Évariste Jonchère

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Évariste Jonchère né à Coulonges-les-Hérolles le 8 juillet 1892, mort à Paris le 22 février 1956, est un artiste sculpteur classique hellénistique français premier Grand prix de Rome de sculpture en 1925, décrit comme libre curieux et profondément humaniste. Son œuvre témoigne de ses multiples voyages. Les inspirations notamment asiatiques et africaines donne un sens particulier à son travail.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les prémices d'une carrière artistique : 1892-1912[modifier | modifier le code]

À Uzerche en Corrèze, Marc Jonchère et Marie-Adélaïde Resnier se marient et donnent naissance à Victor Jules Évariste Jonchère. L'enfant va baigner dans un milieu artistique entre une mère et un père passionnés par le dessin et la musique. Il sculpte d'ailleurs sa première œuvre à Uzerche à l'âge de quinze ans.

La famille Jonchère connait de graves difficultés financières et malgré l'aide du grand père d’Évariste, ils devront quitter Uzerche en 1903. La famille Jonchère s'installe à Saint-Mandé. Pour subvenir aux besoins de sa famille et aider sa mère, Évariste arrête ses études en 1906 à l'âge de quatorze ans et travaille en tant que groom. Il suit en parallèle des cours de dessin et se fait rapidement  remarquer par ses professeurs. Il entre finalement aux Beaux-Arts à l’âge de seize ans dans l'atelier d'Antonin Mercié. En 1909 son professeur l'inscrit sur la liste des élèves de l’École nationale supérieure des beaux-arts. La même année il expose pour la première fois au Salon des Artistes Français le plâtre portrait de M. Bristol.

Torse de Femme - 1929. Cette œuvre a été sculptée à la villa Médicis lors du séjour d'Evariste Jonchère à Rome quand il fut premier Grand Prix de Rome. L'original est en marbre et a la caractéristique d'être liée à son bloc de marbre brut[1]

En 1911, il quitte Saint-Mandé pour Montmartre où il découvre la « vie d'artiste » et intègre un atelier. Il expose une nouvelle fois au Salon des artistes français, le buste de M. Doering-Berthelot.

Réussir : 1914-1929 [modifier | modifier le code]

Évariste Jonchère commence son service militaire en 1912 et, part au front  dans la foulée. Il ne sculptera pas pendant plus de sept longues années. De cette époque subsistent les portraits qu'il fit de ses camarades d'infanterie. Avant de rentrer, il se marie avec sa marraine de guerre Marguerite Grilleres. Son retour à Paris est difficile. Il décide de partir, achète une propriété agricole à Lignerolles près de Mirepoix en France et devient cultivateur. Cependant, il continue de sculpter pour lui et pour les autres et reçoit plusieurs commandes en parallèle de son activité agricole. À l'époque Évariste veut obtenir le grand prix de Rome et n'en démordra pas, jusqu’à ce qu'il l'obtienne. Mais ses obligations en tant qu'agriculteur l’empêchent de concrétiser ce projet en 1919, 1921, et 1923.

En 1924 il obtient le second grand prix, qui ne lui suffit pas. Le thème du grand prix de 1925 est l'illustration des vendanges. L'artiste réussit et reçoit alors le Grand prix de Rome. En 1925 il entre donc à la Villa Médicis pour trois ans et quatre mois, durée de la bourse d’étude attribuée aux lauréats. À la villa Borghèse, il rencontre Louis Fourestier, Odette Pauvert et Alfred Adoul. Il y achèvera plusieurs sculptures dont Pasiphae et le taureau

La nouvelle vie parisienne : 1930-1932[modifier | modifier le code]

En 1930 Évariste Jonchère rentre à Paris et s'installe près de la butte Montmartre. Il donne des cours à l’École supérieure des Beaux-Arts du Havre.

