Émile Breton

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Breton (homonymie).
Émile Breton
Breton, Emile, par Etienne Carjat, BNF Gallica.jpg

Photographie par Étienne Carjat, 1866

Naissance
Décès
Nationalité
Activité
Maître
A influencé
Distinction

Émile Adélard Breton, né le et mort le à Courrières, est un peintre et graveur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Émile Breton est le frère du peintre Jules Breton dont il fut l'élève et l'ami. Son autre frère est Ludovic Breton (1844-1916), ingénieur chargé des travaux d'étude de percement des premiers kilomètres du tunnel ferroviaire sous la Manche de 1879 à 1883.

Émile Breton commence à exposer au Salon de 1861 à Paris.

Il y obtient une médaille trois années de suite, en 1866, 1867 et 1868, une médaille de première classe à l'exposition universelle de 1878 puis une médaille d'or à l'Exposition universelle de Paris de 1889.

Il est décoré chevalier de la Légion d'honneur en tant que peintre, lors de l'exposition universelle de 1878.

Il combattit lors de la guerre de 1870/1871:

le Journal de Lens du rapporte la cérémonie d’inauguration du monument aux morts de Dourges à la mémoire des combattants de 1870-1871 :

« Quelques-uns en furent les acteurs et les héros. Parmi eux, il y en a un que je me reprocherais de ne pas citer, car son nom est synonyme de patriotisme, de droiture et de bonté, parce que tous ici vous l’entourez d’une affection et d’une vénération profonde.

J’ai nommé le vaillant commandant des mobilisés du Pas-de-Calais, M. Émile Breton. »

Il est élu maire de Courrières à la suite de son père Marie-Louis Breton et de son oncle Boniface Breton.

Il est profondément marqué par la mort de sa femme, puis en 1891 de son fils unique Louis, à 29 ans.

Son neveu fut Jules-Louis Breton (1872-1940), député et sénateur du Cher, socialiste puis républicain-socialiste, ministre en 1916-1917 et 1920-1921 et fondateur du Salon des arts ménagers (1923).

Sa nièce, fille de Jules Breton, est Virginie Demont-Breton, peintre elle aussi.

Ses élèves furent Adrien Demont, Henri Duhem ou Pierre Billet[1].

Il est décédé et inhumé à Courrières où une rue porte son nom.

Le style d’Émile Breton[modifier | modifier le code]

Si Émile Breton fut élève de son frère, il pratiqua tout d'abord en autodidacte. Éloigné de l'art académique puis naturaliste de Jules Breton, son style, onirique, mélancolique, laisse une faible place aux êtres humains traités le plus souvent en simples silhouettes ponctuant, çà et là, des paysages.

C'est un peintre de la solitude et de la contemplation.

Ces visions, souvent nocturnes sont habitées par la lumière du ciel, du soleil couchant et levant, de la lune, parfois de la mer ou d'un étang, une rivière, créant une atmosphère qui lui est propre, pleine de reflets et d'ombres.

Il peignait notamment l'automne et l'hiver, le dégel, la neige, la silhouette des arbres, les chaumières et plusieurs de ses toiles majeures sont liées à des ambiances de lueurs orangées striant les ténèbres, vécues sur le champ de bataille.

Une large place est laissée au ciel nuageux, parfois venteux. " Emile Breton rêve ses tableaux" G Goetshy (préface du catalogue de la vente de l'atelier en 1892).

Il fut marqué par son expérience militaire lors de la guerre de 1870 où il combattit comme commandant des mobilisés du Pas de calais (Il a été peint dans son uniforme par Lièvin de Winne)

Théophile Gauthier, dans son article sur le salon de 1869, déclare ceci[2] :

« M.  Jules Breton  a  un frère,  M.  Émile Breton,  qui  s’est adonné  plus  spécialement au paysage, où il s’est fait très promptement une réputation par la façon originale dont il comprend la nature, qu’il guette à ses moments singuliers, comme un homme qui vit toute l’année  dans  la familiarité  des  champs. On  voit  bien, en  regardant  les tableaux de M. Émile Breton, que ce n’est pas un paysagiste en chambre, comme il y en a tant.

Le Soleil couchant a cette bizarrerie audacieuse que la nature seule peut se permettre et qu’on n’invente pas. L’Entrée de village est dans le même cas. Il fait nuit, de gros nuages  noirs  comme de  l’encre  courent sur  le  ciel, déchiquetés  par  le vent.  La  neige couvre le sol de son tapis livide. Cette blancheur, qu’aucune ombre n’éteint et qui est la  seule lumière  du  tableau, fait  distinguer  vaguement dans  le  fond les  silhouettes sombres des chaumines où veillent encore quelques points rouges. »

Une autre critique au salon de 1874 dans la revue des deux mondes Page 684 du tome 3:

