Électroculture

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Expérimentation d'électroculture en 1927 dans une banlieue de Brisbane (Australie).

L’électroculture désigne diverses pratiques visant à stimuler la croissance des plantes en les soumettant à des champs électriques, électromagnétiques ou directement à des courants électriques.

Les recherches menées dans ce domaine connaissent un engouement à la charnière du XIXe siècle et du XXe siècle, avant de disparaître avec les progrès de l'électrophysiologie, d'une part, et de l'agrochimie (produits phytosanitaires et fertilisants), d'autre part. Au XXIe siècle, ces expériences sont de nouveau mises en lumière avec le renouveau de l'agriculture biologique, dans l'espoir d'obtenir, de façon plus ou moins empirique, des plantes plus vigoureuses sans produits chimiques. De nombreux scientifiques considèrent cette pratique comme relevant de la pseudoscience.

Histoire[modifier | modifier le code]

Premières expériences[modifier | modifier le code]

Au milieu du XVIIIe siècle, des observations laissent soupçonner une influence des orages sur la croissance de plantes et donnent l'idée d'effectuer des expérimentations avec l'électricité pour stimuler la végétation. Ainsi les résultats positifs obtenus à Édimbourg par le docteur Maimbray sur les branches de myrtes sont présentés en 1746 devant la Royal Society de Londres[1]. L'idée est rapidement reprise en France, en Suisse et en Allemagne. En 1783, dans le même but, l'abbé Pierre Bertholon attire l'électricité atmosphérique vers le sol à l'aide de son « électrovégétomètre »[2].

Engouement du XIXe siècle et début XXe siècle[modifier | modifier le code]

Photo de 1906 destinée à démontrer l'influence de l'électricité sur la croissance des plantes (A : sans courant électrique, B : avec courant électrique).

En 1912 est organisé à Reims un congrès international d'électroculture[3]. Les essais qui abondent au XIXe siècle[1] sont toutefois progressivement abandonnés au XXe siècle, au profit des produits phytosanitaires, plus rentables et dont les effets sont plus constants[2]. Justin Christofleau, au cours de la première moitié du XXe siècle, mènera plusieurs expériences dans son propre jardin.

Renouveau d'intérêt[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1980, le concept trouve un regain d'intérêt en Europe auprès des adeptes de l'agriculture bio et la permaculture, qui se livrent cependant à des pratiques plus ou moins empiriques[4],[2],[5].

La Chine, de son côté, fait des expériences à l'aide de techniques de pointe pendant plus de 30 ans, sous serre, et annonce en 2018 des rendements augmentés de 20 % à 30 %, avec 70 % à 100 % de pesticides et 20 % d'engrais en moins, grâce à un dispositif électrique sous haute tension, pouvant aller jusqu'à 50 000 volts. Ce pays prévoit pour le futur un développement des fermes électrisées, qui resteraient toutefois un mode de culture très marginal[2],[6].

Au début du XXIe siècle se multiplient les vidéos, ouvrages, conférences ou stages sur le sujet, où les promoteurs de l'électroculture affirment qu'elle a fait ses preuves et a été délaissée sous la pression de l'industrie chimique. Bien loin des installations électriques sous haute tension utilisée en Chine, ils s'appuient sur les théories de la géobiologie et ont recours à des dispositifs légers, antennes ou aimants destinés à agir sur les champs électromagnétiques cosmo-telluriques de l'univers[7], comme en radiesthésie. De leur côté, des scientifiques considèrent cette pratique comme une pseudo-science qui exploite la crédulité de gens, abusés par des promesses de rendements exceptionnels grâce à des appareils simplistes, en donnant des démonstrations alambiquées qui ne reposent sur aucun fondement scientifique solide[8]. D'autres enfin s'interrogent en constatant des résultats positifs, notamment sur la germination, mais se gardent des conclusions hâtives qui attribuent les effets constatés à des causes présupposées, reconnaissant la faiblesse de théories qui ne sont encore qu'une succession d'hypothèses, surtout dans le cadre d'expériences à petite échelle en l'attente d'« un programme de recherche sérieux et indépendant »[9],[10].

Critiques[modifier | modifier le code]

Selon un article de Sébastien Point paru dans la revue Science et pseudo-sciences éditée par l'Association française pour l'information scientifique (AFIS), l'électroculture, lorsqu'elle n'emploie pas une source électrique artificielle, est une pseudoscience et « ne s'inscrit dans aucun mécanisme scientifique plausible »[11].

C'est également la position de la Société nationale d'horticulture de France[12].

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Dans L'Île à hélice, Jules Verne imagine une ville, Milliard City, entourée d'une campagne artificielle et d'une végétation à base d'électroculture[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Edward Solly, « On the influence of electricity on vegetation », Journal of the Horticultural Society of London, vol. 1,‎ , p. 81-109 (lire en ligne, consulté le ).
  2. a b c et d « Électroculture : comment les Chinois veulent doper leur agriculture sans pesticides », sur Futura (consulté le )
  3. A.Ph. Silbernagel, Congrès international d'électroculture et des applications de l'électricité à l'agriculture, à la viticulture, à l'horticulture et aux industries horticoles tenu à Reims du 24 au 26 octobre 1912. Comptes rendus, Paris, Éditions de technique agricole moderne de l'Office central du Génie rural de la motoculture et de l'électroculture, (lire en ligne).
  4. « Qu'est-ce que l'électroculture : principes », sur Rustica.fr (consulté le )
  5. Erwan Seznec, « Les secrets de l’électroculture », SPS, no 321,‎ (lire en ligne)
  6. « Inside China's attempt to boost crop yields with electric fields », sur www.newscientist.com (consulté le )
  7. « La Géobiologie… et la culture cosmo-tellurique par Philippe Bouchaud », sur L'écolomag, (consulté le )
  8. « L’électroculture : une pseudo-science à la masse / Afis Science - Association française pour l’information scientifique », sur Afis Science - Association française pour l’information scientifique (consulté le )
  9. « Regard critique sur l'électroculture par Christophe Gatineau », sur Jardinons Sol Vivant !, (consulté le )
  10. Martine Queyrel, Electroculture et plantes médicinales, thèse pour l'Université de limoges, 1984.
  11. Sébastien Point, « L'électroculture : une pseudo-science à la masse », Science et pseudo-sciences, Paris, Association française pour l'information scientifique (AFIS), no 332,‎ , p. 83-84 (ISSN 0982-4022, lire en ligne, consulté le )
  12. « Jardinage et pseudosciences » [PDF], sur snhf.org.
  13. Jean-Pierre Picot, « Utopie de la mort et mort de l'utopie chez Jules Verne », Romantisme, no 61 « Pessimisme(s) »,‎ , p. 95-105 (ISSN 0048-8593, e-ISSN 1957-7958, lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Duchatel et Gabriel Ferone de la Selva, « Les tentatives d’utilisation de l’électricité comme activateur biologique en agriculture », Bulletin d'histoire de l'électricité, Paris, Association pour l'histoire de l'électricité en France, no 10,‎ , p. 87-101 (e-ISSN 0758-7171, OCLC 8672290286, DOI 10.3406/helec.1987.1024).

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]