Éthologie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Éthologue)
Aller à : navigation, rechercher
Ne doit pas être confondu avec Ethnologie.

L'éthologie désigne l'étude scientifique du comportement des espèces animales, incluant l'humain, dans leur milieu naturel ou dans un environnement expérimental, à travers des méthodes biologiques précises d'observation et de quantification des comportements animaux.

Bien que le comportement animal soit déjà étudié par Aristote, ce terme a été défini par le naturaliste Isidore Geoffroy Saint-Hilaire en 1854. Des scientifiques tels que Charles Darwin, Oskar August Heinroth, Jean-Henri Fabre, Charles Otis Whitman, Jakob von Uexküll ont marqué précocement l'étude du comportement animal en biologie. Les bases formelles de l'éthologie ont été posées à partir des années 1940 par les travaux des autrichiens Karl von Frisch, Konrad Lorenz et du néerlandais Nikolaas Tinbergen, considérés comme les fondateurs de l'éthologie moderne et récipiendaires du prix Nobel de physiologie ou médecine de 1973. Influencée par plusieurs courants de pensée scientifiques au cours du XXe siècle, dont un courant américain de psychologie behavioriste et un courant européen de naturalistes objectivistes, l'éthologie actuelle couple les approches à la fois naturalistes et expérimentales tout en s'enrichissant de techniques d'autres disciplines scientifiques en vue d'acquérir une approche intégrative.

Cette branche zoologique de la biologie dispose de sous-disciplines, comme l'éthologie humaine, l'éthologie appliquée ou la neuroéthologie, et est également apparentée à d'autres champs de recherche, comme la biologie du comportement, l'écologie comportementale, la génétique du comportement, ainsi que la psychologie animale, et, pour le versant humain, la psychologie du développement, la psychologie cognitive, la psychologie sociale ainsi que l'anthropologie.

Étymologie et définition[modifier | modifier le code]

Le terme « éthologie » signifie étymologiquement « étude des mœurs » dans le sens de « comportement »[1]. Les premières contributions qu'il est possible de verser au patrimoine de cette science datent du XVIIe siècle[réf. nécessaire]. Le nom n'est employé qu'en 1854 par le Français Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1805-1861) dans son sens actuel[2].

L'éthologie se définit comme l'étude du comportement animal, ayant pour but d'étudier le comportement sous quatre aspects : sa fonction adaptative, ses mécanismes, son développement au cours de la vie d'un individu et son évolution au niveau phylogénétique[3]. Cette discipline fait appel à des méthodes d'observation et de mesure des comportements, notamment définies par Altmann (1974), ainsi qu'à des méthodes issues d'autres domaines permettant une approche intégrative[4] (analyses génétiques, immunologie…). Les espèces étudiées peuvent être sauvages comme domestiques, et observées dans leur milieu naturel ou en captivité, que ce soit dans un environnement expérimental ou non.

Plusieurs sous-disciplines s'en détachent. Par exemple, l'éthologie appliquée vise à étudier les comportements afin d'améliorer les relations entre l'humain et l'animal, à conserver des espèces et à améliorer le bien-être animal. L'éthologie cognitive se concentre sur l'étude des facultés psychologiques animales, sur les états mentaux et les conduites, notamment en matière d'apprentissage, de reconnaissance, de discrimination etc. La neuroéthologie se concentre sur les aspects neurologiques qui sont à l'origine des comportements. L'éthologie humaine consiste à étudier les êtres humains dans leur environnement selon les mêmes méthodes biologiques d'observation du comportement que celles employées pour les espèces animales non-humaines, que ce soit à l'échelle individuelle ou collective[3],[5],[6]. L'éthologie comparée ou comparative se concentre sur la comparaison des comportements entre différentes espèces. Ce terme n'est cependant plus utilisé en raison de l'approche comparative similaire déjà adoptée dans les autres disciplines biologiques[6].

L'éthologie ne doit cependant pas être confondue avec le behaviorisme, courant de psychologie américain qui a marqué le début du XXe siècle et dont l'approche est centrée sur la thématique de l'apprentissage notamment via des expérimentations de laboratoire.

Historique[modifier | modifier le code]

Prémices[modifier | modifier le code]

Le comportement animal fait déjà l'objet de descriptions dans l'Antiquité grecque, notamment par Aristote ainsi que par Théophraste[7]. Certaines œuvres d'Aristote sont même parfois qualifiées comme relevant de l'éthologie[8]. Dans sa série de livre intitulée L'Histoire des Animaux, Aristote décrit des comportements exprimés par certaines espèces animales dans un objectif de classification, réalisant la première taxonomie animale[2]. Il y fait également des rapprochements entre l'humain et les autres animaux. Pour Aristote, les humains et les autres animaux partagent une « âme sensible » tandis que seul l'humain dispose d'une « âme pensante »[2]. L'influence d'Aristote se poursuit au Moyen Âge ainsi que dans l'étude des sciences naturelles.

