Équitation éthologique

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Monty Roberts désensibilisant un cheval atteint de phobie.

L’équitation éthologique ou équitation naturelle est une méthode de dressage équestre inspirée de l'éthologie équine, qui vise à interagir avec son cheval tout en prenant en compte les particularités psychologiques de l'animal. Elle est nettement influencée par une vision populaire poétique des peuples amérindiens, et connaît une vague d'engouement dans les pays occidentaux, en particulier en France, suite au grand succès du film L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux.

Elle se fait connaître grâce à des cavaliers américains nommés les chuchoteurs ou les nouveaux maîtres. Les pionniers sont Tom Dorrance et Ray Hunt, la fin des années 1990 et le début des années 2000 sont marqués par les succès de Monty Roberts (qui développe la technique dite du « join-up ») et Pat Parelli (avec les « sept jeux »). Chaque enseignant ou presque a développé sa propre méthode d'approche. L'équitation éthologique est basée sur la non-violence, il s'agit de persuader le cheval d'obéir en douceur plutôt que de le forcer ou d'entrer dans une relation conflictuelle avec lui. Pour cela, le pratiquant de l'équitation éthologique recourt à des exercices à pied et à des matériaux d'équitation légers, permettant une meilleure relation avec l'animal. À terme, cette méthode permet entre autres de monter à cheval et de diriger sa monture avec une simple corde autour de l'encolure.

L'équitation éthologique fait l'objet de fréquentes critiques, surtout de la part de Jean-Pierre Digard, en ce qui concerne le manque d'académisme de ses nombreuses méthodes, son héritage revendiqué, le côté prestidigitation des démonstrations de chuchoteurs ou encore le sous-emploi du cheval dont elle témoigne.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Le terme d'« équitation éthologique » s'est récemment imposé pour désigner cette pratique, après de nombreuses critiques. La difficulté était de trouver une juste traduction du terme américain d'origine, « horsemanship »[1]. Le nom d'équitation naturelle est parfois employé.

Le nom de « chuchoteur » a été popularisé pour désigner les enseignants de l'équitation éthologique, sous l'influence du terme américain « horse whisperer » qui signifie littéralement « murmureur ». Cette légende popularisée par le roman et le film L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux n'est pas exacte, puisque l'équitation éthologique se pratique surtout sur la base du langage du corps, et ne comporte pas de chuchotements à l'oreille[1]. Le terme horse whisperer est employé la première fois pour un dresseur irlandais, Sullivan. Cet homme illettré est réputé pour se faire souvent enfermer dans le box de chevaux indomptables. Après quelques heures, il en ressort avec un cheval calme et confiant. Comme il n'a pas laissé d'écrit, nul n'a jamais rien su de sa méthode, d'où le surnom de « chuchoteur ». En se basant sur cette légende, ce surnom est donné par la suite à tous les dresseurs de chevaux « faiseurs de miracles ». En France, le périodique Cheval magazine a dans un premier temps inventé le terme de « nouveaux maîtres » pour désigner les pratiquants de l'équitation éthologique. Cette dénomination a été ensuite abandonnée les années passant[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

L'équitation éthologique est influencée par la vision occidentale des peuples amérindiens.
John S. Rarey est considéré comme étant le premier pratiquant de l'équitation éthologique

L'origine de l'équitation éthologique est très ancienne[2], d'après le docteur en sciences de l'éducation Patrice Franchet d'Espèrey, cette monte « révélatrice d'un vieux rêve qui hante le plus profond de l'homme » est le résultat d'une quête de la « centaurisation » permanente chez les cavaliers. Elle est influencée par la vision occidentale populaire des amérindiens comme peuple cavalier réalisant une véritable fusion avec sa monture, et par là avec la nature[3].

