Épitaphe de Seikilos

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Stèle portant l’inscription de Seikilos, v. fin du IIe siècle av. J.-C., Nationalmuseet, Copenhague
La mélodie chantée avec la prononciation du grec koinè.

L’épitaphe de Seikilos ou chanson de Tralles est un fragment d'inscription épigraphique grecque, partiellement accompagné d'une notation musicale, gravée sur une colonne de marbre placée sur la tombe qu'a faite ériger un certain Seikilos pour son épouse ou son père, près de Tralles, en Asie Mineure.

La « Chanson de Seikilos », datée du Ier ou IIe siècle est ainsi le plus ancien exemple découvert à ce jour sur terre d'une composition musicale complète avec sa notation.

Texte[modifier | modifier le code]

Texte de la stèle déployé

La colonne comporte d'abord un distique élégiaque, écrit dans le trope ionien et en dipodies ïambiques[1], expliquant :

« ΕΙΚΩΝ Η ΛΙΘΟΣ
Eikôn hê lithos
ΕΙΜΙ· ΤΙΘΗΣΙ ΜΕ
eimi; tithêsi me
ΣΕΙΚΙΛΟΣ ΕΝΘΑ
Seikilos entha
ΜΝΗΜΗΣ ΑΘΑΝΑΤΟΥ
mnêmês athanatou
ΣΗΜΑ ΠΟΛΥΧΡΟΝΙΟΝ
sêma polukhronion »

« La pierre que je suis est une image.
Seikilos me place ici,
Signe immortel d'un souvenir éternel. »

L'inscription contient ensuite les paroles suivantes sur lesquelles se déroule la mélodie :

Épitaphe reconstituée

« Ὅσον ζῇς φαίνου/ Hóson zễis, phaínou
μηδὲν ὅλως σὺ λυποῦ / mêdèn hólôs sù lupoû·
πρὸς ὀλίγον ἐστὶ τὸ ζῆν / pròs olígon estì tò zễn.
τὸ τέλος χρόνος ἀπαιτεῖ. / tò télos ho khrónos apaiteî. »

« Tant que tu vis, brille !
Ne t'afflige absolument de rien !
La vie ne dure guère.
Le temps exige son tribut. »

— Traduction de Théodore Reinach

Dédicace[modifier | modifier le code]

Euterpe, détail du Détail du « sarcophage des Muses », IIe siècle av. J.-C., Musée du Louvre

Les deux derniers mots forment la dédicace et le dernier nom constitue peut-être une abréviation ou est partiellement manquant. Sur cette base, la personne à laquelle le monument est dédicacé fait débat, selon la reconstitution proposée[2] : Σείκιλος Εὐτέρ(πῃ) (Seíkilos Eutér(pei), « De Seikilos à Euterpe ») suggère une dédicace de Seikilos à son épouse[3]. Mais une autre reconstruction possible propose Σείκιλος Εὐτέρ[που] (Seikilos Euter[pou], « Seikilos [fils] d'Euterpos »), suggérant la dédicace à son père[2] dans ce qui pourrait être une lignée de musiciens[4]. Une autre traduction suggère encore « Seikilos [fils de la muse] Euterpe », muse qui, dans la mythologie grecque, préside à la musique[5].

Mélodie[modifier | modifier le code]

La mélodie de l'épitaphe de Seikilos, écrite en notation moderne.

La mélodie, écrite en mode phrygien[6] et en ton iastien (ou ionien)[7], emploie les degrés de la gamme diatonique centrés sur le degré sol en guise de tonique[8] et se déploie sur un intervalle d'une octave juste[9]. La chanson est mélancolique, et souvent classée comme skolion (ou « chanson à boire »)[5] bien que ce point soit débattu, notamment par le contexte dans lequel est figuré le texte qui fait pencher certains chercheurs vers une simple épigramme, forme que l'on retrouve régulièrement sur les stèles funéraires et les tablettes votives[10].

On ne connaît pas le tempo de la chanson, puisqu'il n'est jamais donné par les notations antiques.

Histoire[modifier | modifier le code]

Datée du Ier siècle[11] ou IIe siècle [12], vraisemblablement contemporaine de Ptolémée[9], cette épitaphe sous forme de chanson figure sur une colonne ornant la tombe consacrée à « Euter. » par Seikilos. Elle a été découverte dans la province turque de Aydin à 30 km d'Éphèse, à l'occasion de la construction du chemin de fer ottoman[2].

