Élections législatives nord-irlandaises de 2017

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Élections législatives nord-irlandaises de 2017
90 sièges de l'Assemblée
2 mars 2017
Type d’élection Élection législative
Corps électoral et résultats
Inscrits 1 254 709
Votants 812 783
64,78 %[1]  +10,6
Arlene Foster DUP MLA.jpg DUP – Arlene Foster
Voix 225 413
28,1 %
 −1,1
Sièges obtenus 28
MichelleOneill.jpg Sinn Féin – Michelle O'Neill
Voix 224 245
27,9 %
 +3,9
Sièges obtenus 27
Mike nesbitt.JPG UUP – Mike Nesbitt
Voix 103 314
12,9 %
 +0,3
Sièges obtenus 10
Colum Eastwood MLA.JPG SDLP – Colum Eastwood
Voix 95 958
11,9 %
 −0,1
Sièges obtenus 12
Cropped image of Naomi Long.JPG Alliance – Naomi Long
Voix 72 717
9,1 %
 +2,1
Sièges obtenus 8
Premier ministre et vice-Premier ministre
Sortant
Arlene Foster (DUP)
Martin McGuinness (SF)

Les élections législatives nord-irlandaises de 2017 ont lieu le  afin de renouveler les 90 sièges de l'Assemblée d'Irlande du Nord, chambre monocamérale.

Il s'agit d'élections anticipées qui font suite à la démission du vice-Premier ministre Martin McGuinness le en protestation du scandale impliquant la gestion d'un programme d'incitation au chauffage renouvelable.

En date du 26 juin 2019, en raison de profonds désaccords entre les partis, aucun gouvernement n'est encore formé à la suite de ces élections.

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Le Northern Ireland (Miscellaneous Provisions) Act de 2014 prévoit que les élections ont lieu tous les cinq ans, le premier jeudi de mai. Les dernières élections ayant eu lieu en 2016, le prochain scrutin était prévu pour 2021. Toutefois, le , le vice-Premier ministre Martin McGuinness (Sinn Féin) démissionne pour protester notamment contre la gestion par la Première ministre Arlene Foster (DUP) du programme Renewable Heat Incentive qui aurait gaspillé 500 millions de livres[2].

En vertu du cadre institutionnel nord-irlandais, qui prévoit un partage du pouvoir entre unionistes et nationalistes, le Sinn Féin avait sept jours pour nommer un remplaçant à Martin McGuiness mais le parti refuse de le faire le [3]. Le secrétaire d'État pour l'Irlande du Nord James Brokenshire convoque alors des élections anticipées pour le [4],[5],[6].

Pour l'Irlande du Nord, les conséquences du Brexit entériné le par le référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne, serait la réapparition d'une frontière physique avec la République d'Irlande[7]. Un retour des contrôles aux frontières entraverant les échanges commerciaux et la circulation des personnes entre les deux territoires pourrait ainsi menacer le processus de paix[8].

Mode de scrutin[modifier | modifier le code]

L'Irlande du Nord est une nation constitutive du Royaume-Uni bénéficiant de la dévolution de certains pouvoirs. L'organisation politique est héritée de l'accord du Vendredi saint adopté en 1998 qui met fin à trente ans de conflit nord-irlandais et de violences terroristes en mettant en place un partage du pouvoir entre unionistes et nationalistes. Pour cette raison, la vie politique nord-irlandaise n'est pas structurée en une majorité et une opposition parlementaires. À l'inverse, le pays est dotée de manière permanente d'un gouvernement d'union nationale. L'exécutif nord-irlandais est choisi par l'Assemblée, chaque parti politique disposant d'un nombre de ministres proportionnel à son nombre de sièges à l'Assemblée. Le pays demeure membre par choix du Royaume-Uni, et conserve le droit de le quitter si une majorité de ses citoyens le souhaite.

Ainsi, l'Assemblée d'Irlande du Nord est élue au suffrage universel direct via le scrutin à vote unique transférable, qui vise à assurer une représentation équitable des divers courants politiques[9], chacune des dix-huit circonscriptions élisant cinq députés (« membres de l'Assemblée législative », MLAs). Précédemment, chaque circonscription élisait six députés ; le nombre de députés a été réduit afin de réduire le coût de la vie politique[10].

Les partis représentés à l'Assemblée se répartissent entre unionistes, nationalistes ou autres : après l'élection, le Premier ministre est nommé par le parti disposant du plus de sièges et le vice-Premier ministre est nommé par le parti disposant du plus de sièges au sein de l'autre désignation, de sorte que si le Premier ministre est unioniste, le vice-Premier ministre est nationaliste et vice-versa. Premier ministre et vice-Premier ministre dirigent ensemble l'Exécutif d'Irlande du Nord et disposent du même pouvoir.

