Étienne Jeaurat

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Étienne Jeaurat
Etienne Jeaurat.jpg

Étienne Jeaurat par Alexandre Roslin en 1753, Paris, musée du Louvre.

Naissance
Décès
Activités
Étienne Jeaurat par un anonyme de l’entourage de Jean-Baptiste Greuze en 1769[1], Paris, musée du Louvre.

Étienne Jeaurat, né le à Paris et mort le à Versailles, est un peintre et dessinateur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Orphelin à un très jeune âge, Étienne Jeaurat a été l’élève le plus distingué du peintre Nicolas Vleughels[2] qui l’a formé et emmené avec lui en Italie en 1724, lorsqu’il fut nommé directeur de l’école de Rome[2]. Jeaurat a fait une excellente carrière officielle : agréé en 1731 par l’Académie Royale, reçu le 24 juillet 1733[3] en qualité de peintre d’histoire, avec l’aventure de Pyrame et Thisbé comme morceau de réception[2]. Passé professeur en 1743, il devint recteur en 1765 et chancelier en 1781. Il exposa à tous les salons de 1737 à 1769[2]. Il fut, en outre, garde du Cabinet du Roi à Versailles à partir de 1767[3].

Son frère aîné, Edme, était graveur. Le fils de ce dernier, Nicolas Henry Jeaurat, également peintre, a étudié sous son oncle.

Les principaux graveurs à avoir travaillé, au XVIIIe siècle, d’après Jeaurat, sont : Tardieu, Lépicié, Lempereur, Pasquier, Aliamet, Dominique Sornique, Beauvarlet, Simon, Bonnet, Lucas, Aubert, Gaillard, Fessard, Daullé et son frère Edme Jeaurat[2]. On trouve deux tentures d’après Jeaurat parmi les travaux exécutés de 1750 à 1791 à la Manufacture des Gobelins : l’une en sept pièces, de l’Histoire de Daphnis et Chloé, l’autre, en quatre pièces, représentant des Fêtes de village[4]. Les modèles de ces tentures avaient été exécutés d’après des commandes particulières de l’entrepreneur Audran[4].

Réception[modifier | modifier le code]

Jeaurat tenta d’imiter Chardin, quoique avec moins de justesse dans l’observation et moins de légèreté dans la main[5], mais c’est moins sa qualité de peintre d’histoire que la scène de genre, et mieux encore dans les tableaux de conversation[2], dans le style de Teniers, qui fit le succès de Jeaurat[6] avec des scènes de genre « charmantes […] pleines de mouvement et saisissantes de vérité[7] » dépeignant la rue parisienne ou la vie domestique comme dans ses Écosseuses de pois, ses Éplucheuses de salade ou son Déménagement du peintre. Sa Conduite des filles de joie à la Salpêtrière, qui a été louée dans la critique du Salon de 1757 du Mercure de France[8], reste sans doute son œuvre la plus connue[9], et ses tableaux sur la vie des rues de Paris restent des documents pittoresques et précieux[10]. Le choix de ces sujets lui a valu d’être appelé le Vadé de la peinture par Diderot[11]. Jeaurat, qui rencontrait Vadé aux dîners de la Société du bout du banc chez Jeanne-Françoise Quinault[11] a, en effet, sûrement subi l’influence du « genre poissard » pratiqué par Vadé, Piron, Collé Panard ou le Caylus[8]. Jeaurat a peint le Poète Piron à table avec ses amis Gallet et Collé[12], regardé comme un des meilleurs ouvrages du peintre[13]. Selon Ch. Blanc, Jeaurat manquait néanmoins « de verve, d’entrain, de ce que Diderot appelait « le diable au corps ». Ses compositions trahissent la gêne, sa gaité a quelque chose de forcé et de louche comme les parades de Vadé[2]. »

Œuvres choisies[modifier | modifier le code]

  • Aristote et Campaspe, Musée des beaux-arts de Dijon
  • Bain de femmes, Musée des beaux-arts de Bordeaux
  • Étienne Aubry, Musées des Beaux-Arts de San Francisco, 1771
  • Jeu de paume dans une prairie, Musée des Ursulines de Mâcon
  • Jeune dessinateur, musée du Louvre
  • L’Accouchée, musée de l'Ermitage, 1744
  • La Conduite des filles de joie à la Salpêtrière, Musée Carnavalet, 1755
  • Le Poète Piron à table avec ses amis Gallet et Collé, Musée du Louvre
  • Diogène brisant son écuelle
  • Intérieur de cuisine, musée d’Orléans
  • Noce de Daphnis et de Chloé, 1737
  • rencontre d’Esaii et de Jacob, 1737
  • Laban qui cherche ses dieux, 1737
  • Les Nymphes tutélaires du pays, 1737
  • Diane surprise au bain par Actéon, 1737
  • Le Repos de Diane, 1738
  • Le Départ d’Achille pour aller venger la mort de Patrocle, 1738
  • Un Jeune garçon jetant de l’eau par une fenêtre avec une petite seringue, 1739
  • Jeune homme jetant des noyaux de cerise par une fenêtre, 1739
  • Vendanges de Daphnis et Chloé, 1741
  • Repos de Cérès, 1741
  • L’Amour de la chasse, 1741
  • L’Amour du vin, 1741
  • Bain de femme, 1741
  • Repos de Vénus, 1742
  • Vénus et Adonis, 1742
  • L’Annonciation, 1743
  • Amours pastorales de Daphnis et Chloé, 1745
  • le Sommeil de Chloé, 1745
  • Chloé qui se baigne dans la caverne des nymphes, 1745
  • Lycœnion caché, 1745
  • Chloé qui couronne Daphnis de violettes, 1745
  • L’Accouchée, 1745
  • La Relevée, 1745
  • Le Goutteux, 1745
  • Saint Pierre guérissant un boiteux à la porte du Temple, 1746
  • Diogène voyant un jeune garçon boire dans le creux de sa main, 1747
  • Noce de village, 1753
  • Achille qui laisse à Thélis, sa mère, le soin des funérailles de son ami Patrocle, 1753
  • Deux Savoyardes, 1753
  • Femme qui épluche de la salade, 1753
  • La Place Maubert, 1753
  • Une Foire de village, 1753
  • L’Atelier d’un peintre, 1755
  • Un Enlèvement de police, 1755
  • Un Déménagement, 1755
  • Prométhée, 1757
  • Le Carnaval des rues de Paris, 1757
  • La Conduite des filles de joie à la Salpétrière, 1757
  • Les Ecosseuses de pois de la Halle, 1757
  • Inventaire du pont Saint-Michel, 1757
  • Chartreux en méditation, 1759
  • Émir conversant avec son ami, 1759
  • Femmes qui s’occupent dans le sérail et prennent leur café, 1759
  • Pastorale, 1759
  • Jardinier, 1759
  • Jardinière, 1759
  • Le Songe de saint Joseph, 1761
  • Peintre chez lui, faisant le portrait d’une jeune dame, 1763
  • Les Citrons de Javotte, 1763
  • Un Pressoir de Bourgogne, 1769
  • Veillée de paysannes, 1769
  • Femme convalescente, 1769

