Élisabeth de Hesse-Darmstadt

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Élisabeth Fiodorovna de Russie
Sainte orthodoxe
Description de cette image, également commentée ci-après
La grande-duchesse Élisabeth Fiodorovna en 1894

Елизавэта Фёдоровна Романова

Nom de naissance Élisabeth Alexandra Louise Alice de Hesse-Darmstadt (Elisabeth Alexandra Luise Alix von Hessen-Darmstadt)
Alias
Ella
Naissance
Darmstadt
Décès (à 53 ans)
Alapaïevsk, (province de Perm)
Nationalité Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Pays de résidence Russie
Autres activités
Abbesse au monastère des Saintes-Marthe-et-Marie à Moscou
Famille
Signature de Élisabeth Fiodorovna de Russie Sainte orthodoxe

Élisabeth de Hesse-Darmstadt (en allemand : Elisabeth von Hessen-Darmstadt ; - ) est une princesse allemande devenue grande-duchesse de Russie par mariage. Devenue religieuse, elle est exécutée en 1918 par les bolcheviks lors de la Révolution russe. Elle est aujourd'hui vénérée comme une sainte martyre par l'Église orthodoxe et fêtée le .

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et enfance[modifier | modifier le code]

Les quatre filles du grand-duc Louis IV de Hesse : Irène, Victoria, Élisabeth et Alix (1885).

Seconde fille et second enfant du grand-duc Louis IV de Hesse et de la princesse Alice d'Angleterre, petite-fille de la reine Victoria, elle reçoit le prénom de sa grand-mère paternelle, Élisabeth de Prusse. Son prénom rend également hommage à une ancêtre de la Maison de Hesse : sainte Élisabeth de Hongrie (1204-1231). En famille, elle est surnommée « Ella ».

La grande-duchesse Élisabeth en 1887

La jeune princesse reçut une éducation très religieuse. Sa mère, la princesse Alice, l'initia très tôt à ses œuvres de charité, et Ella visitait les malades dans les hôpitaux avec sa mère. Selon Maurice Paléologue, Alice, amie du théologien David Strauss, aurait ainsi fortement influencé ses filles Alix et Élisabeth concernant leurs croyances et leur « aptitude à l'exaltation religieuse »[1].

Armoiries d'Élisabeth.

Le , la famille de Hesse-Darmstadt fut endeuillée par le décès accidentel du prince Frédéric de Hesse-Darmstadt. Quelques années plus tard, le , la sœur cadette d'Élisabeth, la princesse Marie de Hesse-Darmstadt (4 ans) décéda de la diphtérie. La princesse Alice ayant contracté la diphtérie en soignant ses enfants décéda elle aussi le . Après le décès de sa mère, l'éducation de la princesse Élisabeth se poursuivit à la Cour de la reine Victoria.

Mariage[modifier | modifier le code]

La grande-duchesse Élisabeth

En 1883, au cours d'un voyage en Europe occidentale, le grand-duc Serge Alexandrovitch de Russie, frère cadet du tsar Alexandre III, rencontra la jeune princesse Élisabeth alors âgée de dix-neuf ans. Le grand-duc était un cousin germain du père d'Elisabeth. Sa mère, la tsarine Maria Fiodorovna, était une princesse de Hesse-Darmstadt. Quelques années plus tôt, en accompagnant celle-ci en séjour en Allemagne, il avait déjà eu l'occasion de rencontrer la jeune Ella, mais c'est pendant ce second séjour que le grand-duc, âgé de 26 ans, porta beaucoup d'intérêts à la jeune princesse allemande, et très vite des liens d'amitié étroits les unirent.

La princesse épousa le grand-duc le , dans la chapelle du Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg. Le couple vécut dans la propriété d'Ilinskoïe située à l'ouest de Moscou. Pendant leurs séjours à Saint-Pétersbourg, ils vivaient dans un palais situé à l'angle de la Fontanka et de la perspective Nevski. Plus tard, le grand-duc Serge acquit le palais Belosselski-Belozerski qui par la suite prit le nom de Palais Serge[2].

La grande-duchesse Élisabeth en tenue de cour en 1885

La grande-duchesse maîtrise rapidement la langue russe, et se convertit le à l'orthodoxie, prenant ainsi le nom d'Élisabeth Fiodorovna.

