Évangélisme

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Modèle:Évangélisme L’évangélisme, ou protestantisme évangélique, est aujourd'hui le courant dominant du protestantisme en terme quantitatif. Il en représente son orientation 'conservatrice'. Il arrive fréquemment que l'on s'y réfère par d'autres noms, comme christianisme évangélique. Cet ensemble réunit des confessions du christianisme dans diverses Églises protestantes qui ont essentiellement en commun l'importance cruciale qu'elles accordent primo à la conversion personnelle, relevant d'un choix personnel, suite à l'expérience religieuse (la rencontre avec le Christ) et impliquant un changement radical de vie (« s'engager pour Jésus »), et secundo à une relation individuelle avec Dieu s'articulant très fortement autour de la lecture – généralement normative – de la Bible.

Le terme « évangélique », au départ simple adjectif découlant du terme « Évangile » (voyez la page d'homonymie), a été périodiquement appliqué à des groupes chrétiens, essentiellement protestants dès la Réforme, afin d'identifier ces groupes comme se voulant « évangéliques » (evangelisch) en les différenciant d'autres qui, du point de vue de ces premiers, le seraient un peu moins.

À partir de la fin du XVIIIe, ce terme (evangelical) commença à être utilisé dans le monde anglo-saxon pour désigner des groupements, internes au protestantisme cette fois, qui se distinguaient principalement tour à tour par leur piété, leur attachement à un réveil religieux ou à l'orthodoxie. C'est ce sens anglo-saxon qui s'est imposé en francophonie dans la seconde moité du XXe siècle (en France, vers la fin des années 1960). Le terme « évangélisme » désigne précisément cette tendance.

Aujourd'hui, le terme désigne de façon générique tous les groupes au sein des confessions protestantes (luthéranisme, presbytérianisme, anglicanisme, calvinisme, etc., et même, à la limite, certains catholiques) qui donnent une place importante ou prépondérante à la conversion personnelle, à la lecture de la Bible, et à l'engagement militant[1]. D'autres groupes peuvent se rapprocher théologiquement ou sociologiquement (c'est le cas de certains catholiques) de cette tendance sans pour autant être évangéliques au sens strict.

D'un point de vue socio-historique, il apparaît que l'évangélisme peut être également défini par deux critères principaux : le revivalisme (qui englobe les conceptions sur l'importance de la conversion individuelle en tant qu'appropriation personnelle du salut) et la prétention à l'orthodoxie (autorité de la Bible et de sa pleine inspiration et défense subséquente des « vérités chrétiennes »).[2]


Désambiguïsation

Ce sens anglo-saxon est le plus souvent évoqué dans les expressions comme « christianisme évangélique[3] » ou « (les) évangéliques ». Pourtant, la prétention à être évangélique déborde le cadre des communautés spécifiquement dénommées comme telles, de sorte que, plus largement, « évangélique » peut, et à certains égards devrait, être compris comme une manière de dire et de vivre la foi qui traverse des dénominations diverses[4]. À ce titre, on considérera par souci de clarté que la distinction est à opérer entre « Églises de professants » d'un côté (qui sont des Églises évangéliques au sens strict), et, au-delà des cercles strictement évangéliques, une tendance évangélique plus large dans le protestantisme (avec des Églises individuelles ou des Églises établies étant, de ce fait, de tendance évangélique).

Beaucoup d'amalgames sont cependant dus à la polysémie du terme et à la confusion engendrée par son utilisation dans des circonstances qui ne se recoupent jamais totalement. L'évangélisme est à ne pas confondre avec

  • le conservatisme protestant, qui est une tendance s'attachant à l'importance d'une compréhension plus traditionnelle des points focaux du christianisme (principalement sur le Christ et sa personne). Il n'en reste pas moins que le conservatisme sur des questions doctrinales, en même temps que le progressisme sur des questions rituelles ou de théologie pratique par exemple, a souvent influencé l'évolution du mouvement évangélique en Europe, et plus tardivement (années 1920 et 1930) aux États-Unis ;
  • le fondamentalisme protestant, qui est un courant théologique particulier du protestantisme évangélique, ici marqué en particulier par le littéralisme biblique et la protestation, mais que l'on retrouve dans d'autres confessions chrétiennes ainsi que dans d'autres religions ;
  • l'évangélisation - Il y a parfois confusion entre « évangélistes » (qui fait référence à l'évangélisation) et « évangéliques ».