Plusieurs naturalistes, zoologues et philosophes s'intéressent entre autres au comportement animal et le décrivent. Au XVIIIe siècle, Buffon au sein de son Histoire naturelle décrit de nombreux comportements, en se penchant sur les capacités comportementales, l'intelligence, l'instinct et les prédispositions à la domestication de plusieurs espèces. Réaumur dans ses Mémoires pour servir à l'histoire des insectes décrit plus particulièrement les insectes sociaux. Leroy, dans Lettres sur les animaux, souhaite réaliser une description complète de chaque espèce animale, en décrivant et en discutant les comportements comme révélateurs de compétences, de capacités ou de fonctions spécifiques. Leroy distingue instinct et intelligence[2].

Au XIXe siècle, Lamarck introduit dans Philosophie zoologique la théorie du transformisme chez les espèces, idée selon laquelle l'usage et le non-usage de traits en modifient l'expression et selon laquelle les traits acquis se transmettent également de manière héréditaire à la descendance. Dans cette perspective, le comportement de l'animal s'adapte à l'environnement, ce qui influence directement l'évolution de l'espèce[2].

Cependant, les premières véritables recherches dédiées au comportement animal datent du XIXe siècle, bénéficiant de l'essor des travaux en sciences naturelles de cette époque[réf. nécessaire], et plus tard, des travaux en psychologie, l'éthologie ne devenant une discipline à part entière qu'au XXe siècle[5]. Gilbert White et Charles-Georges Leroy font partie des précurseurs[9]. Charles Darwin est parfois considéré comme le père de l'étude du comportement animal[9]. Il y dédie certains de ses ouvrages, comme The Expression of the Emotions in Man and Animals, dans lequel il fait des rapprochements entre les comportements humains et les comportements animaux, inscrivant l'humain dans une continuité évolutive[9].

Parallèlement, le comportement animal est également étudié sous l'angle de la psychologie comparée, dont René Descartes fut un précurseur. Deux écoles s'affrontent[réf. nécessaire], les vitalistes comme George John Romanes face aux mécanistes tel Lloyd Morgan, qui introduit le principe de parcimonie ou « canon de Morgan ». L'étude du comportement animal bénéficie aussi des avancées de la physiologie animale, comme des travaux du russe Pavlov portant sur les réflexes conditionnés ou le conditionnement classique, puis à partir de la première moitié du XXe siècle de l'approche objective de l'école de psychologie behavioriste, courant fondé par John Watson qui influence de manière importante la psychologie américaine[9]. Les apports des behavioristes se concentrent principalement sur la thématique de l'apprentissage et des notions de stimulus-réponse, supposées expliquer les comportements plus complexes[3]. Ainsi, Skinner met en évidence le conditionnement opérant et les lois générales de l'apprentissage tandis que Thorndike démontre la loi de l'effet ainsi que la loi de l'exercice. Se basant sur une vision expérimentale et la plus objective possible, le behaviorisme consiste à étudier uniquement les comportements observables et non à interpréter des processus mentaux ou internes des animaux[3]. Cette approche est cependant critiquée par des éthologues européens à l'approche plus naturaliste comme Konrad Lorenz et Nikolaas Tinbergen[9], Lorenz jugeant l'approche behavioriste trop éloignée des sciences de la nature et du comportement en milieu naturel[3].

Naissance de l'éthologie classique ou objectiviste[modifier | modifier le code]

Nikolaas Tinbergen (gauche) et Konrad Lorenz (droite), 1978

L'éthologie moderne est l'héritière des travaux de Konrad Lorenz, Nikolaas Tinbergen et Karl von Frisch (qui reçurent le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1973). Cette partie en présente les principes en suivant la démarche exposée par Konrad Lorenz dans son ouvrage Les fondements de l'éthologie.

L'éthologie est l'étude des comportements communs à une espèce, indépendants de l'apprentissage par imitation entre congénères de la même espèce.

À l'époque où il élabore sa théorie, Konrad Lorenz distingue deux grandes écoles de pensée qui s'opposent radicalement[10] :

  • l'école behavioriste, qui insiste sur l'adaptation des animaux à leur environnement et l'acquisition de leurs comportements par l'apprentissage (certains behavioristes nient l'existence de comportements innés) ;
  • la pensée de l'éthologie naturaliste, selon laquelle les comportements des animaux sont entièrement instinctifs, ceux-ci poursuivant néanmoins un objectif « supra-naturel » fixé par un instinct infaillible.

Le point de départ de Konrad Lorenz est de faire une étude anatomique comparée du comportement des animaux (ce qui était inédit), tout comme on faisait à la même époque une étude des caractères morphologiques. Il constate alors qu'il existe des comportements moteurs (par exemple des mouvements de parades) dont les similitudes ou les différences d'une espèce à l'autre se présentent exactement de la même manière que les caractères morphologiques, en dépit des différences environnementales ou des effets de la vie en captivité. Selon Konrad Lorenz, ces comportements moteurs constituent des caractères spécifiques d'une espèce et leurs similitudes ou différences ne peuvent être expliquées autrement que par leur descendance d'une forme ancestrale commune.

Il en arrive donc à la conclusion que certains comportements sont inscrits dans le génome des animaux ; ils sont instinctifs, et même si l'animal est en mesure de poursuivre un certain objectif par un comportement adapté et variable (généralement la survie), cela n'a rien à voir avec une signification téléonomique telle que la concevaient les finalistes.

