Étienne Dinet

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Étienne Dinet
Dinet Autoportrait.jpg
Autoportrait (1891), Bou-Saâda, musée Nasreddine-Dinet.
Naissance
Décès
Nom de naissance
Alphonse-Étienne Dinet
Autres noms
Nasr ad Dine, Nasreddine-Dinet
Nationalité
Activités
Autres activités
Formation
Maître
Mouvement
Influencé par
Distinction

Étienne Dinet (1861-1929) est un peintre orientaliste et lithographe français, qui a vécu une grande partie de sa vie en Algérie. Reconnu de son vivant, il se fait appeler Nasr ad Dine[1] après s'être converti à l'islam. Les toiles de Dinet sont actuellement recherchées sur le marché de l'art, et son travail tend à être reconsidéré.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et formation[modifier | modifier le code]

Alphonse-Étienne Dinet est né à Paris le 28 mars 1861, fils de Louise Marie Odile Boucher et de Philippe Léon Binet, avoué, au 16 rue d'Argenteuil[2]. Il a une sœur, Jeanne, née en 1865, qui sera plus tard sa biographe[3]. Il entre en 1871 comme interne au lycée Henri-IV où il a pour condisciple le futur président Alexandre Millerand. Après avoir obtenu son baccalauréat en 1881, il entre à l'École des beaux-arts de Paris, dans l'atelier de Pierre-Victor Galland. Mais ce sont vraisemblablement William Bouguereau et Tony Robert-Fleury qui exercent sur lui une réelle influence, le jeune peintre ayant suivi leurs cours à l'Académie Julian, lieu beaucoup plus libre et moins académique. En 1882, il expose d'ailleurs pour la première fois au nouveau Salon des artistes français et l'année suivante, obtient une mention honorable, puis en 1884, une médaille[2].

Découverte de l'Algérie[modifier | modifier le code]

Décrochant une bourse en 1884[2], Dinet entreprend son premier voyage dans le sud de l'Algérie, en compagnie d'une équipe de savants entomologistes, dans la région de Bou-Saâda, qui le marque profondément puisqu'il y retournera de nombreuses fois. Dès l'année suivante, un second voyage algérien le conduit à Laghouat et au Mzab. Il peint ses deux premiers tableaux figurant cette région, à savoir Sur les terrasses de Laghouat et L'Oued M'Sila après l'orage. Il se met à apprendre l'arabe pour mieux comprendre les cultures de l'islam et plus particulièrement celles du sud algérien. En 1887, il effectue son troisième voyage en Algérie. Dorénavant, il va y passer en moyenne six mois par an.

Carrière[modifier | modifier le code]

En 1888-1889, il expose chez Georges Petit au sein du « groupe des Trente-Trois » (ou XXXIII), dans lequel on trouve des artistes français et étrangers, des femmes et des hommes, en marge de certains courants, et présentant une grande variété de tons[4].

Sélectionné pour l'exposition universelle de 1889 (Paris), il obtient une médaille d'argent et, avec Meissonier, Puvis de Chavannes, Rodin, Carolus-Duran et Charles Cottet, fonde la Société nationale des beaux-arts.

En 1893, il est parmi les membres fondateurs de la Société des peintres orientalistes français et participe à leur première exposition officielle au palais de l'Industrie à Paris.

En 1894, il participe à l'exposition universelle d'Anvers.

En juillet 1896, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur et participe à l'exposition internationale du Centenaire de la lithographie (Paris)[2].

L'Édition d'art H. Piazza publie en 1898 un premier livre illustré par Dinet, Antar, « poème héroïque arabe des temps antéislamiques d'après la traduction de M. Devic », illustré par 132 planches. C'est le début d'une série d'ouvrages illustrés par Dinet.

Conversion[modifier | modifier le code]

En 1900, il installe son premier atelier algérien à Biskra. Son tableau L'Arabe en prière amorce le mouvement qui l'amènera à se convertir. En 1905, il achète une maison à Bou-Saâda pour y passer les trois quarts de l'année. En février, l'artiste est fait officier de la Légion d'honneur[2]. Il obtient une médaille d'or lors d'une exposition internationale de peintures à Munich.

