Élisabeth Revol

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Élisabeth Revol
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Biographie
Nationalité Drapeau de la France France
Naissance 1980
Carrière
Disciplines alpinisme, himalayisme
Ascensions notables ascension du Broad Peak, du Nanga Parbat, du Gasherbrum I et du Gasherbrum II en 16 jours, en solitaire et sans oxygène
Profession professeur d'éducation physique

Élisabeth Revol, née en 1980, est une alpiniste française, notamment connue pour ses réalisations himalayennes en style alpin. Elle débute par son premier sommet à 6 000 m en 2006 puis deux ans plus tard, part sur l’Himalaya. Elle est la première femme à avoir réalisé le triplé Broad Peak - Gasherbrum I - Gasherbrum II en solitaire et sans oxygène. Le Gasherbrum I - Gasherbrum II sont enchaînés en un temps record de 52 heures sans retour au camp de base. Elle est également la seconde femme à réussir un 8000 en hiver, sans oxygène[1]. En janvier 2018, elle bénéficie d'un sauvetage exceptionnel dans des conditions très difficiles sur les pentes du Nanga Parbat après avoir réussi son ascension.

Biographie[modifier | modifier le code]

Carte des principaux sommets de l'Himalaya.

Originaire de la Drôme, Élisabeth Revol grimpe seule sur le glacier Blanc dans le massif des Écrins[2]. Durant l'adolescence, son goût pour l'alpinisme reste présent. Elle pratique la gymnastique[2]. Elle commence réellement l'escalade à 19 ans. Ses parents lui ont transmis le goût de la montagne[3]. Voulant devenir guide, sa petite taille (1m56) et le sexisme de la profession lui font envisager une autre voie[2]. Elle devient professeur de sport « un peu par hasard » dit-elle, métier qu'elle arrêtera au milieu des années 2010 pour devenir « grimpeuse professionnelle »[4].

Pharilapcha en arrière plan

En 2006, elle part en Bolivie avec le groupe excellence alpinisme national de la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM). Là, l'équipe réalise cinq ouvertures. C'est son premier 6 000 m[4]. L'année suivante, elle s'envole pour le Népal et ouvre une nouvelle voie dans la face sud est du Pharilapcha (6 017 mètres)[5].

En 2008, elle part au Pakistan et réalise l'ascension de trois sommets de plus de 8 000 mètres : le Broad Peak, le Gasherbrum I et le Gasherbrum II. Ces trois sommets ont été réalisés en 16 jours, en solitaire, sans oxygène et elle n'est même pas essoufflée au sommet[4]. Le Gasherbrum I - Gasherbrum II sont enchaînés en un temps record de 52 heures sans retour au camp de base[6].

En 2009, elle atteint le sommet Est de l'Annapurna I (8 013 m) avec Martin Minařík (en). Le vent les empêche de continuer en direction du sommet Central[7]. Pris dans une violente tempête de neige, Martin Minarik disparait pendant la descente, son corps n'a pas été retrouvé[8]. Elle met quatre ans avant de retourner sur l'Annapurna[4].

De 2009 à 2013, elle arrête les projets montagne et se lance dans le Raid multi-sports au sein du Team Lafuma. Avec cette équipe ils sont :

  • champion d'Europe en 2012 [9],[10],[11]
  • 5e au championnat du monde en 2012[12],[13]
  • champion de France en 2013[14].
  • 3e sur une manche de coupe du monde raid en Équateur.

En parallèle, elle obtient des succès en France en compétition individuelle ou en équipe : M² Race[15], Raid du Mercantour, Raid Vauban, Raid des terres noires, Raid Vallon Pont d'Arc[16], Raid VTT les Chemins du soleil[17], 2e à la Transvésubienne[18].

À partir de 2013, son principal projet himalayen devient l'ascension du Nanga Parbat en hiver. Après une première expérience en style alpin sur l'éperon Mummery en 2013, elle parvient le à l'altitude de 7 800 mètres avec Tomasz Mackiewicz ; la météo ne leur permet pas de continuer en direction du sommet. Ce sont les premiers à atteindre cette altitude en style alpin. Le duo a emprunté la voie Messner 2000 pour parvenir a cette altitude[19],[20]. Elle a rencontré Tomasz Mackiewicz dit « Tomek », un alpiniste Polonais « au parcours tumultueux », à Chilas au Pakistan ; celui-ci vit avec une fascination mystique pour le Nanga Parbat[4].