La plupart des « nouveaux maîtres » revendiquent en effet l'héritage des indiens d'Amérique du Nord, chez qui ils auraient puisés leurs méthodes basées sur la non-violence, le consentement du cheval, et l'harmonie du couple cavalier-cheval[4]. Quelques chuchoteurs comme Monty Roberts et Pat Parelli se disent eux-mêmes descendants des indiens d'Amérique. De même, certains journalistes comme Maria Franchini, collaboratrice de Cheval magazine, défendent la théorie selon laquelle les amérindiens étaient les premiers chuchoteurs[5],[6]. Faute de preuves, cet argument est contesté, Jean-Louis Gouraud évoque plutôt le britannique John S. Rarey comme étant le premier chuchoteur. En 1858, il était parvenu, sur la base de l'observation du comportement du cheval, à venir à bout d'animaux réputés indomptables, obtenant un immense succès populaire et commercial. Jean-Pierre Digard soutient également que cet homme est précurseur des cavaliers américains, dont il applique déjà certaines méthodes[7].

L'éthologie équine suit un courant de sensibilisation envers le traitement réservé aux chevaux, entamé depuis le basculement de l'utilisation du cheval de la sphère militaire vers les activités de loisir[8], accompagnant aussi la recherche, pour les cavaliers, de contacts avec le cheval plutôt que d'exercices d'équitation. Dans ce contexte, la recherche d'une « équitation alternative » prend tout son sens[9] :

« Le succès des chuchoteurs et autres éducateurs équins est incontestable et d’envergure mondiale. C’est à l’évidence qu’ils occupent un créneau laissé vacant par l’équitation classique, qu’ils apportent une réponse à des questions restées en suspens… »

— Cheval magazine[10].

Apparition et diversification des pratiques[modifier | modifier le code]

Les premiers pratiquants connus de l'équitation éthologique sont issus du milieu du western américain. Ils développent cette méthode par réaction envers les pratiques traditionnelles des cow-boys, qui « brisent les chevaux »[Trad 1] afin de proposer une alternative à l'équitation western classique. Les premiers cavaliers connus sont Tom Dorrance et Ray Hunt[11], viennent ensuite Monty Roberts, John Lyons, Buck Brannaman et Pat Parelli, le plus célèbre dans les années 2000. Certains européens s'y sont également intéressés.

Depuis les années 1980, ce courant équestre, porté par les « nouveaux maîtres », s'impose progressivement dans le paysage équestre et le savoir qu'il véhicule se codifie[12]. Le film à succès de Robert Redford, L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, popularise la pratique de l'équitation éthologique auprès d'un large public. Les enseignants de ces méthodes acquièrent alors une renommée internationale, y compris en France et en Europe[13], en l'espace de quelques années[14]. L'application de méthodes marketing y est pour beaucoup : en France, Pat Parelli créé ainsi au haras de la Cense le premier centre d'équitation éthologique du pays[15],[9].

La pratique de l'équitation éthologique fait l'objet d'un important engouement depuis les années 2000[16]. Elle entraîne une nouvelle curiosité envers les pratiques équestres des peuples amérindiens[4]. Une grande part du succès de cette équitation réside dans le fait que les nouveaux maîtres sont capables de « redresser en douceur » les chevaux difficiles ou souffrant de troubles du comportement. Or, les cavaliers ont toujours été à la recherche de ce type de méthodes s'ils sont confrontés à un cheval récalcitrant. Jean-Pierre Digard en conclut aussi que son succès s'explique parce qu'elle est « dans l'air du temps »[9], les cavaliers souhaitant un cheval qui montre son plaisir d'obéir en toute liberté.


Description[modifier | modifier le code]

En équitation éthologique, l'homme doit apprendre à « penser cheval ».

L'équitation éthologique est la mise en pratique (par le « chuchoteur ») des méthodes d'équitation douces inspirées de travaux et découvertes des éthologues sur les chevaux[17], elle se veut être une équitation plus respectueuse, tenant compte de la psychologie animale par le biais de l'éthologie équine, étude du comportement du cheval. En prenant en compte les particularités psychologiques, l'éthologie donne un nouvel éclairage sur la relation homme-cheval[18]. Certains spécialistes, comme le vétérinaire américain Robert Miller, voient dans l'équitation éthologique une « approche révolutionnaire » de la relation homme-cheval, basée pour la première fois sur la douceur et la persuasion[14].