Danseuse Cambodgienne- 1935

La même année, il rencontre au salon des Tuileries une certaine Lucienne Debiol, mariée depuis peu. Ils tombent amoureux. Lucienne décide de divorcer, Évariste décide d'en faire autant. En 1931, début de l'exposition coloniale internationale, Évariste reçoit un nombre impressionnant de commandes. Elles demandent un travail titanesque, qu'il partagera avec le sculpteur Baudry, rencontré aux Beaux-Arts. La même année Évariste s’intéresse à un prix décerné par la société coloniale des artistes français, dont le lauréat  recevrait une bourse de voyage de deux ans. Il s'inscrit au prix, y présente des peintures  réalisées lors de son retour de la Villa Médicis, en visitant la Grèce. Il obtient la bourse. C'est le début d'un long voyage pour lui et Lucienne. 

L'Indochine : 1932-1946  [modifier | modifier le code]

Arrivés à Hanoï, il trouvera des modèles pour plusieurs de ses sculptures. Ils quittent Hanoï et continuent leur voyage pour arriver jusqu'au Laos où ils rencontreront le roi Sri Savang Vatthana, avec lequel ils se lieront d'amitié.

Ils continuent leur voyage au Cambodge où ils rencontrent le roi Norodom Sihanouk. Ils vont ensuite à Saïgon, à Hong Kong, à Pékin, passent par la Corée  et la Mongolie. Sur le chemin du retour ils font escale à Hawaï, Los Angeles et Cuba. Tout au long de ce voyage, l'artiste ne cesse de sculpter et de peindre. Il trouve des modèles et des amis sur chacune de ses étapes et construit une très grande partie de son œuvre pendant cette période.

Tonkinoise se coiffant - 1944

En 1937, le couple Jonchère est rentré à Paris. C'est le début de l'exposition universelle. Il réalise plusieurs bas-reliefs et statues pour l'exposition. Notamment Apollon Musagète qui est sans aucun doute l'une de ses œuvres les plus reconnues. Il travaille également pour le pavillon du Cameroun, pour le pavillon Indochinois et pour celui de l'URSS.

En 1938, il est nommé de directeur de l’école des Beaux-Arts d’Indochine. Il s’investit fortement dans cette nouvelle mission et décide de développer les arts populaires d’Indochine. À Hanoï il réussi ainsi à développer l'art de la laque. Il ouvre des écoles régionales d'art appliqué au Tonkin, en Cochinchine et au Cambodge. Et il va également mettre en place une coopérative pour développer les arts populaires en Indochine. Son action au sein de l’école des Beaux-Arts crée une symbiose entre l'art occidental et ses techniques et celui de l’extrême Orient. En parallèle, il continue de répondre à des commandes et il sculpte notamment Notre Dame de France et d’Indochine.

La Seconde Guerre mondiale a de grave répercutions sur la vie que menaient Évariste et Lucienne. L'école des Beaux-Arts est bombardée et détruite. Ils échappent tous les deux in extremis à une exécution grâce au statut d'artiste d’Évariste. Et ils réussissent à s’échapper non sans peine d'Asie à bord du Joffre en 1946.

L'Afrique (1949-1954) [modifier | modifier le code]

Arrivés en France, ils décident de s’éloigner quelque temps pour cultiver les terres de Lucienne en Haute-Savoie à la Balme dans leur maison « Les Devins ». Évariste continue parallèlement la sculpture.

Ils ne reviennent que deux ans plus tard. Évariste travaille sur plusieurs projets notamment une statue à la mémoire du général Leclerc. Cette statue est accompagnée d'un bas-relief qu’il ira sculpter sur place au Cameroun.

Rentré à Paris en 1951, Évariste est nommé en 1952 le poste de Directeur de l’école Supérieure d'Artisanat d'art de Brazzaville au Congo. Il accepte et une fois encore développe l'art artisanal local, et, comme il l'avait fait dans le passé en Indochine, il met en place une coopérative pour le développement de cet art.

