Émilien Amaury

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Émilien Amaury
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Émilien Amaury, est un patron de presse français, né le 5 mars 1909 à Étampes et mort le 2 janvier 1977 à Chantilly.

Fondateur du Parisien Libéré, il décède en 1977, à la suite d'une chute de cheval. Au terme d'un conflit juridique de six ans avec sa sœur Francine, qui avait la faveur du père, c'est son fils Philippe Amaury qui prend la direction du quotidien, alors que Francine dirigera la presse magazine (Marie-France, Point de Vue - Images du monde).

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'un milieu modeste, Émilien Amaury commence par être coursier (« cycliste »).

Après son service militaire, il devient secrétaire de Marc Sangnier puis fonde, en 1930, l'Office de Publicité Générale (OPG)[1] qui gère les annonces publicitaires pour plusieurs titres de la presse démocrate-chrétienne.

En 1937, il est nommé conseiller technique au ministère des Colonies[1].

Sous l'Occupation, Amaury se voit confier par le régime de Pétain la diffusion de sa propagande sur le thème de la famille. Dès 1941, il anime le Groupe de la rue de Lille, un groupe clandestin, abrité dans les locaux de l'Office de publicité générale, luttant contre la propagande et l'occupant. Le groupe met ses imprimeries au service des mouvements de résistance. Grâce à sa position officielle, Amaury bénéficie de privilèges matériels en cette période de rationnement du papier. Il se voit ainsi capable d'inonder de papier la presse clandestine de la Résistance, toutes tendances politiques confondues (Résistance, L'Humanité, Courrier du Témoignage chrétien, Cahiers du travaillisme français, etc.). Les tirages sont relativement importants, de 30 000 à parfois 100 000 exemplaires. Le groupe de la rue de Lille imprime également les appels du Général de Gaulle, mais aussi de faux documents pour la Résistance (papiers d'identité, laissez-passer, cartes d'alimentation, feuilles de démobilisation, etc.), des milliers de tracts et affiches.

Il publie également le Cahier bleu, dans la clandestinité, étant une directive pour « les mesures à prendre dès la Libération dans le domaine de l’information, de la radio, de la propagande, du cinéma et surtout de la presse »[2].

À la libération en août 1944, Émilien Amaury crée Le Parisien libéré et l'hebdomadaire Carrefour[3]. Ensuite il s'associe à la Ligue féminine d'action catholique et fonde Marie France, dont il prendra par la suite la direction. C'est aussi à cette époque qu'il crée le Syndicat de la presse hebdomadaire parisienne (devenu ensuite Syndicat professionnel de la presse magazine et d'opinion), dont il sera réélu président chaque année pendant 33 ans Il aura donc été élu 33 fois consécutivement par ses pairs pour les représenter.

En 1946, il aide Jacques Goddet à relancer le journal sportif l'Auto en le renommant L'Équipe. L'année suivante, L'Équipe et le Parisien libéré sont autorisés par l'état français à organiser le Tour de France. Amaury détient alors 50 % de la course. En rachetant L'Équipe en 1965, son groupe devient unique propriétaire de la course.

Bien que bon cavalier, il est désarçonné par le cheval Chouan d'Ive[4] le 2 janvier 1977 dans sa propriété de Verneuil-en-Halatte et meurt des suites de ses blessures dans des circonstances ayant encore une part d'obscurité[5], peut-être en rapport avec le conflit contre les NMPP[6],[7]. Il est enterré au cimetière Saint-Pierre de Chantilly. Charlie Hebdo se contentera d'un lapidaire : « Un salaud est mort »[8], tandis que le journal Libération titrera : « Le cheval d'Amaury se sort indemne d'un accident », avec en écho la devise du patron de presse : « L'information ne doit pas être exacte, elle doit être énorme »[9],[10].

Son décès entrainera un conflit familial au sein du Groupe Amaury[11].