La pratique sportive de l'enseignement de l'équitation éthologique tient compte de cette science dès l'approche du cheval[19]. Toute cette méthode repose sur la prise en compte du statut d'animal proie émotif et peureux chez le cheval, et du statut de prédateur de l'homme. Il s'agit de garder en permanence à l'esprit le fait que le cheval va d'abord rechercher le confort, la sécurité, et des relations[1]. L'homme se pose en leader vis-à-vis du cheval et l'apprentissage s'effectue via le renforcement négatif, toute situation non-désirée étant rendue inconfortable pour lui, toute situation désirée est rendue au contraire plus confortable[20].

Un point important de cette méthode est le travail à pied, fortement conseillé[20] avec des exercices et des jeux entre le cheval et son cavalier. Ce travail inclut des manipulations, et se révèle plus proche de l'agility canin[Note 1] que de la pratique traditionnelle de l'équitation[4]. Il comprend, entre autres, un dressage permettant de faire venir librement le cheval à soi grâce à la voix ou à un signe, et la monte du cheval sans utilisation d'une bride, tête nue ou en licol, voire une corde autour de l'encolure, ou bien avec un side-pull ou une bride bitless[21] (du mot anglais signifiant « sans mors »). Bon nombre de cavaliers souhaitent ainsi monter leurs chevaux en liberté et les éduquer au licol, ou avec une ficelle autour de l'encolure. D'après les enseignants de ces méthodes, il n'est pas rare de voir les cavaliers monter leur chevaux avec un licol dit « éthologique » et une longe en corde, voire sans rien du tout après plusieurs mois de travail[22].

Selon les écuries de Firfol, le moment du pansage est extrêmement important car il permet de renforcer le lien en permettant à l'homme de procurer du plaisir à l'animal[23].

Débourrage[modifier | modifier le code]

Article principal : débourrage.

Les nouveaux maîtres s'intéressent d'abord au débourrage, leur méthode consiste à se placer comme leader dominant par rapport au poulain (ou au cheval adulte non débourré ou récalcitrant). Ce dernier doit comprendre que la sécurité se trouve près de son maître (dans la nature, les chevaux ont l'instinct grégaire et n'aiment pas rester seuls). Lorsque le cheval montre qu'il veut fuir, le dresseur le laisse faire, mais l'oblige à rester éloigné jusqu'à ce qu'il se décide lui-même à venir, et qu'il montre (par son attitude corporelle) un souhait de se rapprocher. C'est au cheval de prendre les décisions et non d'être contraint.

Lorsque le cheval a décidé d'arrêter de fuir, le dresseur le laisse venir à lui en adoptant une attitude calme et non intimidante. Il le caresse, d'abord avec les mains sur tout le corps, puis avec la longe, le filet, le tapis de selle, etc, afin de le désensibiliser à ce qui l'effraie. Le dresseur envisage ensuite de lui poser une selle sur le dos, toujours en inspirant confiance et respect à l'animal. Généralement, le dresseur peut monter sur le dos du cheval dès la première séance si tout ce qu'il a entrepris précédemment s'est déroulé dans le calme.

Matériel utilisé[modifier | modifier le code]

Licol de corde mis en place.
Éperons à molette de type western.

Les dresseurs utilisent généralement des matériaux légers et doux pour approcher le cheval, comme des licols de corde, dits « éthologiques », l'incitant à ne pas s'appuyer dessus (car la section de la corde est plus fine derrière les oreilles que pour les licols en nylon ou en cuir) ou encore un side-pull ou une simple cordelette autour de l'encolure du cheval. Certains parfois montent même sans rien (Hempfling[24], Jean François Pignon, etc.) Cependant, les dresseurs ne rejettent pas obligatoirement toutes les méthodes de l'équitation classique. Aussi, ils peuvent également utiliser un filet, munit d'un mors le plus simple possible (certains, comme Elisabeth De Corbigny[25] préfèrent utiliser les mors à aiguilles). Plus le mors de filet est sophistiqué, plus il est douloureux et contraignant pour le cheval. Concernant le choix de la selle, il n'y a pas de recommandation particulière, tout dépend de la discipline, mais certains préfèrent les selles sans arçons ou la monte à cru. Les selles sans arçons peuvent être mauvaises pour préserver le dos des chevaux, tout comme une monte abusive à cru.

