Énantiodromie

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Énantiodromie, du grec ancien ἐναντιοδρομία, composé de : ἐνάντιος, enantios (contraire) et δρόμος, dromos (course) signifie « courir en sens contraire ». C'est un principe que l'on retrouve dans les écrits philosophiques grecs, certaines religions traditionnelles[Quoi ?] puis, plus tard, en psychologie analytique.

Le jeu des contraires  est l'idée que, dans le temps, tout ce qui existe évolue vers son contraire.

Dans la philosophie grecque[modifier | modifier le code]

On retrouve ce concept dans les écrits de philosophie d'Héraclite :

La nature, en effet, tend vers un opposé et c’est à partir de là et pas de l'identique qu’elle parvient à un équilibre[1].

« De la vie naît la mort, de la mort naît la vie, de la jeunesse la vieillesse, de la vieillesse la jeunesse, de la veille le rêve et du rêve la veille, le flux de création et de destruction ne s’arrête jamais »[2].

« Ce qui est froid se réchauffe, ce qui est chaud se refroidit, ce qui est humide sèche et ce qui est sec devient humide »[3].

« Ils ne comprennent pas comment ce qui lutte avec soi-même peut s'accorder. L'harmonie du monde existe par tensions opposées, comme pour la lyre et pour l'arc »[3].

Dans ces passages, l'idée que les opposés coïncident entre eux est clairement exprimée ainsi que le mouvement constant de va-et-vient entre les deux générant opposition et conflit. Platon, dans le Phédon, exprimera clairement ce principe : « Chaque chose résulte de cette logique, les opposés proviennent de leurs propres opposés »[4].

Dans la psychologie analytique[modifier | modifier le code]

Carl Gustav Jung reprit, lui aussi, le terme en l'incluant dans sa psychologie analytique. Il le définit comme l’apparition d’un acte inconscient allant à l'encontre des souhaits du conscient[5]. La surabondance de force engendre inévitablement une opposition comme dans la nature. Quand les choses atteignent leur extrémité, elles se transforment d'elles-mêmes en leur contraire. En termes jungiens, une chose se métamorphose en son ombre contraire refoulant les forces psychiques investies en une énergie puissante et menaçante. Ce sont des principes que l'on peut retrouver dans les religions traditionnelles chinoises comme le taoïsme et le concept du Yin et du Yang[réf. nécessaire].

Ce phénomène caractéristique s'observe dans presque tous les cas où une direction très unilatérale domine la vie consciente, ce qui fait que se forme, avec le temps, une posture opposée inconsciente dotée de la même force qui va s'exprimer tout d'abord par l'inhibition de la performance consciente et, plus tard, par l'irruption dans la commande consciente[6].

L'énantiodromie est typiquement observée en conjonction avec des symptômes associés à la névrose aigüe et présage fréquemment d'une renaissance de la personnalité. Mais il faut souligner que le grand plan selon lequel est construite la vie de l’inconscient de l'âme échappe totalement à notre entendement ce qui fait que nous ne pouvons jamais savoir quel mal est nécessaire pour apporter un bien par énantiodromie et quel bien peut nous inciter à faire le mal[7].

Le terme a également été utilisé comme néologisme pour décrire la tendance d’une partie de la jeune génération à se manifester sous les traits les plus indésirables de la génération précédente après l’avoir pourtant rejeté massivement. Dans les thèmes littéraires sur l'utopie par exemple, ce qui est initialement perçu comme une force libératrice utopique commence souvent à montrer des traits dystopiques d’autoritarisme[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Diels. Die Fragmente der Vorsokratiker. I. 1912.2
  2. (de) Zeller. Die Philosophie der Griechen. I. 1856, p. 456.2
  3. a et b « Héraclite d'Ephèse ».
  4. Plato, Phaedo, §57a, §71a.
  5. Carl Gustav Jung, Aspects du Masculin, Chapitre 7 paragraphe 294 p.
  6. (es) Carl Gustav Jung, Tipos psicologicos "Definitions," ibid., par. 709).
  7. Carl Gustav Jung "The Phenomenology of the Spirit in Fairytales", Collected Works 9i, par. 397, “A propos de la phénoménologie de l'esprit dans les contes de fée ”.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Degryse Lucas, « Sur la déconstruction de la métaphysique : énantiodromie et perspectivisme », Le Philosophoire 3/1999 (n° 9), p. 73-80. Lire en ligne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Systémique - Watzlawick - Palo Alto

Articles connexes[modifier | modifier le code]