Élisabeth de Roumanie (1894-1956)

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Élisabeth de Roumanie
(ro) Elisabeta a României
(el) Ελισάβετ της Ρουμανίας
Description de cette image, également commentée ci-après

La princesse Élisabeth de Roumanie en 1914.

Titres

Reine des Hellènes


(1 an 5 mois et 27 jours)

Prédécesseur Sophie de Prusse
Successeur Abolition de la monarchie

Reine titulaire des Hellènes


(11 ans 3 mois et 11 jours)

Prédécesseur Elle-même
Successeur Frederika de Hanovre
Reine des Hellènes
Biographie
Titulature Reine des Hellènes
Princesse de Danemark
Princesse de Roumanie
Dynastie Maison de Hohenzollern-Sigmaringen
Nom de naissance Elisabeta Charlotte Josephine Alexandra Victoria a României
Naissance
Sinaia (Roumanie)
Décès (à 62 ans)
Cannes (France)
Père Ferdinand Ier de Roumanie
Mère Marie de Saxe-Cobourg-Gotha
Conjoint Georges II de Grèce (1921-1935)
Enfants Marc Favrat (fils adoptif)
Description de cette image, également commentée ci-après

Reines des Hellènes

Élisabeth de Roumanie (en roumain : Elisabeta a României et en grec moderne : Ελισάβετ της Ρουμανίας), princesse de Roumanie puis, par son mariage, reine des Hellènes, est née le à Sinaia, en Roumanie, et décédée le à Cannes, en France. Membre de la maison de Hohenzollern-Sigmaringen, elle est l'épouse du roi des Hellènes Georges II, avec lequel elle règne sur la Grèce de 1922 à 1924.

Élevée par son grand-oncle et sa grand-tante, le roi Carol Ier de Roumanie et la reine Élisabeth de Wied, la princesse Élisabeth développe, en grandissant, un caractère introverti, qui l'isole socialement. Mariée à l'héritier du trône de Grèce en 1921, elle n'éprouve pour lui aucune passion et souffre des turbulences politiques que traverse son pays d'adoption après la Première Guerre mondiale. Propulsée sur le trône de Grèce avec son époux en 1922, la jeune femme s'implique dans l'aide aux réfugiés qui affluent à Athènes du fait du désastre de la guerre gréco-turque. La montée du climat révolutionnaire a cependant raison de sa santé et c'est avec soulagement qu'elle quitte le royaume hellène avec Georges II en décembre 1923. Le couple royal s'installe alors à Bucarest, où il apprend finalement sa déposition le .

En Roumanie, Élisabeth et Georges II s'éloignent et le couple finit par se séparer, avant de divorcer en 1935. Très proche de son frère, le roi Carol II de Roumanie, la princesse se constitue alors une importante fortune, en partie due aux conseils financiers avisés de son amant, le banquier Alexandru Scavani. Après la mort de sa mère, la reine Marie de Saxe-Cobourg-Gotha, en 1938, et jusqu'à la déposition de Carol II, en 1940, elle joue par ailleurs le rôle de première dame de Roumanie. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Élisabeth noue des liens étroits avec le parti communiste roumain et complote ouvertement contre son neveu, le jeune Michel Ier, ce qui lui vaut le surnom de « tante rouge » du souverain. Elle n'en est pas moins chassée de Roumanie au moment de la proclamation de la république populaire, en 1947. Exilée, la princesse s'installe en Suisse, puis à Cannes, dans le sud de la France. Elle noue alors une relation amoureuse avec Marc Favrat, un jeune homme de trente ans son cadet qu'elle finit par adopter avant de s'éteindre, en 1956.

Famille[modifier | modifier le code]

La princesse Élisabeth est la fille du roi Ferdinand Ier de Roumanie (1865-1927) et de son épouse la princesse Marie de Saxe-Cobourg-Gotha (1875-1938), elle-même fille du duc Alfred Ier de Saxe-Cobourg et Gotha (1844-1900). Par sa mère, Élisabeth est donc une descendante de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901), surnommée la « grand-mère de l'Europe ».

En 1921, la princesse Élisabeth épouse le futur roi Georges II de Grèce (1890-1947), fils aîné du roi Constantin Ier de Grèce (1868-1923) et de la reine Sophie de Prusse (1870-1932). Par son père, Georges est donc un descendant du roi Christian IX de Danemark (1818-1906), surnommé le « beau-père de l'Europe », tandis que, par sa mère, il descend également de la reine Victoria.

L'union d'Élisabeth et de Georges II est malheureuse et le couple se sépare progressivement, avant de divorcer en 1935.

En juin 1956, Élisabeth adopte le roturier français Marc Favrat (1924-2000), qui prend dès lors le nom de Marc Favrat de Hohenzollern.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marie de Saxe-Cobourg-Gotha portant sur ses genoux la petite Élisabeth, avec à ses côtés le prince Carol
Marie de Saxe-Cobourg-Gotha et ses deux aînés, Élisabeth et Carol (1885).

Une jeunesse roumaine[modifier | modifier le code]

Une enfance roumaine[modifier | modifier le code]

Deuxième enfant du prince héritier Ferdinand de Roumanie et de son épouse la princesse Marie de Saxe-Cobourg-Gotha, Élisabeth voit le jour le , au château de Peleș, à Sinaia[1]. Baptisée Élisabeth en l'honneur de sa grand-tante paternelle, la reine Élisabeth de Wied[2], l'enfant est retirée à ses parents peu après sa naissance. Avec son frère aîné Carol, la petite fille grandit ainsi aux côtés du roi Carol Ier et de son épouse[3],[4].

Au fil des années, Élisabeth développe un caractère froid et un tempérament volatil, qui l'isolent socialement. Considérée comme « vulgaire » par sa propre mère, Élisabeth a toutefois la réputation d'être dotée d'une beauté classique[1].

Des fiançailles peu désirées[modifier | modifier le code]

Photo du prince Georges et de la princesse Élisabeth de Roumanie.
Le diadoque Georges de Grèce et la princesse Élisabeth de Roumanie en 1921.

À partir de 1911, les gouvernements grec et roumain se rapprochent pour des raisons géopolitiques et le prince Georges de Grèce, alors héritier en second de son pays, rencontre pour la première fois Élisabeth[5]. Après les guerres balkaniques, durant lesquelles Grèce et Roumanie sont alliées, le prince demande la main de la princesse mais, conseillée par sa grand-tante, Élisabeth décline la proposition, jugeant son prétendant trop petit et trop anglais dans ses manières. Dédaigneuse, la jeune fille déclare même, à cette occasion, que « Dieu a commencé le prince mais a oublié de le terminer » (1914)[6],[7].

Durant la Première Guerre mondiale, Élisabeth s'implique dans l'aide aux soldats blessés. Elle se rend ainsi quotidiennement les hôpitaux et distribue cigarettes et paroles réconfortantes aux victimes des combats[8].

En 1919, Élisabeth et ses sœurs Marie et Ileana accompagnent leur mère, la désormais reine Marie, à Paris, à la Conférence de la paix. La souveraine espère en effet profiter de ce séjour pour trouver des époux convenables à ses filles, et surtout à Élisabeth, déjà âgée de vingt-cinq ans[9]. Après quelques mois en France, la reine et ses filles décident de rentrer en Roumanie au début de l'année 1920. Sur le chemin du retour, elles effectuent une halte en Suisse, où elles retrouvent la famille royale de Grèce, qui vit en exil depuis la déposition de Constantin Ier au cours de la Grande Guerre. Élisabeth retrouve alors le prince Georges, qui lui demande une nouvelle fois sa main. Davantage consciente de ses propres imperfections (sa mère la décrit désormais comme grosse et peu intelligente), la jeune fille se résout à accepter le mariage. Pourtant, à cette époque, l’avenir du jeune homme est pour le moins incertain : déposé en même temps que son père et remplacé sur le trône par son frère cadet, le jeune Alexandre Ier, Georges est interdit de séjour dans son pays, désargenté et sans aucune situation[5],[10].

Il reste que la combinaison matrimoniale satisfait tout autant les parents d'Élisabeth que ceux du jeune homme. Ravie d'avoir enfin trouvé un époux pour son aînée, la reine de Roumanie ne tarde pas à inviter le prince à se rendre à Bucarest afin d'y annoncer publiquement les fiançailles[10]. Georges s'exécute mais, peu après son arrivée dans la patrie de sa fiancée, il apprend le décès accidentel d'Alexandre Ier et les remous politiques qui s'ensuivent, en Grèce[11],[12].

Vie en Grèce[modifier | modifier le code]

De la restauration de la famille royale de Grèce au mariage de Georges et Élisabeth[modifier | modifier le code]

Le , un référendum au résultat contesté[N 1] appelle la famille royale de Grèce à rentrer dans son pays[13]. Le roi Constantin Ier, la reine Sophie et le diadoque Georges regagnent donc Athènes le 19 décembre suivant. Leur retour s’accompagne d'une importante liesse populaire. Une foule immense entoure les souverains et l'héritier du trône dans les rues de la capitale. Une fois arrivés au palais royal, ceux-ci doivent apparaître à de nombreuses reprises au balcon pour saluer le peuple qui les acclame[14],[15].

Quelques semaines plus tard, Georges retourne toutefois en Roumanie pour y épouser Élisabeth. Leur mariage se déroule en grandes pompes à Bucarest, le . Peu de temps après, le prince royal Carol de Roumanie, frère aîné d'Élisabeth, s'unit à son tour avec une sœur cadette de Georges, la princesse Hélène de Grèce[1],[11],[16].

Une princesse isolée[modifier | modifier le code]

En Grèce, Élisabeth éprouve de grandes difficultés à s'intégrer à sa belle-famille, et ses relations avec la reine Sophie sont particulièrement malaisées[17],[18]. D'un tempérament introverti qui passe volontiers pour de l'arrogance[19],[20], Élisabeth se sent mise à l'écart par ses proches, qui conversent régulièrement en grec en sa présence, alors qu'elle ne maîtrise pas encore cette langue[17],[21]. Seuls le roi Constantin Ier et sa sœur, la grande-duchesse Marie, trouvent grâce à ses yeux[17],[20]. De fait, même le timide diadoque déçoit son épouse, qui souhaiterait partager avec lui une relation plus passionnée[22],[23].

La famille du roi Constantin de Grèce vers 1914
La famille royale hellène vers 1914. Au centre, on peut voir la reine Sophie et le roi Constantin Ier de Grèce avec, autour d'eux, les futurs rois Paul Ier, Alexandre Ier et Georges II ainsi que les futures reines Hélène de Roumanie et Irène de Croatie.

Déplorant de ne pas avoir sa propre demeure et d'être obligée de vivre constamment auprès de sa belle-famille, Élisabeth vide la cassette de son époux par les dépenses qu'occasionne la redécoration des appartements du prince Georges. Or, les Hohenzollern-Sigmaringen tardent à verser sa dot[22] et les économies qu'elle a laissées en Roumanie partent bientôt en fumée en raison d'investissements malheureux réalisés par le gestionnaire de sa fortune[24].

Confrontée à une situation politique très difficile, due à la guerre qui oppose la Grèce à la Turquie depuis 1919, Élisabeth comprend rapidement que ses marges de manœuvre sont limitées dans son nouveau pays. Elle intègre cependant la Croix-Rouge, qui est alors débordée par l'arrivée de blessés issus d'Asie mineure[25],[20]. La princesse occupe par ailleurs son temps libre en pratiquant le jardinage, la peinture et le dessin. Elle illustre ainsi un livre de poèmes réalisés par l'auteur belge Émile Verhaeren. Elle s'adonne également à l'écriture et produit quelques nouvelles de faible valeur littéraire[22],[26]. Enfin, elle passe de longues heures à étudier le grec moderne, langue qu'elle trouve extrêmement difficile à apprendre[24].

Déçue par la médiocrité de son quotidien, Élisabeth commence à nourrir de la jalousie pour sa sœur Marie, mariée au roi Alexandre Ier de Yougoslavie, et pour sa belle-sœur Hélène de Grèce, épouse du futur Carol II de Roumanie[22],[27]. Avec la guerre et la révolution, le quotidien de la famille royale de Grèce est en effet de plus en plus difficile, et la pension que reçoit le prince Georges ne lui permet nullement d'acheter à sa femme les vêtements et les bijoux dont elle rêve[22].

Déjà tendues par la guerre, les relations du diadoque et de sa femme sont assombries par leur incapacité à donner un héritier au royaume de Grèce. Élisabeth tombe en effet enceinte quelques mois après son mariage, mais elle perd l'enfant qu'elle porte lors d'un voyage officiel à Smyrne[N 2]. Gravement affectée par sa fausse couche, la princesse royale tombe malade. Atteinte d'une typhoïde bientôt suivie de pleurésie aggravée de dépression, elle trouve alors refuge auprès de sa famille à Bucarest. Malgré les efforts de sa mère et de son époux, ni la santé de la princesse ni son mariage ne se remettent complètement de la perte de son enfant[28],[29],[30].

Reine des Hellènes[modifier | modifier le code]

Photo de la princesse Élisabeth entourée de sa mère et de sa sœur Marie.
La princesse Élisabeth entourée de sa mère et de sa sœur Marie.

Au même moment, le désastre de la guerre gréco-turque oblige le roi Constantin Ier à abdiquer, ce qui propulse Georges et Élisabeth sur le trône ()[29]. Les nouveaux souverains n'ont toutefois aucun pouvoir, et ils assistent avec impuissance à la répression organisée par les révolutionnaires qui ont pris le pouvoir contre les représentants de l'ancien régime. Le couple royal vit ainsi dans l'angoisse de l’exécution du prince André au moment du « procès des Six »[31],[32].

Malgré ce contexte difficile, Élisabeth cherche à se rendre utile pour sa patrie d'adoption. Afin de répondre à l'afflux de réfugiés originaires d'Asie mineure, la reine fait construire des baraquements dans la banlieue d'Athènes. Pour mener à bien ses projets, elle mobilise sa famille et demande à sa mère, la reine Marie, de lui faire parvenir du bois et d'autres matériaux[31],[33].

Cependant, Élisabeth a de plus en plus de mal à supporter la Grèce et son climat révolutionnaire. Son amour pour Georges II s'évapore et ses lettres à sa mère montrent combien elle s'inquiète pour son avenir[33],[34]. Sa correspondance révèle, par ailleurs, qu'elle n'a plus aucune envie d'avoir des enfants[35].

Après une tentative de coup d'État monarchiste en octobre 1923, la situation du couple royal devient encore plus précaire. Le , Georges II et son épouse sont contraints à l'exil par le gouvernement révolutionnaire. Avec le prince Paul, ils partent alors pour la Roumanie, où ils apprennent la proclamation de la république hellénique le [36],[37],[38].

Retour en Roumanie[modifier | modifier le code]

Reine en exil[modifier | modifier le code]

La famille royale de Roumanie à la fin des années 1920.
Georges, Élisabeth et la famille royale de Roumanie à la fin des années 1920.