En 1888, à l'occasion de la consécration de l'église Sainte Marie-Madeleine construite sur le Mont des Oliviers à Jérusalem, le couple se rendit en Terre sainte. Les Lieux Saints impressionnèrent tant Ella qu'elle émit ce souhait : « Je voudrais être enterrée là ». Son vœu fut respecté en 1920[réf. à confirmer] [3].

En 1891, son époux fut nommé gouverneur de Moscou. La vie de la grande-duchesse en fut transformée. En raison du poste occupé par son époux, ses soirées étaient consacrées aux réceptions et aux bals. Ses journées étaient employées à la gestion des associations de charité. Elle visitait des hospices de pauvres et des orphelinats. Sur son instance, un hôpital fut construit à Illinskoïe. En 1892, la grande-duchesse fonda la Société bénévole Elizaveta destinée aux mères célibataires. En outre, elle s'occupait de la filiale russe du Comité des Dames de la Croix-Rouge dont elle fut nommée présidente après la mort de son mari (1905).[réf. nécessaire]

Pendant la Guerre russo-japonaise, la grande-duchesse, déjà présidente de la Croix-Rouge, organisa un comité chargé de porter assistance aux soldats, dans le grand palais du Kremlin[4].

Le couple n'eut pas d'enfant. Frédéric Mitterrand suppose que le mariage n'a jamais été consommé[5]. Maurice Paléologue décrit le grand-duc Serge comme « le plus soupçonneux et le plus inquisitorial des maris » face à une épouse « calme et docile ». Lorsque le grand-duc Paul fut exilé à Paris par Nicolas II, il laissa ses deux enfants, le grand-duc Dimitri et la grande-duchesse Marie, à la grande-duchesse Élisabeth et au grand-duc Serge.

En 1894, sa jeune sœur Alix de Hesse-Darmstadt épousa le tsar Nicolas II de Russie, et se convertit également à l'orthodoxie en prenant le nom d'Alexandra Fiodorovna.

Assassinat du grand-duc Serge[modifier | modifier le code]

Le grand-duc Serge et son épouse la grande-duchesse Élisabeth Fiodorovna en 1893

Le grand-duc Serge est un des artisans de la politique autoritaire et répressive de Nicolas II, dont il partage ses opinions politiques. S'attirant de toute part des critiques pour ses actions, il démissionne en 1905 de son poste de gouverneur militaire de Moscou. Il sait aussi qu'il est la cible des révolutionnaires, et emménage donc avec sa famille au Palais Nicolas (Nikolaïevsky) dans le Kremlin.

Après une tentative avortée le au théâtre du Bolchoï (l'attentat ayant été annulé après que les révolutionnaires aient aperçu la grande-duchesse et leurs neveux et nièces dans la voiture, et décidé de ne pas tuer la famille du grand-duc Serge)[6],[7], le grand-duc Serge est assassiné le par l'explosion d'une bombe au nitroglycérine dans sa voiture. Le coupable est Ivan Kaliaïev, membre du parti des Combattants socialistes révolutionnaires. L'explosion désintégra la voiture, et le grand-duc fut tué sur le coup.

Fondation du monastère Marthe et Marie[modifier | modifier le code]

Sculpture de la grande-duchesse Élisabeth d'après une œuvre de Paul Troubetzkoy en 1899.

Très affectée par l'assassinat de son époux, la grande-duchesse vend ses biens et bijoux, et achète au 34, rue Bolchaïa Ordynka à Moscou quatre maisons avec un vaste jardin. En , elle y fonda le couvent Saintes-Marthe-et-Marie. Les six premières religieuses, non cloîtrées, eurent pour vocation de s'occuper des pauvres de Moscou. Le , la grande-duchesse quitta le Palais Nikolaïevsky et s'établit avec quelques religieuses au couvent. Elle y prononça ses vœux le . La tenue de ses religieuses différaient des autres ordres monastiques, car elles étaient vêtues de blanc et portaient un long voile blanc (l'apostolnik - Апостольник), avec une grande croix orthodoxe russe autour du cou.

Le couvent des Saintes-Marthe-et-Marie à Moscou

Les religieuses du couvent des Saintes-Marthe-et-Marie et leur mère supérieure suivaient strictement la règle des ascètes : la nuit, elles dormaient sur une simple planche de bois et portaient en pénitence sous leurs robes un cilice. Elles s'astreignaient aussi à un jeûne très strict et pratiquaient souvent le végétalisme.[réf. nécessaire]

Au cours de la Première Guerre mondiale, la grande-duchesse Élisabeth prêta assistance aux armées russes, en prodiguant des soins aux soldats blessés, mais aussi en rendant visite aux prisonniers allemands, ce qui provoqua des rumeurs l'accusant de trahir la Russie.[réf. nécessaire]

La grande-duchesse condamnait fermement l'attitude de Raspoutine qu'elle ne rencontra jamais, provoquant en cela sa rupture avec sa sœur cadette, l'impératrice. En 1917, Ella considérait que l'assassinat du « starets » était un acte patriotique.

Révolution d'Octobre et exil à Ekaterinbourg et Alapaïevsk[modifier | modifier le code]

Portrait de la grande-duchesse en religieuse

En mars 1917, le gouvernement provisoire de Russie tenta vainement de convaincre la grande-duchesse de quitter son couvent afin de se réfugier au Kremlin. La grande-duchesse Élisabeth refusa toutes les propositions qui auraient pu lui sauver la vie (notamment celle de l'empereur Guillaume II d'Allemagne, un de ses anciens prétendants). Après la Révolution d'Octobre 1917, les religieuses du monastère des Saintes-Marthe-et-Marie ne furent pas inquiétées. Mais en , la grande-duchesse fut arrêtée et exilée à Perm. Avant de quitter le monastère, elle bénit les religieuses en larmes. Seules, la sœur Varvara Yakovleva et la sœur Catherine Yanytcheva suivirent la grande-duchesse dans son exil.

En , la grande-duchesse et les deux religieuses furent transférées au monastère Novo-Tikhvine[8] à Ekaterinbourg situé non loin de la Maison Ipatiev où sa sœur l'impératrice était retenue prisonnière. Peu de temps après, Élisabeth Fiodorovna et les deux religieuses rejoignirent les princes Ioann, Constantin, et Igor de Russie, ainsi que le prince Vladimir Pavlovitch Paley, le grand-duc Serge Mikhaïlovitch et son secrétaire personnel Fiodor Semionovitch détenus à l'hôtel Atamanovka depuis le . La grande-duchesse y fit la connaissance du jeune prince Vladimir Paley, neveu de son époux et issu du mariage morganatique du grand-duc Paul et de son épouse Olga Valerianovna, princesse Paley. La grande-duchesse, qui, quelques années auparavant, s'était naturellement opposée au mariage morganatique du grand-duc Paul, se prit d'affection pour son neveu morganatique[9].

Après deux semaines de détention à Ekaterinbourg, le Soviet régional de l'Oural décida le transfert des détenus. Le , la grande-duchesse et les autres détenus arrivèrent à Alapaïevsk, et furent emprisonnés dans une école. Ils pouvaient néanmoins correspondre avec leurs proches[10], jusqu'au , date à laquelle le régime carcéral de la grande-duchesse et des autres détenus se durcit brusquement : les objets personnels furent saisis, les promenades extérieures et les correspondances interdites, les rations diminuées.

Assassinat de la grande-duchesse Élisabeth[modifier | modifier le code]

Dans la nuit , les bolcheviques emmenèrent les prisonniers sur des charrettes, jusqu'au puits de la mine Selimskaïa. Ils furent alors précipités dans le puits vivants, à l'exception du grand-duc Serge Mikhaïlovitch de Russie qui, se débattant, fut tué d'une balle dans la tête avant d'être à son tour jeté dans les profondeurs du puits. Les circonstances exactes du décès de la grande-duchesse sont floues : la chute n'ayant pas été fatale, il est possible que les bolcheviks tentèrent de tuer les prisonniers en jetant de gros morceaux de bois et des grenades au fond du puits, ou en leur tirant dessus au hasard, convaincus qu'aucun n'aurait la possibilité de sortir vivant des profondeurs du puits[11]. Malgré cette tentative, les victimes étaient encore en vie. Après le départ des bolcheviks, un homme des environs s'approcha discrètement du puits et entendit un chant religieux s'élevant des profondeurs du puits.[réf. nécessaire]

Canonisation et réhabilitation[modifier | modifier le code]

Les dépouilles de la grande-duchesse Élisabeth (à droite), du prince Ioann Constantinovitch de Russie (à gauche)

