astronautes nord-américains Frank Borman et Thomas Stafford, respectivement à bord des capsules Gemini 6 et Gemini 7.

La grande roue orbitale de 2001 et sa gravité artificielle provoquée par la force centrifuge, est un concept envisagé par Wernher von Braun dans les années 1950 : « La station spatiale sera aussi un hôtel, les astronautes pourront y vivre un mois ou deux de suite. Ils feront la navette entre la Terre et la station pour effectuer des travaux spéciaux »[14]. Quant à la mission Explorer 1, elle s'apparente de près au Projet Orion de 1958, qui prévoyait l'emploi de l'énergie nucléaire pour la propulsion et revendiquait « Saturne dès 1970 »[15]. Enfin la navette empruntée par le savant Heywood Floyd ressemble bien plus au Concorde ou au X15 qu'à Challenger, et son poste de commande est une quasi-copie de celui de la capsule Apollo.

Mais rien, malgré le talent de Clarke, ne garantissait qu'on s'éloignerait, avec un tel scénario, des sentiers balisés, fût-ce en égalant des réussites du genre comme Planète interdite de Fred McLeod Wilcox ou Les Survivants de l'infini de Joseph M. Newman. Kubrick voulait mieux.

Un film expérimental[modifier | modifier le code]

Ayant obtenu auprès de la MGM un contrôle artistique total, prenant un risque considérable, Kubrick décida d'aller plus loin en laissant le spectateur libre de se faire sa propre idée sur le sens du film, le scénario n'étant plus qu'esquissé par de vagues allusions. Il ne voulait aucun synopsis apparent ou évident, et c'est pourquoi le film est une succession de scènes de facture très conventionnelle (conversations banales entre savants russes et américains, conférence de presse d'un officiel usant de la pire langue de bois possible, dialogue minimaliste des astronautes Bowman et Poole) et de phases hallucinatoires proches du cinéma expérimental. Il court-circuita systématiquement les clichés de la S.F., toutes les conventions scéniques, et supprima une bonne partie des dialogues. Arthur C. Clarke a prononcé très explicitement : « Si vous dites que vous avez compris 2001, c'est que nous avons échoué, car nous voulions que le film pose plus de questions qu'il ne donne de réponses. »

2001 veut susciter une angoisse métaphysique et cosmique. Le choix de la messe de Requiem (messe des morts) de György Ligeti, l'une des œuvres musicales majeures du XXe siècle, pour accompagner les scènes où les mystères de l'univers enveloppent totalement l'action, et la religiosité trouble qui en résulte, sont délibérés. Et de fait, les transpositions d'archétypes religieux ou métaphysiques abondent dans 2001 : naissance de l'humanité sous la tutelle d'une puissance transcendante (qui, comme dans la Genèse, donne lieu au premier meurtre) ; mort de l'entité consciente HAL 9000, métaphore de l'être face au néant ; descente de « l'enfant des étoiles » auréolé vers la Terre… Le « voyage » de David Bowman dans le « tunnel » rappelle fortement les NDE de Raymond Moody, jusqu'à la scène finale dans cette suite d'hôtel totalement improbable, qui présente de nombreuses analogies, par l'évocation de la hantise et de la relativité du temps, avec Les Fraises sauvages de Ingmar Bergman (l'horloge sans aiguilles), pour ne donner que quelques pistes de réflexion sur un film sur lequel tant a été dit.

Il reste à ajouter qu'à sa sortie en 1968, avec l'arrivée du LSD et autres drogues hallucinogènes, les ouvrages de Carlos Castaneda, la bande dessinée (Philippe Druillet réutilisera l'œil rouge de HAL sous la forme d'un ordinateur féminin appelé Rose[16]), le rock progressif, les hippies ou le cinéma expérimental, 2001 rencontra des circonstances presque idéales pour son succès retentissant, malgré une critique catastrophique[17] : il fut éreinté par Variety « Trucages habiles à la George Pal », par le New York Times « D'un ennui mortel », par la revue The New Leader (en) « Une histoire de dieux sans queue ni tête ».

