Élections générales espagnoles de 1936

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Le 16 février 1936 ont lieu en Espagne des élections générales, les troisièmes et dernières de la Seconde République espagnole. Leur enjeu est la désignation de 473 représentants aux Cortes Generales unicamérales. Elles débouchent sur la victoire du Front populaire, coalition de partis de gauche rassemblant entre autres le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), la Gauche républicaine, Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), le Parti communiste espagnol (PCE) et Acció Catalana, avec une légère majorité relative en termes de suffrages, mais une avance importante sur le principal parti adverse, la Confédération espagnole des droites autonomes (CEDA), et une large avance en termes de sièges obtenus (plus de 60 %). Les élections sont marquées par des fraudes importantes qui ont, selon les études récentes, permis la victoire du Front populaire.

Contexte et déroulement[modifier | modifier le code]

Les élections se déroulent dans un contexte tendu après que le PSOE a pris les armes contre les institutions de la République en octobre 1934[1]. Un an et demi plus tard, les élections surviennent à un moment peu opportun : le souvenir de l'insurrection d'octobre était encore très vivant et les élections prenaient le risque de devenir « un plébiscite inquiétant entre [les] partisans [du Front populaire] et leurs détracteurs, l'amnistie comme bannière sentimentale du premier ». Les républicains de gauche, qui ont rejoint les socialistes et les communistes dans la coalition du Front populaire, souhaitent "tourner la page", mais leurs alliés marxistes ne veulent pas "abjurer" leur tentative révolutionnaire[1].

La convocation prématurée des élections fait suite à la chute du gouvernement en place depuis 1933 mené par Alejandro Lerroux du Parti républicain radical et comptant avec le soutien de la CEDA, à la suite de divers scandales politico-financiers.

La violence s'installe dans les rues durant la campagne électorale « dans un environnement vicié, radicalisé, polarisé »[2]. Le scrutin se clôture avec 41 morts et 80 personnes grièvement blessées[2].

Manuel Azaña remplace Manuel Portela Valladares au poste de premier ministre, au terme d'un scrutin qui fut durant très longtemps présenté comme régulier, en dépit de quelques cas avérés de fraude au niveau local. Les jours qui suivent le vote sont marqués par des pratiques coercitives et intimidantes organisées et instigées par les autorités provinciales intérimaires qui profitent du brusque changement de gouvernement le 19 février. Celles-ci se répandent dans tout le pays, générent un climat d'incertitude juridique autour du décompte des voix et influencent les résultats finalement admis[2]. La fraude est directement promue ou approuvée passivement par les autorités provinciales provisoires du Front populaire, la vague de violence déclenchée entre les 16 et 19 février précipitant encore les événements[2]. L'ouvrage de Tardío et Villa montre que les perturbations n'ont pas lieu en réaction à des rumeurs de coup d'état mais sont provoquées pour assurer une majorité parlementaire au Front populaire. Les règles de droit ont été suspendues de fait[2].

Le déroulement des élections et les violences qui se poursuivent contribuent à inciter les forces conservatrices du pays à préparer la tentative de coup d'État nationaliste de juillet 1936, qui débouche sur la guerre civile espagnole et la mise en place de près de 40 ans de dictature franquiste.

Analyse historique[modifier | modifier le code]

Les élections de 1936 ont fait l'objet d'une étude pionnière publiée par Javier Tusell en 1971, qui a clarifié les résultats, basée principalement sur les rapports de presse, et a mené une première analyse de la fraude électorale[1].

En 2017, les historiens Manuel Álvarez Tardío et Roberto Villa García, après plusieurs années de travail consacrées aux procès-verbaux des élections, démontrent l'ampleur des fraudes électorales, des manipulations et des violences qui ont permis la victoire du Front populaire. Se basant sur une étude détaillée des listes électorales, ils affirment que le Front populaire a gagné la majorité absolue aux élections de février 1936 seulement grâce à une « fraude décisive ». D'autres études récentes avaient montré les actes de violence politique et policière qui ont accompagné l'ensemble du processus électoral et qui ont continué dans les semaines suivantes[3].

Les auteurs reconnaissent qu'il est impossible d'établir les résultats réels, mais estiment que la manipulation du dénombrement dans certaines provinces pourrait donner au Front populaire une trentaine de sièges indus. Quant à l'action de la Commission des Cortes, chargée de vérifier sa validité, elle s'est distinguée par son sectarisme, ainsi qu'il est connu de longue date, et lui a donné 23 autres sièges. Enfin, les élections renouvelées en mai à Cuenca et à Grenade ont été caractérisées par la forte pression subie par les candidats de l'opposition. Le résultat est que le Front populaire a cumulé 278 sièges, bien au-dessus de la majorité absolue[1].

Pour l'historien Stanley G. Payne, les conclusions de l'ouvrage des deux historiens portent en elles « la fin du dernier des grands mythes politiques du XXe siècle »[2].

Débats[modifier | modifier le code]

L'ouvrage de Tardío et Villa a ranimé les débats entre les historiens portant sur les liens qui ont pu exister entre le dévoiement du processus électoral en février et le déclenchement de l'insurrection nationaliste en juillet de la même année. Pour les historiens Javier Cervera et Julián Casanova, il n'est pas possible d'établir une relation de cause à effet entre les conditions de la victoire électorale du Front populaire et le soulèvement des 17 et 18 juillet[4].

Pour le professeur Luis Eugenio Togores, auteur d'une Histoire de la guerre civile espagnole, il existe une certaine relation entre les irrégularités aux élections de février et le putsch du 18 juillet, bien que, selon lui, ce qui conduit au coup d'État de l'armée est la violence qui éclate après les élections[4]. Alfonso Bullón, directeur des études historiques de la CEU, défend un point de vue proche : « le gouvernement [du Front populaire] était illégitime parce qu'il ne pouvait pas maintenir l'ordre »[4].

Pour les historiens Pío Moa, Fernando Paz ou encore César Vidal, la fraude électorale a délégitimé le gouvernement du Front populaire et ouvert la voie à la guerre civile. Les troubles de février 1936 ont poussé la nation au « printemps tragique dans lequel les limites de la légalité ont été rompues ». Entre les élections de février et le soulèvement de juillet, il existerait une relation de cause à effet, principalement en raison de la profonde signification du fait. Si des actes violents et frauduleux ont été perpétrés, c'est parce que de fait, il n'existait plus de règle de droit[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d (es) JUAN AVILÉS, 1936: Fraude y violencia en las elecciones del Frente Popular, elcultural.com, 21 avril 2017
  2. a, b, c, d, e et f (es) JAVIER REDONDO, El 'pucherazo' del 36, elmundo.es, 12 mars 2017
  3. (es) SANTOS JULIÁ, Las cuentas galanas de 1936, elpais.com, 5 avril 2017
  4. a, b, c et d (es) Javier Torres, César Vidal a Actuall: “El libro sobre el fraude del 36 deslegitima la ley de Memoria Histórica”, actuall.com, 15 mars 2017

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Roberto Villa García et Manuel Álvarez Tardío, 1936. Fraude y violencia en las elecciones del Frente Popular, Editorial: Espasa, Colección: Fuera de colección, 2017, 656 p.

Annexes[modifier | modifier le code]