Émile Jaques-Dalcroze

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Émile Jaques-Dalcroze
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Émile-Henri JaquesVoir et modifier les données sur Wikidata
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Émile Jaques-Dalcroze - Cimetière des Rois.jpg
Émile Jaques-Dalcroze - Cimetière des Rois.

Émile Jaques-Dalcroze, né le à Vienne en Autriche et mort le à Genève en Suisse, est un musicien, compositeur, pédagogue et chansonnier suisse. Il est en particulier le créateur de la méthode de rythmique qui porte son nom. Il est enseveli au cimetière des Rois.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et études[modifier | modifier le code]

Originaire de Sainte-Croix et Genève, Émile-Henri Jaques est né à Vienne en 1865. Il est le fils de Jules Jaques, horloger, et de Julie Jaunin, d’Yverdon, professeure à l’école Pestalozzi. Son oncle Émile Jaques (1826-1880) était violoniste et pianiste. Ces deux frères Jaques descendent de trois générations de pasteurs, d’une famille de Sainte-Croix mentionnée dès 1397[1].

Émile Jaques adopte le patronyme de Jaques-Dalcroze vers 1886-1890. En 1899, il épouse la cantatrice italienne Maria-Anna Starace, de son nom d’artiste Nina Faliero, ils ont un fils : Gabriel (1909-1991)[2].

De retour à Genève dès 1875, il y poursuit sa scolarité et étudie au conservatoire et à l'université. Il étudie ensuite à Paris avec Talbot pour l'art dramatique et Lavignac pour la musique, puis à Vienne avec Anton Bruckner, puis à nouveau à Paris avec Léo Delibes, Mathis Lussy (1828-1910) et Gabriel Fauré (cours à la Comédie-Française).

Déjà durant ses années d'études, il avait révélé des dons certains de créateur, produisant de nombreuses compositions.

Enseignement[modifier | modifier le code]

En 1886, il est nommé chef d'orchestre au théâtre d'Alger, et s’initie à la musique arabe[2].

Entre 1892 et 1910, il enseigne au Conservatoire de musique de Genève. La pédagogie prend alors peu à peu une place prépondérante dans ses préoccupations. Constatant les lacunes de ses élèves dans le domaine du rythme, il imagine un mode d'enseignement « par la musique et pour la musique », prenant en compte la perception physique de la musique : la rythmique, fondée sur la musicalité du mouvement. Il questionne les rapports entre musique et mouvement, notamment à travers les interactions « temps – espace – énergie ». Son approche est au cœur de nombreuses démarches artistiques (musique, danse, théâtre…) mais aussi thérapeutiques (psychomotricité, handicap).

Grâce à Mary Wigman, élève de Jaques-Dalcroze et initiatrice de la « danse libre », et Marie Rambert, la danse contemporaine a noué très tôt des liens étroits avec la rythmique.

Contemporain de Rudolf Laban, Jaques-Dalcroze a influencé également les chorégraphes allemands des années 1920 et 1930, ainsi que Jarmila Kröschlová.

Festspielhaus Hellerau[modifier | modifier le code]

Dès 1910, Jaques-Dalcroze développe ses recherches pédagogiques et artistiques dans la cité-jardin de Hellerau, près de Dresde, où deux mécènes, les frères Dohrn, lui ont édifié un institut : le Festspielhaus Hellerau.

En 1912 et 1913, des spectacles basés sur la scénographie révolutionnaire d'Adolphe Appia y drainent toute l'intelligentsia européenne : ballets russes de Serge de Diaghilev (qui s'adjoignit - en la personne de Marie Rambert - un professeur de rythmique à l'influence décisive entre autres sur le fameux Sacre du printemps par Vaslav Nijinski), George Bernard Shaw, Arthur Honegger, Paul Claudel, Constantin Stanislavski, Le Corbusier ou Ernest Ansermet, pour ne citer qu'eux.

Institut Jaques-Dalcroze de Genève[modifier | modifier le code]

Promesses brusquement interrompues par la Première Guerre mondiale alors que Jaques-Dalcroze, convaincu que « le militarisme est l'ennemi de la civilisation », a signé une protestation des artistes de Suisse romande contre le bombardement de la cathédrale de Reims par l'Allemagne.

À la suite de ces événements, l'Institut Jaques-Dalcroze ouvre ses portes en 1915 à Genève, grâce à une souscription lancée par un comité d'initiative soucieux d’y retenir le créateur de la rythmique.