Musique[modifier | modifier le code]

La musique et les effets sonores revêtent une importance particulière, structurant profondément les aspects narratifs et spéculatifs du film, et redéfinissant les liens entre musique et image dans le cinéma de science-fiction contemporain[18].

Le compositeur Alex North, initialement retenu par les producteurs pour écrire la musique du film, fut mis à rude épreuve par Kubrick. Celui-ci avait déjà utilisé des musiques temporaires pendant les deux années de production, et avait de plus vu sa proposition d'employer de la musique classique comme bande sonore finale refusée par la MGM. Le réalisateur mit la pression sur le compositeur qui, enfermé de décembre 1967 à janvier 1968 dans un appartement londonien spécialement aménagé, en sortit en ambulance[19] pour ne livrer qu'une partition d'environ 40 minutes – tout cela en pure perte, puisque Kubrick obtint finalement gain de cause avec son premier choix de n'avoir recours qu'à des musiques non originales. North n'en fut pas informé et le découvrit lors de l'avant-première du film à New York[20]. En 1993, la Musique pour 2001 d’Alex North[21] fut finalement enregistrée aux Studios Abbey Road de Londres par le Royal Philharmonic Orchestra dirigé par Jerry Goldsmith[22].

On suppose que Kubrick n'a jamais eu l'intention d'utiliser la partition de North, et n'a fait appel à celui-ci que pour apaiser la MGM, et a mis le studio et North devant le fait accompli au dernier moment[18].

Les titres principaux qui constituent la partie musicale du film sont :

Ainsi parlait Zarathoustra (Richard Strauss)[modifier | modifier le code]

Cette pièce est utilisée en ouverture du film, illustrant l'alignement entre la Lune, la Terre et le Soleil, ainsi que dans L'aube de l'humanité et dans la scène finale du film. Cette musique semble illustrer la notion de triomphe du progrès, étant utilisée lors de la séquence de la découverte de la notion d'outil (transition du singe à l'Homme) et à la fin du film (Homme à Surhomme). Richard Strauss lui-même disait à propos de cette musique et de son lien avec l’œuvre de Nietzsche : « J'avais l'intention de suggérer, par l'intermédiaire de la musique, l'idée du développement de l'espèce humaine à partir de son origine et à travers les diverses phases de son développement, religieux et scientifique. »[18].

Selon Didier de Cottignies, Stanley Kubrick avait initialement choisi le début de la Symphonie no 3 en ré mineur de Gustav Mahler comme musique principale de son film (le quatrième mouvement de cette symphonie fait intervenir une voix de contralto chantant un texte de Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche). En 1967, il reçut de son beau-frère à Noël une version d'Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss enregistrée par l'orchestre philharmonique de Berlin, conduit par Herbert von Karajan. En l'écoutant, Kubrick réalisa que l'introduction de ce poème symphonique serait plus adaptée que la symphonie de Mahler. Les droits d'enregistrement de Karajan n'étant pas disponibles, c'est la version de Karl Böhm, avec l'orchestre philharmonique de Vienne, qui fut créditée au générique. Mais au cours de la postproduction, Kubrick remplaça discrètement l'enregistrement de Böhm par celui de Karajan et personne ne le remarqua[23].

Le Beau Danube bleu (Johann Strauss)[modifier | modifier le code]

La version du film est jouée par l'orchestre philharmonique de Berlin, dirigé par Herbert von Karajan[18]. Cette musique accompagne le voyage du Dr Floyd de la Terre jusqu'à la station orbitale et de la station orbitale jusqu'à la Lune. Selon William Whittington, le montage et le synchronisme rigoureux entre les images, les mouvements et la musique donnent un sentiment de maîtrise, par l'être humain dont la musique est l'émanation, des forces de gravité et des forces universelles[18].

Requiem pour soprano, mezzo-soprano, deux chœurs mixtes et orchestre (György Ligeti)[modifier | modifier le code]

La version du film de cet oratorio est exécutée par l'orchestre de la Radio Bavaroise, dirigé par Francis Travis (en)[18]. Il s'agit du chœur présent à chaque apparition du monolithe. Cette musique, mystérieuse, oppressante et déstructurée reflète, selon Michel Ciment, l'idée de Arthur C. Clarke que toute technologie très en avance sur la nôtre est indiscernable de la magie et possède la même qualité irrationnelle[24].

