Élisée Loustallot

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Élisée Loustalot
Nom de naissance Élysée Loustallot
Naissance
Saint-Jean-d'Angély France monarchie
Décès (à 28 ans)
Paris France révolutionnaire
Nationalité Française
Profession
Autres activités
Ascendants
Élisée Loustalot
Marguerite-Louise Caffin

Élisée Loustalot, qu'on orthographie également Élysée Loustallot[1], né le [2],[3], ou plus vraisemblablement le [4],[5],[6], à Saint-Jean-d'Angély, mort à Paris le , est un journaliste français, rédacteur des Révolutions de Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Loustalot appartient à une famille protestante originaire de la Guyenne établie à Saint-Jean-d'Angély depuis près de deux siècles. Un Élisée Loustalot y exerce la profession de chirurgien en 1625 ; ses descendants, qui portent tous le même prénom et occupent les fonctions de procureurs ou d'avocats en la sénéchaussée, s'allient aux meilleures familles de la bourgeoisie. Lui-même est le fils d'Élisée Loustalot, syndic des avocats de cette ville, et de Marie-Marguerite-Louise Caffin[7]. Il fait ses humanités, de la sixième à la troisième, au collège de cette ville, tenu par les bénédictins, puis, en seconde et en classe de rhétorique, à celui de Saintes. En 1778[3], il part étudier la philosophie et la physique à Poitiers[2], où il soutient une thèse de philosophie, avant de suivre des études de droit à Bordeaux[5] à partir de 1780[2]. Le , il devient avocat à Saint-Jean-d'Angély, ville qu'il quitte un an après, le , pour s'établir à Bordeaux. Ayant attaqué dans un mémoire d'avocat la sénéchaussée de sa ville natale, il est suspendu pour six mois par le Parlement de Bordeaux. Au début de 1787, il rejoint Paris, où il vit de pamphlets anonymes et de traductions[5],[6].

Couverture du premier numéro des Révolutions de Paris.

Le paraît le premier numéro de son journal, Les Révolutions de Paris, édité par le papetier bouquiniste Louis Marie Prudhomme, qui le prend pour rédacteur ; il y raconte la prise de la Bastille[5], décrivant notamment la harangue prononcée par Camille Desmoulins le 12 au jardin du Palais-Royal. Devant le succès, neuf éditions sont publiées[5]. Le journal, qui ne compte que le nom de son éditeur, est essentiellement rédigé par Loustalot, même si Sylvain Maréchal lui prête main-forte son salaire s'élève, selon les uns, à mille écus par mois, selon d'autres, à cinq cents livres par numéro[5],[8]. Paraissant tous les dimanches et comptant de quarante à soixante pages, il défend les droits de l'homme ou la liberté de la presse, et dénonce la misère populaire. Dès ses débuts, il compte 200 000 lecteurs[5].

Loustalot se mêle également d’activisme révolutionnaire, haranguant notamment la foule au Palais-Royal. Le soir du , il est à l'origine d'un soulèvement de 300 personnes qui délivrent des soldats du régiment des Gardes-Françaises enfermés dans les prisons de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés pour avoir refusé de porter les armes contre des manifestants à Versailles le 23 juin[9]. Le 31 août suivant, il entraîne des pétitionnaires à l'Hôtel de Ville, afin d'exiger la convocation des districts et leur proposer de discuter la révocation des députés de Paris, ainsi que de nouvelles élections, avec mandat spécial pour refuser le veto royal, démarche qui échoue[10].