La série d'articles sur l'évangélisme concerne au premier chef les Églises de professants, « noyau évangélique, séparé des Églises établies »[5]. On ne saurait pourtant passer sous silence les rattachements immanquables qui existent entre les Églises de professants et les autres Églises de tendance évangélique mais n'étant pas dénommées comme telles, tout particulièrement au sein des Églises établies. On traitera donc aussi de ces dernières, sans donc manquer de parler de la plus large tendance évangélique.


Églises évangéliques – Approche ecclésiologique

Henrik Lindell, journaliste français, écrivait en juin 2006 dans les colonnes du magazine catholique Témoignage chrétien :

« Les évangéliques sont difficiles à cerner comme groupe distinct. Comme chez les cathos, on y retrouve des communautés progressistes et conservatrices. Au sein du protestantisme, dont ils forment un des principaux courants, ils sont connus pour leur relative orthodoxie biblique, leur insistance sur la conversion personnelle, le sens de la communauté professante et leur méfiance à l'égard des grandes structures. À l'échelle de la planète, il existe plusieurs centaines de millions d'évangéliques, particulièrement en Amérique, en Afrique et en Asie du Sud-Ouest. En Europe, ils s'imposent de plus en plus face aux Églises historiques. En France, selon un sondage de l'institut CSA pour Réforme et La Croix il y a six mois, environ un quart des protestants (4% de la population) se dit proche des évangéliques. Ils seraient aussi nombreux que les réformés. Les jeunes Français (18-24 ans) se sentent plus proches des évangéliques […] que des luthériens et réformés réunis. »

— Henrik Lindell, « Les oubliés du 20 heures. Les évangéliques au-delà des clichés », Témoignage chrétien, no 3208 du 8 juin 2006, page 9

L'ensemble des Églises évangéliques toutes confondues représente aujourd'hui autour de 500 millions de personnes dans le monde, les plaçant au deuxième rang parmi les religions issues du christianisme, après le catholicisme romain. La foi évangélique serait la religion qui progresse le plus au monde. Le monde évangélique d'aujourd'hui est une véritable mosaïque. Il y règne une immense diversité, allant de gens extrêmement ouverts sur le plan théologique et œcuménique, à d'autres extrêmement fermés sur ces plans-là, mais entre les deux, il y a place pour la variété. Et variété il y a aussi dans l'organisation : épiscopalienne (sous l'autorité d'un seul, l'évêque), presbytérienne (autorité du conseil des anciens) ou congrégationaliste (autorité de l'ensemble des membres de l'assemblée).

Bien qu'il y ait certains points que presque chaque dénomination évangélique partage avec d'autres (Églises de professants, points principaux de la profession de foi…), ces Églises se caractérisent donc par une très grande diversité, tant dans l'organisation que dans les dogmes de foi, que dans le rapport à la Bible, aux questions sociales ou à l'œcuménisme.

Approche historique

En Europe, la naissance des Églises évangéliques se situe à partir du XVIIIe siècle et est issue des Églises protestantes traditionnelles (anglicane, réformée, luthérienne). On ne peut pas attribuer leur naissance à un seul évènement en particulier, mais la Réforme radicale, les guerres du XVIè siècle, la prise de parti de Luther en faveur de la noblesse allemande y ont leur part.

On peut citer les noms importants de penseurs anglo-américains John Wesley, Charles Spurgeon, Smith Wigglesworth qui sont considérés comme des fondateurs de la foi évangélique.

Approche théologique

Profession de foi : un héritage précieux

C'est un constat incontournable : parmi les chrétiens, et même parmi les protestants, les évangéliques se distinguent particulièrement par leur piété et la place qu'ils accordent à la pratique de leur religion. Cela est tellement vrai que les sociologues les plus remarqués n'ont pas vraiment pu donner d'autre distinction de l'identité évangélique que dans ce que les évangéliques croient.