Le cheval est contraint à céder aux points de pressions qui sont répartis sur des endroits stratégiques de sa tête. S'il prend appui sur le licol et résiste, il s'infligera lui-même la pression de la corde derrière ses oreilles et donc une douleur. Toute action abusive de traction du licol par le cavalier devient contraignante pour le cheval qui se voit obligé de réagir à la moindre pression du licol pour ne pas avoir mal. La « légèreté » du licol de corde n'est évidente que si l'utilisateur s'en sert à bon escient et en connaît les réglages, d'où la présence de nombreux abus.

Est également utilisé un stick ou cravache longue de dressage (rigide, le plus souvent en fibre de verre, d'environ 1,50 m) comme prolongement du bras lors des exercices au sol avec l'animal. Le stick a la même fonction que les cravaches classiques même si celles-ci sont rarement utilisées ainsi dans la pratique en équitation classique. Il est utilisé de différentes manières suivant l'effet demandé: prolongement du bras pour faciliter une demande gestuelle à distance, simple toucher à un endroit précis pour souligner un ordre ou encore tapotement plus énergique pour l'imposer, il peut être aussi utilisé pour caresser ou même chasser les mouches. Le stick peut aussi être utilisé dans le cadre d'un renforcement négatif (punition) pour éviter des comportements indésirables, cependant ce mode doit rester exceptionnel et pondéré.

Les éperons peuvent être utilisés dans certains cas, à conditions de ne pas être trop pointus. Pat Parelli s'en sert comme prolongement de la jambe, et uniquement lors de sa 4ème phase de demande. Bien souvent, il n'est nécessaire de les utiliser qu'une seule fois. Le cheval choisira par la suite d'obéir sans être contraint de le faire[26].

Méthodes d'approche[modifier | modifier le code]

Les chuchoteurs ont chacun une technique d'approche différente.

Méthode Monty Roberts[modifier | modifier le code]

Monty Roberts exerçant sa méthode dite du consentement (« join-up ») en public.
Article connexe : Monty Roberts.

Monty Roberts est connu notamment pour ses démonstrations en public de la technique du consentement (en anglais « join-up »[27]), qui consiste à proposer au cheval de venir rejoindre son maître de son plein gré, démontrant ainsi sa confiance[28]. Cependant la méthode Monty Roberts fait beaucoup polémiquer dans le milieu de l'équitation éthologique et est assez peu représentative de l'équitation éthologique[29].

Méthode Parelli[modifier | modifier le code]

Article connexe : Pat Parelli.

La méthode de Pat Parelli repose plus particulièrement autour de sept jeux que le cavalier se doit de proposer à sa monture, afin d'éveiller son intérêt et sa complicité[30].

Lorsqu'il demande au cheval quelque chose (comme faire un pas en avant), l'animal est libre de choisir à quelle phase il va obéir, car la demande se déroule sur une « échelle de fermeté » : douce à la première phase (position du corps du cavalier favorable à l'exécution), puis de plus en plus ferme (voix, pression des jambes), jusqu'à l'utilisation mesurée des éperons (ou parfois d'une claque sur la croupe si le cheval refuse toujours d'obéir)[31] en dernière phase (4ème phase).

Autres méthodes[modifier | modifier le code]

Il existe de nombreuses autres méthodes: la méthode La Cense, la méthode Elisabeth De Corbigny, la méthode Firfol... Certains comme le magazine Planète Cheval au Naturel (renommé Equitation Durable récemment[32]) refusent d'être catalogués comme divulguant une "méthode". Il y a enfin un courant encore très minoritaire de sans-équitation[33]

Examens fédéraux[modifier | modifier le code]

Le succès populaire de l'équitation éthologique pousse la fédération française d'équitation à l'intégrer parmi ses examens fédéraux et ses disciplines équestres[9]. Elle organise la formation et l’évaluation de pratiquants licenciés en équitation éthologique. Cette formation est déclinée en 5 « Savoirs » visant à affiner la communication homme-cheval, aussi bien en selle qu'à pieds[34]. Ce programme fédéral inclut surtout trois domaines : observation du cheval, soins et équitation[19].

