Élections législatives camerounaises de 2020

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Élections législatives camerounaises de 2020
180 sièges de l'Assemblée nationale
Corps électoral et résultats
Inscrits 6 900 928
Votants 3 021 947
43,79 %
Votes blancs et nuls 79 753
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Rassemblement démocratique du peuple camerounais
Sièges obtenus 152  +4
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Front social démocrate
Sièges obtenus 5  −13
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Union nationale pour la démocratie et le progrès
Sièges obtenus 7  +2
Premier ministre
Sortant Élu
Joseph Dion Ngute
RDPC
Joseph Dion Ngute
RDPC

Les élections législatives camerounaises de 2020 ont lieu le après plusieurs reports afin de renouveler les 180 membres de l'Assemblée nationale du Cameroun[1]. Seuls 167 députés sur les 180 sont cependant élus à l'issue du scrutin de février[2] du fait de l'invalidation par le conseil constitutionnel des résultats de 11 circonscriptions dans les régions du Nord Ouest et du Sud ouest, toujours en proie aux tensions liées à la crise anglophone. Un scrutin partiel est tenu le pour les élections des treize députés restants.

Le scrutin a lieu alors que le pays subit la menace des terroristes islamistes de Boko Haram dans l'Extrême Nord, tandis que l'ouest anglophone du pays, où la population s'estime marginalisée, est en proie à un conflit armé et à la répression.

Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) du président Paul Biya conserve une large majorité absolue avec 152 sièges sur 180.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le Cameroun, dirigé depuis 1982 par le président Paul Biya, est généralement considéré comme un régime autoritaire[3]. Les élections devaient initialement se dérouler en . Un premier report d'un an du scrutin a néanmoins lieu à la suite de la demande en ce sens du président Paul Biya invoquant un calendrier électoral chargé, le scrutin se conjuguant à une présidentielle et des municipales en octobre[4]. Le , les députés votent ainsi la prorogation d'un an de leur mandat à compter du [5], de même que celui des conseillers municipaux[6],[7].

La préparation des élections a lieu dans un contexte d'importantes violences, le groupe djihadiste Boko Haram sévissant toujours dans l'extrême nord du pays tandis que les régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest sont confrontées à une grave crise sociopolitique depuis fin 2016 qui s'est muée en conflit armé fin 2017. En 2018, les combats deviennent quasi quotidiens entre les forces de sécurité camerounaises et un groupe armé se proclamant « forces de restauration » du Cameroun du Sud, un État anglophone ayant brièvement vu le jour entre les deux guerres mondiales, sous mandat britannique. Selon le gouvernement, plus de 80 membres des forces de sécurité ont été tués dans ces combats. Plus de 600 personnes auraient été arrêtées depuis le début de la crise, selon des sources onusiennes[5]. Ces événements amènent à un nouveau report le , le parlement étant prolongé de deux mois à partir du . Les mandats des conseillers municipaux sont quant à eux prolongés jusqu'au . Le gouvernement ayant à plusieurs reprises annoncé son intention de tenir les deux scrutins simultanément afin d'en réduire le coût, un nouveau report jusqu'en février de cette année est jugé très probable[8]. Comme attendu, le gouvernement annonce le l'organisation des deux scrutins pour le [9].

Dans les zones anglophones de l'ouest du pays, c'est-à-dire les régions Sud-Ouest et Nord-Ouest, qui tentent de prendre leur indépendance au sein d'une autoproclamée République d'Ambazonie, les rebelles séparatistes promettent des représailles à ceux qui iraient voter. En réaction, le gouvernement central du Cameroun augmente ses effectifs militaires dans la zone[10]. Dans les deux semaines précédant les élections, selon Human Rights Watch, les séparatistes enlèvent plus d'une centaine de personnes dans les deux régions anglophones, tandis que les forces de sécurité du gouvernement central commettent de nombreux abus de pouvoir[10]. Le , depuis sa cellule à la prison centrale de Yaoundé, Sisiku Julius Ayuk Tabe, président du gouvernement intérimaire autoproclamé d’Ambazonie, déclare qu’ils sont plus que jamais engagés dans une indépendance totale ou une résistance pour toujours[11]. Le jour du scrutin, les rebelles séparatistes empêchent l'accès aux urnes[10].

Les violences en zone anglophone se poursuivent après le scrutin. Ainsi, le , 23 civils dont 15 enfants et 1 femme enceinte sont massacrés à Ntumbo, un village du Nord-Ouest[10]. L'opposition camerounaise (surtout le Mouvement pour la renaissance du Cameroun) et les ONG locales accusent l'Armée et le gouvernement central d'avoir perpétré le massacre[10],[12]. Le , l'Armée camerounaise reconnaît sa responsabilité, avançant une explication controversée selon laquelle des soldats auraient été attaqués par 7 terroristes séparatistes, et que dans la contre-attaque les militaires auraient accidentellement déclenché un incendie responsable de la plupart des morts[12].

Mode de scrutin[modifier | modifier le code]

L'Assemblée nationale est la chambre basse du parlement bicaméral du Cameroun. Elle est composée de 180 sièges pourvus pour cinq ans selon un mode de scrutin mixte alliant scrutin uninominal majoritaire à un tour et Scrutin de liste majoritaire avec listes bloquées et une dose de proportionnelle.

Le pays est ainsi découpé en quarante-neuf circonscriptions d'un ou plusieurs sièges. Les différents partis proposent dans chacune d'elles des listes comportant autant de candidats que de sièges à pourvoir.

Dans les circonscriptions uninominales, le candidat ayant recueilli le plus de voix est élu à la majorité relative. Dans les circonscriptions plurinominales, par contre, seule une liste ayant recueilli la majorité absolue des voix remporte la totalité des sièges. Si aucune liste n'atteint ce seuil, la liste arrivée en tête reçoit la moitié des sièges — arrondie à l'unité supérieure si besoin, et l'autre moitié est répartie entre les listes restantes ayant franchi un seuil électoral de 5 %, la répartition se faisant à la méthode du plus fort reste avec quotient de Hare[13]. Les listes sont bloquées, ni le vote préférentiel ni le panachage n'étant autorisés[14].

Campagne[modifier | modifier le code]

Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) annonce dès 2019 boycotter le scrutin à venir, arguant que la situation dans la partie anglophone du pays ne permet pas la tenue du scrutin dans l'ensemble du pays. Le parti, qui avait obtenu un siège de député en 2013 aurait par ailleurs eu du mal à constituer des listes et à s'acquitter des cautions imposées par la loi électorale[15].

Résultats[modifier | modifier le code]

Les résultats çi dessous incorporent la répartition finale des 180 sièges à pourvoir, mais la répartition des suffrages est celle du seul scrutin de février, et n'inclut donc pas les votes du scrutin partiel organisé en mars.

Résultats des législatives camerounaises de 2020[16],[17],[18]
Cameroun Assemblée nationale 2020.svg
Parti Votes % Sièges +/–
Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) 152 Increase2.svg4
Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) 7 Increase2.svg 2
Front social démocrate (FSD) 5 Decrease2.svg 13
Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) 5 Nv
Union démocratique du Cameroun (UDC) 4 Steady.svg
Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) 3 Increase2.svg 3
Mouvement pour la défense de la République (MDR) 2 Increase2.svg 1
Union des mouvements socialistes (UMS) 2 Increase2.svg 2
Autres partis 0 -
Votes valides 2 942 194 97,36
Votes blancs et invalides 79 753 2,64
Total 3 021 947 100 180 Steady.svg
Abstention 3 878 981 56,21
Inscrits / participation 6 900 928 43,79

Suites[modifier | modifier le code]

Les résultats partiels sont annoncés le par la Cour constitutionnelle, qui annule pour « irrégularités » une partie des élections dans l'Ouest du pays. Au total, dix circonscriptions du Nord-Ouest, et une circonscription du Sud-Ouest doivent ainsi organiser de nouvelles élections pour un total de treize sièges[19],[20]. La participation s'établit à 43,79 %[18]. Sur les 167 sièges restants, la majorité absolue est remportée par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), qui totalise 139 sièges, assurant au président Paul Biya de conserver le contrôle de l'assemblée[21],[22].