Lux Aeterna (Ligeti)[modifier | modifier le code]

Ce chœur à 16 voix est exécuté, dans la version du film, par la Schola Cantorum de Stuttgart, dirigé par Clytus Gottwald (en)[18]. Cette musique inquiétante accompagne Floyd lors de son voyage vers le site du monolithe dans le cratère Clavius. Selon William Whittington, elle donne un climat d'incertitude, de mystère et de méfiance à cette scène, se sur-ajoutant aux activités secrètes et opaques des humains concernant le monolithe[18].

Adagio de Gayaneh (Khatchatourian)[modifier | modifier le code]

Exécutée par l'orchestre philharmonique de Leningrad, dirigé par Guennadi Rojdestvenski, cette pièce accompagne la présentation du vaisseau Discovery One en route vers Jupiter, et des astronautes. Le caractère désolé et apaisé de cette musique[18] participe au climat de la scène, et du film, décrit par Michel Ciment : « 2001 présente un univers d'indifférence dans lequel chaque personne est extraordinairement détachée, emprisonnée dans son rôle prédéfini, vivant dans une solitude glacée. »[24].

Daisy Bell (Harry Dacre)[modifier | modifier le code]

La chanson de Harry Dacre, Daisy Bell (Bicycle Built for Two), est un élément important du film[18]. Elle est « chantée » par HAL 9000 lors des derniers moments de sa désactivation, qui provoque une régression de ses capacités cognitives. Alors que d'autres musiques du film sont liées à la notion de progression, cette musique est associée à une régression, mais dans tous les cas on retrouve une interrogation sur nos origines qui est un leitmotiv du film, tout en préfigurant la régression-évolution future de Bowman en « enfant des étoiles »[18]. Elle donne également un aspect très émotionnel à la « mort » d'HAL 9000, qui est la mort la plus émouvante du film, à l'opposé des décès cliniques et froids des humains accompagnant Bowman vers Jupiter.

Cette chanson est la première chanson « apprise » en 1961 à un ordinateur (un IBM 7094) par John Kelly au Bell Labs[25],[26],[27]. Cette chanson avait été écoutée par Arthur C. Clarke au Bell Labs et l'utilisation de cette chanson, ainsi que son ralentissement progressif est son idée[18].

Dans la version française, Hal chante Au clair de la lune.

Succès commercial et prestige critique[modifier | modifier le code]

Le film est un grand succès commercial et totalise 56 715 371 de dollars de recettes au box-office mondial. En France, le film attire 3 256 884 spectateurs dans les salles.

2001, l'Odyssée de l'espace est régulièrement cité dans les classements de films par les critiques de cinéma. Ainsi figure-t-il à la 6e place du classement Sight and Sound[28], et à la 15e place du classement de l'AFI (2007)[29]. Hal 9000 est à la 13e place du classement d'AFI's 100 ans… 100 Héros et Méchants du cinéma. De plus, il comporte une réplique classée dans le Top 100 des répliques du cinéma américain selon ce même institut. Enfin, il est considéré comme le meilleur film de science-fiction de tous les temps[30] par l'Online Film Critics Society.

Le film fait l'objet d'une projection remastérisée au Festival de Cannes 2018 par Christopher Nolan, en présence de l'acteur Keir Dullea ainsi que de la fille du réalisateur Katharina Kubrick.

