Étienne de Beaumont

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Étienne de Beaumont
Le Comte Etienne de Beaumont.jpg
Portrait du comte Étienne de Beaumont par Adolf de Meyer
Biographie
Naissance
Décès
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Nationalité
Activités

Étienne Jacques Alexandre Marie Joseph Bonnin de la Bonninière de Beaumont dit Étienne de Beaumont est un aristocrate français né le 9 mars 1883 à Paris où il est mort le 4 février 1956[1]. Il fut un mécène, un décorateur, un costumier et un librettiste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Étienne de Beaumont est le fils du comte Karl Jacques Marie Théodore Bonnin de La Bonninière de Beaumont (1852-1913) et de Henriette Marie Berthe de Boisgelin (1856-1925) ; il a un frère, Hélion (1896-1943). Le 26 avril 1907, Étienne épouse Édith Marie Élisabeth de Taisne de Raymonval (1876-1959), le couple reste sans descendance. En 1913, Étienne hérite du titre de comte.

Lors de la Première Guerre mondiale, avec un groupe disparate d'aristocrates et d'amis artistes, il crée la « Section d'ambulances aux Armées » dont Jean Cocteau fut un des convoyeurs sur le front des Flandres.

Avec sa femme Édith, Beaumont commandite après guerre des films en tant que producteur et des ballets d'avant-garde.

En 1918, il organise à Paris un grand concert de jazz composé d'une troupe de militaires musiciens afroaméricains. Il fonde l'Association franco-américaine qui va financer de nombreuses expositions importantes[2].

Il vend une partie des œuvres d'art classique dont il avait hérité pour acheter des œuvres contemporaines de Pablo Picasso, Juan Gris et Georges Braque. Pour Le Bœuf sur le toit, il décide d'organiser un Festival Satie en l'honneur d'Erik Satie dont il restera un indéfectible soutien jusqu'à la mort de ce dernier en 1925.

À l'instar des derniers représentants des grandes castes européennes qui cherchaient à se perpétuer à travers la réalisation de bals mémorables, Étienne de Beaumont est connu pour avoir réhabilité à Paris le grand bal à thème pour Mardi-Gras, entre autres. Dans son hôtel de la rue Masseran, en véritable styliste, il crée spécialement des scénographies, des décors et des costumes qui n'existèrent que le temps d'une fête. Ainsi, à son initiative, eurent lieu, dans une magnificence et une largesse inédites, le "Bal des jeux" (1921), le "Bal Louis XIV", le "Bal des entrées d'opéra", le "Bal de la mer", le "Bal colonial", le "Bal des tableaux célèbres" , le "Bal du tricentenaire de Racine"... Il devient ainsi le modèle d'Orgel dans Le Bal du comte d'Orgel, roman de Raymond Radiguet[2].

Il organisa du 17 mai au 30 juin 1924 les « Soirées de Paris » au théâtre de La Cigale au bénéfice de l'Œuvre d'assistance aux veuves de la guerre et du Comité de Secours aux réfugiés russes. Ces soirées ne dureront qu'une année, mêlant spectacles de music-hall, ballet, poésie et théâtre, avec la participation d'artistes aussi variés que Cocteau, André Derain, Picasso, Braque, Darius Milhaud et bien sûr Satie. Au programme, on note entre autres : Salade, contrepoint chorégraphique de Milhaud et Albert Flament ; Mercure, proses plastiques de Léonide Massine, sur une musique de Satie et des costumes et décors de Picasso ; Les Roses, divertissement de Massine, musique d'Henri Sauguet et costumes du comte lui-même, qui fit de même pour Le Beau Danube ; Gigue, danse chorégraphiée par Massine, costumes et décor de Derain ; Vogues, suite dansée illustrée par Valentine Hugo sur un poème de Paul Morand avec des costumes de Lanvin ; un ballet espagnol de José Maria Sert dansé par Ida Rubinstein ; Mouchoir de nuages, une tragédie de Tristan Tzara et des projections de la Loïe Fuller ; le tout se terminant par un Roméo et Juliette revu par Cocteau avec décors et costumes de Jean Hugo[3].

En 1932, il se rapproche du Colonel de Basil et de René Blum qui lancent les Ballets russes de Monte-Carlo ; Beaumont produira en 1934 deux spectacles, Scuola di Ballo puis Les Imaginaires[4].

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il offrit une dernière fête en 1949, le "Bal des rois et des reines", où Christian Dior apparut déguisé en lion, roi des animaux.

Ses amis, René Crevel avec qui il entretient une importante correspondance, Paul Morand, Maurice Sachs, Marc Allegret, Bernard Faÿ, Lucien Daudet, Leonide Massine ont laissé des portraits attachants de l'aristocrate à l'extraordinaire prodigalité.

Dans ses mémoires, Jean-Louis de Faucigny-Lucinge raconte qu'en 1956 le convoi funéraire du comte ne fut suivi que par un tout petit nombre de fidèles que l'auteur pensa inversement proportionnel à celui des invitations qu'Étienne de Beaumont avait lancé avec munificence tout au long de sa vie.

Au même moment, son ami Cocteau écrivait de lui et de sa femme : "Ce couple avait transcendé les snobismes, le leur consistait à fréquenter le génie. Ils firent de la frivolité un sacerdoce. La mode devenait grave entre leurs mains"[5].

Iconographie et postérité[modifier | modifier le code]

En 1925, Man Ray exécute son portrait photographique. Le même réalisateur commet un film le mettant en scène, Les mystères du château de Dé en 1928.

Dans le film Opium (2013) d'Arielle Dombasle, Beaumont est interprété par Jérémie Elkaïm.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Louis de Faucigny-Lucinge, Un Gentilhomme cosmopolite, Paris, Perrin, 1990 — [gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4801333f extrait en ligne].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Étienne de Beaumont sur le site Les Gens du cinéma
  2. a et b Archives Imec, notice du catalogue en ligne.
  3. Livret — Notice du catalogue de vente, Librairie Solstices, en ligne.
  4. (en) « Ballets Russes The Art of Costume », exposition de la National Gallery of Australia (mai 2011).
  5. P. Bergé, Album Jean Cocteau, Paris : Gallimard,"Bibliothèque de la Pléiade", 2006, p. 121.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]