Le couple rentre à Paris en 1954. Évariste reçoit encore des commandes. Mais il est fatigué. Les commandes deviennent trop lourdes et l'artiste demande de l'aide pour réussir à achever son travail. Il meurt deux ans après son retour, à l’âge de 64 ans.

Le Printemps- 1948. Le Printemps est une sculpture d'Evariste Jonchere représentant une femme portant un enfant. La sculpture original est en plâtre et mesure 2,25 mètres.

Postérité[modifier | modifier le code]

La famille d’Évariste Jonchère a fait un travail important. Sa femme Lucienne a fait des donations considérables, notamment une de presque cent pièces au conservatoire d’Art et d’Histoire de Haute-Savoie[2] en échange de l’exposition permanente de ces œuvres, et également au musée des années trente de Boulogne-Billancourt.

Son petit neveu Arnaud Fontani, qui a grandi au milieu des œuvres de son grand-oncle et proche de sa veuve Lucienne, organise des expositions en l’honneur d’Évariste Jonchère et a créé avec son père Roberto Fontani, l’Association des amis d’Évariste Jonchère.

Honneurs[modifier | modifier le code]

  • 1910: Médaille de Bronze du groupe artistique de Vincennes
  • 1911: Diplôme du jury de l'exposition des Beaux-Arts
  • 1924: Second grand prix de Rome pour La mort et le bucheron
  • 1925: Premier grand prix de Rome pour Les vendanges
  • 1928: Médaille d'argent au salon des artistes français
  • 1930: Médaille d'or au salon des artistes français pour Pasiphaé et le taureau
  • 1931: Prix de la Société coloniale des artistes français
  • 1946: Prix Arthur Leduc de la meilleure sculpture de l'année pour la sculpture du Général Leclerc
  • 1951: Grand prix de l'Afrique équatoriale française
  • 1952: Prix Arthur Leduc pour la Résistance Tarentaise

Le Prix Évariste Jonchère est décerné par l'association des artistes Taylor à des statuaires figuratifs[3] .

« Ce que j’ai admiré en Évariste Jonchère, c’est la façon dont il supportait les déceptions que la vie ne lui a pas ménagées et ce qu’il avait à endurer de la stupidité et de la malveillance des hommes. Combien il se montrait grand dans des situations où le commun des mortels nous apparaît dans sa petitesse. » Albert Schweitzer[4]