Analyse du film[modifier | modifier le code]

« J'ai essayé de créer une expérience visuelle, qui contourne l'entendement et ses constructions verbales, pour pénétrer directement l'inconscient avec son contenu émotionnel et philosophique. J'ai voulu que le film soit une expérience intensément subjective qui atteigne le spectateur à un niveau profond de conscience, juste comme la musique ; « expliquer » une symphonie de Beethoven, ce serait l'émasculer en érigeant une barrière artificielle entre la conception et l'appréciation »

— Stanley Kubrick[31]

« Quand un film a de la substance ou de la subtilité, on ne peut jamais en parler de manière complète. C'est souvent à côté de la plaque et forcément simpliste. La vérité a trop de facettes pour se résumer en cinq lignes. Généralement, si le travail est bon, rien de ce qu'on en dit n'est pertinent »

— Stanley Kubrick[31]

« Vous êtes libres de vous interroger tant que vous voulez sur le sens philosophique et allégorique du film — et une telle interrogation est une indication qu'il a réussi à amener le public à un niveau avancé — mais je ne veux pas donner une grille de lecture précise pour 2001 que tout spectateur se sentirait obligé de suivre de peur de ne pas en saisir la signification. »

— Stanley Kubrick[32]

Ellipse[modifier | modifier le code]

Si 2001, l'Odyssée de l'espace devait être réduit à une scène emblématique, ce serait sans doute (du moins dans la conscience collective, d'après les nombreuses parodies qu'elle engendra) celle où le singe pré-humain lance en l'air le premier outil de l'humanité (un os, utilisé comme arme) et que celui-ci s'élève (sur la musique de Richard Strauss) puis retombe (dans le silence, suivi de la musique de Johann Strauss – musicien antérieur au précédent, sans lien de parenté) et se « transforme » soudain en un satellite lanceur d'engins nucléaires[33] flottant dans l'espace et qui semble même « tomber » dans le prolongement de la trajectoire de l'os. La particularité de cette scène tient essentiellement en sa forme, plus précisément son montage. Ce raccord extrêmement simple, puisqu'il n'y a nulle utilisation de transitions (ex : fondu, etc.), peut être qualifié à la fois de brutal et de cohérent. Brutal parce qu'il lie deux situations très différentes et surtout deux âges très éloignés. Cohérent parce que les formes de ces deux objets sont à l'écran, très semblables et que le mouvement n'est pas rompu. Ce type de raccord est inhabituel puisque, traditionnellement, un fondu au noir aurait été utilisé pour signifier le changement de contexte. On peut toutefois noter que ce procédé avait déjà été utilisé dans le film Lawrence d'Arabie, de David Lean (sorti en 1962), dans lequel un raccord similaire conférait pareillement une force symbolique saisissante à un enchaînement de deux scènes disjointes (une flamme d'allumette, directement suivie d'un lever de soleil).

La Plaque de Georges Yatridès[modifier | modifier le code]

Peinture L'Adolescent et l'Enfant, 1963.

Les critiques d'art ont noté des similitudes entre le monolithe de Kubrick et le motif similaire dans les peintures de l'artiste Georges Yatridès. Arthur Conte note que le tableau intitulé L'Adolescent et l'Enfant, peint en 1963, avant la sortie du film, comporte une plaque très similaire à celle utilisée par Kubrick dans le film[34],[35]. Dans les peintures de Georges Yatridès, le monolithe représente un symbole mystique vecteur d'une connaissance absolue. Le sémiologue Sacha Bourmeyster explique[36] que la plaque de Yatridès a le pouvoir de transcender la vie de manière surnaturelle, d'une manière comparable au monolithe de Kubrick. Sacha Bourmeyster a également souligné cette similitude dans son ouvrage Les Icônes Interstellaires[37]. Les similarités entre les peintures de Yatridès et le monolithe de Kubrick ont été également relevées dans le site web d'architecture CYBERARCHItecte[38].

D'autres sources indépendantes font état de l’existence dès 1957 de plaques monolithes, sur le fond et la forme, dans l’œuvre du peintre Georges Yatridès, plaques qui auraient pu inspirer le monolithe de 2001, l’Odyssée de l’espace, ainsi que le supposent divers ouvrages d’analyse entre d’autres : « Ville de Grenoble »[39], « Who’s who in International Art »[40] et des récapitulatif de Biennales Internationales[41] (liste non exhaustive).

