Émiland Gauthey

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Émiland Marie Gauthey, né à Chalon-sur-Saône le (baptisé à Saint-Jean-de-Maizel le 8) et mort à Paris le , est un mathématicien, ingénieur civil et architecte français du XVIIIe siècle. Ingénieur des États de Bourgogne, il est le concepteur de très nombreuses réalisations dans sa région comme le canal du Centre entre Digoin et Chalon-sur-Saône (1784 – 1793), des ponts comme ceux de Navilly (1782-1790) et de Gueugnon (1784 - 1787), ou encore d'édifices comme l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Givry (Saône-et-Loire) (1772 à 1791) ou le théâtre de Chalon-sur-Saône.

Nommé Ingénieur en chef des États de Bourgogne en 1782, il occupe après la Révolution des postes importants dans la Haute administration des Ponts-et Chaussées à Paris. Il est décoré de la Légion d'honneur en 1804 lors de la création de l'ordre par Napoléon. À partir de l'année 1805 jusqu'à sa mort, cet ingénieur cantonnier est premier ingénieur des Ponts et Chaussées de France dont il dirige les services.

Son buste achevé en 1808 par Guillaume Boichot, chalonnais lui aussi, est exposé au Musée Vivant-Denon à Chalon-sur-Saône où un lycée porte son nom.

Biographie[modifier | modifier le code]

Émiland Marie Gauthey naît à Chalon-sur-Saône le 3 décembre 1732 dans une famille de la petite bourgeoisie provinciale : son père Pierre Gauthey est médecin à Chalon-sur-Saône, et sa mère Louise ou Louyse Lafouge née à Chagny le 28 août 1700 était la fille d'Emiland Lafouge Avocat et receveur au grenier à sel de Toulon-sur-Arroux.

De 1740 à 1748, il fait de brillantes études d'abord au Collège des Jésuites de Chalon, puis, orphelin de père à 16 ans, à Versailles auprès d'un oncle, professeur de mathématiques à l'École des pages du Roi. Il poursuit sa formation auprès de l'architecte Gabriel Dumont avant d'entrer à l'École royale des ponts et chaussées (qui deviendra École nationale des ponts et chaussées) nouvellement créée et que dirige l'ingénieur réputé Jean-Rodolphe Perronet. Il avait rencontré à l'atelier d'architecture Dumont Jacques-Germain Soufflot avec qui il restera lié toute sa vie et qui le consultera lors de la construction du dôme de Sainte-Geneviève, le futur Panthéon.

Diplômé en 1758, il obtient un poste de sous-ingénieur à Chalon-sur-Saône sous la direction de Thomas Dumorey. Il devra attendre vingt-quatre années pour devenir, à la mort de ce dernier, Ingénieur en chef des États de Bourgogne et s’installer à Dijon à l'âge de 50 ans, en 1782. Il est ensuite nommé Directeur général des canaux de Bourgogne en 1783.

Technicien éclairé, il représente bien l'esprit des Lumières et de l'Encyclopédie, en témoignent son curieux Essai sur la langue philosophique (1774) dans lequel il imagine une sorte de langue des signes graphiques universels qui préfigure la sténographie, ou son utilisation des avancées scientifiques dans le domaine de la construction. Il deviendra d'ailleurs une référence dans l'art des ponts avec son monumental Traité de la construction des ponts et son Mémoire sur l’application de principes de mécanique de la construction des voûtes et des Dômes ou encore son Mémoire sur les canaux de navigation qui ont été édités après sa mort par son neveu Navier. Ses ouvrages de génie civil, comme les ponts de Gueugnon, de Navilly ou de Chalon-sur-Saône par exemple, participent à la transformation des voies de communication qui permettra l'essor industriel du siècle suivant et marquent toujours le patrimoine bourguignon. C'est dans cet esprit qu'il participe au développement de la navigation fluviale par le creusement de nouveaux canaux. Il collabore au projet du canal de Bourgogne entre l'Yonne et la Saône (achevé bien plus tard en 1832) puis se consacre au canal de Franche-Comté de Saint-Jean-de-Losne/Saint-Symphorien-sur-Saône à Dole (connu sous le nom de liaison Saône-Doubs) : cette partie du projet de liaison Rhin-Rhône réalisée de 1783 à 1803 est nommée aussi « canal de Monsieur » car inaugurée par Louis V Joseph de Bourbon-Condé, prince du sang et gouverneur de Bourgogne[1]. Mais son œuvre maîtresse, « le plus grand ouvrage de travaux publics du XVIIIe siècle » [2], est le canal du Centre (ou canal du Charolais) réalisé de 1783- 1793 entre Digoin à Chalon-sur-Saône. Long de 112,125 kilomètres avec 82 écluses (61 actuellement), ce canal relie la Loire et la Saône, créant ainsi la première liaison fluviale Manche - Méditerranée (la Loire étant reliée à la Seine par le canal de Briare (1642) et celui du Loing (1723) ).

Émiland Gauthey est aussi attaché à l'aménagement de Chalon-sur-Saône, sa ville natale où il réside et qu'il embellit avec la transformation des quais ou la construction du théâtre. Ses réalisations d'architecte de style néoclassique élégant sont par ailleurs assez nombreuses dans la région : dôme de la pharmacie de Chalon-sur-Saône – églises de Givry (Saône-et-Loire) et de Louhans - Hôtel de ville de Tournus - château de Clermont-Montoison à Chagny...).