Gouvernement sortant et partis politiques[modifier | modifier le code]

La vie politique s'articule principalement en un désaccord entre d'un côté les partis unionistes (que l'on appelle également loyalistes), qui souhaitent le maintien de l'Irlande du Nord dans le Royaume-Uni, et de l'autre les partis nationalistes (dits également républicains) qui souhaitent le rattachement de l'Irlande du Nord à la République d'Irlande. Les unionistes sont nettement majoritaires (d'où le maintien du statu quo à cette date)[11].

Les principaux partis unionistes, le Parti unioniste démocrate (DUP, droite) et le Parti unioniste d'Ulster (UUP, centre droit) sont principalement soutenus par des électeurs protestants, descendant notamment de migrants écossais arrivés au XVIIe siècle. À l'inverse, les partis nationalistes sont des partis de gauche : le Sinn Féin (socialiste) et le Parti social-démocrate et travailliste (SDLP) ; leur électorat est presque exclusivement catholique, notamment pour le Sinn Féin. Le cinquième principal parti du pays, le Parti de l'Alliance, est un parti centriste, libéral, qui rejette le clivage religieux et ne se positionne pas sur la question de l'unionisme ou du nationalisme, cherchant à bâtir une nation unie au-delà de telles différences.

À l'inverse de gouvernements antérieurs multipartites, l'éphémère gouvernement sortant (mai 2016-janvier 2017) n'est constitué que du DUP et du Sinn Féin, ainsi que de Claire Sugden - unioniste sans étiquette nommée ministre de la Justice. La première ministre sortante, Arlene Foster, est la chef du DUP, tandis que le vice-premier ministre démissionnaire, Martin McGuinness, est issu du Sinn Féin.

Candidats[modifier | modifier le code]

Martin McGuinness, vice-Premier ministre de 2007 à 2017, annonce qu'il ne se représente pas en raison de problèmes de santé et met ainsi un terme à sa carrière politique[12]. Le Sinn Féin choisit Michelle O'Neill, jusque-là ministre de la Santé, pour le remplacer[13]. Martin McGuinness décède à la suite de problèmes cardiaques le 21 mars[14].

Campagne[modifier | modifier le code]

Le 14 février, l'UUP publie son programme, et propose notamment un « réel partenariat » au sein du gouvernement nord-irlandais[15].

Le Sinn Féin publie son programme le 15 février, et propose notamment de favoriser la langue irlandaise, le mariage homosexuel, et la mise en place d'un référendum sur l'unification de l'Irlande[16].

Le DUP publie son programme le 20 février, et propose de mettre la priorité sur la santé, l'emploi, le budget des ménages, l'éducation et les infrastructures[17].

Le 21 février, le parti de l'Alliance publie son programme, et propose d'améliorer l'emploi, l'économie, la santé et l'éducation[18].

Le SDLP publie son programme le 22 février, qui propose un statut spécial pour l'Irlande du Nord au sein de l'Europe et des réformes du système de santé[19].

Si aucun compromis gouvernemental n'est trouvé après les élections, l'Irlande du Nord devrait passer sous contrôle direct du gouvernement britannique, alors que les divisions entre nationalistes et unionistes sont profondes[20]. Il existe des points de blocage, notamment le statut donné à la langue irlandaise. Le statut de la frontière avec l'Irlande à la suite du Brexit est au centre des discussions[21].

Sondages[modifier | modifier le code]

Date Sondeur Taille de l'échantillon DUP SF UUP SDLP Alliance TUV Vert PBP Autres Total unionistes[22] Total nationalistes[23] Total autres[24]
Lucid Talk 1 580 26,3 % 25,3 % 13,9 % 12,2 % 9,5 % 4,4 % 3,4 % 2,4 % 2,7 % 44,6 37,5 18,0
Lucid Talk 1 580 25,9 % 25,1 % 13,9 % 12,4 % 8,9 % 4,3 % 3,9 % 2,7 % 3,1 % 44,1 37,5 18,6
Dernières élections 703 744 29,2 % 24,0 % 12,6 % 12,0 % 7,0 % 3,4 % 2,7 % 2,0 % 7,1 % 45,2 36 18,8

Résultats[modifier | modifier le code]

Les effectifs de l'assemblée ayant été réduits de 108 à 90 sièges depuis les précédentes élections, la variation du nombre de sièges emportés par chaque parti par rapport à la législature précédente n'est pas indiquée.