Autres interprétations possibles du film[modifier | modifier le code]

  • Stanley Kubrick a déclaré que pour la réalisation de ce film, il avait été influencé par le film de Pavel Klouchantsev, En route vers les étoiles, sorti en 1958[42].
  • Par ailleurs, ce film est supposé suivre, selon certaines interprétations, une constante mythologique comme celle des Argonautes. Joseph Campbell, dans son livre Les héros sont éternels, a analysé cette constante, courante en alchimie (départ du héros de sa contrée, combat contre le monstre mythologique, révélations initiatiques faites au héros, retour du héros dans sa contrée d'origine, le héros devient maître des deux mondes). Sous cet aspect, le film prend un relief inattendu.
  • Une des clés de ce film peut être trouvée dans l'œuvre de Robert Ardrey, African genesis[43]. L'auteur arrive à cette conclusion : « L'être qui assure la liaison entre l'animal et l'homme, le maillon intermédiaire dans cette chaîne mystérieuse de l'évolution, est un tueur — l'être qui a dominé le monde animal, qui en est sorti définitivement, est celui qui a su apprendre à se servir d'une arme pour mieux tuer. » Stanley Kubrick a illustré cette théorie depuis la séquence L'aube de l'humanité jusqu'au meurtre perpétré par HAL 9000[44],[45],[46],[47]. Dans Lost worlds of 2001, Arthur C. Clarke a rapporté un extrait de son journal personnel daté du 2 octobre 1964, dans lequel il indique avoir terminé la lecture cet ouvrage, et cite un paragraphe « frappant » qui « pourrait même donner son titre au film » (faisant allusion à la formule « gift from the stars ») : « Pourquoi est-ce que l'humanité ne s'est pas éteinte dans les profondeurs du Pliocène ? Nous savons bien que, sans un cadeau des étoiles, sans la collision accidentelle de la génétique et des rayonnements, l'intelligence aurait péri dans quelque plaine africaine oubliée. »

Rapport entre le film et le livre[modifier | modifier le code]

  • L'initiative du projet revient à Stanley Kubrick, qui, connaissant l'œuvre de Clarke, le contacta afin de voir dans quelle mesure ils pourraient travailler ensemble sur « le légendaire bon film de science-fiction » (« the proverbial good science-fiction film »).
  • Le scénario du film et le livre correspondant, ont été écrits conjointement par Arthur C. Clarke et Stanley Kubrick. Néanmoins, il fut convenu qu'Arthur C. Clarke conserverait officiellement la paternité du livre, et Stanley Kubrick celle du scénario. Le film et le livre ont en fait été développés en parallèle : certains passages du livre ont par exemple été inspirés par le visionnage des rushes quotidiens du film, et inversement, le film s'est enrichi de certaines idées apparues tardivement dans le roman[48]. La véritable origine du film vient de la nouvelle d'Arthur C. Clarke, The Sentinel, instaurant l'idée d'un objet extraterrestre abandonné sur la Lune et faisant depuis office de signal d'alarme. Toutefois, il ne s'agissait encore que d'une pyramide et non d'un monolithe, tel qu'il se révèle dans l'œuvre de Yatridès dès la fin des années 1950.
  • La signification de l'acronyme HAL est Heuristically programmed ALgorithmic computer d'après le roman 2001 et Heuristic ALgorithmic computer dans la suite 2010. Dans la version française, l'ordinateur s'appelle Carl (acronyme de Cerveau Analytique de Recherche et de Liaison). Certains spectateurs ont remarqué que HAL correspond au décalage alphabétique des lettres d'« IBM », entreprise qui a participé à la réalisation du film, mais Arthur C. Clarke a indiqué qu'il s'agissait d'une coïncidence.
  • Parmi les différences notables entre les deux oeuvres jumelles : dans le film, le vaisseau spatial se dirige vers Jupiter, le monolithe étant en orbite autour de cette planète, alors que dans le livre, il se dirige vers Japet, un satellite de Saturne, à la surface duquel se trouve le monolithe, Jupiter étant seulement survolée pour utiliser son assistance gravitationnelle. Le monolithe est totalement noir et opaque dans le film, et est décrit comme translucide dans le roman. Les proportions de l’objet ne sont évoquées que dans le roman par C. Clarke (à plusieurs reprises) : 1 × 4 × 9, c'est-à-dire les carrés des trois premiers entiers naturels non nuls. Ces chiffres magiques se révèlent soudainement être pour David Bowman, vers la fin de son épopée d’être humain, la clé du secret qui régit le comportement du monolithe et ce pourquoi il a été créé. Dans le film, HAL refuse à Dave le retour dans Discovery, le condamnant à mourir dans le Pod. Dave parvient à rentrer par le sas de secours, malgré un séjour de quelques secondes dans le vide. Dans le livre, Dave n'est pas sorti du vaisseau, mais à cause de la responsabilité présumée de HAL dans la mort de Frank, il demande à l'ordinateur le réveil de l'équipage en hibernation. Hal ouvre alors le sas des navettes pour faire le vide dans le vaisseau et tuer l'équipage. Dave parvient à rejoindre une armoire de secours et enfiler un scaphandre. Ainsi équipé, il pourra maîtriser Hal. À noter que pour tous les cas de divergence entre le film et le livre, les romans de Clarke qui feront suite à 2001, l'Odyssée de l'espace se baseront sur les éléments du film, et non ceux du livre.
  • La suite du roman, publiée en 1982 et intitulée 2010 : Odyssée deux, a fait l'objet d'une adaptation au cinéma (il s'agit bien dans ce cas d'une adaptation et non d'une collaboration étroite) ; sorti en 1984, 2010 : L'Année du premier contact (2010: The Year We Make Contact) répond à certaines des interrogations que le film original laissait volontairement en suspens. Cependant, ni le livre, ni le film n'eurent un succès comparable à leurs prédécesseurs. Arthur C. Clarke publia malgré tout deux volumes supplémentaires : 2061 : Odyssée trois (1988) et 3001 : L'Odyssée finale (1997).

