Événement de la Toungouska

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Événement de la Toungouska
Situation et hypocentre de l'événement de la Toungouska.Rouge : forêt détruite (r = 20 km) ; orange : forts dégâts (r = 100 km) ; dégradé bleu : bruit de l'explosion (r = 1 500 km).
Situation et hypocentre de l'événement de la Toungouska.
Rouge : forêt détruite (r = 20 km) ; orange : forts dégâts (r = 100 km) ; dégradé bleu : bruit de l'explosion (r = 1 500 km).

Type Explosion
Pays Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Localisation Sibérie
Coordonnées 60° 55′ 01″ nord, 101° 56′ 56″ est
Date

Géolocalisation sur la carte : Russie

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Événement de la Toungouska

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Événement de la Toungouska

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Événement de la Toungouska

L’événement de la Toungouska est une explosion survenue le vers h 13 en Sibérie centrale, dans l'empire russe. L'onde de choc, équivalant à plusieurs centaines de fois celles qu'engendreront les explosions des bombes nucléaires d'Hiroshima et de Nagasaki 37 ans plus tard, a détruit la forêt sur un rayon de 20 kilomètres et fait des dégâts jusqu'à une centaine de kilomètres.

Plusieurs hypothèses scientifiques ont été émises sur l'origine du phénomène : météorite, foudre, méthane échappé de conduits volcaniques… L'hypothèse la plus plausible, et retenue au début du XXIe siècle, est celle de l'impact d'un objet céleste (un petit corps du Système solaire de caractéristiques encore inconnues), ayant explosé à une altitude comprise entre 5 et 10 kilomètres. Cela fait de l'événement de la Toungouska la plus grosse explosion connue de l'histoire humaine due à la rencontre d'un tel corps avec la Terre.

Description[modifier | modifier le code]

Observations[modifier | modifier le code]

Dans la matinée du (correspondant au 17 juin du calendrier julien, alors en usage dans l'Empire russe), quelques témoins[réf. nécessaire] voient passer une boule de feu dans le ciel sans nuage de la Sibérie centrale. Celle-ci explose à une altitude comprise entre 5 et 10 kilomètres, au-dessus de la rivière Toungouska pierreuse, à 63 km nord-nord-ouest du village de Vanavara[1] (60° 20′ 24″ N, 102° 16′ 48″ E) à h 14 locale (h 14 TU ou h 2 heure locale solaire). Cette explosion est enregistrée, sous forme de séisme de magnitude 4,5 à 5, à h 17 min 11 s, à l'observatoire magnétique d'Irkoutsk, à 1 000 km de là.

L’explosion détruit intégralement la forêt dans un rayon de plus de 20 km, abattant 60 millions d'arbres ; le souffle fait des dégâts sur plus de 100 km et la déflagration est audible dans un rayon de 1 500 km. De nombreux incendies se déclenchent, brûlant des zones forestières pendant plusieurs semaines.

Un vortex de poussières et de cendres se forme et est entraîné jusqu'en Espagne par la circulation atmosphérique, créant des halos dans la haute atmosphère, qui s'étendent sur tout le continent. On peut observer des couchers de soleil très colorés et une luminosité exceptionnelle en pleine nuit est constatée pendant plusieurs jours en Europe occidentale, à tel point de pouvoir lire un journal de nuit. Les scientifiques pensent alors à l'éruption d'un volcan, comme le Krakatoa en 1883, qui avait injecté d'énormes quantités de poussières dans l'atmosphère et, de ce fait, avait engendré des phénomènes lumineux semblables.

L'onde de choc fut enregistrée en Europe occidentale et aux États-Unis[réf. nécessaire].

Localisation[modifier | modifier le code]

La région où s'est produit cet événement[2] fait partie du district d'Évenkie, dans le kraï de Krasnoïarsk en Sibérie centrale (Russie). Elle est sur le plateau de Sibérie centrale et traversée par des affluents du grand fleuve sibérien l'Ienisseï : la Toungouska pierreuse, long de 1 865 kilomètres et la Toungouska inférieure, long de 2 989 kilomètres. Elle se situe à près d'un millier de kilomètres de la ville d'Irkoutsk et du lac Baïkal. C'est une région de collines recouvertes par la taïga sibérienne. Elle est peu peuplée, principalement par des éleveurs de rennes d'un peuple toungouse.

Analyses[modifier | modifier le code]

Première expéditions[modifier | modifier le code]

D'après les estimations, 60 millions d'arbres ont été arrachés par le souffle de l'explosion (photo de 1927).
Arbres abattus (photo de 1927).