Mi mai 2017, elle tente l'ascension du Makalu (8 481 mètres). Elle atteint l'antécime du Makalu (8 445 mètres) le puis abandonne à cause de la météo. Elle déclare que « la suite de l’itinéraire est dangereuse du fait de l’accumulation de neige, des corniches et du vent. L’aventure s’arrête là, ce qui devrait être une déception de ne pas arriver au sommet si proche, est largement compensé par la magie du lieu[21]. »

Le , elle réalise sans apport d'oxygène artificiel, en solitaire l'ascension du Lhotse (8 516 mètres), le quatrième sommet le plus haut du monde[21].

Tentative sur la voie normale sud côté Népal de l'Everest (8 848 mètres) le , sans oxygène supplémentaire, en solitaire : repli vers 8 500 mètres en raison du mauvais temps[21],[22].

Tous ces sommets himalayens et tentatives ont été réalisés sans l'apport d'oxygène artificiel, sans porteur d'altitude et souvent en solitaire. Élisabeth Revol s'entraine au minimum vingt heures par semaine avant ses expéditions et s'astreint à un régime alimentaire strict[4].

L'alpiniste polonais Adam Bielecki

Retour au Nanga Parbat[modifier | modifier le code]

En janvier 2018, Élisabeth Revol et Tomasz Mackiewicz retournent à nouveau sur cette montagne, la « montagne tueuse ». Elle a déjà tentée et échouée trois fois auparavant[4]. Le , vers 18 h de nuit et dans des températures basses (—50, —60° C), ils sont au sommet, réussissant la première ascension hivernale en style alpin (sans porteur, sans oxygène, sans corde et camp fixe), par une nouvelle voie. Élisabeth Revol réussit la première hivernale féminine de ce si dur sommet[23].

Au sommet, sans signe précurseur, Tomasz Mackiewicz lui dit qu'il voit flou[23] ; il est atteint de cécité des neiges et commence à avoir des symptômes d'œdème pulmonaire et cérébral[24] puis de très graves gelures, dès le début de la descente. Devant l'urgence de la situation, elle l'aide à descendre durant toute la nuit, l'épaule, le réchauffe dans des conditions extrêmement sévères. Elle informe dans la nuit ses proches et la femme de Tomasz de la périlleuse situation dans laquelle ils se trouvent. Tomasz ne peut plus avancer, ni bouger et respire difficilement. Réfugiées dans une crevasse à 7 283 mètres d'altitude[23], ils sont encore en vie au matin du 26 janvier. Une opération de secours héliportés[25], est lancé pour tenter de sauver Tomasz. Un groupe international d'alpinistes, secouristes se mobilise rapidement. Alors, sur les conseils des secouristes pakistanais, la seule solution est de faire descendre Élisabeth Revol en solitaire, pour avoir une chance de pouvoir récupérer Tomasz Mackiewicz par les airs. Il est dans un état désespéré à 7 200 m[26]. En parallèle, dans la nuit du 25 au , informée par un SMS de l’époux d’Élisabeth Revol, une amie d’Élisabeth, Masha Gordon, monte en urgence une campagne de financement participatif sur internet pour financer le décollage d'hélicoptères pakistanais[27]. Les secours pakistanais promettent que le coéquipier d'Élisabeth sera sauvé[23].

En parallèle, une équipe d'alpinistes polonais, Adam Bielecki, Denis Urubko, Jarosław Botor et Paweł Tomala, présents sur le K2, se porte volontaires afin de partir aider les deux alpinistes en perdition sur les flancs du Nanga Parbat[26].