Références culturelles au film[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il existe plusieurs variantes du titre en français. Celle retenue résulte de la consultation des ouvrages de référence consacrés au film[réf. incomplète].
  2. En 1982, Clarke publie un nouveau roman intitulé 2010 : Odyssée deux (2010: Odyssey Two) qui sera adapté au cinéma en 1984 par Peter Hyams sous le titre 2010 : L'Année du premier contact (2010).
  3. non crédité
  4. Associé producteur non crédité
  5. Format utilisé pour des projections sur écrans courbes, imitant l'ancien procédé Cinérama. La mention « Cinérama » sur les affiches indiquait le nom de la firme et non l'utilisation du procédé technique d'origine : trois caméras synchronisées (pellicules 35 mm) et trois projecteurs pour un écran « extra large » et courbe.
  6. Voir la technique slit-scan utilisée par Douglas Trumbull pour la dernière séquence « Jupiter et au-delà… ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Divers auteurs, Tout sur le cinéma p. 292, 2011.
  2. (en) Dates de sortie sur l’Internet Movie Database
  3. Michel Ciment (préf. Martin Scorsese), Kubrick, Paris, Calmann-Lévy, (réimpr. 2011), 328 p. (ISBN 978-2-702-13518-1 et 978-2-702-14200-4, OCLC 491171762), p. 130-131
  4. Pierre Marcabru, Le Figaro, 6 mars 1999.[réf. incomplète].
  5. Paul Duncan 2003, p. 105
  6. Paul Duncan 2003, p. 117
  7. Paul Duncan 2003, p. 122.
  8. Michel Chion, Stanley Kubrick : l'humain, ni plus ni moins, Paris, Cahiers du cinéma, coll. « Auteurs », , 559 p. (ISBN 978-2-866-42392-6, notice BnF no FRBNF39269522), p. 191
  9. Michel Ciment, p. 127-128
  10. Freeman J Dyson (trad. Odile Laversanne, préf. Hubert Reeves), Les Dérangeurs de l'univers [« Disturbing the universe »], Paris, Payot, , 318 p. (ISBN 978-2-228-65010-6, notice BnF no FRBNF34876907), p. 222.
  11. 2001, Le futur selon Kubrick, Cahier du cinéma, 2000, page 97[réf. incomplète].
  12. J'ai lu, Paris, 1975[réf. incomplète].
  13. John Baxter, Kubrick, Seuil, 1999. Histoire rapportée par Andrew Birkin.
  14. Ruth A. Sonneborn, L'espace et sa conquête, Random House / Fernand Nathan, 1966, p. 60, dépôt légal 1er trimestre 1968[réf. incomplète].
  15. Freeman Dyson (trad. Odile Laversanne, préf. Hubert Reeves), Les Dérangeurs de l'univers [« Disturbing the universe »], Paris, Payot, , 318 p. (ISBN 978-2-228-65010-6, OCLC 19276604, notice BnF no FRBNF34876907), p. 132[réf. incomplète].
  16. Philippe Druillet, Les 6 voyages de Lone Sloane, Paris, Dragon's Dream Ltd, coll. « Histoires fantastiques », (ISBN 978-2-205-00632-2, OCLC 35700394).
  17. Ardis Sillick et Michael McComrmick, Some like it not, bad review of great movies, Aurum press, Londres, 1996.[réf. incomplète].
  18. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l William Whittington, Sound Design & Science Fiction, University of Texas Press, , 280  p. (ISBN 978-0-292-79511-2, OCLC 646760682)Voir et modifier les données sur Wikidata p. 42-62
