Énergie primaire

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Une source d’énergie primaire est une forme d’énergie disponible dans la nature avant toute transformation. Si elle n’est pas utilisable directement, elle doit être transformée en une source d’énergie secondaire pour être utilisable et transportable facilement. Dans l'industrie de l'énergie, on distingue la production d'énergie primaire, de son stockage et son transport sous la forme de vecteurs d'énergie et de la consommation d'énergie finale.

Énergie primaire et cycle de l'énergie[modifier | modifier le code]

L’énergie primaire permet de produire de l’énergie secondaire qui est elle-même transformée en énergie finale au stade de l’utilisation. Ainsi l’énergie mécanique d’une chute d’eau, transformée en énergie électrique (un vecteur énergétique), puis transportée sous cette forme peut produire chez l’utilisateur : froid, lumière, énergie mécanique (moteurs), chauffage, etc. Vu de l’utilisateur, les formes d’énergie primaires sont souvent substituables tant qu'elles lui permettent d'utiliser l'énergie finale de son choix.

Cette série de transformations forme une chaîne énergétique, par exemple la chaîne pétrolière : extraction, transport, raffinage, distribution, utilisation. Les transformations sont caractérisées par un rendement, toujours inférieur à 1, par suite des pertes inévitables au cours de la production et du transport.

Dans les statistiques de comparaison de la production et de l’utilisation de l’énergie, on a l’habitude de considérer comme énergie primaire, l’énergie qui résulte de la première transformation (ainsi la chaleur nucléaire, l'électricité éolienne ou l'électricité hydraulique sont-elles considérées comme électricité primaire) et comme énergie finale la forme sous laquelle elle arrive chez l’utilisateur final (ainsi l’électricité mesurée au compteur de l’abonné quelle qu’en soit l’utilisation finale : éclairage, chauffage, machines, etc.), parce que ce sont celles pour lesquelles on dispose de données chiffrées.

Pour permettre les comparaisons, toutes les formes d’énergie sont exprimées à l’aide d’une unité commune permettant de mesurer la quantité d'énergie contenue, émise ou transférée ; elle peut être, selon le sujet principal, le gigajoule (GJ), le mégawattheure (MWh), ou la tonne équivalent-pétrole ou tep. Comme les diverses sources de pétrole ou de houille peuvent avoir des caractéristiques énergétiques légèrement différentes, on s'appuie sur des conventions pour passer facilement d'une unité à l'autre. Par convention :

  • 1 tep = 41,855 GJ, (parfois arrondi à 42 GJ) = 11,628 MWh = 1 000 m3 de gaz = 7,33 barils de pétrole.

Les formes d’énergies primaires[modifier | modifier le code]

La cogénération consiste à produire simultanément chaleur et électricité. Les combustibles peuvent aussi actionner des moteurs. La combustion dégage du gaz carbonique (CO2).

Statistiques mondiales[modifier | modifier le code]

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) rassemble les données de l'ensemble des pays pour établir et publier des statistiques mondiales sur la production et la consommation d'énergie. Il convient de signaler que l'AIE a été créée par l'OCDE et n'a que 28 membres ; elle est très critiquée pour ses prévisions optimistes de production pétrolière, pour le peu d'intérêt qu'elle accorde aux énergies renouvelables et pour son refus de prendre en compte le méthane dans ses statistiques d'émissions de gaz à effet de serre, ce qui avantage grandement le gaz naturel. Elle reste cependant le principal fournisseur de données statistiques sur l'énergie.

Dans les statistiques de l'AIE et d'autres organismes internationaux, l'agrégat « Total des ressources en énergie primaire » (en anglais : Total primary energy supply (TPES)) inventorie l'ensemble des ressources énergétiques mobilisées par un pays, soit par production locale, soit par importation, diminuées des exportations et des soutes internationales (consommations des moyens de transport internationaux : avions et bateaux) et corrigées des variations de stocks, afin de ne conserver que les ressources destinées à la consommation intérieure.

Au niveau mondial, la répartition de ces ressources primaires (productions annuelles) a évolué comme suit :

Production mondiale d'énergie primaire[k 1]
en Mtep 1973[k 2] % 2010[3] % 2013[k 3] %
Charbon+lignite 1 474 24,5 3 476 27,3 3 958 28,9
Pétrole 2 938 46,2 4 107 32,4 4 216 31,1
Gaz naturel 991 16,0 2 728 21,4 2 909 21,4
Nucléaire 53 0,9 719 5,7 646 4,8
Hydroélectricité 110 1,8 296 2,3 326 2,4
Biomasse+déchets 640 10,5 1 278 10,0 1 376 10,2
Autres* 6 0,1 114 0,9 164 1,2
TOTAL 6 213 100 12 717 100 13 594 100
* autres : géothermie, solaire, éolien, chaleur récupérée, etc.