La « méthode Jaques-Dalcroze » est reprise dans de nombreux pays. Par exemple dans les années 1940, au Japon, l'institution Tomoe créée et dirigée par Sosaku Kobayashi pratique l'enseignement de la rythmique selon la méthode de Jacques Dalcroze. Le New York Times a écrit au sujet du livre Totto-Chan, la petite fille à la fenêtre[3] : « Totto-Chan est l'antidote rêvé à l'éducation stérile ».

Parallèlement à son activité de pédagogue, il est l’auteur d'innombrables chansons qui s'intégrèrent peu à peu au patrimoine populaire romand. Sa carrière de compositeur, que l’on redécouvre aujourd’hui, devait l'amener à produire un nombre d'ouvrages considérable pour le concert ou pour le théâtre lyrique : ouvrages symphoniques, musique de chambre, pièces pour piano et quatre opéras qui le firent considérer par certains critiques comme le créateur de la comédie lyrique moderne.

Émile Jaques-Dalcroze décède le à Genève.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Officier de la Légion d'honneur (1929), docteur honoris causa des universités de Chicago (1937), Lausanne (1945), Clermont-Ferrand (1948) et Genève (1948), prix de musique de la Ville de Genève (1947).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Compositions[modifier | modifier le code]

Voix et piano
  • Chansons populaires romandes
  • Chansons romandes
  • Chansons d'enfants, opus 42
  • Chansons rustiques
  • La chère maison
  • Les propos du Père David la Jeunesse, opus 57
  • La ronde du petit agneau bêlant
  • Premières rondes et enfantines, opus 34
  • New Children's Songs and Dances, opus 37
Grandes œuvres vocales
  • Le bonhomme Jadis
  • Festival vaudois
  • Le Jeu du Feuillu, évoquant la fête genevoise du Feuillu[4].
  • Les jumeaux de Bergame
  • Sancho
  • La veillée
Musique orchestrale
  • Janie
  • Nocturne, pour violon et orchestre, opus 49
  • Concerto pour violon no 1, opus 50
  • Concerto pour violon no 2
Musique de chambre
  • 2 pièces, pour violon et piano, opus 2
  • Suite, pour violoncelle et piano, opus 9
  • Canzonetta pour violon et piano, opus 11
  • Rythmes de danse, pour quatuor à cordes
  • 3 morceaux, pour violoncelle et piano, opus 48
  • Fantasia appassionata, pour violon et piano, opus 53
  • Sérénade, pour quatuor à cordes, opus 61
Piano
  • 12 Danses
  • 20 Caprices et études rythmiques

Méthodes et exercices[modifier | modifier le code]

  • Exercices pratiques d'intonation
  • 12 kleine melodische et rhythmische Studien, pour le piano, N. Simrock, Berlin, 1913.
  • 16 plastische Studien, pour le piano, Simrock, Berlin, 1913.
  • 20 Caprices and Rhythmic Studies pour le piano, Augener, Londres, 1920.
  • 50 Études miniatures de métrique et rythmique pour le piano, Senart, Paris, 1923.
  • 10 mehrstimmen Gesange. ohne Worte zu plastischen Studien, Simrock, Berlin.
  • 3 Vocalises, Heugel, Paris.
  • 6 Exercices pratiques d'intonation, Foetisch, Lausanne.
  • 6 Jeux rythmiques pour enfants et adolescents pour le piano, Heugel, Paris.
  • 6 petites Pièces en rythmes alternés pour piano, Foetisch, Lausanne.
  • Esquisses rythmiques pour piano, Foetisch, Lausanne.
  • Exercices de disordination pour le piano, Enoch, Paris.
  • La jolie musique, jeux et exercices pour les tout petits (chant), Huguenin, Le Locle.
  • Marches rythmigues, chant et piano, Foetisch, Lausanne.
  • Métrique et rythmique, 200 études pour piano, Lemoine, Paris.
  • Moderne Tonleiterschule (avec R. Ruynemann), Chester, London.
  • Petites pièces de piano avec instruments à percussion, Enoch, Paris.
  • Rythmes de chant et de danse, piano et chant Heugel, Paris.