  19. Source : pages 3 et 4 du livret accompagnant le CD Alex North's 2001, où le compositeur écrit : « I worked day and night to meet the recording date, but with the stress and strain, I came down with muscle spasms and back trouble. I had to get to the recording in a ambulance, and the man who helped me with the orchestration, Henry Brandt, conducted while I was in the control room. Kubrick was present, in and out, he was pressured for time has well. »
  20. « La musique d'Alex North pour 2001, l'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick : un épisode peu connu de la composition de bandes sonores », sur www.academieroyale.be (consulté le 11 janvier 2017)
  21. Alex North's 2001, 1 CD Varese Sarabande Records.
  22. Émission BO à gogo (no 6) d’Olivier Le Borgne, diffusée par France Musique entre 4 et 7 h le .
  23. Stanley Kubrick, l'odyssée des sons (rencontre avec Didier de Cottignies qui fut le conseiller pour la musique de Kubrick et ami personnel du cinéaste depuis 1980), in Classica no 132, mai 2011, p. 40.
  24. a et b Michel Ciment, The Odyssey of Stanley Kubrick: Part 3: Toward the Infinite—2001 in Focus On the Science Fiction Film, ed. William Johnson (Englewood Cliffs, N.J.: Prentice-Hall, 1972), p. 137-138.
  25. Arthur C. Clarke, Introduction: Hal’s Legacy, in: Hal’s Legacy: 2001’s Computer As Dream and Reality, David G. Stork (Cambridge, Mass.: MIT Press, 1997).
  26. Premier enregistrement de Daisy Bell sur un IBM 7094 sur YouTube.
  27. Daisy Bell chanté par HAL 9000 sur YouTube.
  28. Classement Sight and Sound 2002.
  29. Classement AFI de 2007 sur Wikipédia (en).
  30. Classement de l'Online Film Critics Society.
  31. a et b Interview de Stanley Kubrick dans le magazine Playboy (septembre 1968), réédité dans (en) Stanley Kubrick et Gene D. Phillips (éditeur), Stanley Kubrick : interviews, Jackson, University Press of Mississippi, coll. « Conversations with filmmakers », , 207 p. (ISBN 978-1-578-06296-6 et 978-1-578-06297-3, OCLC 43845608, lire en ligne), p. 47 et 48.
  32. Interview de Stanley Kubrick dans le magazine Playboy (septembre 1968), réédité dans (en) Stanley Kubrick et Gene D. Phillips (éditeur), Stanley Kubrick : interviews, Jackson, University Press of Mississippi, coll. « Conversations with filmmakers », , 207 p. (ISBN 978-1-578-06296-6 et 978-1-578-06297-3, OCLC 43845608, lire en ligne), p. 47 et 48.
  33. Paul Duncan 2003, p. 112. Il faut toutefois préciser que, contrairement au roman, le film n'indique pas explicitement le caractère guerrier du satellite. De même, cet élément n'apparaît pas à la fin du film, alors que dans le roman, la première action de “l'enfant des étoiles” à son retour sur Terre consiste à faire exploser un satellite porteur d'une puissante charge explosive (décrite en termes vagues, mais laissant deviner qu'il s'agit d'une bombe nucléaire).