Ainsi n'est-il pas injuste de mentionner à quel point ce que l'on peut appeler la « théologie évangélique » s'appuie d'abord sur une profession de foi, singulièrement porteuse d'identification, étant donné que c'est cette importance cruciale de la profession de foi elle-même qui permet certaines particularités socioreligieuses évangéliques telles l'interdénominationalisme, l'œcuménisme des convertis, et la pensée globaliste.

La profession de foi[6] évangélique, ou l'expression des points de foi dans lesquels tous les évangéliques se retrouvent et qui fondent la théologie évangélique, se construit sur

  1. le biblicisme : considérations sur la centralité de la Bible et l'approche que l'on en a (étude, interprétation), appelée bibliologie ;
  2. une christologie conservatrice : qui inclut la naissance virginale du Christ et le principe de l'Incarnation, la réalité et l'historicité de ses miracles et surtout de sa résurrection, des considérations variables sur la relation entre les récits de l'Évangile et la réalité de la vie de Jésus ;
  3. la doctrine du sacrifice subrogatoire de Christ : « Attaché à la Croix pour moi / Il a pris mon péché, il m'a délivré »[7]
  4. le conversionnisme : « reconnaître » l'œuvre du Christ par repentance, et faire la démarche d'un choix personnel pour « recevoir » le « don » du salut inaliénable correspond à une nouvelle naissance (ou régénération en langage théologique), indissociable de la qualité de chrétien.

On ne peut poursuivre sans y ajouter d'autres éléments d'expression de la foi chrétienne traditionnelle et de la Réforme protestante, moins particuliers aux évangéliques :

En sociologie des religions, ces points de foi se traduisent par des attitudes sociologiques qui permettent d'identifier un comportement sociologiquement évangélique. Article détaillé : Sociologie des mouvements évangéliques.

Melting pot d’orientations théologiques

Toutes les tendances évangéliques confondues, qu'elles relèvent des Églises de professants ou d'autres dénominations, se retrouvent dans les grands traits de ce que l'on peut qualifier de théologie évangélique. En fait, il n'y a pas d'autorité évangélique statuant sur la doctrine ; c'est un trait typique du protestantisme. On ne peut pas désigner de référence unique pour la théologie évangélique, bien que certaines Églises décident collégialement pour leurs communautés des orientations doctrinales dont l'application peut parfois aller jusqu'à être très rigoriste, voire inflexible (sortant par là même de la libre-pensée que l'on reconnaît comme un fondement de la pensée protestante).

C'est différemment qu'il faut dire que les tendances évangéliques retrouvent dans leur théologie une dose variable des grands courants du protestantisme. Il en résulte que l'observateur aguerri reconnaîtra dans la théologie évangélique la patte

des courants auxquels chaque dénomination peut puiser variablement, en les articulant la plupart du temps avec les théologies principales qui fondent leur dénomination (calvinisme, méthodisme, luthéranisme, baptisme, pentecôtisme).

Doctrinalisme et rigorisme

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, les protestants éprouvent de plus en plus de difficulté à réfléchir en termes de doctrine quand il est question des croyances principales. La question se pose avec plus d'acuité pour les évangéliques qui, par la tradition d'attachement aux expressions traditionnelles de la foi chrétienne, la peur des hérésies et l'autorité conférée à la Bible, ont constitué un corps de croyances considérées comme essentielles. C'est ainsi que chez les plus fondamentalistes, certains points de doctrine se révèlent plus proches de dogmes (dans la conception catholique qu'il faut en avoir) lorsque leur compréhension et leur interprétation est faite de façon rigoriste. C'est dans ces courants que la frontière entre théologie, doctrine et dogme est la plus mince et la plus confuse.