Conflit avec la CGT et les NMPP[modifier | modifier le code]

En 1974, le journal veut moderniser son imprimerie, ce qui créera un conflit entre 1975 et 1977, Émilien Amaury a mené bataille contre le syndicat du livre Confédération générale du travail et les NMPP, qui avaient la mainmise dans les imprimeries grâce à la loi Bichet. Il fait construire sa propre imprimerie, ultra-moderne. S'ensuit une crise qui paralyse Le Parisien, dont les ventes chutent de moitié. La publication cesse pendant trois mois, et le journal déménage provisoirement de la rue d’Enghien, à Saint-Ouen[12]. Quelques violences seront constatées[13],[14]. Le 13 juin 1975, le domicile du syndicaliste André Bergeron est visé par un attentat[15] et par une tragique méprise, le rédacteur en chef de l'AFP, Bernard Cabanes est tué par une bombe alors que son homonyme Bernard Cabanes, rédacteur en chef du Parisien libéré devait en être victime[16],[17]. Le décès d'Amaury mettra fin au conflit.

Ce conflit réapparaitra en 1991 avec son fils, Philippe Amaury, et se soldera avec l'acceptation partielle du système coopératif institué par la loi Bichet, en échange de quoi le journal a le droit de se distribuer par ses propres moyens[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Encyclopædia Universalis, « ÉMILIEN AMAURY », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 6 juin 2018)
  2. (Teitgen 1988, p. 105)
  3. Avec Robert Buron, et Yves Helleu.
  4. L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1999
  5. Spéciale dernière: qui veut la mort de la presse quotidienne, Emmanuel Schwartzenberg, 2007
  6. Mémoires: aimer et servir la France, Alain Griotteray, 2004
  7. Syndicat du livre : au cœur de la forteresse L’accident de cheval d’Émilien Amaury est arrivé à point nommé. Impossible de dire s’il s’agissait ou non d’un accident. En tout cas, ça arrangeait tout le monde. Un cavalier émérite dont la mort résout à ce point un conflit...
  8. « Ces gens-là nous ignoraient » : Charlie Hebdo et la presse « sérieuse »
  9. grève à Libé
  10. [PDF] « La liberté selon Amaury », sur referentiel.nouvelobs.com (consulté le 14 février 2015)
  11. Philippe Amaury est mort La mort accidentelle du père en 1977 enclenche une bataille juridique entre ses deux héritiers, Philippe et sa sœur Francine, privilégiée dans un testament controversé. Le différend est réglé par un accord amiable de partage en septembre 1983
  12. le Parisien, quotidien français d’information.
  13. De père en fils, une direction abonnée au passage en force. Le quotidien est bloqué, éparpillé par milliers d'exemplaires sur le périphérique.
  14. Une histoire des médias: des origines à nos jours, Jean-Noël Jeanneney, 1998: ...occupation par les grévistes des tours de Notre-Dame
  15. Les provocateurs Aucune solution n'apparaît donc à ce conflit qui a pris un tour dramatique à la fin de la semaine dernière, à la suite des attentats commis aux domiciles d'André Bergeron et de Bernard Cabanes, rédacteur en chef de l'A.f.p., victime d'une tragique méprise.
  16. En hommage aux soutiers de l’information : les agenciers ou journalistes d’agence Bernard Cabanes, rédacteur en chef à l’AFP, - tué le 13 juin 1975 par erreur dans un attentat à la bombe contre son appartement en banlieue parisienne
  17. Pièges du langage, Jean-Pierre Colignon,Pierre-Valentin Berthier En 1975, un journaliste parisien nommé Bernard Cabanes a été tué dans un attentat qui visait son homonyme
  18. Fin du conflit entre Amaury et les NMPP

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Notice Encyclopedia Universalis
  • Muriel Le Guen, Guide pour la visite des cimetières cantiliens, mairie de Chantilly, s.d
  • Guy Vadepied, Emilien Amaury (1909-1977) La véritable histoire d'un patron de presse au XXe siècle, coll. Documents, Le Cherche Midi, 2009
  • Pierre-Henri Teitgen, Faites entrer le témoin suivant : 1940-1958 : de la Résistance à la Ve République, Rennes, Ouest-France, coll. « L'Histoire et nous », , 105 p. (ISBN 2-7373-0149-1, ISSN 0765-5193, notice BnF no FRBNF34934835)

Liens externes[modifier | modifier le code]