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Vorschläge zur Reform des musicalischen Schulunterrichts, Gealto Hugurich, 1905.
  • La Rythmique (2 volumes), Foetisch, Lausanne, 1906 (réédité en 1918).
  • La portée musicale, Foetisch, Lausanne.
  • Les gammes et les tonalités, le phrasé et les nuances (3 volumes), Foetisch, Lausanne, 1907.
  • La Bonne Chanson, in «Gazette Musicale de la Suisse Romande», Genève, 1er novembre 1894.
  • La plastique animée, Foetisch, Lausanne.
  • La respiration et l'innervation musculaire, Foetisch, Lausanne, 1907.
  • La rythmique appliquée à l'étude du piano, Lausanne, 1918.
  • Le rythme, la musique et l'éducation, Paris, 1920 (réédité en 1935, et de nouveau en 1965 par Foetisch à Lausanne). Version allemande (Rhythmus, Musik et Erziehung) publié en 1922 à Basel par Benno Schwabe.
  • Souvenirs, Notes et critiques, Attinger, Neuchâtel, 1942.
  • La Musique et nous. Notes de notre double vie, Éditions Perret-Gentil, Genève, 1945.
  • Notes bariolées, Jeheber, Genève, 1948.

Instituts Jaques-Dalcroze[modifier | modifier le code]

Genève[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Institut Jaques-Dalcroze (Genève).

Toujours situé au 44 rue de la Terrassière, non loin du boulevard qui porte le nom de son fondateur, l’Institut Jaques-Dalcroze - où se trouve un important centre de documentation - totalise au début du XXIe siècle près de 2 600 élèves - des cours préparatoires (dès 4 ans) aux études professionnelles (Département Musique et mouvement Jaques-Dalcroze, Haute École de Musique de Genève) qui réunissent des étudiants venus de Suisse et de différents points du globe. Il propose également divers cours hors cursus; rythmique parent-enfant (dès 1 an), aide aux apprentissages, rythmique et intégration, rythmique Seniors.

Illustration d'une vocation inhérente à la rythmique depuis ses débuts, il est le centre international de la méthode Jaques-Dalcroze : celle-ci est enseignée en Suisse bien entendu (également par le biais de l'Instruction Publique à Genève), mais on la retrouve dans la plupart des pays d'Europe, aux États-Unis, au Japon, en Amérique du Sud et en Australie, apportant sa contribution au rayonnement culturel de Genève et de la Suisse. Enrichissants pour les uns comme pour les autres, de tels échanges internationaux se révèlent également précieux à l'heure où le réseau des Hautes écoles européennes se met en place. À travers cours, ateliers et démonstrations dispensés par les pédagogues de la Fédération internationale des enseignants de rythmique (Fier), la méthode Jaques-Dalcroze est présente dans de multiples académies de musique et de danse, ainsi que dans des conservatoires ou des universités. L’Institut Jaques-Dalcroze est seul à délivrer le diplôme supérieur de la méthode Jaques-Dalcroze, permettant de former les futurs professionnels. Depuis 2007, il est dirigé par Silvia del Bianco.

Bruxelles[modifier | modifier le code]

En 1975, l'état belge reconnaît et agrée un Institut de rythmique Jaques-Dalcroze en Belgique grâce aux efforts d'une disciple d'Émile Jaques-Dalcroze, Sergine Eckstein et à l'inspecteur de l'enseignement artistique Max Vandermaesbrugge. L'Institut se trouve au 53 rue Wafelaerts à Bruxelles, dans l'ancienne clinique orthopédique du Docteur Van Neck d'Antoine Pompe (bâtisse classée par les Monuments et Sites). L'Institut de Belgique développe ses recherches au départ de la méthode Dalcroze autour d'une pédagogie créative et interactive, allant jusqu'à allier musique, danse, art de la scène et arts du cirque.