Sans renier le caractère essentiel de la profession de foi évangélique, d'autres courants évangéliques plus sensibles au progressisme ont périodiquement révélé leur ouverture à des réflexions plus critiques sur les « vérités chrétiennes », dans une démarche de défense de ces vérités (insistance sur la « doctrine sensée », sound doctrine). La montée en force de ce courant – désormais majoritaire – de l'évangélisme a commencé à se faire voir en particulier aux États-Unis (bien que ce courant existait en Europe, plus silencieusement, mais depuis plus longtemps) à partir des années 1920–1930. C'est en ce temps-là qu'un divorce marqué a été consommé entre évangéliques fondamentalistes et les dénommés « néo-évangélicalistes », que l'on nommera plus commodément évangéliques modérés. Dans les années 1960–1970, les premières générations formées aux États-Unis[10] à cette approche critique, interpellées par la sécularisation de la société américaine et par les mouvements de contre-culture, ont lancé un renouveau de l'apologétique chrétienne (une apologétique désormais enrichie de la démarche scientifique), dans un mouvement tendant à imposer la notion de doctrine comme croyance véritable et rationnelle, à laquelle on adhère par raisonnement et conviction plutôt que par foi aveugle.

Une mouvance chrétienne plurielle

La diversité de ces mouvements est à attribuer à une caractéristique même d’un des piliers du protestantisme, la Sola Scriptura (« l’Écriture seule »), établissant la Bible comme l’autorité suprême en matière de foi (à l’exclusion de la Tradition, en rupture avec le catholicisme romain) et l’ultime fondement de celle-ci, associé à un choix délibéré pour le libre examen : le croyant est appelé à lire la Bible pour lui-même et à forger son avis sur base de sa propre critique et des éclairages des spécialistes. C’est donc à partir d’interprétations divergentes de certains points particuliers des écrits bibliques (du canon protestant), ou alors d’emphase sur certains points non doctrinaux qui peuvent être ou ne pas être disputés, que des écoles différentes se sont constituées en Églises, appelées dénominations.

Les « dénominations »

À ce jour, les principales dénominations évangéliques sont :

Baptistes

Mennonites ou Anabaptistes

Voir aussi : Amish, Hutterite, Doukhobors, Brethren

Mouvement fondé par des chrétiens réformés de l’Europe occidentale (Suisse, France, Belgique, Pays-Bas) au XVIe siècle ; figure de proue : le réformateur néerlandais Menno Simons à qui l’on doit le titre de cette dénomination. Strictement non violents, les mennonites furent dès leur apparition les partisans d’une radicale séparation entre l’ordre religieux et l’ordre politique, préférant se tourner vers le pacifisme et l’action sociale, selon la conception de l'Évangile enseignant qu'un chrétien doit porter du fruit. En même temps, ils conçoivent que le baptême ne peut être reçu qu'après demande, par un adulte consentant, chose inacceptable pour pratiquement tous à l’époque ; ils n'hésitent donc pas à prôner le re-baptême des adultes (d’où leur autre nom d’anabaptistes, littéralement « re-baptiseurs »). Cette attitude radicale leur valut de vifs désaccords des autres mouvements protestants (principalement luthériens et calvinistes), conjugués aux hostilités des catholiques, qui les cantonna dans une pratique secrète de leur foi, et poussa un bon nombre d’entre eux à s’exiler en Amérique du Nord. Les mennonites aujourd’hui représentent une branche assez réduite du protestantisme (1 million d'adhérents), quoique leur vif engagement pour l’action sociale et l’'apolitisme s’est traduit en associations et en réflexion sur les grandes questions dans la société moderne.

Adventistes du septième jour (ou simplement « adventistes »)

Mouvement issu de la prédication de l'Américain William Miller (1782-1849), fortement orientée vers l’eschatologie chrétienne, prêchant notamment le retour en gloire du Christ sur terre (en latin Secundum Adventum Christi, d'où le nom d'adventistes). Il connut un certain succès puisque 50 000 millerites sont acquis à sa cause en moins de quinze ans. Sur la base de calculs à partir de la Bible (surtout le livre prophétique de Daniel), il avança que le Second Avènement (ou Seconde Venue) du Christ devait se dérouler en 1844, cet événement étant effectivement annoncé dans la Bible mais sans datation explicite.