Les élections partielles pour les treize sièges manquants ont lieu le , dans le contexte de la progression de la pandémie de maladie à coronavirus dans le pays[23]. Les résultats sont proclamés par le conseil constitutionnel le suivant, et voient le RDPC remporter l'ensemble des treize sièges, portant le total de députés du parti à 152[24].

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Cameroun : journée d’élections législatives et municipales sans suspense mais sous tension – Jeune Afrique », sur JeuneAfrique.com, (consulté le 25 mai 2020)
  2. Dieudonné Zra, « #237Vote: 167 députés de la Xe Législature sont connus », sur Cameroon Radio Television, (consulté le 25 mai 2020)
  3. « Au Cameroun, on ne change pas de Président après 36 ans », sur franceinter.fr, (consulté le 1er février 2020)
  4. « Cameroun: vers un report des élections législatives? », sur Le360 Afrique, (consulté le 1er février 2020)
  5. a et b « Cameroun - Élections législatives : pas de scrutin avant 2019 », sur Le Point, (consulté le 1er février 2020)
  6. « Cameroun : les élections municipales reportées d’un an », sur jeuneafrique.com, (consulté le 1er février 2020)
  7. « Cameroun : Paul Biya fait voter le report d'un an des législatives et des municipales », sur La Tribune, (consulté le 1er février 2020)
  8. « Cameroun : les législatives à leur tour reportées à 2020 », sur jeuneafrique.com, (consulté le 1er février 2020)
  9. « » Côte d’Ivoire-AIP/Inter/ Cameroun: les élections législatives et municipales fixées au 9 février », sur aip.ci (consulté le 6 décembre 2019).
  10. a b c d et e « Un village du Cameroun anglophone cible d'une attaque armée, 14 enfants tués », sur france24.com, (consulté le 17 février 2020)
  11. « Sisiku Ayuk Tabe, leader de l’Ambazonia emprisonné : « nous restons engagés pour l’indépendance totale ou la résistance pour toujours » », sur Actu Cameroun, (consulté le 9 février 2020)
  12. a et b César Creissels, « Questions après un massacre au Cameroun anglophone », sur lefigaro.fr, Le Figaro, (consulté le 18 février 2020)
  13. (en) « Cameroon », sur electionpassport.com (consulté le 1er février 2020)
  14. Code électoral
  15. « Cameroun: Le Mrc va boycotter les élections législatives et municipales du 9 février 2020 », sur koaci.com/, (consulté le 6 décembre 2019).
  16. « Elections législatives : le Rdpc rafle la mise », sur www.cameroon-tribune.cm (consulté le 5 mars 2020).
  17. « Liste des 167 députés à l’Assemblée Nationale du Cameroun issus des élections législatives du 09 février 2020 », sur www.agencecamerounpresse.com (consulté le 6 mars 2020).
  18. a et b KOACI, « Cameroun : Double scrutin, le taux de participations est de 43, 79%, répartition des sièges à l'assemblée nationale - KOACI », sur KOACI (consulté le 6 mars 2020).
  19. « Cameroun : annulation partielle des résultats des élections législatives dans la zone anglophone agitée », sur french.xinhuanet.com (consulté le 5 mars 2020).
  20. https://www.facebook.com/RFI, « Législatives au Cameroun: un nouveau venu, le PCRN, au Parlement », sur RFI, RFI, (consulté le 5 mars 2020).
  21. https://www.facebook.com/RFI, « Cameroun: les élections législatives annulées dans une partie des régions anglophones », sur RFI, RFI, (consulté le 5 mars 2020).
  22. https://www.facebook.com/FRANCE24, « Cameroun : le parti de Paul Biya conserve la majorité absolue à l'Assemblée », sur France 24, FRANCE24, (consulté le 5 mars 2020).
  23. https://www.facebook.com/RFI, « Législatives au Cameroun: un retour aux urnes sous tension dans les zones anglophones », sur RFI, RFI, (consulté le 24 mars 2020).
  24. Dieudonné Zra, « Législatives partielles 2020: le #RDPC rafle les 13 sièges en compétition », sur Cameroon Radio Television, (consulté le 25 mai 2020)