Étienne Polverel

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Étienne Polverel
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Loge l'Amitié de Bordeaux (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Étienne Polverel ou de Polverel (1738-1795) fut, avec Léger-Félicité Sonthonax, un des premiers abolitionnistes de l'esclavage en France. En tant que commissaires civils de la République à Saint-Domingue, les deux hommes prirent cette décision de façon unilatérale en août 1793 face à la révolution des esclaves de la colonie. C'est en l'avalisant que la Convention décida l'abolition générale le 4 février 1794.

Biographie[modifier | modifier le code]

Tableau de la Constitution du Royaume de Navarre, redigé et defendu par Polverel auprès les Trois États à Paris (1789)

Il est né vers 1738 à Brive. Il est le fils d'Etienne Polverel (vers 1695-1775 Brive), avocat, et de Jeanne de Pascarel (vers 1762-1767 Brive) qui s'étaient mariés en 1723 à Objat[1]. Il a plusieurs frères et sœurs dont Pierre, qui devient religieux[2].

En 1766, il épouse Jeanne Julie Bousquet, fille de Pierre Bousquet "bourgeois et négociant" et de Jeanne Delort, habitants des Chartrons[3]. De leur union, naissent à Bordeaux quatre enfants : Jeanne Agathe née le 3 février 1769; François né le 26 décembre 1771[4] ; Nicolas Alexis né le 9 mars 1773 et mort à Paris en janvier 1787; et Jeanne Hélène née le 24 janvier 1776 [2].

Il est avocat à Bayonne, puis à Bordeaux. Suite à des tensions avec les magistrats du parlement de Bordeaux, il devient avocat au parlement de Paris en 1780[5].

Il devient aussi syndic des états de Navarre. Dans les années 1780, les états lui octroient, ainsi qu'à ses "descendants, une entrée dans le corps de la noblesse, pour avoir défendu les privilèges du royaume"[6], autrement dit l’autonomie de la Navarre dans le royaume de France.

En 1771, il est initié Franc-maçon dans la loge L'Amitié de Bordeaux[7].

Il entra en 1790 au club des Jacobins et en devint secrétaire. Il s'y associa aux ennemis des colons, notamment Brissot et Sonthonax. Au début de 1791, il devint accusateur public au tribunal du 1er arrondissement de Paris; en juin 1792, membre du conseil général de la Commune de Paris. Le 25 septembre 1791 après la révocation la veille du décret du 15 mai 1791 en faveur de l'égalité des Blancs et des Noirs, il demanda et obtint la radiation définitive de ses instigateurs : Barnave, Alexandre et Charles Lameth, Goupil de Préfeln et Adrien Duport.

Devant la révolte des esclaves du Nord de Saint-Domingue, les Brissotins — ou Gironde ; Girondins — convainquirent l'Assemblée législative de voter le décret du 24 mars 1792 et le firent sanctionner, comme l'exigeait la constitution de 1791, par le roi. Ce fut la loi du 4 avril 1792 qui reconnaissait l'égalité de tous les libres de couleur (mulâtres et affranchis) et des blancs. Pour la faire appliquer auprès des colons récalcitrants, l'assemblée décida l'envoi d'une troupe de 6000 hommes et d'une commission civile aux très importants pouvoirs. Polverel et Sonthonax en furent membres[8].

Les commissaires imposèrent l'égalité en ayant recours à la force. Ils dissolurent les assemblées coloniales composées exclusivement de blancs et créèrent des commissions et des municipalités mixtes. Les colons se révoltèrent. Ils furent d'abord matés, mais s'allièrent à l'Angleterre et l'Espagne qui, après l'exécution de Louis XVI en 1793, étaient entrées en guerre contre la France. Avec l'appui de nombreux blancs, anglais et espagnols occupèrent en quelques mois la plus grande partie de la colonie. Le 21 juin, face à une révolte au Cap-Français à laquelle prenait même part le gouverneur Galbaud, royaliste, Sonthonax et Polverel promirent la liberté à tous les esclaves qui combattraient pour la République française. La situation se renversa. La ville fut pillée et incendiée et dix mille colons prirent la fuite.

Responsable de la province de l'Ouest, Polverel vint à envisager l'émancipation de tous les esclaves. Face à la nécessité de remettre en marche l'économie, il proclama le 26 août 1793 l'affranchissement de tous les esclaves "à la seule condition de s'engager à continuer de travailler à l'exploitation des habitations".

Dans la province du Nord, Sonthonax décréta l'abolition générale, le 29 août 1793. En septembre et octobre, les deux commissaires généralisaient cette décision à toute la colonie.

Ils firent porter leurs décrets à Paris par trois hommes : un mulâtre, Jean-Baptiste Mills, un blanc, Louis-Pierre Dufay et un noir, Jean-Baptiste Belley. Devant leur présentation le 4 février 1794, la Convention, enthousiaste, vota l'Abolition de l'esclavage dans les colonies françaises.