En 1907, sur ses conseils, est créée à Alger la villa Abd-el-Tif, sur le modèle de la villa Médicis à Rome.

Étienne Dinet annonce dans une lettre adressée à un ami en 1908 qu'il s'est converti à l'islam depuis plusieurs années. Par ses interventions, ses relations avec les ministères[2], il obtient des autorités coloniales que Bou-Saâda soit déclaré territoire civil et non militaire.

Il participe à l'exposition universelle de Bruxelles en 1908, puis à l'exposition universelle d'Amsterdam en 1910. En 1913, il fait savoir à ses amis le choix de son nouveau patronyme musulman : Nasr-Eddine. Il participe à l'exposition universelle de Gand. Son père meurt en 1914.

Durant la Première Guerre mondiale, la famille Dinet transforme le château familial d'Héricy en hôpital pour accueillir les blessés de guerre. Il s'inquiète du moral des troupes musulmanes et esquisse des projets de stèles mortuaires pour les combattants musulmans tombés au combat. Après l'armistice de 1918, et sur intervention auprès du ministère des Armées afin de rendre hommage aux bataillons algériens, Dinet, en collaboration avec son ami Sliman ben Ibrahim, écrit et illustre La Vie de Mohammed, prophète d'Allah publié par Piazza ; les enluminures, remarquables, sont de Mohammed Racim.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

La qubba funéraire de Dinet à Bou-Saâda.

En 1922, il perd sa mère et achète l'année suivante une villa à Saint-Eugène à Alger où il expose régulièrement. Dans la foulée, le château d'Héricy est vendu.

En 1925, il fait ériger à Bou-Saâda la qubba devant abriter sa future tombe.

En 1926, il se rend à l'inauguration en juillet de la mosquée de Paris à l'édification de laquelle il a participé. En 1927, il réaffirme publiquement sa conversion à l'islam dans la Grande Mosquée d'Alger (Djamâa El Kébir).

En 1929, il effectue, en compagnie de Sliman ben Ibrahim, le pèlerinage à La Mecque. Le 24 décembre il décède d'une crise cardiaque devant son domicile parisien. Georges Leygues, ancien président du Conseil, et Maurice Viollette, ancien gouverneur de l'Algérie, prononcent des discours devant sa dépouille déposée à la mosquée de Paris. Le 12 janvier 1930, se déroulent ses funérailles officielles à Bou-Saâda en présence de Pierre Bordes, gouverneur général de l'Algérie, qui retrace la vie exemplaire de l'artiste. L'éloge funèbre est prononcé en arabe par une délégation des membres de Nadi Taraqi et des oulémas.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Son Autoportrait de 1891 (musée Nasr-Eddine-Dinet, Bou-Saâda), a été peint dans l'un des deux pavillons des bords de Seine du château d'Héricy. Le tableau est présenté l'année de sa création lors de l'exposition internationale de peinture à la galerie Georges Petit à Paris, puis en mai 1892 au salon de la Société nationale des beaux-arts. Le tableau, qui occupe une place de choix dans le hall d'accueil du château, revient aux acquéreurs lors de la vente de la propriété en 1923. Plus tard, ceux-ci l'offriront à l'ami de Dinet, Hadj Sliman ben Ibrahim, au moment de la revente. « Dinet s'est plu à s'y représenter dans son habitude familière (…) Il peint en fixant son modèle, son pinceau favori entre les dents, prêt pour une délicate retouche. Cette attitude, il la conserve sa vie durant », écrit sa sœur commentant cette œuvre. Le critique d'art Léonce Bénédite, très proche de Dinet, conservateur du musée du Luxembourg, en fait la description suivante : « L'artiste se distingue par une figure fine et nerveuse au teint bronzé qu'allonge une courte barbe noire, argentée chaque année au-dessus de ses tempes ; ses yeux à la fois froids et décidés, farouches et doux sous les sourcils noirs qu'arrêtent son front nu, intelligent et volontaire. Vous croirez vraiment avoir en face de vous quelque chef arabe déguisé à l'européenne ».