En Roumanie, Georges et Élisabeth s'installent à Bucarest, où le roi Ferdinand Ier et la reine Marie leur mettent quelque temps à disposition une aile du palais Cotroceni. Après quelques semaines, le couple déménage et établit sa résidence dans une villa plus modeste de la Calea Victoriei. Hôtes réguliers des souverains roumains, Georges et Élisabeth participent aux cérémonies qui ponctuent la vie des Hohenzollern-Sigmaringen. Mais, malgré la bonté avec laquelle le traite sa belle-mère, l'ex-roi des Hellènes se sent désœuvré à Bucarest et peine à cacher l'ennui que lui procurent les fastes de la Cour roumaine[36],[39],[40].

Contrairement à son époux, Élisabeth se montre ravie de son retour en Roumanie. Ses relations avec sa mère sont pourtant parfois orageuses, même si la collaboration des deux femmes se montre fructueuse. Au milieu des années 1920, Élisabeth illustre ainsi le dernier ouvrage de sa mère, The Country that I Love (1925)[N 3],[41]. Les liens d'Élisabeth avec la princesse Hélène (épouse du prince héritier Carol de Roumanie et sœur de Georges II de Grèce) sont également compliqués par la jalousie que l'ex-reine des Hellènes continue à ressentir vis-à-vis de sa belle-sœur[42].

Éprouvées par les humiliations de l'exil, les difficultés financières et l'absence de descendance, les relations de Georges et d'Élisabeth se dégradent. Après avoir d'abord trompé sa lassitude dans la nourriture trop riche et les jeux d'argent, l'ex-reine des Hellènes entretient des relations extra-conjugales avec différents hommes mariés. Elle profite ainsi d'une visite à sa sœur malade, à Belgrade, pour flirter avec son propre beau-frère, le roi Alexandre Ier de Yougoslavie. Plus tard, elle noue une liaison avec le banquier de son mari, un Gréco-Roumain du nom d'Alexandru Scavani, dont elle fait son chambellan pour étouffer le scandale. Cependant, Élisabeth n'est pas la seule responsable de l'échec de son mariage. Au fil des années, Georges passe en effet de moins en moins de temps auprès de son épouse et transporte progressivement sa résidence au Royaume-Uni, où il noue lui-aussi une relation adultérine[43],[44],[45],[46].

En mai 1935, Élisabeth est approchée par un diplomate grec qui lui annonce que la Deuxième République hellénique est sur le point de s'effondrer et que la restauration de la monarchie est imminente en Grèce[46]. Effrayée par cette nouvelle, l'ex-reine des Hellènes lance alors une procédure de divorce sans en avertir son époux. Accusé de « désertion du foyer familial », Georges II voit ainsi son mariage dissout par un tribunal de Bucarest sans avoir été véritablement invité à s'exprimer sur la question ()[36],[45],[46],[47],[48].

Une princesse ambitieuse[modifier | modifier le code]

Carol 2 de Roumanie et Magda Lupescu.
Le roi Carol II de Roumanie et sa maîtresse, Magda Lupescu.

Après la mort du roi Ferdinand Ier en 1927, la Roumanie traverse une période de forte instabilité. Le frère aîné d'Élisabeth ayant dû renoncer à la couronne pour pouvoir vivre avec sa maîtresse, c'est le jeune Michel Ier qui monte sur le trône sous la direction d'un conseil de régence[49]. Malgré tout, une part importante de la population soutient les droits de Carol[50], qui parvient finalement à ceindre la couronne en 1930[51]. Très proche de son frère, dont elle soutient activement le retour en Roumanie, Élisabeth le tient quotidiennement informé de la vie politique du pays durant ses années d'exil[52].

Une fois sur le trône, Carol II entretient des relations orageuses avec les membres de sa famille mais il conserve sa confiance à Élisabeth, qui est sa seule parente à accepter de côtoyer sa maîtresse[53]. Grâce à l'héritage de son père[54], aux conseils financiers avisés de son amant, le banquier Alexandru Scavani, et aux bonnes relations qu'elle entretient avec son frère, la princesse parvient à mener grand train en Roumanie[55],[56]. Au fil des années, elle acquiert ainsi un grand domaine à Banloc, près de la frontière yougoslave, une maison à Sinaia et surtout une élégante villa de style italien, le palais Elisabeta, dans la chaussée Kiseleff, à Bucarest[55].

Après la mort de la reine-mère Marie de Saxe-Cobourg-Gotha en 1938 et jusqu'à la déposition de Carol II en 1940, Élisabeth joue le rôle de première dame de Roumanie. Ambitieuse, la princesse n'a en effet aucun remords à suivre la politique de son frère, même lorsque celui-ci se montre tyrannique avec les autres membres de la famille royale[57]. Après le retour sur le trône de Michel Ier et la mise en place de la dictature du maréchal Ion Antonescu, Élisabeth est écartée de la vie politique[58]. Cependant, à partir de 1944, elle tisse des liens avec le parti communiste roumain et conspire ouvertement contre son neveu, qui la considère désormais comme une espionne[57],[59],[60]. Début 1947, elle reçoit dans son domaine de Banloc le maréchal Tito, qui vient pourtant de renverser un autre de ses neveux, le jeune Pierre II de Yougoslavie[61],[62]. Enfin, par l'intermédiaire d'Alexandru Scavani, la princesse participe au financement de la guérilla qui combat son ex beau-frère, le roi Paul Ier, en Grèce[57].

Élisabeth n'est cependant pas le seul membre de la famille royale à flirter avec les communistes : sa sœur Ileana fait de même dans l'espoir d'imposer son fils aîné, l'archiduc Stéphane, sur le trône. Pour toutes ces raisons, les deux princesses reçoivent alors le surnom de « tantes rouges » du roi Michel Ier[63].

Une vieillesse en exil[modifier | modifier le code]

La nécropole des Hohenzollern-Sigmaringen.
La Hedinger Kirche de Sigmaringen, lieu de sépulture d'Élisabeth.

En dépit de ses liens avec le parti communiste roumain, Élisabeth est chassée de son pays au moment de la proclamation de la république populaire, le . Le nouveau régime lui donne trois jours pour réunir ses affaires et le palais Elisabeta est mis à sac. Avant son départ en exil, la princesse a toutefois le temps de brûler ses archives dans le domaine de Banloc[57]. Le , elle quitte la Roumanie avec sa sœur Ileana à bord d'un train spécial mis à disposition par les communistes. Accompagnées de la famille Scavani, les deux femmes emportent toutefois une grande partie de leurs biens[64].

Élisabeth s'établit ensuite à Zurich, puis à Cannes, à la Villa Rose Alba. En France, elle fait la connaissance d'un jeune séducteur au physique agréable nommé Marc Favrat[N 4]. Tombée amoureuse du jeune homme, la princesse sollicite son cousin, le prince Frédéric de Hohenzollern-Sigmaringen, pour qu'il confère un titre à ce dernier, mais l'aîné des Hohenzollern refuse. La princesse prend alors la décision d'adopter son amant, ce qu'elle fait trois mois seulement avant sa mort. Elle s'éteint chez elle le [65],[66].

Le corps de la princesse est transféré dans la nécropole des Hohenzollern-Sigmaringen, à la Hedinger Kirche de Sigmaringen[67].

Arbres généalogiques[modifier | modifier le code]

Georges II et Élisabeth dans les monarchies balkaniques[modifier | modifier le code]

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Georges Ier,
Roi des Hellènes
Olga Constantinovna,
Gde Dchesse de Russie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Guillaume V Adolphe,
Pce de Wied
Marie,
Pcesse des Pays-Bas
 
Élisabeth,
Pcesse de Wied
 
Carol Ier,
Roi de Roumanie
 
Léopold,
Pce de Hohenzollern-Sigmaringen
Antonia,
Infante de Portugal
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Nicolas,
Pce de Grèce
Hélène Vladimirovna,
Gde Dchesse de Russie
 
 
 
 
 
 
 
Constantin Ier,
Roi des Hellènes
Sophie,
Pcesse de Prusse
 
 
 
