Émeute de Québec de 1918

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Émeute de Québec de 1918
Informations
Date
Localisation Ville de Québec
Caractéristiques
Participants Jeunes réfractaires, rejoints par toute la population
Revendications Révocation de la conscription et de la Loi concernant le service militaire de 1917
Nombre de participants Environ 15 000
Types de manifestations Manifestations, protestations
Répression
Arrestations Plus de 262
Blessés Au moins 70
Morts 4[1]

L'émeute de Québec de 1918 s'est déroulée à Québec (Canada) dans le contexte de la crise de la conscription.

Historique[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Dès le début de la Première Guerre mondiale, la population du Québec est inquiète, car elle craint que le gouvernement fédéral finisse par imposer la conscription quand il n'y aura plus de volontaires. En 1915, Ottawa commence d'ailleurs une campagne discrète afin de rendre la conscription sympathique aux Québécois, car le recrutement de volontaires commence à s'essouffler.

En 1916 au Québec, les premières échauffourées ont lieu entre les recruteurs et la population à Québec. Celle-ci accuse le gouvernement d'angliciser l'armée et de favoriser les officiers canadiens-anglais.

Au printemps 1917, lors de la conférence impériale de Londres, le premier ministre Borden subit de lourdes pressions des Britanniques pour imposer la conscription. Le 29 mai, il dépose à la Chambre des communes du Canada le projet de loi, qui est approuvé le 24 juillet par 102 voix contre 44.

À l'été, des manifestations violentes ont lieu à Montréal. Armand Lavergne, avocat de Québec connu pour son opposition à la guerre, prêche ouvertement la désobéissance civile. Le 9 août, la maison de Hugh Graham, propriétaire du Montreal Star proconscriptionniste, est dynamitée à Cartierville. En septembre, d'autres manifestations ont lieu à Sherbrooke où l'on saccage des bureaux d'avocats favorables à la conscription.

Des élections sont annoncées pour le 17 décembre. Les conservateurs et une partie des libéraux s'allient contre les libéraux restés fidèles à Wilfrid Laurier dans une campagne électorale inégale. Borden remporte largement l'élection mais, au Québec, seulement trois de ses députés ont été élus, tous dans des comtés largement anglophones.

Le combat se transporte alors à l'Assemblée législative du Québec. Le 21 décembre, le député libéral de Lotbinière, Joseph-Napoléon Francoeur, dépose cette motion à la veille de la clôture des Fêtes: « Que cette Chambre est d'avis que la province de Québec serait disposée à accepter la rupture du pacte confédératif de 1867 si, dans les autres provinces, on croit qu'elle est un obstacle à l'union, au progrès et au développement du Canada ». On en discute durant tout le mois de janvier puis le premier ministre Lomer Gouin la fait retirer déclarant que, malgré ses imperfections, la Confédération canadienne « est encore le meilleur mode de gouvernement que notre pays puisse adopter ». Le public est déçu de la prise de position peu énergique de Gouin.

À l'hiver 1918, plusieurs conscrits préfèrent se cacher dans les greniers ou se sauver dans les bois plutôt que de s'enrôler. Ottawa engage alors des policiers spéciaux, chargés de mettre la main sur ces déserteurs. Le zèle intempestif de ceux que les Québécois commencent à appeler les spotters est à l'origine directe de l'émeute de Québec.

28 mars 1918[modifier | modifier le code]

À 20 heures 30, en ce Jeudi Saint, Joseph Mercier, 23 ans, est arrêté par trois policiers fédéraux au moment où il entre dans la salle de quilles du Cercle Frontenac, dans le quartier Saint-Roch. Mercier leur a affirmé qu'il possède des papiers d'exemption, mais il ne les a pas sur lui. Il est emmené au poste de police situé tout près, sur la rue Saint-François, avec trois autres personnes arrêtées dans la salle de quilles. Plus tard, son père viendra le libérer apportant avec lui les papiers.

La foule, ameutée par la nouvelle, commence à s'agglutiner autour du poste. Bientôt, environ 2000 personnes se mettent à lancer différents projectiles sur le bâtiment. Le chef de police téléphone au général Philippe Landry, commandant du cinquième district militaire, pour lui demander de l'aide. En attendant, le maire de Québec, Henri-Edgar Lavigueur, tente en vain de calmer les gens.

Les spotters, qui ont arrêté Mercier, se sauvent par une porte en arrière du bâtiment. Deux d'entre eux se réfugient dans le bâtiment voisin, l'école des Frères des Écoles chrétiennes de Saint-Roch. L'autre entre dans un tramway, mais est aperçu par une partie de la population qui le renverse. Le policier réussit tout de même à s'enfuir. Pendant ce temps, les policiers municipaux fuient du mieux qu'ils le peuvent, laissant le poste à l'abandon.

29 mars 1918[modifier | modifier le code]

En début de soirée, 3000 personnes, venues du quartier Saint-Roch, montent à la Haute-ville, en chantant le Ô Canada et La Marseillaise. Ils pénètrent dans le Vieux-Québec et commencent par bombarder de projectiles les bâtiments du Chronicle et de L'Événement, des journaux connus pour leur position proconscriptionniste. Puis ils reviennent sur leurs pas, se dirigeant vers l’Auditorium (le Capitole de Québec d'aujourd'hui), où sont classés les dossiers des conscrits. Ils cassent les fenêtres du bâtiment, pénètrent à l'intérieur, jettent les dossiers du registraire par la fenêtre, brisent le mobilier et finissent par mettre le feu. Les pompiers qui tentent de l'éteindre sont incapable de faire leur travail à cause du sabotage de leurs tuyaux.