Critiques[modifier | modifier le code]

L'équitation éthologique fait l'objet de nombreuses critiques, en particulier par les pratiquants de l'équitation classique. L’ethnologue français Jean-Pierre Digard est l'un des plus actifs, mais d'autres personnalités, comme le spécialiste de l'équitation portugaise Carlos Henriques Pereira, se distinguent aussi dans leur analyse.

Les bases scientifiques[modifier | modifier le code]

L'une des plus fréquentes critiques de l'équitation éthologique est d'y voir une pratique en réalité dépourvue de bases scientifiques[35], ce qui explique que chaque enseignant ait « sa » méthode : méthode Parelli, méthode Blondeau, méthode Monty Roberts, etc. Les publications au sujet de l'équitation éthologique sont, d'après Jean-Pierre Digard, généralement dépourvues de rigueur scientifique[4]. La fédération française d'équitation tient aussi à rappeler que l’éthologiste est un scientifique du comportement animal, et que le recours au terme d'« éthologique » ne peut s'appliquer à de simples stages équestres encadrés par des enseignants diplômés d’équitation[36]. En l'absence de codification et d'académisme, « n'importe qui » peut se revendiquer « chuchoteur » ou « nouveau maître », cette situation conduit à des dérives. Il est devenu difficile de séparer les véritables enseignants d'équitation éthologique des charlatans et des arnaqueurs qui profitent de l'engouement autour de cette équitation[37]. Ainsi, l'enseignant-chercheur en relation homme-animal Carlos Henriques Pereira voit dans la soif de communication avec le cheval une véritable porte ouverte à toutes sortes de « gourous », des faux psychologues aux adeptes du paranormal[14]. La création de diplômes d'équitation éthologique, en France notamment, est une manière de répondre à ce problème.

Une émission sur Equidia Life fait valoir que si les défenseurs de l'équitation éthologique doivent encore rendre leur pratique plus académique pour que l'ensemble de la filière équestre la reconnaisse, « la sécurité, la constance et la fiabilité des performances ne sont plus à démontrer »[38].

L'absence de nouveauté[modifier | modifier le code]

Un autre reproche est celui de l'absence de réelle nouveauté dans l'enseignement de l'équitation éthologique. Pour Carlos Henriques Pereira, l'enseignement de Tom Dorrance, le plus ancien des « chuchoteurs » américains, n'apporte rien de nouveau dans la « communication interspécifique homme-cheval », et son disciple Ray Hunt se rapproche de l'enseignement de Nuno Oliveira. En effet, la gradation des demandes n'est pas nouvelle et est d'ailleurs un principe évident pour l'équitation de Légèreté. Même Monty Roberts, qui parle d'un « langage equus » exprimé par le cheval à partir des mouvements du corps, n'a selon lui que re-découvert un savoir déjà évoqué avant lui[39].

Le recours à l’étiquette scientifique que recouvre le terme d'« éthologie » est abusif, d'après Jean-Pierre Digard, « dès que le corpus de connaissances et de pratiques des « nouveaux maîtres » n’est rien d’autre qu’empirique, le plus souvent un habillage remis au goût du jour de connaissances et de pratiques qui sont familières à la plupart des praticiens du cheval »[4].

L'héritage amérindien[modifier | modifier le code]

D'après Jean-Pierre Digard, l'équitation éthologique actuelle est issue d'un « mythe du bon sauvage » façonné par les occidentaux à propos des amérindiens, lesquels étaient historiquement loin du « modèle d’harmonie et de non-violence entre l’homme et ses frères animaux ». Il qualifie cet héritage revendiqué d'argument marketing au vernis d'exotisme, ajoutant qu'il véhicule une fascination pour le néo-paganisme, et le rejet du matérialisme[40],[41].