L’histoire lui ayant donné tort, la grande déception donna un coup sévère à la popularité du millerisme. Ellen White (1827-1915) jouera un rôle important, sinon déterminant, dans la re-popularisation du mouvement en mettant l’accent sur les erreurs d’interprétation de Miller et surtout l’attachement au respect du jour du samedi (septième jour de la semaine juive) en tant que jour du repos plutôt que le dimanche). D’aucuns, dans le milieu protestant, ont considéré l’adventisme comme une secte.

Les principaux désaccords doctrinaux avec les autres mouvements évangéliques concernaient :

  • l'autorité que donnent les fidèles à Ellen White qui la considèrent comme une prophétesse,
  • ses prises de position doctrinales sur le sabbat,
  • la rigueur des codes vestimentaires et de mode de vie (interdiction formelle de la consommation du tabac et de boissons alcoolisées),
  • la tendance au légalisme (ici, un attachement réputé erroné et trop grand à la Loi juive, ou Torah).

On a pourtant observé dans cette mouvance une tendance au rapprochement vers le christianisme protestant. De son côté, le reste du protestantisme a au cours des dernières décennies de plus en plus rejoint l'avis des adventistes sur l'imminence de la Seconde Venue du Christ, annonçant selon la Bible la fin des temps et le Jugement. Les adventistes ont abandonné certaines positions qui faisaient l'objet de reproches comme l'excès de leadership et de direction. Néanmoins, leur position n’a pas vraiment changé concernant le sabbat, les codes vestimentaires ou la consommation de l’alcool, par exemple. Il s’ensuit que les adventistes sont probablement les protestants qui ont le plus de désaccords doctrinaux avec le reste des évangéliques, si bien que leur classification parmi les évangéliques ne va pas toujours de soi. Néanmoins, c’est aux adventistes que l’on doit une partie importante de la littérature et de la pensée eschatologique chrétienne contemporaine, et une emphase plus forte sur l’héritage judaïque du christianisme et des doctrines chrétiennes.

Méthodistes

Fondé par le prédicateur anglais John Wesley (1703-1791), qui n’avait pas pour visée de créer une nouvelle Église, en Angleterre et dans les colonies américaines. John Wesley est souvent considéré comme l’un des pionniers du christianisme évangélique (bien que ce dernier ne portait pas encore de nom à l’époque). L’apparition du méthodisme et la conception de Wesley sont, en effet, caractéristiques de traits principaux du christianisme évangélique : l’importance de la conversion personnelle, de la vie et du témoignage de foi, de l’étude de la Bible, de la musique pour la louange et l’adoration et de l’engagement social d'inspiration christique, et surtout de l’« annonciation » (ou : prédication) de l’Évangile chrétien, ou évangélisation.

Il convient de noter l'influence actuelle du méthodisme sur les « Églises historiques » et sa proximité avec, notamment, les Églises anglicanes ou réformées.

Pentecôtistes

Existant sous une forme classique depuis le début du XXe siècle, c'est aujourd'hui l’une des deux mouvances principales répandues par le Renouveau charismatique initié dans les années 1950, avec le plus de succès dans les communautés afro-américaines des États-Unis, mais mondialement généralisé et touchant même 60 millions de catholiques. C'est Douglas Scott et son épouse, missionnaires anglais, qui ont fait connaître le pentecôtisme en France dans une communauté baptiste au Havre à partir du 1er janvier 1930.
Le pentecôtisme met l’emphase sur le Saint Esprit (considéré comme manifestation spirituelle et continue de Dieu dans l’histoire humaine et dans les histoires des vies humaines) et ses dons, tels que présentés dans le Nouveau Testament, surtout les écrits pauliniens et les Actes des Apôtres (glossolalie, guérisons miraculeuses, et même résurrections font partie de ces dons). Il s'attache, dans le cadre protestant – et encore plus depuis un mouvement appelé « troisième vague » né aux États-Unis dans les années 1980 – à un retour le plus conforme possible à l'Église primitive décrite dans ces livres. Dans la pratique religieuse, il se distingue fort du protestantisme traditionnel par un culte dynamique, très émotionnel et charismatique, versant souvent à l’exaltation et à l’extase, voire à la transe. Le pentecôtisme a essuyé de nombreuses critiques à ses débuts, principalement issues des rangs piétistes et baptistes parmi les évangéliques, qui le considéraient alors comme une déformation de la spiritualité chrétienne. Certains courants d'inspiration pentecôtiste sont considérés comme sectaires par l'Eglise Catholique, même si aucun d'entre eux n'est considéré comme tel par les diverses communautés pentecôtistes, ni par la Communauté Pentecôtiste Mondiale (World Pentecostal Fellowship).