Cette décision ne permit pas dans un premier temps de rallier à la République l'ensemble des esclaves révoltés. Ce ne sera qu'en mai 1794 que Toussaint Louverture et ses troupes qui combattaient au côté des Espagnols, fera volte-face et refoulera en quelques mois les Espagnols.

Les partisans des colons à Paris avaient profité de la situation militaire désastreuse pour plaider contre l'arbitraire des commissaires civils auprès de la Convention. Le comité de salut public soupçonnant Polverel et Sonthonax de travailler pour la Gironde, les deux hommes furent mis en accusation en juillet 1793. Le décret partit finalement en avril 1794, mais conditionné sur demande des trois députés de Saint-Domingue (Dufay, Mills, Belley) par la nomination de commissaires antiesclavagistes et l'éviction de la commission d'un créole esclavagiste, Simondes. Il arriva dans la ville de Jacmel où se repliait l'armée républicaine face à l'avancée des troupes britanniques. Les deux commissaires durent quitter l'île le 14 juin 1794. Ils accostèrent au Havre deux jours après l'exécution de Robespierre et furent ainsi sauvés de la guillotine.

Polverel était tombé malade à Saint-Domingue. Il ne vit pas la fin de son procès (que Sonthonax gagna) et décéda à Paris le 6 avril 1795 dans le dénuement.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gustave Clément-Simon, Les de Lestang, les Meynard de Lestang, les Polverel (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k67419d/f78.image.r=polverel%201738)
  2. a et b Albert Reverend, Titres, anoblissements et pairies de la restauration 1814-1830, vol. 5, , p. 395.
  3. Archives de Bordeaux, GG687, registre des mariages et sépultures de la paroisse Saint-Rémy de Bordeaux (20 janvier 1762-10 avril 1769), vues 190-191/308, copie de l'acte de mariage Polverel- Bousquet célébré à Saint-Michel de Margaux en Médoc le 14 octobre 1766 par Brunaud, prieur de Margaux.
  4. Archives Nationales, base Léonore, dossier de légion d'honneur de François de Polverel, LH/2193/13 (d'après son extrait de baptême, il a été ondoyé à Bordeaux le 26 décembre 1771 par un prêtre de la paroisse de Saint-Siméon, puis baptisé le 29 juin 1773 à Saint-Médard d'Eyrans).
  5. Almanach royal 1784, p. 376: liste des avocats au parlement de Paris: 1780, Polverel , rue de Bourbon-Villeneuve.
  6. M. P. Raymond, Inventaire des archives départementales des Basses-Pyrénées, Archives civiles, séries C et D, tome 3, Paris, 1865, p. 276.[1]
  7. Bordeaux au XVIII siècle : Le commerce atlantique et l'esclavage Édition Le Festin Musée d'Aquitaine juin 2010 (ISBN 978-2-36062-009-8)
  8. "Ce colloque, qui a vu pendant deux jours communications et débats d'un très haut niveau, a ceci d'assez paradoxal qu'il ne fut jamais tant parlé d'un homme dont,à part la période dominguoise, on sait finalement peu de choses, le nom de Sonthonax ayant même totalement disparu des encyclopédies et autres dictionnaires, le plus surprenant étant son absence des parutions engendrées par le bicentenaire de la Révolution. Son action et l'importance de son geste lors de sa première mission ne peuvent être dissociées de celles d'un autre homme qui en est peut-être le véritable animateur : il s'agit d'Etienne de Polverel." Pierre Bardin, « À propos du colloque sur Léger-Félicité Sonthonax : la mort de Polverel », sur ghcaraibe.org, G.H.C., Bulletin 20, page 205, (consulté le 18 mars 2001). "Généalogie et Histoire de la Caraïbe" jouit de la protection légale sur les droits d'auteur en étant déposé au dépôt légal de la bibliothèque nationale. (notice BnF no FRBNF34416154), (ISSN 0997-3923)

Sources[modifier | modifier le code]

  • Lettre de Polverel, syndic, député des états de Navarre, lue à l'Assemblée Nationale le 12 octobre 1789, [2].
  • Opinion de M. de Polverel, sur l'aliénation et l'emploi des biens nationaux et sur l'extinction de la dette publique, lue à l'Assemblée de la Société des Amis de la Constitution, le vendredi 25 juin 1790. [3].
  • Thomas Millet,  L. J.  Clausson, Impostures de Santhonax et Polverel dévoilées à la Convention nationale, [s.l.], [s.n.],  1794 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques de Cauna, Haïti, l'éternelle Révolution, Port-au-Prince, Ed. Deschamps, 1997
  • François Blancpain, Etienne de Polverel, Libérateur des esclaves de Saint-Domingue, Rennes, Ed. Les Perséides, 2010
  • Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la Révolution française (1789-1795), Paris, Karthala, 2002.
  • Paul-Emile-Marie Réveillère, Polvérel et Sonthonax, Paris, Librairie militaire de L. Baudoin, , 28 p. (lire en ligne)
  • Henri Castonnet Des Fosses, La perte d’une colonie : La révolution de Saint-Domingue, Paris, A. Faivre, , 380 p. (lire en ligne), p. 111-132.

Liens externes[modifier | modifier le code]