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sylvain Puychevrier, Le Peintre Étienne Jeaurat : essai historique et biographique sur cet artiste, Paris, A. Aubry,‎ , 46 p. (lire en ligne), p. 19.
  2. a, b, c, d, e, f et g Charles Blanc, Histoire des peintres de toutes les écoles, t. 2, Paris, Librairie Renouard, 1862.
  3. a et b Gaston Compère, Yves-Marie Lucot, Gérard Gréverand, Au pays de La Fontaine : un homme, une œuvre, un lieu : la Champagne, Paris, Casterman, 1994, 173 p., (ISBN 978-2-20360-213-7), p. 165.
  4. a et b Antoine-Louis Lacordaire, Notice historique sur les manufactures impériales de tapisseries des Gobelins et de tapis de la Savonnerie, Paris, Manufacture des Gobelins, 1855. »
  5. « de telles choses ne se passent point chez Chardin… je me suis trompé : j’étais entré chez son voisin, Étienne Jeaurat. » Blanc, op. cit.
  6. Hervé Chayette, Le Vin à travers la peinture, Courbevoie, ACR, 1984, 264 p., (ISBN 978-2-86770-007-1), p. 48.
  7. Claude Lachaise, Manuel pratique et raisonné de l’amateur de tableaux, Paris, Librairie Centrale, 1866, xv, 515 p., p. 353.
  8. a et b (en) Colin B. Bailey, Philip Conisbee, Thomas W. Gaehtgens, The Age of Watteau, Chardin, and Fragonard : Masterpieces of French Genre, New Haven, Yale University Press, 2003, ix, 412 p. (ISBN 978-0-30009-946-1), p. 208.
  9. Jean-Marc Léri, Musée Carnavalet : histoire de Paris, Paris, Fragments international, 2007, 222 p., (ISBN 978-2-91716-001-5), p. 74.
  10. Philippe Desan, Portraits à l’essai : iconographie de Montaigne, Paris Honoré Champion, 2007, 349 p., (ISBN 978-2-74531-615-8), p. 164
  11. a et b (en) Perrin Stein, Mary Tavener, Eighteenth-century French Drawings in New York Collections, New York, Metropolitan Museum of Art, 1999, xi, 243 p., (ISBN 978-0-87099-892-8), p. 89.
  12. « Savoir-boire et savoir-parler vont de pair », musee-virtuel-vin.fr (consulté le 9 juillet 2015).
  13. Nathalie Rizzoni, Charles-François Pannard et l’esthétique du « petit », Oxford, Voltaire Foundation, 2000, x, 526 p., (ISBN 978-0-72940-697-0), p. 36.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Olivier Merson, La Peinture française au XVIIe et au XVIIIe siècle, Paris, Picard & Kaan, 1900, p. 308.
  • Claude-Gérard Marcus, « Étienne Jeaurat, peintre de Paris, 1699-1789 », Art et Curiosité, janvier-février-mars, 1968.
    Cet article a été diffusé, sous forme de tiré à part, grâce aux soins de la galerie Marcus.
  • Sylvain Puychevrier, Le Peintre Étienne Jeaurat : essai historique et biographique sur cet artiste, Paris, A. Aubry,‎ , 46 p. (lire en ligne).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Colin B. Bailey, Philip Conisbee, Thomas W. Gaehtgens, The Age of Watteau, Chardin, and Fragonard : Masterpieces of French Genre, New Haven, Yale University Press, 2003, ix, 412 p., (ISBN 978-0-30009-946-1).
  • Charles Blanc, Histoire des peintres de toutes les écoles, t. 2, Paris, Librairie Renouard, 1862.
  • Claude Lachaise, Manuel pratique et raisonné de l’amateur de tableaux, Paris, Librairie Centrale, 1866, xv, 515 p.
  • Jean-Marc Léri, Musée Carnavalet : histoire de Paris, Paris, Fragments international, 2007, 222 p., (ISBN 978-2-91716-001-5).
  • (en) Perrin Stein, Mary Tavener, Eighteenth-century French Drawings in New York Collections, New York, Metropolitan Museum of Art, 1999, xi, 243 p., (ISBN 978-0-87099-892-8).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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