Évaluation des mains au bridge

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L'Évaluation des mains au Bridge décrit l'ensemble des techniques utilisées par les joueurs pour exercer leur jugement lors de la phase des enchères.

Ces techniques présentent à la fois une grande diversité et une relative universalité : en effet, s'il existe de nombreuses méthodes d'évaluation, la grande majorité des joueurs et des systèmes s'appuient à peu près sur la même famille de techniques. En effet, l'évaluation n'est pas une fin en soi ; elle est généralement le socle d'une méthode qui proposera, pour chaque combinaison de force (valeur fournie par le système d'évaluation) et de forme d'une main une enchère en rapport avec la situation.

On peut comprendre ici que l'importance du système d'évaluation, prééminente au tout début des enchères, s'estompe au fur et à mesure de leur développement devant la richesse des informations qu'elles apportent et devant la complexité combinatoire qui en découle.

Compte en levées[modifier | modifier le code]

Chronologiquement, c'est la première méthode mise en œuvre. Dès les années 1930, Ely Culbertson, dans son Blue Book propose un tableau d'équivalence entre honneurs, seuls ou groupés, et nombre de levées. Le compte repose sur la probabilité de réaliser une levée avec l'honneur ou le groupe d'honneurs considéré ; un As vaut donc 1 levée, un Roi en l'air une demie, AR vaut 2 levées, AD 1 et demie, etc.

On en a retenu aujourd'hui qu'une ouverture "normale" promet 2 levées et demie dites de défense, c'est-à-dire issues de gros honneurs qui seront réalisés quel que soit le contrat (avec les distributions les plus fréquentes).

On utilise aujourd'hui un autre compte, dit en levées de jeu, ou son équivalent, en perdantes, pour évaluer des mains fortes et distribuées. Le principe de base est d'appliquer le compte de Culbertson pour les 3 premières cartes de chaque couleur. Les cartes surnuméraires sont considérées comme des gagnantes. Par exemple, la main ♠ADRDV987A4♣AD2 correspond à 4 perdantes (½ à ♠, 1 à , 1 à et 1½ à ♣) ou 9 levées de jeu (1½ à ♠, 5 à , 1 à , 1½ à ♣), ce qui devrait classiquement conduire à utiliser une ouverture forcing de manche.

Compte en points d'honneurs et en points de distribution[modifier | modifier le code]

C'est aujourd'hui le système le plus fréquemment adopté.

Points d'honneurs (points H)[modifier | modifier le code]

Proposé dès les débuts du bridge (vers 1930) par Milton Work, ce compte est d'une extrême simplicité.

  • As = 4 H ;
  • Roi = 3 H ;
  • Dame = 2 H ;
  • Valet = 1 H.

Il y a donc 10 points H par couleurs ; 40 points H pour l'ensemble des cartes.

Les tentatives d'évaluation des cartes intermédiaires (10, 9, 8 etc.) se sont révélées inutilement complexes sans démontrer leur intérêt.

On peut noter les travaux statistiques menés assez récemment par Jean-René Vernes et Bernard Charles pour estimer le potentiel de levées de chaque carte (en pratique, les plus grosses cartes, de l'As au 9). En s'appuyant sur une relation algébrique simple (40 points = 13 levées), ces travaux ont finalement confirmé l'intuition des joueurs de bridge depuis 70 ans ; seuls petits correctifs, l'As vaut un peu plus de 4 points, et le 10 et le 9 un peu plus que zéro. Mais les auteurs eux-mêmes le confirment, ces écarts sont trop faibles pour justifier en pratique la moindre correction.

Ce compte peut être augmenté d'une mesure du potentiel conféré à la main par la distribution (voir ci-dessous).

Points de longueur (points L)[modifier | modifier le code]

1 point pour toute carte à partir de la cinquième dans une couleur commandée par au moins un As, un Roi ou Dame-Valet. Ce compte est, comme les points H, une mesure de la puissance intrinsèque de la main, au contraire du suivant.

Points de distribution (points D)[modifier | modifier le code]

Uniquement à l'atout, en cas de fit avec le partenaire :

  • 1 D pour un doubleton ;
  • 2 D pour un singleton
  • 3 D ou 4 D pour une chicane selon que l'on possède 3 ou 4 atouts;
  • 2 D pour le 9e atout connu (compté par le joueur qui en fait la découverte), puis 1 D pour chaque suivant.

Compte en perdantes[modifier | modifier le code]

Le Compte Moderne des Levées Perdantes : LTC

Cette méthode existe depuis presque aussi longtemps que le Bridge, mais le premier livre sur le sujet n’a été publié qu’en 1935. Ron Klinger s’est appliqué à la moderniser pour l’adapter aux exigences du Bridge de compétition, en insistant sur le fait qu’elle n’est pas prévue pour remplacer le compte des points, mais pour le compléter. En effet, elle ne s’applique qu’en cas de fit.

Postulat : - Dans chaque couleur, seules les trois premières cartes sont considérées comme perdantes. (Les suivantes sont, le plus souvent affranchissables.) - Avec 3 cartes ou plus dans une couleur, seuls l’As, le Roi, et la Dame ne sont pas des cartes perdantes. - Avec 2 cartes, seuls l’As et le Roi ne sont pas des cartes perdantes. - Avec une carte, seul l’As n’est pas une perdante.

Du premier axiome, il résulte qu’une main comporte au maximum 12 Perdantes. En ajoutant le nombre de Perdantes potentielles de son partenaire, on atteint 24 Perdantes.

Application de la formule LTC : 1. Compter ses perdantes. 2. Compter les perdantes de son partenaire. 3. Faire le total, et le déduire de 24. On obtient ainsi le nombre de levées que l’on peut raisonnablement réaliser, si les couleurs sont réparties normalement, et si la moitié des impasses marchent.

Des ajustements sont nécessaires selon l'accompagnement des honneurs, ou la qualité et la longueur de l'atout notamment.

Contrôles italiens[modifier | modifier le code]

C'est une méthode de compte des gros honneurs (As et Rois), qui attribue à l'As la valeur de 2 contrôles et au Roi celle d'1 contrôle. As et Rois étant des cartes fondamentales dans les contrats élevés, il est facile de comprendre que ce compte s'adresse avant tout aux recherches de chelem.

Points ZAR[modifier | modifier le code]

Cette méthode a été élaborée par Zar Petkov et prend en compte points d'honneur, contrôles et distribution :

  • Points d'honneur suivant le compte classique (4-3-2-1)
  • Contrôles italiens classiques (As=2, Roi=1)
  • Distribution, en ajoutant la somme des deux plus grandes longueurs et la différence entre la plus longue et la plus courte.

Par exemple, la main ♠A54324DV863♣R2 vaut 10(H)+3(C)+10(5+5)+4(5-1) = 27 points ZAR. Dans ce compte, l'ouverture est à 26.

On peut trouver l'explication complète sur la page web éditée par son auteur[1].

Méthodes oubliées[modifier | modifier le code]

Attribuer à une main de bridge une valeur univoque est une tentation très répandue, qui a constamment suscité la curiosité des joueurs et stimulé l'imagination des auteurs. On a depuis longtemps oublié des méthodes de comptes en points S, J, X ou Y. On retiendra surtout que la meilleure méthode est celle qui fait appel à la réflexion des joueurs et garde en ligne de mire l'objectif des enchères : compter le nombre de levées réalisables par la combinaison des deux mains associées.