Juifs messianiques

Le judaïsme messianique est un ensemble hétéroclite de mouvements religieux combinant une théologie chrétienne avec une pratique religieuse juive, en clair des Juifs affirmant la messianité de Yechoua (Jésus). Ces mouvements peuvent comporter aussi bien des membres en majorité Juifs que des membres en majorité chrétiens. Le groupe le plus connu, quoique pas le plus important en nombre, est le très controversé Jews for Jesus. Ses buts affichés sont d'éduquer les chrétiens évangéliques sur les origines juives de leur foi, et de convertir les Juifs au christianisme.

Quoique beaucoup de Juifs messianiques soient ethniquement, et halakhiquement, Juifs (c'est-à-dire pourraient être considérés comme Juifs même selon les standards orthodoxes), le judaïsme messianique n'est pas reconnu comme légitime par quelque organisation juive que ce soit, y compris les Juifs réformés, à part deux voix dissidentes et marginales de provenance réformée ou reconstructionniste, à savoir la Rabbanit Carol Harris-Shapiro et le Rav réformé Dan Cohn-Sherbok.

Les Juifs messianiques se reconnaissent généralement pour chrétiens, tout en soulignant l'importance de leur identité juive qu'ils tiennent à conserver, ainsi que certaines de leur traditions, pour autant qu'elles soient en accord avec l'Evangile.

La plupart des communautés messianiques sont regroupées au sein de l'IMJA (International Messianic Jewish Alliance), dont le siège est aux États-Unis. La branche française de l'IMJA est l’AFJM (Alliance Francophone des Juifs Messianiques).

Avant 1939, le nombre de juifs messianiques était estimé à 100 000. Après la guerre et l'Holocauste, des communautés se reconstituèrent notamment aux États-Unis. Aujourd'hui ils seraient 500 000, principalement sur le continent américain.

Églises du Réveil

Le pentecôtisme a donné lieu à la naissance de ce qu’on appelle les Églises du Réveil, un ensemble lui-même éclaté réunissant une variété d'unions d'Églises et d'institutions d'enseignement. Il connaît aujourd’hui une grande expansion en Amérique du Sud (surtout au Brésil) et en Afrique subsaharienne.

Églises Libres et indépendates ou évangéliques charismatiques

Les Eglises Libres, dont les membres se disent "libristes", sont une branche dissidente de l'Eglise Réformée de France: en 1849 l'état décide de rémunérer les pasteurs en maintenant le Concordat de Napoléon, les privant ainsi de toute autonomie vis-à-vis du pouvoir. Les églises de la Réforme qui refusent cette tutelle font discidence et, en se regroupant avec d'autres églises protestantes indépendantes issues du réveil, créent "l'Union des Eglises Evangéliques Libres" dans le sens "indépendantes de l'état" et "fidèles à l'Evangile" par opposition au courant libéral non confessionnel qui traversait l'Eglise Réformée à cette époque. Depuis, les choses ont bien changé et l'Union des Eglises Evangéliques Libres (UEEL) a rejoint la Fédération Protestante de France (FPF) mais pas l' Eglise Réformée de France (ERF). A titre d'exemple, Claude BATY, l'actuel président de la FPF (2008), est un pasteur issu de l'UEEL.

Il existe par ailleurs une mouvance d'églises évangéliques indépendantes, dites "églises de frères", où il n'y a souvent pas de pasteur en titre (plusieurs membres expérimentés, appelés "anciens", mènent la vie de l'église) et donc pas de synode, il n'y a pas de liturgie ou bien elle est très allégée et flexible, elles ont une prédilection pour les méthodes les plus modernes d'exercice du culte et d'évangélisation, certaines ont une tendance charismatique. À défaut d’étiquette claire, ce sont souvent leurs membres qui se déclareront plus directement « évangéliques », comme un catholique se déclarerait chrétien. Beaucoup de ces églises se sont regroupées en créant l'Union des Eglises Evangéliques de Frères (UEEF) afin de s'intégrer à la Fédération Protestante de France et ne pas être confondues avec les sectes.