Les transformations liées à la Révolution mettent Émiland Gauthey à l'honneur : il est nommé Inspecteur Général des Ponts et Chaussées en 1791 au moment de la création du corps et s'installe à Paris et épouse à 60 ans sa cousine et adopte un petit neveu, Henri Navier, un des brillants mathématiciens et ingénieurs du début du XIXe siècle. Il devient ensuite membre du conseil général des ponts et chaussées en 1801 et vice-président de ce même Conseil en 1805. Il travaille sur la liaison Somme-Escaut et des aménagements de Paris comme une nouvelle d'adduction d'eau pour Paris (le futur Canal de l'Ourcq) et des projets de ponts sur la Seine, dont la Passerelle des Arts à Paris, réalisé par Jacques Dillon.

Le Premier Consul le décore de la Légion d'honneur à titre civil lors de la première remise de médaille, le 14 juillet 1804, et il allait être promu au grade de commandeur lorsqu'il décède brusquement, à Paris, le 14 juillet 1806 ; curieusement son lieu de sépulture reste inconnu, il repose vraisemblablement dans un cimetière parisien.

Émiland Gauthey, célibataire jusqu'à l'âge de soixante ans, avait épousé en 1792 Anne-Claude Gauthey, sa cousine germaine, fille de son oncle François ; ils avaient recueilli ensemble, pour l'élever, un petit-neveu, Claude-Henri Navier, orphelin âgé de seulement neuf ans[3].

Réalisations en Bourgogne[modifier | modifier le code]

Ponts[modifier | modifier le code]

Pont Gauthey sur la Thalie
Pont de Navilly en Saône-et-Loire
Hôtel de ville de Tournus
  • Pont de Cravant (1760)dans l'Yonne (89) : pont route de 56 m avec 3 arches (participation de Gauthey) [4]
  • Pont Gauthey ou pont de la Thalie à Chatenoy-le-Royal, Saône-et-Loire (71), le premier pont construit par Gauthey (1770) (10 m en 2 arches) [5]
  • Pont de Pierre (1781-1787) sur le Ruisseau des Baulches, sur la RN6,dans l'Yonne (89) : pont-route de 14 m[6]
  • Pont sur la Bourbince (1786 – 1789) à Blanzy, Saône-et-Loire (71)
  • Pont sur la Guyotte (1786 – 1789) à Navilly, Saône-et-Loire (71) : une seule arche de 12.70 m[7]
  • Pont de Bellevesvre (1787) en Saône-et-Loire (71) : pont-route en arc sur la Brenne, longueur totale 30 mètres [8]
  • Pont de Gueugnon, (1787) en Saône-et-Loire (71) : pont-arc de 60,87 mètres et d'une largeur de 7,10 mètres avec une pente originale de 1,90 mètre et des arches décroissantes de 12.10m de portée[9]
  • Pont de Navilly (1782 – 1790) en Saône-et-Loire (71) : la plus belle réalisation de Gauthey, pont arc sur le Doubs (156 m, 5 travées) [10]
  • à Chalon-sur-Saône, creusement du faux-lit de la Saône ou « canal de décharge » et son enjambement par le pont des Chavannes (parfois nommé Pont des Echavannes[11]) qui rejoint Saint-Marcel (pont route de 7 travées achevé en 1790) et rénovation du Pont Saint-Laurent (élargissement du pont médiéval et décoration des 7 arches de 13 m avec des obélisques, achevé en 1791), quasi détruit en 1944 et rebâti à neuf en 1950[12].

Édifices[modifier | modifier le code]

Canaux[modifier | modifier le code]

  • Canal de Franche-Comté de Saint-Jean-de-Losne/Saint-Symphorien-sur-Saône à Dole (connu sous le nom de liaison Saône-Doubs (1783-1803), premier tronçon du futur canal du Rhône au Rhin
  • Canal du Centre (alors Canal du Charolais) réalisé de 1783-1793 entre Digoin et Chalon-sur-Saône (liaison Loire - Saône)
  • Participation à la conception du canal de Bourgogne sous les ordres de JR Perronet, dans la plaine de la Saône entre Dijon et Saint-Jean-de-Losne

Hommages[modifier | modifier le code]

Depuis 1864, la rue Gauthey dans le 17e arrondissement de Paris porte son nom.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bbibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Thérèse Girardi : Émiland Gauthey, 1732-1806 : le grand bâtisseur bourguignon, édité par le lycée polyvalent Émiland Gauthey, 1995.
  • Anne Coste : Un Ingénieur des Lumières, Émiland-Marie Gauthey, Presses de l’École nationale des Ponts et Chaussées, Paris, 1993 (279 pages). (ISBN 2859782044) ;
  • De Dartein : Etudes sur les ponts de pierre 1907-1912 (Volume 4).
  • De Dartein : La vie et l'œuvre d'Émiland Gauthey, dans Annales des Ponts et Chaussées 3e trimestre, 1904.
  • Paul Gelis : La vie et l'œuvre architecturale de Gauthey, Axium, Paris, 1970.
  • Philippe Laurent : Émiland Gauthey, ingénieur en Bourgogne, dans Monuments historiques, avril-juin 1987, n° 150-151.
  • Alain Dessertenne : « Émiland Gauthey et Pierre-Jean Guillemot », article paru dans la revue « Images de Saône-et-Loire » n° 152 de décembre 2007 (pages 13 à 17).

Liens externes[modifier | modifier le code]