En bleu la participation, en vert l'évolution de la participation par rapport à la dernière élection.
Parti arrivé en tête et députés élus par circonscription.
Résultats des élections législatives[1],[25]
Parti Vote de 1re préférence Sièges
Voix % +/-
Parti unioniste démocrate 225 413 28,1 en diminution 1,1 28
Sinn Féin 224 245 27,9 en augmentation 3,9 27
Parti unioniste d'Ulster 103 314 12,9 en augmentation 0,3 10
Parti social-démocrate et travailliste 95 958 11,9 en diminution 0,1 12
Parti de l'Alliance d'Irlande du Nord 72 717 9,1 en augmentation 2,1 8
Voix unioniste traditionnelle 20 523 2,6 en diminution 0,9 1
Parti vert 18 527 2,3 en diminution 0,4 2
Indépendants 14 407 1,8 en diminution 1,5 1
People Before Profit Alliance 14 100 1,8 en diminution 0,2 1
Parti unioniste progressiste 5 590 0,7 en diminution 0,2 0
Parti conservateur 2 399 0,3 en diminution 0,1 0
Alternative travailliste 2 009 0,3 - 0
UKIP 1 579 0,2 en diminution 1,3 0
CISTA 1 273 0,2 en diminution 0,2 0
Parti des travailleurs d'Irlande 1 261 0,2 -
Total 812 783 100,0 - 90
Total unionistes[26] 373 225 45,9 40
Total nationalistes[27] 330 932 40,7 39
Total autres[28] 108 626 13,4 11
Inscrits/participation 1 254 709 64,78 - -
Résultats des élections par circonscription
Circonscriptions DUP SF UUP SDLP Alliance TUV Vert PBP Ind. Total unioniste[26] Total nationaliste[27] Total autres[28]
Belfast East 2 1 2 3 0 2
Belfast North 2 2 1 2 3 0
Belfast South 1 1 1 1 1 1 2 2
Belfast West 4 1 0 4 1
East Antrim 2 2 1 4 0 1
East Londonderry 2 1 1 1 4 1 0
Fermanagh & South Tyrone 1 3 1 2 3 0
Foyle 1 2 2 1 4 0
Lagan Valley 2 1 1 1 3 1 1
Mid Ulster 1 3 1 1 4 0
Newry & Armagh 1 3 1 1 4 0
North Antrim 2 1 1 1 4 1 0
North Down 2 1 1 1 3 0 2
South Antrim 2 1 1 1 1 3 2 0
South Down 1 2 2 1 4 0
Strangford 3 1 1 3 1 1
Upper Bann 2 1 1 1 3 2 0
West Tyrone 1 3 1 1 4 0

Défaites notables[modifier | modifier le code]

Député Parti Circonscription Siège depuis Poste
Danne Kennedy Danny Kennedy UUP Newry and Armagh 1998 Ministre de l'Emploi et de l'Apprentissage (2010-2011)
Ministre du Développement régional (2011-2015)
Alex Attwood Alex Attwood SDLP Belfast West 1998 Ministre du Développement social (2010-2011)
Ministre de l'Environnement (2011-2013)
Jonathan Bell Jonathan Bell Indépendant Strangford 2010 Ministre (DUP) des Entreprises, du Commerce et des Investissements (2015-2016)

Conséquences[modifier | modifier le code]

Mike Nesbitt annonce sa démission à la tête de l'UUP[29].

Le DUP passe sous la barre des 30 sièges qui permet de déclencher un petition of concern[30]. Cette disposition requiert qu'une loi soit approuvée à la fois par les unionistes et les nationalistes, et permet de bloquer de facto certaines lois[31]. Cela pourrait permettre la légalisation du mariage homosexuel, pour lequel le Sinn Féin avait fait campagne[32].

Le Sinn Féin et le Parti unioniste démocrate engagent des négociations pour former un gouvernement. En cas d'échec dans un délai de trois semaines, de nouvelles élections seraient organisées. Le Direct Rule pourrait également être appliqué, à savoir un contrôle direct du gouvernement de Londres[33]. Le Sinn Féin signale le 26 mars que les négociations en vue de la formation d'un gouvernement n'ont pas abouti[34]. Le parti refuse de nommer un vice-Premier ministre et de participer au gouvernement. Le lendemain, la date butoir pour la formation d'un gouvernement est atteinte. Le gouvernement britannique annonce un délai supplémentaire de « quelques courtes semaines » pour l'obtention d'un accord. Le ministre britannique aux Affaires nord-irlandaises, James Brokenshire, laisse entendre qu'en cas d'absence d'accord, il n'y aura pas de nouvelle élection, mais un retour au contrôle direct des autorités britanniques sur l'Irlande du Nord[35]. Aucun accord n'a lieu à la date butoir.