Les trois dernières lignes regroupent les énergies renouvelables ; au total, elles sont passées de 12,4 % des ressources mondiales en 1973 à 13,8 % en 2013. Les conventions utilisées par les statistiques de l'Agence internationale de l'énergie et d'Eurostat, contrairement à celles de l'EIA, minorent la part des énergies renouvelables électriques. Avec des conventions conformes aux ratios réels de substitution entre énergies fossiles et électricité, telles que celles de l'EIA, on obtient environ 6,9 % pour l'hydroélectricité et 3,5 % pour les autres EnR hors biomasse, ce qui porte la part des énergies renouvelables à 20,6 % en 2013.

La répartition régionale des consommations d'énergie primaire, ainsi que les consommations par habitant sont les suivantes :

Consommations brutes d'énergie primaire en 2013
Région/Pays Consommation
Mtep
[k 4]
% Cons./hab.
tep[k 5]
Monde 13 541 100,0 1,90
OCDE 5 300 39,1 4,20
Moyen-Orient 689 5,1 3,17
Europe et Eurasie hors OCDE 1 156 8,5 3,39
Chine 3 023 22,3 2,21
Asie hors Chine 1 655 12,2 0,71
Amériques hors OCDE 619 4,6 1,31
Afrique 747 5,5 0,67
Quelques grands pays[k 6] :
Drapeau de la République populaire de Chine Chine 3 023 22,3 2,21
Drapeau des États-Unis États-Unis 2 188 16,2 6,92
Drapeau de l'Inde Inde 775 5,7 0,62
Drapeau de la Russie Russie 731 5,4 5,11
Drapeau du Japon Japon 455 3,4 3,57
Drapeau de l'Allemagne Allemagne 318 2,3 3,87
Drapeau du Brésil Brésil 294 2,2 1,47
Drapeau de la Corée du Sud Corée du Sud 264 1,9 5,25
Drapeau de la France France 253 1,9 3,84
Drapeau du Canada Canada 253 1,9 7,20
Drapeau de l'Iran Iran 228 1,7 2,95
Drapeau de l'Indonésie Indonésie 214 1,6 0,85
Drapeau de l'Arabie saoudite Arabie saoudite 192 1,4 6,67
Drapeau du Mexique Mexique 191 1,4 1,62
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni 191 1,4 2,98

Les conventions adoptées pour évaluer l'énergie primaire du nucléaire et des énergies non thermiques (hydroélectricité, éolien, solaire, énergies marines)[k 7] sont souvent critiquées :

  • pour le nucléaire, l'énergie primaire est calculée en supposant un rendement de conversion de 33 %, c'est-à-dire que l'on considère que l'énergie primaire est la chaleur produite dans le réacteur par la réaction de fission nucléaire, et que la conversion en électricité par le cycle thermodynamique, identique à celle des centrales thermiques classiques (charbon, fioul, gaz hors cycle combiné) a le même rendement : environ un tiers ;
  • pour la géothermie, lorsque le rendement de conversion de la chaleur géothermique en électricité n'est pas connu, on suppose qu'il est de 10 % ;
  • pour les énergies non thermiques, l'AIE considère que l'énergie primaire est égale à la production électrique brute, avec un rendement de 100 % ; du point de vue de la physique, c'est contestable : on aurait très bien pu considérer que l'énergie primaire est celle des sources naturelles (vent, soleil, énergie gravitaire, etc) dont elle est tirée, ce qui aurait donné un poids beaucoup plus élevé aux énergies renouvelables dans la répartition des ressources primaires, car les rendements de conversion sont souvent très bas. Un compromis raisonnable, adopté par l'EIA, consiste à choisir un rendement de conversion de 33 % pour ces énergies.

Ces débats sur les conventions utilisées pour mesurer l'énergie primaire montrent que ce concept est assez théorique et imprécis, et qu'il est plus intéressant de considérer l'énergie au stade de sa consommation finale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. p. 6
  2. p. 36
  3. p. 37
  4. p. 48
  5. p. 49
  6. p. 48-57
  7. p. 60
  • Autres références

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]