« Tout autre est la manière de M. Emile Breton. Le paysage, tel qu’il le comprend et qu’il l’aime, n’est pas le paysage libre et varié, ouvert à l’air, à la lumière, à tous les souffles vivifians de la nature ; M. Breton s’enferme volontiers dans un cadre étroit et sombre où peu d’objets peuvent trouver place ; il s’efforce d’arriver à l’effet tragique par la grande simplicité de l’aspect. Son horizon est restreint, son ciel bas et voilé, ses forêts sont noires et épaisses ; il aime à couvrir la terre d’un triste manteau de frimas. La toile intitulée l’Automne est encore plus renfermée et plus étouffée que d’habitude ; elle représente, sous un ciel noir, le lit resserré d’un ruisseau plein d’herbes vertes, bordé d’arbres brunis et jaunis ; au bout de cette espèce de ruelle encaissée dans la forêt, on aperçoit une cabane de celles que La Fontaine appelait, dans sa langue pittoresque, une « chaumine enfumée. » Le tout est d’une couleur riche et forte, mais sans assez d’air ni de profondeur. Le Crépuscule sous la neige représente l’entrée d’un village, où quelques lueurs commencent à paraître aux fenêtres des chaumières ; à l’horizon, la silhouette frileuse d’un clocher neigeux se dessine sur une lueur jaune qui perce entre des nuages noirs. Ce tableau, d’une facture large et robuste, respire cette espèce de désolation puissante, qui est le propre du talent de M. Emile Breton."

Dans "Histoire de l'école française de paysage" [3] :

"...C'est un miracle que l'art d’Émile ait résisté à cette éducation désastreuse; il faut en effet que ce peintre ait eu le cerveau solide et le cœur bien placé. Jules Breton, moins bien doué que son cadet, n'a pas pu se libérer de la fade religiosité de sa jeunesse, et, toute sa vie, il est resté dans le mysticisme douceâtre et sentimental"

. Profondément marqué par la mort de sa femme, puis en 1891 par celle, à 29 ans, de son fils unique Louis, il décide à 61 ans d'abandonner la peinture et organise une vente de la totalité de son atelier en 1892 (88 œuvres peintures et études)[4].

Plusieurs œuvres importantes postérieures à cette vente ("le dégel", "la grêle", "paysage de nuit", "le chant du rossignol" et d'autres) montrent qu'il reprit la peinture après avoir traversé cette crise majeure.

Par son extrême sensibilité et son style très personnel, sa spiritualité laïque dégagée de tout maniérisme religieux, Émile Breton propose une œuvre de précurseur très éloignée de l'académisme ambiant.

Sa vision onirique et poétique du paysage, très particulière, sans école, fait de lui un parent du symbolisme et un passeur vers le surréalisme à venir.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Les œuvres d'Émile Breton sont conservées dans les musées d'Arras, Amsterdam, Bruxelles, Dieppe, Douai, Grenoble, La Haye, Lille, Londres, Mexico, Paris, San Francisco et Valenciennes.

  • Quelques œuvres :
    • Le chant du Rossignol (1894)
    • Étude faite à Santes (4e quart 19e siècle)
    • Paysage à Cernay (Esquisse) (1865)
    • Paysage de nuit (1894)
    • Froidure (1900)
    • Paysage à Cernay (1866)
    • Une nuit d'hiver en Artois (1874)
    • Église de Courrières (1880)
    • Paysage d'automne (1877)
    • Soir d'hiver (acquisition par l'état en 1872)
    • Le soir (1883)
    • La nuit de Noël (1892)
  • Jules et Emile Breton, peintres de L'Artois, exposition au musée d'Arras, 1976/1977 (sans publication de catalogue).

Galerie d'œuvres[modifier | modifier le code]

Liens et sources[modifier | modifier le code]

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:%C3%89mile_Breton_-_La_conflagration_-_Soumaya.jpg?uselang=fr

" I would like to know whether you agree with me that in landscape there are things that have still not been done, that, for example, Emile Breton has imparted effects (himself continues to work in that direction) that are a beginning of something new which it seems to me hasn’t yet reached its full force, understood by few, practised by even fewer. Many landscape painters don’t have that intimate knowledge of nature possessed by those who have looked at the fields with feeling from childhood. Many landscape painters give something that satisfies neither you nor me, for example, as people (even if we appreciate them as artists). People call Emile Breton’s work superficial, which it isn’t, he ranks much higher in sentiment than many others, and knows much more and his work holds up." Vincent Van Gogh lettre à Théo décembre 1889

  • Chevalier de la Légion d'honneur en qualité de peintre (décret du 20 octobre 1878 sur rapport du ministre de l'Agriculture et du Commerce):

Son dossier de la Légion d'honneur

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Émile Bellier de La Chavignerie, Louis Auvray, Dictionnaire général des artistes de l'école française, depuis l'origine des arts du dessin jusqu'en 1882 inclusivement : peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et lithographes, Suppléments, p. 71, Librairie Renouard, Paris, 1888 (en ligne)
  2. http://www.theophilegautier.fr/wp-content/uploads/2010/06/Salon-de-1869.pdf (p. 12)
  3. Histoire de l'école française de paysage de Georges Lanoë 1905 (page 216)
  4. [lire en ligne]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :