Éloge de l'ombre (Tanizaki)

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Éloge de l'ombre (陰翳礼讃, In'ei raisan?) est un essai sur l'esthétique japonaise, par l'écrivain japonais Jun'ichirō Tanizaki. Publié en 1933 au Japon, ce livre a été traduit en français par le japonologue René Sieffert et publié en 1977 aux Publications orientalistes de France[1]. Une nouvelle traduction par Ryoko Sekiguchi et Patrick Honnoré a paru en 2017 sous le titre Louange de l'ombre[2].

Traductions[modifier | modifier le code]

L'ouvrage a été traduit en de nombreuses autres langues (parfois depuis la traduction française ou anglaise), dont chronologiquement : l'anglais (1977)[3], le thaï (1985)[4], l'allemand (1987)[5], l'arabe (1988)[6], le grec (1992)[7], l'espagnol (1994)[8], le finnois (1997)[9], et le chinois (2007)[10].

Résumé[modifier | modifier le code]

L'auteur, obsédé par le thème de l'occidentalisation du Japon, défend une esthétique de la pénombre en réaction à l'esthétique occidentale où tout est éclairé, s'employant à comparer divers usages de la lumière et de l'éclairage (des lieux d'aisances, par exemple) chez les Japonais et les Occidentaux. Il souligne en particulier l'importance du tokonoma dans ce jeu du clair-obscur. De plus, fidèle à l'esthétique du sabi, il revendique la patine des objets par opposition à la manie de la propreté occidentale. Ainsi, il passe en revue les éléments de l'architecture ancienne, des temples, des palais, des maisons, les accessoires de la vie courante et les matières dont ils sont faits (bois, laques, céramiques, papiers, métaux), et compare l'usage qui en fait par les Occidentaux et les Japonais, dans leur mode de vie traditionnel. Si l'Occidental préfère généralement l'éclat, le brillant, la netteté, le Japonais préfère les reflets adoucis, la patine, « le lustre des mains ».

Tanizaki analyse ainsi certaines constantes de l'esthétique japonaise, y mêlant ses propres fantasmes, non sans goût de la cocasserie (comme par exemple sa truculente évocation des toilettes à l'ancienne), et exprime clairement tout ce qu'il doit au fond à la culture japonaise traditionnelle. Dans cet éloge de l'ombre, Tanizaki fait notamment un développement sur « l'esthétique de la femme japonaise », livrant des « clés pour la compréhension d'un des types de femmes qui hantent la plupart [de ses] romans », celui que « l'on pourrait appeler la “femme de l'ombre” »[11].

Inspiration pour Tous les matins du monde[modifier | modifier le code]

Alain Corneau demanda à tous les acteurs de son film Tous les matins du monde de lire cet essai pour s'imprégner de son esthétique[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Éloge de l'ombre, éd. Publications orientalistes de France, Paris, 1977 (OCLC 4699761)
  2. Louange de l'ombre, trad. par Ryoko Sekiguchi et Patrick Honnoré, Arles, Éditions Philippe Picquier, coll. « Gingko », 2017 (ISBN 978-2-8097-1221-6)
  3. In Praise of Shadows, éd. Leete's Island Books, New Haven, 1977 (OCLC 251901279)
  4. Yœ̄n ngao salūa (retrad. depuis l'anglais), éd. Samnakphim Mahāwitthayālai Thammasāt, Krungthēp Mahānakhō̜n, 1985, (ISBN 974-571-175-6) (OCLC 23522364)
  5. Lob des Schattens, éd. Manesse, Zürich, 1987, (ISBN 3-7175-8109-0) (OCLC 46157432)
  6. Madīḥ al-ẓill, éd. Dār Tūbqāl lil-Nashr, al-Dār al-Bayḍāʼ, 1988 (OCLC 276763597)
  7. To enkomio tēs skias, éd. Ekdoseis Agra, Athènes, 1992 (OCLC 221493691)
  8. El elogio de la sombra (retrad. depuis le français), éd. Siruela, Madrid, 1994, (ISBN 84-7844-258-8) (OCLC 37105175)
  9. Varjojen ylistys, éd. Taide, Helsinki, 1997, (ISBN 951-608-026-X) (OCLC 58305576)
  10. Yin yi li zan, éd. Lian pu chu ban, Taibei Shi, 2007, (ISBN 986-7058-93-3) (OCLC 320480060)
  11. Le Nouveau Dictionnaire des œuvres de tous les temps et de tous les pays, t. II, collectif Laffont-Bompiani, 1994, Robert Laffont, coll. « Bouquins », p. 2177.
  12. Voir l'introduction à l'essai dans Tanizaki, tome I, de la Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 1997