 
 
 
 
 
Guillaume,
Pce d'Albanie
Sophie,
Pcesse de Schönburg-Waldenburg
 
 
 
Marie,
Pcesse de Roumanie
 
 
 
Ferdinand Ier,
Roi de Roumanie
Marie,
Pcesse de Saxe-Cobourg
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Olga,
Pcesse de Grèce
Paul,
Régent de Yougoslavie
 
Alexandre Ier,
Roi des Hellènes
Aspasia Manos
 
Irène,
Pcesse de Grèce
Tomislav II,
Roi de Croatie
 
Hélène,
Pcesse de Grèce
∞ Carol II,
Roi de Roumanie
 
Paul Ier,
Roi des Hellènes
Frederika,
Pcesse de Hanovre
 
Georges II,
Roi des Hellènes
 
Élisabeth,
Pcesse de Roumanie
 
Marie,
Pcesse de Roumanie
Alexandre Ier,
Roi de Yougoslavie
 
Carol II,
Roi de Roumanie
∞ Hélène,
Pcesse de Grèce
 
Nicolas,
Régent de Roumanie
Ioana Dumitrescu-Doletti
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Alexandra,
Pcesse de Grèce
∞ Pierre II,
Roi de Yougoslavie
 
 
 
 
 
Michel Ier,
Roi de Roumanie
∞ Anne,
Pcesse de Parme
 
Constantin II,
Roi des Hellènes
Anne-Marie,
Pcesse de Danemark
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Pierre II,
Roi de Yougoslavie
∞ Alexandra,
Pcesse de Grèce
 
Michel Ier,
Roi de Roumanie
Anne,
Pcesse de Parme
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Quartiers d'Élisabeth[modifier | modifier le code]

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
16. Charles de Hohenzollern-Sigmaringen
 
 
 
 
 
 
 
8. Charles-Antoine de Hohenzollern-Sigmaringen
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
17. Antoinette Murat
 
 
 
 
 
 
 
4. Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
18. Charles II de Bade
 
 
 
 
 
 
 
9. Joséphine de Bade
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
19. Stéphanie de Beauharnais
 
 
 
 
 
 
 
2. Ferdinand Ier de Roumanie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
20. Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha
 
 
 
 
 
 
 
10. Ferdinand II de Portugal
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
21. Antoinette de Kohary
 
 
 
 
 
 
 
5. Antonia de Portugal
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
22. Pierre Ier du Brésil
 
 
 
 
 
 
 
11. Marie II de Portugal
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
23. Marie-Léopoldine d'Autriche
 
 
 
 
 
 
 
1. Élisabeth de Roumanie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
24. Ernest Ier de Saxe-Cobourg-Gotha
 
 
 
 
 
 
 
12. Albert de Saxe-Cobourg-Gotha
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
25. Louise de Saxe-Gotha-Altenbourg
 
 
 
 
 
 
 
6. Alfred Ier de Saxe-Cobourg-Gotha
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
26. Édouard-Auguste du Royaume-Uni
 
 
 
 
 
 
 
13. Victoria du Royaume-Uni
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
27. Victoria de Saxe-Cobourg-Saalfeld
 
 
 
 
 
 
 
3. Marie de Saxe-Cobourg-Gotha
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
28. Nicolas Ier de Russie
 
 
 
 
 
 
 
14. Alexandre II de Russie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
29. Charlotte de Prusse
 
 
 
 
 
 
 
7. Maria Alexandrovna de Russie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
30. Louis II de Hesse-Darmstadt
 
 
 
 
 
 
 
15. Marie de Hesse-Darmstadt
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
31. Wilhelmine de Bade
 
 
 
 
 
 

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur Élisabeth[modifier | modifier le code]