Le monde protestant et évangélique est donc très divers, à l'image des membres de la Fédération Protestante de France, même si beaucoup d'églises évangéliques indépendantes n'y sont pas rattachées par souci de conserver leur totale indépendance.


L'Unité dans la foi

Les diversités qui se répercutent en termes sociaux, culturels, politiques, ethniques et linguistiques autant que dénominationnels ne posent aux évangéliques, paradoxalement peut-être, aucun problème d'ordre doctrinal. C'est une conséquence directe d'un autre pilier du protestantisme, celui de la Sola fide (« la foi seule ») selon lequel, pour le dire simplement, peu importe la dénomination d'une personne, c'est sa foi seule et non ses actions qui sont vues par Dieu comme critère pour trouver faveur à ses yeux, et en fin de compte pour son salut ou non. Les évangéliques sont, il semble, les moins frileux à admettre que les membres de leur Église ou de leur dénomination ne seront pas nécessairement tous sauvés lors du Jour du Jugement. Aussi préfèrent-ils, sans distinction de dénominations (et quand bien même le catholicisme romain n'est vu par eux que comme une autre dénomination), parler de l'Église (tout court) aussi appelée Église universelle à la suite du Symbole des apôtres (« Je crois en . . . la Sainte Église universelle . . . »), qui est à comprendre comme l'ensemble des « vrais » croyants en Christ, sauvés par leur foi.

Depuis un quart de siècle, on observe dans les groupes protestants à caractère évangélique une tendance au rapprochement entre les différentes dénominations. Une politique volontariste pour l’ouverture à tous, la minimisation des différences et la fuite du « dénominationalisme », en plus du fait du manque de distinction du christianisme évangélique en général, l’amène déjà depuis longtemps aussi à une tendance à l’uniformisation sur base de ce qui les unit tous : l’attachement à l’Écriture biblique en tant que fondement de leur foi.

La fuite de l’étiquette et de la catégorisation trop rapide les pousse à développer des comportements ecclésiastiques interdénominationnels. Ainsi, les chrétiens d’obédience évangélique auront une forte tendance à se nommer simplement « chrétiens », à avoir des pratiques ou activités similaires en dehors du simple culte hebdomadaire institué, et à développer un langage dont les fondements bibliques (afin d’éviter les particularismes et la labellisation) amènent souvent certains à le qualifier de « patois de Canaan ». En guise d'exemples : dans ce « patois », se convertir est plus valablement remplacé par l’expression « rencontrer Jésus » ou « accepter Christ », pratiquer sa foi sera plutôt appelé « vivre en Christ », l’engagement à la repentance est volontiers désigné par l’expression « mourir au péché »…

Cette tendance occasionne souvent une difficulté de communiquer de façon compréhensible l’Évangile de manière directe aux non-convertis au christianisme évangélique (que le jargon évangélique anglo-américain appelle les unchurched ; comprenez ceux qui ne font pas (encore) partie de l'Église (universelle, sans considération de dénominations)). L’avantage qu’il faut y attribuer, pourtant, est que cette tendance force les évangélisateurs (c’est-à-dire, idéalement dans le christianisme évangélique, tous les croyants) à chercher une façon de communiquer l’Évangile de façon plus compréhensible dans le monde développé actuel, et par des moyens plus en phase avec le cadre sociologique de l’endroit d’évangélisation. C’est probablement l’un des éléments d’explication du succès de la foi chrétienne évangélique aujourd’hui.