Comme pour les autres corps, la dépouille de la grande-duchesse Elisabeth fut remontée le par les soldats de l'Armée blanche commandée par l'amiral Koltchak, puis inhumée dans la crypte de la cathédrale d'Alapaïevsk. Huit mois plus tard, suivant la retraite de l'Armée blanche, les cercueils furent transportés à Irkoutsk et y restèrent pendant six mois. Devant l'avancée de l'Armée rouge, en , les cercueils transportés à Pékin furent placés dans la crypte de la chapelle de la mission orthodoxe russe. Par la suite l'église fut démolie ; les cercueils restants seraient toujours en place, enfouis sous un terrain de golf.[réf. nécessaire]

Prévenue par message de Pékin, la marquise de Milford-Haven, sœur aînée de la grande-duchesse Élisabeth, fit transporter les cercueils de la grande-duchesse Elizaveta Fiodorovna et la sœur Varvara Yavovleva par mer, en passant par le canal de Suez, jusqu'à Jérusalem, voulant ainsi respecter le vœu de sa sœur. La grande-duchesse Elizaveta Fiodorovna et la sœur Varvara Yavovleva furent finalement inhumées dans l'église des Apôtres de Marie-Madeleine à Gethsémani en 1921.

En 1981, la grande duchesse Élisabeth de Russie fut canonisée comme nouvelle martyre par l'Église orthodoxe russe de l'étranger. Puis en 1992, l'Église orthodoxe Russe déclara la grande-duchesse martyre de l'oppression de l'Union soviétique, et elle fut canonisée comme la nouvelle martyre Élisabeth. Sainte Élisabeth Féodorovna de Russie est maintenant fêtée le 18 juillet (, selon l'ancien calendrier). Le , le Parquet général de Russie a annoncé la réhabilitation de la grande-duchesse Élisabeth et des cinq autres membres de la famille impériale assassinés par les Bolcheviques lors de la Révolution russe[12]. Le transfert de certaines reliques de la grande duchesse et de la religieuse Varvara intervint le et on effectua le prélèvement de certains de leurs ossements en , en l'église Sainte-Marie-Madeleine à Jérusalem (deux os des épaules). Les ossements furent déposées dans un reliquaire en bois de cyprès et transférées au couvent des Saintes-Marthe-et-Marie de Moscou[13].

Le reliquaire contenant les reliques de la grande-duchesse Élisabeth en l'église Sainte-Marie-Madeleine à Jérusalem

Hommages[modifier | modifier le code]

Le monastère Sainte-Elizaveta à Minsk

Le , le grand-duc Constantin écrivit un poème dédié à la grande-duchesse[14].

En Biélorussie, en Ukraine et en Russie, plusieurs monastères orthodoxes russes portent le nom de la grande-duchesse Élisabeth. On trouve ainsi un monastère Sainte-Élisabeth à Alapaïevsk, à Jovtnevoïe, à Kaliningrad et à Minsk.

La grande-duchesse Élisabeth fait partie des dix Martyrs de l'abbaye de Westminster.

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

La grande-duchesse Élisabeth et Ivan Kaliaïev, l'assassin de son mari, sont des protagonistes de la pièce d'Albert Camus, Les Justes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Maurice Paléologue, Le crépuscule des tsars : Journal (1914-1917), Editions du Mercure de France, coll. « Le Temps Retrouvé » (lire en ligne).
  2. (en) Christopher Warwick, Ella : Princess, Saint and Martyr, John Wiley & Sons, , p. 118.
  3. romanov-murman.narod.ru
  4. « La Croix-Rouge russe et la guerre russo-japonaise », Bulletin International des Societes de la Croix-Rouge, vol. 35, no 139,‎ (lire en ligne, consulté le 26 juillet 2020).
  5. Frédéric Mitterrand, Les Aigles Foudroyés : La fin des Romanov, des Habsbourg et des Hohenzollern, Robert Laffont, , p. 89, 141.
  6. Andreï Maylunas et Sergueï Mironenko Une passion de toujours : Nicolas et Alexandra page 258
  7. John van der Kiste, Les Romanov, 1818-1959, p. 172
  8. tyrlevo.orthodoxy.ru
  9. Frédéric Mitterrand, Mémoires d'exil, Robert Laffont, .
  10. www.nik2.ru www.nik2.ru
  11. Frédéric Mitterrand, Mémoires d'exil, Robert Laffont, , p. 51.
  12. www.ng.ru
  13. www.rian.ru
  14. www.pravoslavie.ru

Bibliographie et sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]