  34. « C'est cette même Plaque qu'adopteront Kubrick et Clarke cinq ans plus tard, en 1968, Plaque qui est le fondement et le moteur de 2001 : Odyssée de l'espace, et dont Kubrick fera un triomphe cinématographique. Déjà par là, nous atteignons aux grandes visions cosmiques ». Yatridès maître du temps, extraits, ouvrage d'Arthur Conte. Arthur Conte PDG de l'ORTF, ministre de l'information sous la présidence de Georges Pompidou, Georges Yatridès, maître du temps, Lumières et Espace, , 272 p. (ISBN 2-9507049-0-5), p. 170.
  35. (en-US) « 2001 A Space Odyssey », sur Yatrides-21st-century (consulté le 11 janvier 2017)
  36. « […] La Plaque apparaît dans l'espace de Yatridès […] Existe-t-il un être suprême ? Comment dans sa finitude, l'homme peut-il communiquer avec cet univers ? Peut-il l'interroger ? La Plaque, c'est la réponse à toutes ces questions et à bien d'autres. La Plaque c'est l'assurance qu'il existe un savoir absolu. La toile en est le témoignage […] » et « En 1968 […] l'Odyssée de l'espace, Kubrick en aura tiré un film célèbre […] La Plaque porteuse de vérité universelle. », Yatridès, l'anti-Picasso d'Alexandre Bourmeyster, Georges Yatridès et son siècle : L'Anti-Picasso, Lumières et Espace, , 268 p. (ISBN 2-9507049-1-3), p. 230, 239.
  37. (en) Sacha Bourmeyster, Les Icones Interstellaires, Yatrides 1960 – Kubrick 1968.
  38. « Raphaël Gabrion et le mystère des géopglyphes de Nazca », sur www.cyberarchi.com (consulté le 11 janvier 2017)
  39. (en) F. Mougeolle et R. Neumiller, Grenoble, Jacques Glénat, , 160 p. (ISBN 978-2-7234-0603-1), p. 124
  40. « Yatrides’ Adolescent and Child (1963) : It is the same slab which Kubrick and Clarke used in 1968 in "2001: a space odyssey" and in which Kubrick revealed in his cinematographic triumph. Already, through this symbol, we are attaining the great cosmic vision […] In 1985, 2010 (Odyssey 2) by Peter Hyams, follows up the Odyssey. The slab, by its physical even mystic dimensions, completely identifies with these of Yatrides the first dies of 1963 », Who’s Who in international art, International biographical art dictionary (en) Who’s Who in international art, International biographical art dictionary, Who’s who in International Art, , 480 p., p. 150.
  41. Main master guest, International Biennals 1991-1993, 72 p., p. 11
  42. Pavel Klushantsev - le blog du commissaire Anthologie du cinéma de science-fiction soviétique (1) : Pavel Klushantsev « le blog du commissaire ».
  43. Robert Ardrey (1908-1980), African genesis (1961), Les Enfants de Caïn, trad. Philippe-Vincent Huguet, Stock, 1963.
  44. (en) Arthur C. Clarke, « 2001 Diary (excerpts) », The Lost Worlds of 2001, Kubrick Site, new american library, 1972.
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  48. Arthur C. Clarke, The Lost Worlds of 2001, Signet, 1972.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Paul Duncan, Stanley Kubrick : un poète visuel 1928-1999, Köln, Taschen, (ISBN 978-3-822-81674-5).
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  • Paul Duncan, Stanley Kubrick : un poète visuel 1928-1999, Köln, Taschen, , 192 p. (ISBN 978-3-822-81674-5, OCLC 77036841)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]