Œuvre[modifier | modifier le code]

Une crue de l'Oued M'sila (vers 1884) (collection particulière).
Raoucha, 1901, 46 × 45 cm, Alger, musée des beaux-arts d'Alger.
Abd-el-Gheram et Nouriel-Aïn, légende arabe. Esclave d'amour et Lumière des yeux, 1895-1900, Paris, musée d'Orsay.
Portrait de Sliman (1910), portant une dédicace (collection particulière).
La Dispute (1904), musée des beaux-arts de Mulhouse.

Les premiers tableaux de Dinet sont de facture religieuse (Le Golgotha, Saint Julien l'Hospitalier), inspirées par ses maîtres avec lesquels il rompt après sa découverte du désert.

Son œuvre s'inspire ensuite, à partir du milieu des années 1880 des traditions, des histoires et de la vie à Bou-Saâda, considérée alors comme la « porte » du Sahara. Sachant capter la lumière et les tonalités du sud, ce peintre orientaliste se consacre d'abord à des portraits de facture ethnographique, à des figures et scènes de la vie quotidienne et à des paysages, mais il est également portraitiste de son entourage familial. Sa sœur unique, Jeanne, épouse en 1888 Alfred M. Cornille (1854-1940), futur général commandant l'École polytechnique. Son beau-père, Charles-Albert-Antoine Cornille, vérificateur des Douanes, est peint par Dinet en 1894. Jeanne publie sous le nom de Dinet-Rollince la première biographie de son frère.

La travail de Dinet fut vendu par les galeries Georges Petit, Paul Durand-Ruel et Allard.

Une partie de son œuvre, très populaire de son vivant et rendue de ce fait émergeante, représente des femmes en partie nues, traitées comme prise sur le vif, et dans des colories presques acides : quelques chercheurs, notamment anglo-saxons, se sont étonnés de telles scènes, les qualifiant d'anecdotiques, et ont même émis le doute sur leur authenticité, reléguant ce travail à un exotisme outré, voire rêvé (comme on peut le voir par exemple dans certaines toiles de Jean-Léon Gérôme)[5]. Le grand mérite de Dinet aura été au contraire de rendre visible une culture, ses rites, ses légendes, largement ignorés ou méprisés et avec laquelle il se sentait proche. Certains tableaux expriment clairement une forme d'érotisme[6]. Sur le plan purement formel, Dinet exploite au départ les ressources du réalisme mais développe une palette très étendue, constrastée, que l'on a pu comparer à celles des fauves[7].

La ville de Bou-Saâda a fondé le musée Nasreddine-Dinet en sa mémoire. Le musée d'Orsay expose les premières toiles de Dinet, ainsi que celles de sa pleine mâturité. Le musée du Louvre, département des Arts graphiques, conserve près de 270 dessins.

Le 11 décembre 2012, son tableau Femmes arabes au cimetière (43 × 43 cm), est vendu chez Artcurial pour 106 767 € (collection particulière). Sa Baigneuse dans la palmeraie - étude (38 × 30 cm), est, elle, vendue le même jour 60 917 € (collection particulière) : il s'agit d'une étude pour les Baigneuses dans la palmeraie au clair de lune[8].

Peintures conservées ou répertoriées[modifier | modifier le code]

Algérie[modifier | modifier le code]

  • Bou-Saâda, musée Nasr-Eddine-Dinet
    • Autoportrait de l'artiste, 1891
  • Oran, musée d'Oran
    • L'Air était embrasé, le sol ardent et rouge comme des rubis, 1894

Australie[modifier | modifier le code]

  • Sydney, Art Gallery of New South Wales
    • Le Charmeur de serpent, 1889

France[modifier | modifier le code]

  • Mulhouse, musée des beaux-arts
    • La Dispute, 1904
  • Paris, musée d'Orsay :
    • Une rue à Laghouat, 1884
    • Terrasses de Laghouat, 1885
    • Jeune fille de Bou-Saâda, 1892
    • Abd-el-Gheram et Nouriel-Aïn, légende arabe. Esclave d'amour et Lumière des yeux, 1895-1900
    • Ouled Nail, avant 1921
  • Reims, musée des beaux-arts
    • Sur les terrasses. Clair de lune à Laghouat, 1897
    • Le Printemps des cœurs [titre attribué], 1904
    • Au bord de l'oued , avant 1907
    • La Balançoire
    • Laveuses

Non localisées[modifier | modifier le code]

  • La Courtisane, 1898, ancien ministère des Colonies
  • Portrait de femme, 1923, Tunis ?