De santé fragile, épuisé par un excès de travail, Loustalot tombe gravement malade le , jour où paraît son dernier article[5], consacré à l'affaire de Nancy[11], et meurt quinze jours plus tard, à l'âge de vingt-huit ans[5]. Dès qu'ils apprennent sa maladie, les Jacobins lui envoient Maximilien de Robespierre et Louis Sébastien Mercier en députation[12]. Après son décès, la société arrête trois jours de deuil, comme les Cordeliers[13]. Legendre prononce son éloge funèbre sur sa tombe[14], Camille Desmoulins devant les Jacobins[15] (avant de le publier dans le n° 45 des Révolutions de France et de Brabant le ), Louise Kéralio-Robert fait paraître le sien dans le n° 24 du Mercure national le [16].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'acte de naissance indique « Élysée Loustallot ». Dans Élysée Loustallot : l'Homme et son travail d'après ses articles du journal des Révolutions de Paris (oct 1789-janv 1790), chapitre 1, note 1, Marcellin Pellet explique : « On remarquera que l’acte de baptême porte le nom de Loustallot, et non Loustalot, comme l’ont écrit jusqu’ici tous les historiens. Nous avons rétabli l’orthographe véritable que donnait seul Fréron dans l'Orateur du Peuple. Au commencement de la Révolution, la presse défigurait tous les noms propres (d’Anton, Robertspierre, etc.) ; Camille Desmoulins, dans le N° 28 des Révolutions de France et de Brabant, a écrit (pages 77-79) le nom de son ami d’une autre façon, Loustaleau ».
  2. a, b et c Pierre-Damien Rainguet, Biographie saintongeoise, Niox, (lire en ligne), p. 367-368.
  3. a et b Louis-François Guillonnet-Merville, Recherches topographiques et historiques sur la ville de Saint Jean d'Angeli depuis 837 jusqu'en 1789, Saint-Jean-d'Angély, Imprimerie de la Vve Lacurie, (lire en ligne), p. 149.
  4. Denys d'Aussy (« Élisée Loustalot », Revue de la révolution (n° du 5 février), vol. 11, 1888, p. 114), qui explique : « À cette époque, à défaut de pasteurs, les protestants administraient eux-mêmes le baptême à leurs enfants, c'est ce qui nous explique comment celui du jeune Loustalot, ne figure que trois mois après, à la date du  ».
  5. a, b, c, d, e, f, g, h et i « Livres et périodiques », Revue de Saintonge & d'Aunis, Saintes, Société des archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, t. 8,‎ , p. 147-148 (lire en ligne).
  6. a et b Charles-Louis Chassin, Les Élections et les cahiers de Paris en 1789, tome 3 : « documents recueillis, mis en ordre et annotés », Paris, Jouaust et Sigaux, 1888-1889, 4 volumes in-8, p. 451, note 1.
  7. Denys d'Aussy, « Élisée Loustalot », Revue de la révolution, vol. 11, 1888, p. 114.
  8. De son côté, citant Alphonse Aulard (Les Orateurs de la révolution: L'Assemblée constituante, E. Cornély et cie, 1905, 573 pages, p. 514), Gérard Walter note (Maximilien de Robespierre, Gallimard, 1961, rééd. 1989, p. 138-139) que Maximilien de Robespierre, « avec son indemnité de dix-huit livres par jour, "était riche comparativement à Brissot, à Camille Desmoulins, à Loustalot, à tant d'autres qui, en 1789, ne gagnaient peut-être pas, avec leurs succès d'écrivains, la moitié de l'indemnité d'un député" ».
  9. Charles-Louis Chassin, op. cit., p. 450-451.
  10. Hubert La Marle, Philippe Égalité, « grand maître » de la Révolution: le rôle politique du premier Sérénissime Frère du Grand Orient de France, Nouvelles Éditions Latines, 1989, 831 pages, 309 (ISBN 9782723303835).
  11. Ernest Hamel, Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits, A. Lacroix, Verboeckhoven & Cie, 1865, tome 1 : « la Constituante », p. 315.
  12. Marc Bouloiseau, Œuvres de Maximilien Robespierre, tome 6 : « Discours, 1789-1790 », Société des études robespierristes, Presses universitaires de France, 1950, p. 543.
  13. Revue de la révolution, vol. 11, 1888, p. 126.
  14. Nicolas Villiaumé, Histoire de la révolution française, vol. 1 : « 1789 », Paris, Michel Lévy frères, 1851, p. 277.
  15. Gilles Feyel, « Le journalisme au temps de la Révolution : un pouvoir de vérité et de justice au service du citoyen », Annales historiques de la Révolution française, Paris, n° 333, juillet-septembre 2003, p. 21-44.
  16. Raymonde Monnier, Républicanisme, patriotisme et Révolution française, L'Harmattan, 2005, 356 pages, p. 176 (ISBN 9782747598743).

Bibliographie[modifier | modifier le code]