Mais il ne résume pas non plus le comportement d'un animal à un enchaînement de réflexes, qui seraient des réactions instinctives à des stimuli externes. Konrad Lorenz met en évidence le fait que les comportements ont un fondement physiologique indépendant. Selon lui, ils reposent sur un mécanisme de coordination centrale et une production endogène d'excitation, qui permettent de répondre sélectivement aux stimuli de l'environnement en les filtrant. Tant qu'un comportement n'est pas utilisé, il est inhibé par l'appareil physiologique, ce que l'on représente sous la forme d'un « seuil d'activation ». Un comportement ne se déclenche que par la conjonction d'une excitation interne élevée et d'un stimulus externe correspondant qui provoque le dépassement de ce seuil d'activation. C'est le mécanisme inné de déclenchement co-découvert avec Nikolaas Tinbergen.

À cela s'ajoutent des mécanismes d'apprentissage qui modifient ces seuils. Effectivement, Konrad Lorenz constate que les animaux parviennent à une amélioration adaptative de leurs mécanismes comportementaux. L'explication qu'il propose est que la réaction conditionnée à un stimulus fait partie d'un cycle régulateur, dans lequel la réussite ou l'échec du comportement conditionné agissent sur son facteur déclencheur, le seuil d'activation. Cela permet ainsi la vérification de sa valeur adaptative (est-il favorable ou non à la conservation de l'espèce ?) et par suite son encouragement ou sa suppression par modification du seuil d'activation.

Le comportement des animaux est donc très complexe et son étude ne doit pas se baser sur une opposition entre les notions d'inné (ce dont un être dispose à sa naissance) et d'acquis (ce qui est appris après la naissance) comme le supposaient la plupart des éthologistes, mais sur leur coexistence au sein du psychisme de l'animal.

Objectifs[modifier | modifier le code]

Applications[modifier | modifier le code]

En plus de son aspect fondamental, l'éthologie est employée dans plusieurs contextes et dispose de plusieurs champs d'application, notamment en éthologie appliquée. Cette sous-discipline se concentre sur les relations entre l'humain et les animaux non humains, particulièrement les animaux domestiques, le bien-être animal des animaux sauvages, de rente et domestiques, ainsi que sur la conservation des espèces.

Les connaissances développées dans cette discipline permettent de prendre des mesures pour influencer le bien-être animal. Par exemple, l'amélioration des conditions d'élevage ont des conséquences sur les performances zootechniques des espèces domestiques[11]. Dans les parcs zoologiques ou animaliers, des enrichissements naturels ou instrumentaux adaptés à la biologie de l'espèce peuvent être mis en place dans l'environnement des animaux afin de stimuler leur activité, favoriser l'apparition de comportements naturels et limiter l'apparition ou la manifestation de stéréotypies.

Dans une optique de conservation, l'observation d'une espèce dans des conditions naturelles ou quasi-naturelles peut être effectuée afin d'optimiser sa réintroduction, comme dans le cas du cheval de Przewalski étudié à la station biologique de la Tour du Valat[12]. L'approche éthologique est également employée en écologie, comme dans l'étude de l'impact de la présence du loup sur les populations d'orignaux et de caribous au Canada[13].

Des tests de personnalité chez le cheval sont élaborés dans le but d'optimiser l'adéquation entre le tempérament d'un cheval et son utilisation[14].

Scientifiques étudiant le comportement animal[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Irenaus Eibl-Eibesfeldt, Ethology, the biology of behavior, Holt, Rinehart and Winston, (ISBN 978-0030731303), p. 530.
  2. a, b, c, d et e Raymond Campan et Félicita Scapini, Éthologie : Approche systémique du comportement, Bruxelles, De Boeck Université, coll. « Ouvertures psychologiques », , 737 p. (ISBN 2-8041-3765-1).
  3. a, b, c, d et e Darmaillacq et Lévy 2015, ch.1.
  4. Darmallaicq et Lévy 2015, ch.2.
  5. a et b Odile Petit, « ÉTHOLOGIE », Encyclopædia Universalis (consulté le 9 janvier 2017).
  6. a et b Klaus Immelmann (trad. Anne Ruwet), Dictionnaire de l'éthologie, Bruxelles, (ISBN 2-87009-388-8).
  7. Arnaud Zucker, Aristote et les classifications zoologiques, (ISBN 978-9042916609, lire en ligne), p. 318.
  8. Jean-Louis Labarrière, « Aristote et l'éthologie », Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, Presses Universitaires de France, t. 183, no 2,‎ , p. 281-300 (lire en ligne).
  9. a, b, c, d et e MacFarland 2009, ch. 1.
  10. Raymond Campan et Felicita Scapini, Éthologie: approche systémique du comportement, De Boeck, (lire en ligne), p. 26-27.
  11. Bien-être et zootechnie.
  12. « Martine Hausberger » (sur l'Internet Archive).
  13. « L’importance du facteur éthologique dans les fonctionnements des systèmes écologiques ».
  14. Tempérament du cheval et utilisation.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]