Problèmes en Amérique Latine

En Amérique Latine, les sectes chrétiennes évangéliques on été accusées d'être des outils de l'impérialisme américain. Il est de notoriété publique que le gouvernement américain finance ces sectes afin qu'elles s'installent en Amérique Latine et freinent l'expansion, notamment de la théologie de la libération, qui est elle originaire de l'Amérique Latine. Elle est donc une création de l'opprimé pour se libérer de l'oppresseur, comme le dirait si bien Paolo Freire, tandis que les sectes chrétiennes évangéliques sont l'inverse. N'oublions pas que l'éducateur brésilien disait aussi que l'opresseur ne pourrait jamais libérer réellement l'opprimé, il ne pouvait que démontrer de la fausse générosité pour renforcer son statut d'oppresseur. À la lumière de cela, les buts des États-Unis en faisant la promotion des sectes évangéliques deviennent clairs. L'action des groupes comme Vision Mondiale, devient aussi révélatrice.

Pour Tomas Bamat, dans son livre Salvacion o Dominacion? (Salut ou domination?), les messages idéologiques des évangélistes sont les suivants:

  • inculquer et renforcer l'individualisme (n'oublions pas qu'un des principes des sectes chrétiennes évangéliques est la relation personnelle avec Dieu et le salut personnel, ce qui est très éloigné des conceptions traditionnelles autochtones). Par la même occasion, mettre de côté toute idée d'organisation et de solidarité sociale.
  • Promouvoir la soumission et la passivité envers la lutte pour les droits du peuple ou l'action politique.
  • Renforcer l'idée du "travailleur modèle"
  • Idéaliser les appareils politiques établis
  • Dénigrer les cultures autochtones
  • Introduire une morale rigide et puritaine
  • Promouvoir l'intégration des autochtones à la dite "société nationale", c'est à dire les intégrer au marché en tant que travailleurs domestiques et consommateurs avides.
  • Présenter une image des États-Unis comme la société la plus parfaite et le produit du peuple choisi par Dieu.


Notes et références

  1. Ces critères sont dus au sociologue britannique David Bebbington. Il ajoute à ceux-ci le caractère central de la Crucifixion de Jésus de Nazareth, (appelé crucicentrisme), thème rémanant dans les prédications évangéliques, et vue comme point tournant de l'histoire de l'humanité. C'est néanmoins le critère le moins souvent retenu, peut-être parce que moins opérationalisable.
  2. Cf. Jean Baubérot, 2002, « Protestantisme », dans Encyclopædia Universalis. Paris : Encyclopædia Universalis, vol. 18, p. 1045, col. I.
  3. Il est nécessaire de mentionner que certaines Églises évangéliques préfèrent se distancer de leur identité protestante. C'est le cas des évangéliques qui se qualifient eux-mêmes de « non dénominationnels », ou de certaines Églises pentecôtistes.
  4. Il reste que dans ce cas, la variété devient tellement grande que le terme lui-même risque d'en perdre de sa signification. D'où la vision, plus commode, de l’évangélisme comme un phénomène social religieux particulier d'un côté, ce dont nous traitons ici, et de l'autre côté du fait d'être évangélique comme un caractère théologique variablement observé dans des Églises protestantes, voire catholiques. On peut consulter à cet égard l'avis du sociologue français Sébastien Fath qui privilégie la conception plus restreinte.
  5. Sébastien Fath selon Religioscope, « À propos de l'évangélisme et des Églises évangéliques en France – Entretien avec Sébastien Fath », en ligne le 3 mars 2002.
  6. À titre d'exemple, on se réfèrera utilement à la Déclaration de Foi des Églises évangéliques de France, traduction de la Statement of Faith de (en) l'Alliance évangélique mondiale
  7. Cantique (hymne) classique « Quel Sauveur merveilleux je possède » par le compositeur baptiste F. A. Graves (titre anglais de 1906 : « What a wonderful, wonderful Savior »).
  8. Mokhtar Ben Barka, 1998, Les Nouveaux rédempteurs : Le fondamentalisme protestant aux États-Unis. Paris, Atelier-Labor et Fides, [réf. nécessaire].
  9. Lire notamment « Église (institution) », Wikipédia, l'encyclopédie libre, http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=%C3%89glise_%28institution%29&oldid=9245703 (Page consultée le août 13 2006)
  10. Et, certes, plus secondairement au Royaume-Uni, en Australie et en Nouvelle-Zélande… mais également en France.[réf. nécessaire]

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