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Énantiosémie

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En linguistique, le terme d’énantiosémie (du grec ἐναντίος 'opposé' + σῆμα 'sens') désigne le cas de termes polysémiques dont au moins deux des sens sont des antonymes[1]. Par exemple, en français le mot hôte peut désigner à la fois la personne qui reçoit chez elle et la personne reçue; on peut aussi citer louer ou apprendre.

Usage du terme

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Le néologisme apparaît dès 1655 sous la plume de l'orientaliste britannique Edward Pocock, dans son ouvrage Porta Mosis, sous la forme grecque ἐναντιοσήμων[2]. Il sera ensuite repris par Johann Arnold Kanne (en) en 1819, sous la forme enantiosemia[2],[3].

Par la suite, le sujet sera étudié depuis 1884, en Allemagne, par Carl Abel (en) traitant de l'égyptien ancien, et pour le latin, le grec et le sanskrit, par le linguiste tchèque Vinko Šercl'. Ils parlent alors de « sens opposés »[4].

Orna Lieberman, une chercheuse israélienne, s’est appuyée sur la théorie de Carl Abel pour l’appliquer à la langue hébraïque[5]. Notant que de nombreux mots en hébreu possèdent deux sens contradictoires, elle analyse plusieurs exemples, et les situe dans le contexte théologique et mythique de la Bible.

Explication du phénomène

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L'origine du phénomène a donné lieu à de nombreux débats, opposant entre autres linguistes et psychanalystes[6].

Pour C. Abel et V. Šercl en 1884, l'énantiosémie est propre aux langues anciennes et n'existe dans les langues modernes que sous forme de vestige. Elle s'expliquerait par l'incapacité des hommes primitifs à penser un concept sans y associer son contraire[4].

Le linguiste soviétique Nicolas Marr s'attribue après eux la découverte du phénomène, sous le nom de « loi des opposés ». Contrairement à ses deux prédécesseurs, il établit que l'énantiosémie est une règle générale, qui se retrouve aussi bien dans les langues anciennes que modernes. Ses travaux, en russe, restent toutefois peu connus des linguistes occidentaux.

En 1910, Freud, qui a découvert les travaux d'Abel l'année précédente, établit un parallèle entre l'énantiosémie alors attribuée en Occident aux langues anciennes, et le langage des rêves, les psychanalystes pouvant interpréter un rêve en donnant à l'un de ses objets son sens contraire[4]. En 1913, dans Totem et tabou, il s'appuie sur les travaux de Wilhelm Wundt et sur son explication sur l'ambivalence acquise du mot tabou dont les deux sens, « sacré » et « impur », résulteraient de glissements sémantiques d'une notion originelle signifiant « démoniaque », pour les réfuter[7].

Ce terme veut également dire que l'on oppose deux choses clairement comme une dichotomie mais à la différence que ces deux choses sont liées.

Dans certains cas, on peut considérer qu'il s'agit plutôt de symétriques.[réf. nécessaire]

Ce phénomène se retrouve dans de très nombreuses langues : égyptien ancien, langues sémitiques, dont l'arabe où il est qualifié de didd[8], persan, allemand[4], français…

  • Un hôte est une personne qui donne l'hospitalité, mais aussi celui à qui on la donne. On retrouve cette particularité en italien et en espagnol, les trois mots dérivant du latin hospes.
  • Louer peut désigner les deux parties prenantes d'un contrat de location. C'est à la fois le fait de proposer un bien à quelqu'un en location, mais aussi le fait de louer le bien pour y vivre.
  • amateur : désigne à la fois un connaisseur et un novice dans un domaine.
  • apprendre : désigne à la fois le fait d'enseigner et de s'instruire.
  • remercier : exprimer sa reconnaissance à quelqu'un ou le congédier.
  • personne : désigne à la fois la présence de quelqu’un (une personne) mais aussi l’absence (il n’y a personne).
  • théorie : à la fois ensemble de règles et de principes bien établis (gravitation, évolution, ...) et simple hypothèse
  • terrible : désigne à la fois quelque chose d'horrible et quelque chose d'incroyable, de magique.

Notes et références

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  1. Georges Bohas et Karim Bachmar, L'enantiosémie dans le lexique de l'arabe classique, , 199 p. (ISBN 978-2-7584-0252-7, 2758402521 et 9789042932944, lire en ligne).
  2. a et b (en) Adam Gitner, « Lucus a non lucendo : Enantiosemy in Ancient Latin Lexicography », Trends in Classics, vol. 15, no 1,‎ , p. 79–98 (DOI 10.1515/tc-2023-0005, lire en ligne, consulté le ).
  3. (la) Johann Arnold Kanne (en), Prolusio academica de vocabulorum enantiosemia sive observationum de confusione in linguis babylonica: sive Observationum de confusione in linguis Babylonica specimen primum, (lire en ligne).
  4. a b c et d Ekaterina Velmezova, Les lois du sens : la sémantique marriste, Peter Lang, coll. « Slavica Helvetica » (no 77), (ISBN 9783039112081, lire en ligne), p. 170
  5. Ouvrage publié en français (Hébreu biblique, Langue sacrée Langue profane) et en hébreu (שפת התנ"ך כבבואת סיפור הבריאה).
  6. Josette Larue-Tondeur, Ambivalence et énantiosémie (Thèse de doctorat), Sciences de l’Homme et Société. Université de Nanterre - Paris X, (lire en ligne).
  7. Pierre Cadiot et Leland Tracy, « Sur le « sens opposé » des mots », Langages, no 150,‎ , p. 31-47 (lire en ligne).
  8. Laïla Khatef,, « Le croisement des étymons: organisation formelle et sémantique », dans Georges Bohas et Djamel Kouloughli, Langues et littératures du monde arabe, vol. 4, ENS Editions, , 238 p. (ISBN 9782847880373, lire en ligne), p. 133 et suiv..

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Liens externes

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