En , l'Institut reçoit le Prix Claves Laetitiae pour ses trente années de présence et de recherches en éducation musicale en Belgique. Depuis 1997, il est dirigé par Pierre Kolp.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monographies[modifier | modifier le code]

  • (fr + en) Silvia Del Bianco (éd.), Sylvie Morgenegg (éd.) et Hélène Nicolet (éd.), Pédagogie, art et science - L'apprentissage par et pour la musique selon la méthode Jacques-Dalcroze : actes du congrès de l'Institut Jaques-Dalcroze, 2015, Genève, Librairie Droz, coll. « Musique » (no 251), , 258 p. (ISBN 978-2-600-05824-7)
    Contributions en français ou en anglais avec résumés dans les deux langues.
  • Mary Brice, La rythmique Jaques-Dalcroze dans les écoles primaires genevoises : une approche didactique, Genève, , 371 p. (lire en ligne)
    Thèse de doctorat, université de Genève, faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FAPSE).
  • Tetsuko Kuroyanagi (trad. du japonais), Totto-Chan, la petite fille à la fenêtre [« Madogiwa no Totto-chan »], Paris, Presses de la Renaissance, coll. « Pocket jeunes adultes » (no 1788), , 286 p. (ISBN 978-2-266-16786-4)
  • Mary Brice, Pédagogie de tous les possibles : la Rythmique Jaques-Dalcroze à la lumière de la théorie des Intelligences Multiples du professeur Howard Gardner, Drize (Genève), Papillon, , 156 p. (ISBN 2-940310-17-3)
  • Jacques Tchamkerten, Émile Jaques-Dalcroze : catalogue thématique des mélodies, chansons, chœurs et rondes enfantines, Drize (Genève), Papillon, , 372 p. (ISBN 978-2906223967)
  • Jean-Claude Mayor, Rythme et joie avec Émile Jaques-Dalcroze, Chapelle-sur-Moudon, éd. Ketty & Alexandre, , 141 p. (ISBN 2-88114-047-5)
  • Frank Martin, Écrits sur la Rythmique et pour les rythmiciens, les pédagogues, les musiciens, Drize (Genève), Papillon, , 90 p.
  • Silvia Del Bianco, Vers une application des principes dalcroziens à l'enseignement du piano : Mémoire pour l’obtention du diplôme de la méthode Jaques-Dalcroze, , 36 p. (lire en ligne)
  • Marie-Laure Bachmann, La Rhythmique Jaques-Dalcroze : une éducation par la musique et pour la musique, Boudry, La Baconnière, , 458 p. (ISBN 2-8252-0976-7)
  • Elizabeth Vanderspar, Manuel Jaques-Dalcroze : principes et recommandations pour l'enseignement, [Genève], [Diffusion Institut Jaques-Dalcroze], [1984], 74 p.
  • Frank Martin, Tibor Dénes et al., Émile Jaques-Dalcroze : L'homme, le compositeur, le créateur de la rythmique, Neuchâtel, La Baconnière, , 595 p.
  • Hélène Brunet-Lecomte, Jaques Dalcroze : Sa vie - son œuvre, Genève, Paris, Jeheber, , 291 p.

Articles, exposés et conférences[modifier | modifier le code]

  • Marie-Laure Bachmann, Les Fondements théoriques de la rythmique Jaques-Dalcroze à l'appui de l'identité du rythmicien : Exposé du 13 novembre 1985 (…), , 16 p. (lire en ligne [PDF])
  • Marie-Laure Bachmann, Trois conférences : Le rôle de la musique dans l'appréhension des notions de temps et d'espace (Genève, 1995) – La Rythmique Jaques-Dalcroze : son application à des enfants d'âge préscolaire (et scolaire) (Athènes, 1996) – Émile Jaques-Dalcroze et son héritage (Bienne, 1996), , 10+11+10 p. (lire en ligne [PDF])
  • La Revue de Belles-Lettres, 1952, no 3 consacré à Émile Jaques-Dalcroze
  • René Jasinsky, in La Revue de Belles-Lettres, 1950, no 6, p. 22-28
  • Henri Stierlin-Vallon, « Émile Jaques-Dalcroze, père de la musique romande », in Revue musicale, no 188, janvier-février 1939, Paris
  • La Revue de Belles-Lettres, 1935, no 4, p. 1-21 consacrées à Jaques-Dalcroze
  • Émile Jaques-Dalcroze, sa vie et son œuvre, Genève, Association Jaques-Dalcroze, 1935, 4 folios
  • Patrie suisse, 1894, no 14, p. 105

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Gabriel Jaques-Dalcroze », sur www.gen-gen.ch, Société genevoise de généalogie, cop. 2018 (consulté le 16 septembre 2018).
  2. a et b Regula Puskás, « Émile Jaques-Dalcroze » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  3. Kuroyanagi 2006.
  4. Émile Jaques-Dalcroze et son temps, par Alfred Berchtold, Éditions L'Âge d'Homme, p. 68.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]