Après huit heures d'une ascension hors norme, Urubko et Bielicki parviennent aux alentours de 6 100 m à faire le lien avec Élisabeth Revol qui est atteinte de gelures après avoir retiré une chaussure à cause d'une hallucination, ainsi que d'épuisement après trente-cinq heures sans manger et isolée[2]. Malgré tout, elle gère sa descente qualifiée de « cauchemardesque »[23]. Devant les conditions climatiques un sauvetage pour récupérer Tomasz est impossible. Élisabeth Revol arrive à descendre et est encore en vie malgré plus de 70 heures en altitude, dans un froid extrême, un vent à 150 km/h, sans eau, nourriture et équipement. Ses pairs lui reconnaissent une grande force mentale et Stéphane Benoist cite « une énergie, une capacité de survie bien au-delà du commun des mortels »[23]. Après un repos de quatre heures, le groupe de trois décide de descendre, et ainsi d'abandonner Tomasz Mackiewicz ; du fait des conditions météorologiques terribles, un sauvetage à cette altitude est impossible[26]. Dans un état de « désespoir complet » d'après ses mots, Élisabeth Revol est transférée à Islamabad puis à Sallanches le 30 janvier afin de soigner ses gelures au pied gauche et à la main droite[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le Nanga Parbat, Tomasz Mackiewicz en était obsédé », sur lequipe.fr,
  2. a b c et d Brouze et Rocfort 2018, p. 50.
  3. Elisabeth Voreppe, « Elisabeth Revol tutoie les 8000 », publié le 24 septembre 2015 sur le site du Dauphiné libéré (consulté le 29 mai 2016)
  4. a b c d e f et g Brouze et Rocfort 2018, p. 52.
  5. « Montagne et expéditions Antoine GIRARD Escape », sur www.antoinegirard.fr (consulté le 29 mai 2016)
  6. « Elisabeth Revol – Blue Ice », sur www.blueice.com (consulté le 19 août 2016)
  7. « Everest K2 News ExplorersWeb - Himalaya wrap-up: Minarik & Revol reach Annapurna Eastern summit, Everest climbers in Chinese Basecamp, new routes ahead on Pumori and E-Gongga », sur www.explorersweb.com (consulté le 1er juin 2016)
  8. « Everest K2 News ExplorersWeb - Heli search called off for Martin Minarik on Annapurna », sur www.explorersweb.com (consulté le 29 mai 2016)
  9. « Vibram Lafuma remporte la Finale de la coupe d'Europe de trail » publié le 31 mai 2012 sur le site de Corse-Matin
  10. « Corsica raid aventure : Le Team « Vibram Lafuma » au bout de l’enfer à Calvi », (consulté le 12 juin 2016)
  11. « Team de Raid multisport – Victoire au Corsica Raid – Finale Européenne » (consulté le 12 juin 2016).
  12. « Lafuma », sur images.google.fr (consulté le 12 juin 2016)
  13. « Raid - ChM Les Néo-Zélandais intouchables », sur Yahoo Sport (consulté le 12 juin 2016)
  14. Rédaction Track & News, « Finale nationale des raids multi-sports de nature … | Track & News », sur www.trackandnews.fr (consulté le 12 juin 2016)
  15. « M² Race – Victoire d’Olivier Marceau et du Team Lafuma en équipe | Trimax Magazine », sur www.trimax-mag.com (consulté le 12 juin 2016)
  16. « Raid Nature Vallon Pont d'Arc », sur www.endorphinmag.fr (consulté le 12 juin 2016)
  17. « O2 BIKERS: », sur www.o2bikers.com (consulté le 12 juin 2016)
  18. « Infos VTT : Transvésubienne : François Bailly-Maitre entre dans l'arène ! », sur www.velovert.com (consulté le 12 juin 2016)
  19. northmenalpinism, « NANGA PARBAT WINTER 2014 -2015 is over: a comparison of Messner-Esindle (2000) route, Schell route and Kinshofer route », sur Northmen, (consulté le 29 mai 2016)
  20. « Nanga Parbat in winter, Tomasz Mackiewicz and Elisabeth Revol return to Base Camp after reaching 7800m », sur www.planetmountain.com (consulté le 1er juin 2016)
  21. a b et c Antoine Chandellier, « Elisabeth Revol au sommet du Lhotse (8516 m) sans oxygène », .
  22. Antoine Chandellier, « Élisabeth Revol, une vie à 8000 », publié le 28 août 2017 sur le site du Dauphiné libéré
  23. a b c d e et f Brouze et Rocfort 2018, p. 49.
  24. « Himalaya : une alpiniste française sauvée in extremis », sur lemonde.fr, .
  25. « Tragédie dans l’Himalaya : les Pakistanais ont-ils menti ? », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 2 mars 2018)
  26. a b et c François Carrel, « Himalaya : le terrible sauvetage d’Elisabeth Revol », sur liberation.fr, .
  27. Patricia Jolly, « Masha Gordon, l'ange-gardien des alpinistes en péril dans l'Himalaya », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  28. Brouze et Rocfort 2018, p. 49 et 50.

Source[modifier | modifier le code]

  • Émilie Brouze et Bérénice Rocfort-Giovanni, « Élisabeth Revol : Naufragée des cimes », L'Obs, no 2815,‎ , p. 48 à 52 (ISSN 0029-4713) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]