L'éloignement de la région et les troubles en Russie ne permirent une étude sur place qu'en 1927 par une équipe russe menée par Leonid Kulik. Sur les lieux, les scientifiques découvrirent stupéfaits qu'il n'y avait ni cratère, ni trace d'impact, ni débris. Avec l'arrivée de la Seconde Guerre mondiale, puis de la Guerre froide, seules deux expéditions purent retourner enquêter en 1958 et 1961. On découvrit une multitude de petites sphères de métal et de silicates dispersées dans le sol de la région, ce qui permit d'émettre quelques hypothèses. Une étude américaine en 1993 avança qu'il s'agissait d'un petit noyau cométaire, essentiellement composés de gaz gelés ayant fondu et explosé entre 6 et 9 km d'altitude, le reste de la matière étant dispersé en une pluie de sphérules[3].

Lac Cheko[modifier | modifier le code]

(60° 57′ 50″ N, 101° 51′ 36″ E)

Le lac Cheko (en) est un lac d'eau douce, près de la rivière Toungouska pierreuse. Il a la forme d'un rectangle aux coins arrondis, d'une longueur de 708 mètres, d'une largeur de 364 mètres et d'une profondeur d'environ 50 mètres. Il est situé à environ sept kilomètres au nord-ouest de l'hypocentre et son grand-axe est orienté vers ce point. Il semble inconnu avant 1908 et sa première référence cartographique date de 1928.

Luca Gasperini, géologue italien, entreprend des études sur les sédiments de ce lac en juillet 1999 et sa première publication de 2001 affirme que le lac est antérieur à l'événement de 1908[4].

Toutefois, en 2007, le même Gasperini, cité par National Geographic, émet une hypothèse opposée : « La forme en entonnoir du bassin et des échantillons de sédiment suggèrent que le lac s'est formé dans un cratère d'impact »[5]. L'impact serait dû à un fragment de l'objet et la forme inhabituelle pour un impact à une puissante émission de gaz carbonique, de vapeur d'eau et de méthane contenus dans le pergélisol[5].

Astéroïde ou comète[modifier | modifier le code]

La question de la nature de cet objet se pose toujours : petit astéroïde, comète ou autre ? Cet objet est dénommé souvent TCB (Tunguska Cosmic Body ou Corps cosmique de Toungouska), et surnommé parfois Ogdy, nom du dieu du feu des Évenks.

Ses caractéristiques furent d'abord estimées aux alentours de 50 mètres de diamètre et 10 millions de tonnes avant qu'une nouvelle simulation présentée en 2007 par les laboratoires Sandia ne réduisent l'estimation à 62 000 tonnes[6].

Des études ont été menées en 2007 pour rechercher le parent de cet objet[7] : des similitudes ont été trouvées avec la comète 97P/Metcalf-Brewington et avec l'astéroïde (106538) 2000 WK63 (découvert le par LINEAR).

En 2010, l'expédition menée par Vladimir Alexeev pour l'institut TRINITY (en) lève le voile sur la nature ambiguë de l'objet à l'origine du choc. Les résultats découlant de l'expédition indiquent qu'une comète à noyau de glace s'est fragmentée et dispersée sur quelques kilomètres en formant plusieurs cratères d'impact[8]. La découverte, dans la résine d'arbres, de restes de poussière cosmique formant la queue de la comète pourrait confirmer cette hypothèse[8].

Pour certains commentateurs, l'absence de cratère d'impact ne semble pas compatible avec la chute d'un astéroïde ou d'une comète. Il existe des cratères d'impact qui correspondent à des chutes d'objets à la surface de la terre. La liste de cratères d'impact sur Terre en recense un bon nombre, mais l'événement de la Toungouska ne correspond pas à ce modèle.

Une étude[9] menée et publiée en 2013 par le chercheur Victor Kvasnytsya met en avant l'hypothèse de la météorite. Il avance cette hypothèse grâce à des fragments de roche microscopiques piégés dans la tourbe.

Autre objet cosmique[modifier | modifier le code]

D'autres hypothèses de chute d'objets cosmiques sont parfois évoquées :

  • Un micro trou noir (1021 grammes, soit 1015 tonnes dans un volume correspondant à quelques atomes) aurait pénétré la Terre à la Toungouska et serait ressorti, 12 minutes plus tard dans l'Atlantique Nord (Al Jackson, Mike Ryan, 1973), sans qu'il n'y ait consensus scientifique ;
  • Une météorite d'un kilogramme d'antimatière se serait annihilée lors de son entrée dans l'atmosphère[10] (Clyde Cowan, Chandra R. Atluri et Willard Frank Libby, 1965) ; cette hypothèse a les faveurs de Jean-Pierre Ader[11]. Ce qui a été vu à Sverdlovsk, en Russie, le 14 novembre 2014 ou à Mourmansk, le 19 avril 2014 pourrait être de même nature bien que d'une plus faible ampleur.
  • Un astéroïde de matière noire (invisible) aurait explosé en altitude (Robert Foot, 2002) ;

Autres hypothèses[modifier | modifier le code]

De nombreuses hypothèses de toutes sortes, parfois relevant de la science-fiction, ont été émises sur ce phénomène mystérieux :

Culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Dans la série de jeux vidéo Resistance, l'Évènement de Toungouska apporte le virus Chimère, qui transforme les humains en monstres extraterrestres, et par conséquent est le point où la chronologie de la série dévie de la réalité.
  • Dans la série de jeux vidéo Crysis, le personnage, Jacob Hargreave, découvre une technologie extra-terrestre et l'utilise pour concevoir la combinaison Nanosuit[16].
  • Dans la série de jeux Secret Files, l'événement de Toungouska est au cœur de l'intrigue. Le jeu se déroule d'ailleurs en Russie et est mêlé à une intrigue policière/science fiction.
  • L'événement est le sujet d'un double épisode de la série X-files appelé Tunguska.
  • Dans le film Hellboy, le monolithe servant à libérer l'Ogdru Jahad est l'objet céleste qui a provoqué l'explosion de Toungouska.
  • Il sert également de toile de fond en 1983 au roman de science-fiction de Ian Watson, Le voyage de Tchekhov (Chekhov's journey).
  • Dans la série de jeux vidéo Call of Duty, où il a inspiré la création de l’élément 115, l'origine de la puissance zombie, il serait tombé entre les mains des chercheurs allemands qui auraient voulu utiliser cette puissance pour la transformer en arme.
  • Dans le jeu vidéo Kholat qui se déroule en Russie, un article mentionne les évènements de la Toungouska.
  • Dans les jeux vidéo SVC Chaos - SNK vs Capcom et Neo Geo Battle Coliseum, un extraterrestre dénommé Mars People, appartenant par ailleurs à l'univers de Metal Slug, possède un coup spécial, le Tungus Incident, qui lui permet de précipiter une soucoupe extraterrestre sur le sol, provoquant une grande explosion et occasionnant par la même occasion des dégâts chez son adversaire.
  • Dans le roman Miss Peregrine et les Enfants particuliers, de Ransom Riggs, cet événement est la conséquence d'une expérience faite par un groupe de particuliers voulant devenir des dieux, mais qui a eu pour effet de provoquer cette explosion et de transformer les membres survivants du groupe en Sépulcreux.
  • Dans le roman de science-fiction La longue Terre de Terry Pratchett et Stephen Baxter, l'IA Lobsang évoque l'évènement de la Toungouska lorsqu'il explique au personnage principal son idée de destruction d'un site secret.
  • Dans le roman «Le Garçon» de Marcus Malte, prix Femina 2016, aux Éditions Zulma, page 56, dernier élément d'un chapitre consacré aux événements marquants de l'année 1908.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Écrit parfois Vanovara
  2. Les coordonnées ci-dessus de l'épicentre de l'explosion de la Toungouska, mesurées en 2002, ont corrigé une erreur de 60 m, datant de 1929.
  3. C.F. Chyba, P.J. Thomas, K.J. Zahnle, « The 1908 Tunguska explosion : atmospheric disruption of a stony asteroid » dans Nature no 361, 1993, p. 40-44.
  4. Geophysical/sedimentological study of a lake close to the epicenter of the great 1908 Siberian (Tunguska) Explosion, NGF Abstracts and Proceedings, no. 1, 2001 : « Although the morphology of the lake is compatible with an impact origin, several sedimentological and biological proxies indicate that its formation pre-dates the 1908 event. »
  5. a et b (en)Maria Cristina Valsecchi, « Crater From 1908 Russian Space Impact Found, Team Says », sur National Geographic,
  6. (fr) L’Astéroïde de Tunguska plus petit qu’on l’avait pensé auparavant, traduction française de l'annonce des laboratoires Sandia
  7. Searching for the Parent of the Tunguska Cosmic Body
  8. a et b « Mystery of Tunguska meteorite solved », Pravda, (consulté le 17 février 2013)
  9. Victor Kvasnytsya, Richard Wirth, Larissa Dobrzhinetskaya et Jennifer Matzel, « New evidence of meteoritic origin of the Tunguska cosmic body », Planetary and Space Science, vol. 84,‎ , p. 131–140 (DOI 10.1016/j.pss.2013.05.003, lire en ligne)
  10. (en) Clyde Cowan, C. R. Atluri et Willard F. Libby, « Possible Anti-Matter Content of the Tunguska Meteor of 1908 », Nature (revue), vol. 206, no 4987,‎ , p. 861–865 (DOI 10.1038/206861a0, Bibcode 1965Natur.206..861C)
  11. Jean-Pierre Ader, directeur de recherche honoraire, CNRS, Conférence L'antimatière, face cachée de la matière du 1er décembre 2014 à Arcachon
  12. Tesla Société
  13. (en) Choi, Charles Q., Massive Tunguska Blast Still Unsolved 100 Years Later, Fox News, 1er juillet 2008
  14. (en)100 years on, mystery shrouds massive 'cosmic impact' in Russia, Agence France-Presse, 28 juin 2008
  15. « Mystère de la Toungouska : multiples similitudes avec une explosion nucléaire (chercheurs », RIA Novosti, 14:24 26 juin 2008, lien
  16. The Tunguska Survivors

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]