Épiphane Dunod

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Épiphane Dunod, dit souvent Épiphane de Moirans (en espagnol « Fray Epifanio »), né en 1644 à Moirans-en-Montagne (Franche-Comté, alors possession espagnole), mort le 6 janvier 1689 à Tours, est un religieux de l'ordre des Capucins qui s'insurgea contre l'esclavage des Noirs pratiqué en Amérique par les Européens.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il entra en 1665 au couvent des capucins de Vesoul. Après onze ans d'études, il obtint un diplôme d'« orator », et en 1676 une lettre d'obédience du provincial pour la mission de Cayenne. Mais celle-ci fut occupée cette année même par les Hollandais.

Il séjourna à la Martinique en 1678 (il y fut choqué par la conduite du gouverneur de Blénac à l'égard des Noirs), puis à la Grenade (alors française), et passa en 1679 en territoire espagnol, dans la province de Cumaná. Il fut partout indigné par le spectacle de l'esclavagisme. En novembre 1680, il fut arrêté comme « espion du roi de France », mis aux fers, et envoyé à La Havane. Il y rencontra un capucin aragonais, Francisco José de Jaca, qui militait aussi contre l'esclavage. Tous deux déclaraient cette institution illégitime et refusaient l'absolution aux maîtres qui ne s'engageaient pas à libérer leurs esclaves. Arrêtés, ils furent expédiés en Espagne sur deux galions séparés et arrivèrent à Cadix le 4 octobre 1682. Commença alors un procès devant le Conseil des Indes, puis le Conseil d'État. Relégués, Épiphane à Séville, José à Valladolid, tous deux demandèrent à se rendre à Rome pour plaider la liberté des Noirs. Ils mettaient en cause les fondements de l'esclavage. Parvenue devant le Saint-Office, l'affaire n'eut pas de suite. Les deux religieux furent libérés en mai 1685, et Épiphane gagna la France, sa province de rattachement. Il mourut au couvent de Tours en janvier 1689, âgé seulement de quarante-quatre ans.

Il a laissé un mémoire en latin qu'il rédigea en décembre 1681 et janvier 1682 alors qu'il était enfermé dans un couvent à La Havane, à l'intention principalement du roi Charles II. Intitulé Servi liberi seu Naturalis mancipiorum libertatis justa defensio (Les esclaves libres, ou La défense juridique de la liberté naturelle des esclaves), il a été conservé en manuscrit aux Archives Générales des Indes, à Séville (dans le dossier 527, des affaires relevant du tribunal de Santo-Domingo ; 164 feuillets écrits d'un seul côté), et n'a été redécouvert qu'en 1982.

Éditions[modifier | modifier le code]

  • José Tómas López Garcia, Dos defensores de los esclavos negros en el siglo XVII, Francisco José de Jaca y Epifanio de Moirans (inclut une traduction espagnole du Servi liberi), Maracaibo, Biblioteca Corpozulia 3, et Caracas, Universidad Católica, 1982.
  • Épiphane de Moirans, « La liberté des esclaves ou la défense juridique de la liberté naturelle des esclaves », texte traduit du latin et présenté par Robert Lapierre, Mémoires de la Société d'Histoire de la Martinique, n°6, Fort-de-France, 1995, p. 6 à 175.
  • Edward R. Sunshine (éd.), A Just Defense of the Natural Freedom of Slaves: All Slaves Should be Free, by Epifanio de Moirans : A Critical Edition and Translation of Servi Liberi Seu Naturalis Mancipiorum Libertatis Justa Defensio (latin et anglais), Lewiston (New York), Edwin Mellen Press, 2007.
  • Louis Sala-Molins, Esclavage Réparation. Les lumières des capucins et les lueurs des pharisiens, Paris, Lignes, , 156 p., 13 x 19 cm (ISBN 978-2-35526-132-9)

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Bernard David, Dictionnaire du clergé de la Martinique, t. I (1635-1715), Fort-de-France, 1990.
  • Pierre Pluchon, Patricia Suteau, « L'exception coloniale », in Jean-Pierre Bardet et alii, État et société en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 2000, p. 437 et suivantes.

Liens externes[modifier | modifier le code]