  • (en) John Wimbles, « Elisabeta of the Hellenes: Passionate Woman, Reluctant Queen - Part. 1: Crown Princess », Royalty Digest, vol. 12#5, no 137,‎ , p. 136-144 (ISSN 0967-5744) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) John Wimbles, « Elisabeta of the Hellenes: Passionate Woman, Reluctant Queen - Part. 2: Crown Princess », Royalty Digest, vol. 12#6, no 138,‎ , p. 168-174 (ISSN 0967-5744) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) John Wimbles, « Elisabeta of the Hellenes: Passionate Woman, Reluctant Queen - Part. 3: Exile at Home 1924-1940 », Royalty Digest, vol. 12#7, no 139,‎ , p. 200-205 (ISSN 0967-5744) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) John Wimbles, « Elisabeta of the Hellenes: Passionate Woman, Reluctant Queen - Part. 4: Treachery and Death », Royalty Digest, vol. 13#1, no 145,‎ , p. 13-16 (ISSN 0967-5744) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Sur Élisabeth et la famille royale de Grèce[modifier | modifier le code]

  • (en) Alan Palmer et Michael of Greece, The Royal House of Greece, Weidenfeld Nicolson Illustrated,‎ (ISBN 0-2978-30600) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (es) Ricardo Mateos Sainz de Medrano, La Familia de la Reina Sofía, La Dinastía griega, la Casa de Hannover y los reales primos de Europa, Madrid, La Esfera de los Libros,‎ (ISBN 8-4973-41953) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) John Van der Kiste, Kings of the Hellenes: The Greek Kings, 1863-1974, Sutton Publishing,‎ (ISBN 0-7509-21471) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Hugo Vickers, Alice : Princess Andrew of Greece, Londres, Hamish Hamilton,‎ (ISBN 0-241-13686-5) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Sur Élisabeth et la famille royale de Roumanie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Jean-Paul Besse, Ileana : l'archiduchesse voilée, Versailles, Via Romana,‎ (ISBN 978-2-916727-74-5)
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  • (en) Hannah Pakula, The Last Romantic: A Biography of Queen Marie of Roumania, Weidenfeld & Nicolson History,‎ (ISBN 1-8579-98162)
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  • (ro) Regina Maria a Romaniei, Însemnari zilnice, vol. 3, Editura Historia,‎  Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. 99 % des votants se seraient exprimés en faveur du souverain déposé (Van der Kiste 1994, p. 126).
  2. Dans sa biographie d'Élisabeth, John Wimbles n'évoque pas cette grossesse et la fausse-couche qui l'a suivie. D'autres auteurs, comme Michael Darlow, présentent quant à eux l'événement d'une façon très différente. D'après eux, la princesse serait en fait tombée enceinte après une liaison avec le diplomate britannique Frank Rattigan, et sa fausse couche ne serait qu’un avortement déguisé pour éviter la naissance d’un enfant illégitime. Voir par exemple : (en) Michael Darlow, Terence Rattigan : The Man and his Work, Quartet Books,‎ , p. 51.
  3. Voir les illustrations sur cette page.
  4. D'après la biographe américaine Marlene Eilers Koenig, Marc Favrat est né à Paris le et décédé dans la même ville le . Voir (en) Marlene Eilers Koenig, « How did Elisabeta meet Marc Favrat? », sur Royal Musings,‎ (consulté le 27 octobre 2015).

Références[modifier | modifier le code]

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  4. Marcou 2002, p. 43
  5. a et b Marcou 2002, p. 122
  6. Regina Maria a Romaniei 2006, p. 61
  7. Van der Kiste 1994, p. 121
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  10. a et b Van der Kiste 1994, p. 122
  11. a et b Van der Kiste 1994, p. 130
  12. Marcou 2002, p. 117-118
  13. Van der Kiste 1994, p. 126
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  60. Porter 2005, p. 152 et 155
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  67. (en) « Sigmaringen Hedinger / Erlöserkirche », sur www.royaltyguide.nl (consulté le 27 octobre 2015)
Cet article est reconnu comme « bon article » depuis sa version du 29 novembre 2015 (comparer avec la version actuelle).
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