Fin avril, les parties s'accordent à reporter la reprise des discussions après la tenue des élections législatives britanniques anticipées du 8 juin. Le gouvernement britannique fixe au 29 juin la date butoir pour la formation d'un exécutif nord-irlandais[36]. En date du 26 juin 2019 toutefois, aucun gouvernement n'est encore formé.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Turnout by constituency » [PDF], sur eoni.org.uk, (consulté le 3 mars 2017).
  2. (en) « RHI scandal: RHI 'cash for ash' scandal to cost NI taxpayers £490m », BBC News,‎ (lire en ligne).
  3. (en) « Sinn Féin declines to make Stormont nomination », Raidió Teilifís Éireann, (consulté le 16 janvier 2017).
  4. (en) « Martin McGuinness resigns as NI deputy first minister », BBC, .
  5. (en) Maeve Connolly, « Sinn Féin Deputy First Minister Martin McGuinness resigns ».
  6. (en) « McGuinness quits: What happens next in Northern Ireland? », BBC, .
  7. Philippe Bernard, « L’Irlande, casse-tête de l’après-Brexit pour Theresa May », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 7 février 2017).
  8. « Les deux Irlande à l'heure du Brexit », France Inter,‎ (lire en ligne, consulté le 7 février 2017).
  9. (en) « How do we elect MLAs? », sur niassembly.gov.uk.
  10. « Elections to be held in Northern Ireland on 2 March », sur bbc.com, .
  11. (en) « Opinion poll indicates NI voters would reject Irish unity », BBC News, 5 février 2013
  12. (en) « Martin McGuinness: Ex-deputy first minister will not stand in NI election », sur bbc.com, .
  13. (en) « Michelle O'Neill: new Sinn Féin leader marks republican sea change », sur The Guardian, .
  14. (en) "Martin McGuinness, Sinn Féin, dies aged 66", BBC News, 21 mars 2017
  15. (en) « Nesbitt ‘no regrets’ over SDLP pledge as UUP launches manifesto », sur ITV news, (consulté le 23 février 2017).
  16. (en) « Sinn Féin launches Assembly election manifesto and 'will not back Arlene Foster in Executive' », sur ITV news, (consulté le 23 février 2017).
  17. (en) « DUP launches Assembly election manifesto », sur ITV news, (consulté le 23 février 2017).
  18. (en) « Alliance Party launches its Assembly election manifesto », sur ITV news, (consulté le 23 février 2017).
  19. (en) « SDLP launches Assembly election manifesto », sur ITV news, (consulté le 23 février 2017).
  20. « Irlande du Nord. La campagne électorale creuse les divisions », sur Ouest-France, (consulté le 28 février 2017).
  21. « Élection sous tension à Belfast », sur Le Progrès, (consulté le 28 février 2017).
  22. Obtenu en additionnant DUP, UUP et TUV.
  23. Obtenu en additionnant Sinn Féin et SDLP.
  24. Obtenu en additionnant Alliance, PBP, Vert et les candidats indépendants.
  25. (en) « Northern Ireland Assembly election 2017 results », sur BBC News (consulté le 3 mars 2017).
  26. a et b Obtenu en additionnant DUP, UUP, TUV, PUP, Parti conservateur, UKIP et indépendants.
  27. a et b Obtenu en additionnant Sinn Féin, SDLP et Parti des travailleurs d'Irlande.
  28. a et b Obtenu en additionnant Alliance, Parti vert, Le Peuple avant le profit, CISTA et Alternative travailliste.
  29. (en) John Sharman, « Northern Ireland assembly elections: Ulster Unionist leader Mike Nesbitt quits », sur the Independent, (consulté le 3 mars 2017).
  30. (en) « NI Election: DUP loses 'petition of concern' power opening door for gay marriage - Sinn Fein slashes lead to one seat », sur Belfast Telegraph, (consulté le 6 mars 2017).
  31. (en) Claire Smyth, « Stormont's petition of concern used 115 times in five years », sur The Detail, (consulté le 6 mars 2017).
  32. (en) Niamh Ní Mhaoileoin, « Northern Ireland: DUP loses ‘petition of concern’ power, clearing the way for equal marriage », sur Left foot forward, (consulté le 6 mars 2017).
  33. « Début des négociations pour un gouvernement en Irlande du Nord », sur Le Soir, (consulté le 6 mars 2017).
  34. «  Irlande du Nord: pas d'accord pour un gouvernement  », sur Le Figaro, .
  35. (en) « No appetite for another Northern Ireland assembly election, UK Government says », sur The Independent, .
  36. (en) « Stormont talks on hold until after general election », sur BBC News, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]