La mise en scène[modifier | modifier le code]

Une autre critique concerne l'illusion donnée par certains « nouveaux maîtres », grâce à une mise en scène apparentée à la prestidigitation, que le cheval n'est pas dominé par l'homme, et garde le libre choix de réaliser ou pas les exercices qui lui sont demandés. Jean-Pierre Digard révèle à ce sujet que l’« équitation à mains nues » de Pat Parelli focalise l'attention du public sur la conduite du cheval sans les mains, en omettant la présence d'éperons à molettes fixés sur les bottes[4].

Le non-emploi du cheval[modifier | modifier le code]

Jean-Pierre Digard voit enfin dans l'équitation éthologique un « flagrant sous-emploi du cheval inscrit dans un processus de régression des usages du cheval et de sa transformation en animal de compagnie »[40]. De leur côté, les enseignants de l'équitation éthologique à Firfol se défendent de promouvoir le non-emploi du cheval, arguant que « si l'on veut vraiment être naturel avec le cheval, il faudrait le laisser au fond d'un pré et ne plus s'en occuper », ce qui équivaudrait à la disparition de l'équitation, et par là à celle du cheval lui-même. Selon eux, beaucoup de personnes discréditent l'utilisation du mot « naturel ». Il s'agit simplement de pratiquer l'équitation de manière plus sympathique et agréable pour le cheval comme pour le cavalier[42].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

  1. Version originale : To break horses.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d « Équitation éthologique : Discipline ou technique universelle » dans Cheval magazine, novembre 2012, no 492, p. 34
  2. Julie Deutsch, Le comportement du cheval, coll. Les Équiguides, éditions Artemis, 2006 (ISBN 2844166407 et 9782844166401), p. 121
  3. Patrice Franchet d'Espèrey, La main du maître: réflexions sur l'héritage équestre, Odile Jacob, 2007, (ISBN 2738120334 et 9782738120335), p. 150
  4. a, b, c, d, e et f Digard 2004, p. 5
  5. Maria Franchini, « Les Indiens : étaient-ils les premiers chuchoteurs américains ? » dans Collectif 2003
  6. Maria Franchini, Les indiens d'Amérique et le cheval, Zulma, 2001, 300 p.
  7. Digard 2004, p. 7
  8. Digard 2004, p. 3
  9. a, b, c et d Digard 2004, p. 4
  10. « Quel vide de l'équitation classique occupent les chuchoteurs ? » dans Collectif 2003
  11. « Tom Dorrance et Ray Hunt, Les premiers chuchoteurs » dans Collectif 2003
  12. Carlos Henriques Pereira, Étude du premier traité d’équitation portugais: Livro da ensinança de bem cavalgar toda sela, du roi Dom Duarte, Editions L'Harmattan, 2001, (ISBN 2747506789 et 9782747506786), p. 74
  13. La Cense 2004, p. présentation éditeur
  14. a, b et c Henriques Pereira 2009, p. 30
  15. Carlos Henriques Pereira, Parler aux chevaux autrement: Approche sémiotique de l'équitation, Éditions Amphora, 2009, (ISBN 2851807757 et 9782851807755), 160 p.
  16. Digard 2004, p. 2
  17. Equidia, Le cheval, un concentré de nature, 23 min
  18. de Corbigny 2002, p. présentation éditeur
  19. a et b Blondeau 2004, p. présentation éditeur
  20. a et b « Équitation éthologique : Discipline ou technique universelle » dans Cheval magazine, novembre 2012, no 492, p. 35
  21. http://www.bitlessdressage.com/
  22. Vidéo de Pat Parelli sur YouTube
  23. Equidia, Le cheval, un condensé de nature, vers 7 min
  24. http://www.youtube.com/watch?v=yCFbzUlDEJA&NR=1
  25. Équitation Éthologique tome 2 "Du poulain nouveau né au cheval monté" page 124
  26. Natural Horse-Man-Ship de Pat Parelli, cité en bibliographie
  27. La méthode du join-up par Monty Roberts
  28. « Le join-up » dans Collectif 2003
  29. http://www.cheval-nature.com/reportages/roberts-et-son-mannequin-dressage.html
  30. Les 7 jeux de Pat Parelli
  31. Méthode de Pat Parelli sur les chevaux têtus, d'après son livre "Natural Horse-Man-Ship", cité en bibliographie.
  32. lors du numéro d'octobre-novembre-décembre 2011
  33. http://chevaux-en-vacances.forumactif.ws/
  34. « Les Savoirs », sur FFE.com (consulté le 21 novembre 2011)
  35. Fédération internationale des professeurs de français, Le Français dans le monde, Numéros 343 à 348, Librairies Hachette et Larousse, 2006, p. 51
  36. L’Éperon, n° 224, juin 2003, p. 6.
  37. « Chuchoteur ou carotteur ? » dans Collectif 2003
  38. Equidia Life, Le cheval, un concentré de nature, 39:00
  39. Henriques Pereira 2009, p. 31
  40. a et b Jean-Pierre Digard, « Des manèges aux tipis » dans Techniques et culture, numéros 42 à 45, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 2003, p. 135
  41. Digard 2004, p. 6
  42. Equidia, Le cheval, un concentré de nature, 21 min