La colonne rejoint la collection privée du directeur général des Chemins de fer Orientaux, Edward Purser (1821-1906), où elle sert d'élément décoratif comme piédestal pour les fleurs de madame Purser[2]. L'extraction de l'objet a occasionné des dégâts à sa base et la destruction de la dernière ligne du texte[2]. C'est l'archéologue William Mitchell Ramsay[13] qui en rapporte le premier l'annotation exacte en 1883[2].

La colonne exposée au Nationalmuseet

La colonne est ensuite la propriété du beau-fils de Purser, installé à Izmir, chez lequel elle demeure jusque qu'au terme de la guerre gréco-turque en 1922 ; c'est alors le consul des Pays-Bas qui la recueille pour la protéger des troubles occasionnés après la victoire turque. Elle poursuit, avec le beau-fils de celui-ci, un périple qui la conduit à Istambul, Stockholm puis La Haye avant d'être acquise en 1966 par le Département d'Antiquités du Musée National du Danemark à Copenhague[2] où elle fait l'objet d'une communication scientifique qui remémore son existence l'année suivante[14] et où elle est exposée depuis sous la cote 14 897[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Francisque Greif, « Études sur la musique antique », Revue des Études Grecques, vol. 27, no 121,‎ , p. 7 (DOI 10.3406/reg.1914.6767, lire en ligne)
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Egert Pöhlmann et Martin Litchfield West, in Documents of Ancient Greek Music: The Extant Melodies and Fragments, éd. Oxford University Press, 2001, pp. 90-91
  3. Don Michael Randel, « Seikilos epitaph », in The Harvard Dictionary of Music, éd. Harvard University Press, 2003, p. 767
  4. John J.Pilch, Flights of the Soul: Visions, Heavenly Journeys, and Peak Experiences in the Biblical World, éd. Wm. B. Eerdmans, 2011, p.79
  5. a et b M. Owen Lee, Athena Sings : Wagner and the Greeks, University of Toronto Press, 2003, p. 50
  6. (en) M. L. West, Ancient Greek Music, Clarendon Press, (ISBN 9780191586859, lire en ligne), p. 186
  7. (en) Charles H. Cosgrove, An Ancient Christian Hymn with Musical Notation: Papyrus Oxyrhynchus 1786 : Text and Commentary, Mohr Siebeck, (ISBN 9783161509230, lire en ligne), p. 88
  8. Jacques Viret, Le chant grégorien et la tradition grégorienne, L'Âge d'Homme, , 103 p. (ISBN 9782825132388, lire en ligne)
  9. a et b (en) Claude V. Palisca, Music and Ideas in the Sixteenth and Seventeenth Centuries, University of Illinois Press, (ISBN 9780252092077, lire en ligne), p. 78
  10. Thomas J. Mathiesen, Apollo's Lyre : Greek Music and Music Theory in Antiquity and the Middle Ages, éd. University of Nebraska Press, 1999, p.148
  11. (en) Thomas J. Mathiesen, Apollo's Lyre: Greek Music and Music Theory in Antiquity and the Middle Ages, University of Nebraska Press, (ISBN 0803230796, lire en ligne), p. 148
  12. (en) Don Michael Randel, The Harvard Dictionary of Music, Harvard University Press, , 767 p. (ISBN 9780674011632, lire en ligne)
  13. William Mitchell Ramsay, « Inscriptions inédites de l'Asie Mineure », in Bulletin de correspondance hellénique. volume 7, 1883, pp. 277-278, article en ligne
  14. Jorgen Raasted, « Seikilos Gravskrift, Foredrag til Dansk Selskab for Musikforskning », 06/12/1967, inédit

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • YouTube.com (autre version).
  • YouTube.com (composition musicale inspirée de l’Épitaphe de Seikilos)
  • YouTube CD Ensemble Kérylos 2016, Dir. Anne Bélis, "D'Euripide aux Premiers Chrétiens".

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • (en) J. Peter Burkholder et Claude V. Palisca (éds.), Norton Anthology of Western Music. Volume I : Ancient to Baroque, éd. Norton, 2010, (ISBN 978-0-393-93126-6)
  • (en) Egert Pöhlmann et Martin Litchfield West, Documents of Ancient Greek Music: The Extant Melodies and Fragments, éd. Oxford University Press, 2001
  • (en) Thomas J. Mathiesen, Apollo's Lyre: Greek Music and Music Theory in Antiquity and the Middle Ages, éd. University of Nebraska Press, 1999
  • (en) John G. Landels, Music in Ancient Greece and Rome, éd. Routledge, 1999

Articles spécialisés[modifier | modifier le code]

  • (en) Jon D. Solomon, « The Seikilos Inscription : A Theoretical Analysis », in American Journal of Philology, n° 107, hiver 1986, pp.455–79