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • La nuit, 1907
  • M. Bristol, 1909
  • M. Marc Jonchère, 1909
  • Daphnis et Chloé, 1912
  • M.  Doering Berthelot, 1912
  • Eve après le péché, 1913
  • Mme  Marguerite Grilleres, 1921
  • Enfant au dindon, 1921
  • Monument aux morts de Blevèze, 1902-1921
  • La mort et le bucheron, 1924
  • Les Vendanges, 1925
  • Alfred Adoul, 1926
  • Odette Pauvert
  • Louis Forestier
  • Monument au Dixmude, 1935-1926
  • Eliezer et Rebecca, 1927
  • Adela Carlucci, 1928
  • Femme à la colombe, 1928
  • Adolescente à la fleur, 1928
  • Tête d'Atalante
  • Torse de femme, 1929
  • L'enfance d'Adonis, 1929
  • Pasiphae et le Taureau, 1929
  • Mme  Dufourcq-Lagelouze, 1930
  • Général Messimy, 1931
  • Mme  Marc Jonchère, 1930
  • L'Amérique et L'Océanie, 1931
  • La France donne aux colonies, 1931
  • La France reçoit des colonies, 1931
  • Bas-Reliefs pour le pavillon de l'A.O.F, 1931
  • Soldat tirailleur, 1931
  • D'Al-Al, 1931
  • Habib Benglia, 1932
  • M. Viallatoux, 1931
  • Mme Evariste Jonchère Debiol, 1932
  • L'éducation d'Hippolyte, 1932
  • L'Amour et Vénus endormie, 1931-1932
  • Saint Pierre, 1932
  • Euterpe, 1932
  • M.SYLVAIN, 1932
  • Georges Groslier, 1932-1935
  • "Kilomètre 83", 1933
  • Thi-Haï, 1933
  • Congaïe indochinoise, 1933
  • Fleuve rouge, 1933
  • Chinois fumeur d'opium, 1933-1935
  • Danseuse cambodgienne, 1933-1935
  • Jean-Pierre Martin, 1934
  • Sri Savang Vathana, roi du Laos, 1935
  • Princesse cambodgienne, 1935
  • Jeune laotienne, 1935
  • Porteuse d'offrande laotienne
  • Femme méo, 1935
  • Jeune chasseur moï, 1935
  • Moï bandant son arc, 1935
  • Guerrier Méo, 1935
  • Jeune chasseur moï, 1935
  • Réveil de bébé moï, 1934-1936
  • Louis Rollin, 1936
  • Maurice Rollin, 1936
  • Apollon musagète, 1936-1937
  • Homme et singe, 1937
  • Bas relief pour le pavillon russe, 1937
  • Bouddha chinois, 1937
  • Bouddha laotien, 1937
  • Taureau et Toréador, 1937
  • Monument à la gloire de l'infanterie Française, 1937
  • Le gouverneur Général Brévié Congaïe couture, 1940
  • Congaïe indochinoise, 1940
  • Paysanne Tonkinoise, 1941
  • Mlle Lemaire, 1941
  • Alma Mater, 1942
  • Mme Descours, 1942
  • Mme Guillanton, vers 1943
  • Vierge à l'enfant, 1943
  • Notre-Dame de France et d'Indochine, 1944
  • Tête de vierge, 1944
  • Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, 1944
  • Tonkinoise se coiffant, 1944
  • Jeune femme vietnamienne, Torse, 1944
  • Yersin, 1944
  • Allégorie de l'État Français, 1944
  • Pax, 1944
  • Mme Parent, Hanoï, 1945
  • Centaure enlevant une femme, 1947
  • Printemps, 1948
  • Tête d'enfant, 1948
  • Monument à la résistance Tarentaise, 1948
  • Arnaud de Villeneuve, 1949
  • Saint Cosme et Saint Damien, 1949
  • Métisse Sino-Bretonne, 1949
  • Monument au Général Leclerc, 1949
  • Monuments aux anciens combattants de Dakar, 1950
  • Danseuse Africaine, 1950
  • M. Pennahoat, 1950
  • Rythme Africain, 1950
  • Jeunes femmes surprises au bain, vers 1950
  • La Danse, 1950
  • La Musique, 1950
  • Marchande de poisson sénégalaise, 1952
  • Sirène noire, 1952
  • Sirène Africaine, 1952
  • Salut d'une mauritanienne au lever du soleil, 1952
  • Mécanicien africain, 1952
  • Femme de Bouar, 1953
  • Monseigneur Bessieux, 1954
  • Pasteur, 1954
  • Rabelais, 1954
  • Moogly et Baghera, 1955
  • La Comédie, 1955
  • La Musique, 1955
  • Medica Gallia Africae, 1954-1956
  • Monument à Felix Eboué, 1956

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gain 1991, p. 25
  2. http://ccfr.bnf.fr/portailccfr/jsp/ccfr/sitemap/institution_sitemap_view.jsp?record=rnbcd:INSTITUTION:13762&success=/jsp/ccfr/sitemap/institution_sitemap_view.jsp&profile=anonymous
  3. « Taylor : association des artistes », sur www.taylor.fr (consulté le 25 juin 2015)
  4. Gain 1991, p. 11

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Roger Gain, Évariste Jonchère, Adam Biro,‎ (ISBN 978-2876601291)

Liens externes[modifier | modifier le code]