Pendant ce temps, Lavigueur a appelé le général Landry pour qu'il vienne rétablir l'ordre. L'armée s'installe sur la place d'Youville en face de l'Auditorium. Au lieu de lire l'acte d'émeute, le maire tente d'apaiser la foule qui finit par se disperser. Il y avait alors 15 000 manifestants sur la rue Saint-Jean et la place d'Youville.

30 mars 1918[modifier | modifier le code]

Le premier ministre Borden, mécontent des derniers événements, décide d'envoyer des renforts à Québec. Venus d'Ontario et de la Nouvelle-Écosse, ces hommes, qui ne connaissent pas un mot de français et méprisent la population locale, doivent arriver le lendemain. Ils sont commandés par le major général François-Louis Lessard, connu pour avoir réprimé brutalement une grève ouvrière en 1878 et pour avoir commandé un détachement de l'armée dans l'Ouest au moment de la rébellion de Louis Riel en 1885.

Dans la soirée, vers 20 heures, de nouveaux manifestants remontent à la Haute-ville et se rassemblent devant le manège militaire, sur la Grande Allée. Après la lecture de l'acte d'émeute, la cavalerie charge la foule qui se replie jusqu'à rue Saint-Jean. Plusieurs personnes sont blessées. Les manifestants répliquent en lançant des morceaux de glace et différents projectiles contre les cavaliers.

31 mars 1918[modifier | modifier le code]

À l'occasion de Pâques, le cardinal de Québec, Louis-Nazaire Bégin, rédige une lettre pastorale, se prononçant contre les troubles des derniers jours et en interdisant de nouveaux. Cependant, certains curés de paroisse, dans leurs sermons, n'hésitent pas à mettre la faute des manifestations sur les spotters trop zélés.

Au cours de la journée, les 2000 soldats anglophones du général Lessard commencent à arriver par trains. Celui-ci décide d'installer son quartier général au Château Frontenac.

Le soir, un rassemblement a lieu à la place Jacques-Cartier. Bien que souffrant d'une forte fièvre, Armand Lavergne décide de s'y rendre et parvient à calmer les manifestants. Il leur promet entre autres que les spotters seront renvoyés et que l'armée ne patrouillera pas dans les rues le lendemain. Il a reçu cette assurance de l'officier Harold Machin, envoyé à Québec à titre d'enquêteur du gouvernement fédéral.

1er avril 1918[modifier | modifier le code]

Malgré les promesses de Lavergne, l'armée commence à patrouiller dans les rues dès le matin. Lavergne rencontre Lessard au Château Frontenac. Celui-ci lui dit qu'il n'a rien promis et qu'il est maintenant temps d'utiliser la force pour rétablir l'ordre.

À 20 heures, les troupes se tiennent autour de la place Jacques-Cartier et la foule, qui tentait de se rassembler, est refoulée dans les rues avoisinantes. Comme elle ne se disperse pas, le général Lessard décide de faire charger la cavalerie. La population réplique en lançant des projectiles, mais est tout de même obligée de reculer vers le boulevard Langelier et le quartier Saint-Sauveur. Sur la rue Saint-Joseph, toute proche, les troubles se multiplient après que l'armée ait vidé manu militari la principale salle de quilles de l'endroit.

Le major Mitchell fait alors installer une mitrailleuse au coin des rues Saint-Vallier, Saint-Joseph et Bagot où la foule a finalement abouti. Il crie en anglais aux gens de se disperser, mais, comme ils n'obtempèrent pas, il fait tirer. Les manifestants se dispersent en hurlant, mais il y a quatre morts et plusieurs blessés sur le terrain. Les quatre victimes sont Honoré Bergeron (49 ans), Alexandre Bussières (25 ans), Édouard Tremblay (23 ans) et Georges Demeule (15 ans). Quant aux blessés, le lendemain, un journaliste de la Patrie, après une rapide enquête, conclut qu'il y en a eu au moins 70. Chez les soldats, il y en a eu cinq, qui ont reçu différents projectiles.

62 personnes sont arrêtées au cours de la nuit. 58 d'entre elles sont relâchées au cours des jours suivants.

L'enquête du coroner[modifier | modifier le code]

Le lendemain, 2 avril, les soldats patrouillent dans toute la ville et des ordres sévères (« Shoot to kill », « tirez pour tuer ») ont été donnés. Les arrestations continuent. Il y en a 200 pendant tout le mois d'avril.

Le 3 avril, la ville institue une enquête du coroner, présidée par Georges-William Jolicœur, pour déterminer la cause de la mort des quatre victimes. Le docteur Marois, qui a fait l'autopsie, déclare dans son témoignage, à la surprise de tous, qu'elles ont été tuées de balles explosives.

Le 13 avril, les conclusions de l'enquête sont rendues publiques. Le témoignage du docteur Marois n'est pas retenu. Les victimes n'ont pris aucune part aux troubles. Elles se sont tout simplement trouvées au mauvais endroit au mauvais moment. Les soldats qui ont tiré sont disculpés, car ils ont tout simplement accompli leur devoir dans la répression d'une émeute. Les troubles sont dus au manque de jugement des policiers fédéraux, les spotters, qui ont arrêté des gens sans raison valable et qui ont ainsi mis le feu aux poudres.

Les familles des victimes, bien qu'ayant fait une demande, n'ont jamais été indemnisées[2].

Références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lire plus[modifier | modifier le code]