Ouvrages illustrés[modifier | modifier le code]

  • 1898 : Antar, « poème héroïque arabe des temps antéislamiques d'après la traduction de M. Devic », illustré par 132 planches, L'Édition d'art H. Piazza.
  • 1902 : Rabia el Kouloub ou le Printemps des cœurs, recueil de trois légendes sahariennes, H. Piazza.
  • 1904 : Les Fléaux de la peinture, observations sur les vernis, les retouches et les couleurs, préface de Georges Lafenestre, Paris, Laurens/E. Rey
  • 1906 : Mirages, illustré de 24 scènes de la vie arabe, dédié à Léonce Bénédite, Piazza — réédité en édition populaire sous le titre Tableaux de la vie arabe.
  • 1910 : Khadra, danseuse Ouled Naïl, roman écrit par Dinet.
  • 1911 : El Fiafi oua el Kifar ou le Désert, contes sahariens.
  • 1918 : La Vie de Mohammed, prophète d'Allah, Piazza.
  • 1922 : L'Orient vu de l'Occident, essai sur l'orientalisme littéraire, Piazza.
  • 1930 : Le Pèlerinage à la maison sacrée d'Allah

Affiche[modifier | modifier le code]

  • Exposition de 1900, L'Andalousie au temps des Maures

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice biographique, Catalogue général de la BNF.
  2. a, b, c, d, e et f « Cote LH/778/42 », base Léonore, ministère français de la Culture
  3. Jeanne Dinet Rollince, La Vie de E. Dinet, Paris, G.P. Maisonneuve, 1938.
  4. Pierre Sanchez, Les expositions de la galerie Georges Petit (1881-1934) : répertoire des artistes et liste de leurs œuvres, Dijon, L’Échelle de Jacob, 2001.
  5. (en) Lire par exemple l'analyse qu'en fait Roger Benjamin, « Chapter 3: Orientalism, modernism and indigenous identity », In: Steve Edwards, Paul Wood, Art of the Avant-Gardes, New Haven, Yale University Press in association with The Open University, 2004 (ISBN 0300102305).
  6. Yacine Idjer, « De la spiritualité à l'érotisme », Info Soir, Alger, 23 décembre 2004.
  7. Gérald Schurr et Pierre Cabanne, Les Petits Maîtres de la peinture, 1820-1950, Paris, Les éditions de l'Amateur, 2014, pp. 346-347.
  8. Voir le numéro 290, page 227 du catalogue raisonné de l'œuvre d'Étienne Dinet par Denise Brahimi et Koudir Benchikou, In: La Vie et l'œuvre d'Étienne Dinet, ACR édition, 1984-1991.
  9. Notice no 000PE027873, base Joconde, ministère français de la Culture
  10. Notice no 000PE016654, base Joconde, ministère français de la Culture

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jeanne Dinet-Rollince, La Vie de E. Dinet, Paris, G.P. Maisonneuve, 1938.
  • Denise Brahimi, Les Terrasses de Bou-Saâda : essai sur la vie et les écrits du peintre Étienne Nasreddine Dinet, éd. ENAG, Alger, 1986.
  • François Pouillon, Les Deux Vies d'Étienne Dinet, Paris, Balland, 1997.
  • Denise Brahimi et Koudir Benchikou, Les Orientalistes, volume 2 : Étienne Dinet, ACR édition, 1998.
  • Retrouvailles, Dinet à Bou-Saâda 2006, ministère de la Culture, musée national Nasr-Eddine-Dinet, Bou-Saâda, Algérie.
  • Naïma Rachdi, Étienne Dinet, Chèvre feuille étoilée, 2011.
  • Marion Vidal Bué, L'Algérie du sud et ses peintres, Marseille, Paris Méditerranée, 2000.

Liens externes[modifier | modifier le code]