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il existe d'ailleurs plusieurs disciplines équestres s'y apparentant: l'hevosagility, l'equility et les équifeels.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages techniques[modifier | modifier le code]

Ces ouvrages ont vocation à enseigner différentes méthodes d'équitation éthologique.

Méthode Parelli[modifier | modifier le code]
  • Pat Parelli, Natural Horse-Man-Ship, Zulma,‎ 1999 (1re éd. 1993) (ISBN 2843040442)
  • (en) Pat Parelli, Natural Horse-man-ship: Six Keys to a Natural Horse-human Relationship, The Lyons Press,‎ 1er février 2003, 224 p. (ISBN 1585747122 et 978-1585747122)
Méthode Corbigny[modifier | modifier le code]
  • Elisabeth de Corbigny, Équitation éthologique: Éducation en liberté, à pied et à cheval, t. 1, Vigot,‎ 2002, 150 p. (ISBN 2711415171 et 9782711415175)
  • Elisabeth de Corbigny, Équitation éthologique: Du poulain nouveau-né au cheval monté, t. 2, Vigot,‎ 14 novembre 2003, 218 p. (ISBN 2711415201 et 978-2711415205)
  • Elisabeth de Corbigny, Équitation éthologique: Équilibre et légèreté, t. 3, Vigot,‎ 24 novembre 2008, 245 p. (ISBN 2711418308 et 978-27114183051)
  • Elisabeth de Corbigny et Claude Lux (ill. Yvan Benoist-Gironière, photogr. Thierry Ségard), Manuel d'équitation éthologique : Savoirs 1 à 5, Vigot,‎ 23 décembre 2005, 200 p. (ISBN 2711417980 et 978-2711417988)
Méthode La Cense[modifier | modifier le code]
  • La Cense, Les savoirs d'équitation éthologique: Tome 1, Savoir 1 & 2, vol. 1, Le Cherche Midi,‎ 2004, 87 p. (ISBN 2749102081 et 9782749102085)
  • Yolaine de la Bigne et La Cense, Les savoirs d'équitation éthologique: Tome 3, Savoir 5, Le Cherche Midi,‎ 2004, 111 p. (ISBN 2749102677 et 9782749102672)
Méthode Blondeau[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Collectif, « Les secrets des chuchoteurs », Cheval magazine, Prest edit, no 7 (hors-série),‎ octobre 2003 (lire en ligne)
  • Jean-Pierre Digard, « Des manèges aux tipis. « Équitation éthologique » et mythes indiens », Techniques et cultures, no 43-44,‎ 2004, p. 2-10 (lire en ligne)
  • Collectif, « Montez éthologique ! », Cheval magazine, Prest edit, no 26 (hors-série),‎ mars 2012 (lire en ligne)
  • Brenda Wahler et Amélie Tsaag Valren, « L’équitation éthologique vue du Montana », Cheval Savoir, no 40,‎ février 2013 (lire en ligne)